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L’idée d’universel est un spectre dont nous devons nous méfier

L’histoire nous montre que l’idée de l’universel a servi de masque au colonialisme pour opprimer les peuples « en marge du progrès ». Aujourd’hui elle semble encore alimenter la théorie de la mondialisation prônant l’homogénéisation et l’uniformisation du monde. Face à cet entêtement du pouvoir, nous ne pouvons que nous battre pour défendre le « particularisme », sans pour autant sombrer dans le différentialisme, car l’idée de l’Unité ne peut souffrir celle de la séparation …. Comment rester particulier au sein de l’Unité ?

bilamL’histoire de Bil’am ou Balaam est aussi celle de ce paradoxe que nous ne pourrons résoudre qu’au sein d’un nouveau paradigme qui nous est promis à la fin des temps.

Pourquoi Bil’am grand partisan de l’Universalité s’est finalement prosterné devant l’Unité ?

Pour l’amour de la Vérité qui est transparence.
Qui suis-je pour dénoncer ton particularisme ? Suis-je différent de toi ?
Ne sommes-nous pas tous reflet les uns des autres, faute de ne savoir utiliser notre libre-arbitre au service de l’Un ?
Et si toi Israël n’était que le reflet des nations ? Et si vous les nations n’étaient que le miroir d’Israêl ?

Le mensonge a créé des images auxquelles nous nous sommes prostitués pour répondre à notre insatiable besoin de sécurité.

L’instinct de survie qui manage nos corps et nos têtes, croit dur comme fer à la mort, sinon il ne ferait pas tout son possible pour y échapper. Pourtant en vérité, la mort est une illusion de l’esprit. Notre Ego est un pur produit de l’universel, il meurt à chaque incarnation retournant au sein de l’océan indifférencié d’où il est issu. Tandis que l’Âme lui survit puisqu’elle n’est qu’une infime partie de l’Unité Divine qui s’incarne encore et encore pour se parfaire et enfin retourner à La Source. L’âme apprend, l’Ego oublie…

Le débat qui oppose l’Universalité à l’Unité est le même que celui qui oppose l’Ego et l’Âme, et nous savons qu’en définitive, l’Ego ne peut gagner ….

Mikhal

balamm vs moiseBil’am vs Moïse le libérateur

Bil’am ou Balaam, grand astrologue de pharaon, grand prophète des nations et son prolongement dans l’histoire:

Pour faire face à l’identité spirituelle d’Israël, Balak, roi de Moav, fait appel à Bilam le prophète des nations, pour maudire Israël.

Or, Bilam, bien qu’opposé par essence à Israël, verra la sainteté qui rayonne par le peuple d’israël et ne pourra s’empêcher de Bénir ce peuple « qui est source de bénédiction ». (Bamidbar 22,12) et c’est par 3 fois qu’il donnera ses prophéties montrant à quel point ce peuple est exceptionnel dans toute son histoire Dans ses origines (Bamidbar 23, 7-10). Dans son existence continue (Bamidbar 23, 18-24). Dans son futur (Bamidbar 24, 3-9).

Cet « anti-Moïse », revient dans la personne de Nietzsche, qui, de par sa connaissance profonde du peuple juif, lui était également directement opposé. Sa recherche spirituelle l’amenant à l’enterrement de ce que le monde prenait pour la divinité, (le fameux, D. est mort et j’étais à son enterrement) et dépassant son antisémitisme, il viendra à dire: « Le monde change, les soleils tombent, et le D. d’Israël, vieux comme le monde, se prépare à revenir dans son monde et vers son peuple et nous nous réjouirons tous ensemble dans sa joie » (le gai savoir)

Pourim 1946 ! … Lorsque Julius Streicher, directeur du journal antisémite Der Stürmer de 1923 à 1945 et proche d’Hitler, fut amené sur l’échafaud après le procès de Nuremberg, il prononça quelques mots, dont la phrase : « Purim Fest 1946 ! » en référence au Livre d’Esther, dont il avait enfin compris tous les secrets …. Ce fut pour lui aussi, une manière de s’incliner devant l’Unité, en comprenant en dernier ressort, combien cette idée saugrenue de l’universalité, et son prolongement fatal : l’amoralité, sont des concepts arbitraires de l’esprit soumis au mensonge du corps de désir. Ce fut une excellente façon pour lui d’obtenir un espoir de réparation ( tikkun) pour le monde A-venir (Olam haba).

Explications:

Bil’am et moïse sont tous les deux des guilgoul* de l’âme d’Abel…

Ils ont tous les deux le même niveau prophétique. Ce qui les différencie : la morale … Or la morale est subjective !

Pourquoi Moïse a-t-il écrit le « livre de Bil’am » ?

Il y a deux écoles fondamentales de pensée et de conduite dans ce monde : L’une est morale, l’autre est libérale. L’une prône l’unité, l’autre oeuvre à l’universalité. Quest-ce que l’universalité si ce n’est une déviation de l’unité ?

L’amoralité et l’universalité sont en fait deux soeurs jumelles. Deux pensées qui se rejoignent pour honorer le Désir et finalement garantir son impérieux besoin de sécurité.

Nouvel-Ordre-Mondial-2La Dictature de l’Universel

Bil’am représente le monothéisme de l’universel qui exclut la différence du peuple d’israël qui ne peut dissocier la religion de la nation.

Il y a 4 types de réactions possibles des nations, par rapport à Israël, quand il se trouve asservi au milieu d’elles : ces 4 catégories sont incarnées, respectivement, par Pharaon et ceux qui, selon notre tradition orale, étaient ses trois conseillers : Job, Ytro et Bil’am.

PHARAON représente les nations qui ont conscience qu’Israël est une source de bénédictions, et qui veulent se servir de lui; elles combattent donc la dimension libératrice d’Israël.

JOB, incarne tous ceux qui laissent faire, c’est à dire la majorité silencieuse qui va ensuite subir catastrophes et souffrances, pour s’être tus devant les décrets imposés à Israël.

YITHRO, incarne ceux qui fuient et perdent tout ce qu’ils avaient, pour se séparer de cette infamie et manifester clairement leur refus total de participer à la destruction d’israël. Ils seront récompensés. Yithro sera le beau-père de Moshé, et ses conseils deviendront une part de la torah d’Israël; une paracha portera son nom et la majorité des juges du Sanhédrin sortiront de sa famille, à l’époque du 1er Temple; les descendants de Yithro reçurent le territoire de Jéricho et ses alentours, qui sont le symbole de l’espoir d’une réconciliation entre Israël et les nations.

Quant à BIL´AM, nos Maîtres affirment que c’était un personnage immense. Ils expliquent qu’Hachem, quand Il donna Moïse à Israël, voulait aussi doter les nations d’un homme équivalent, capable de capter, dans le même temps, un dévoilement divin concernant les nations. Son histoire illustre que rien ne peut autant détruire un homme spirituellement, moralement et même physiquement, qu’une mauvaise application de la foi.

Quand la spiritualité n’est pas totalement vraie, elle entraîne des déviations morales, des assassinats, tortures, et même des dépravations sexuelles.

Bil’am, qui était le seul dont l’âme était au niveau de celle de Moïse, est le pire ennemi d’Israël au point d´être à l’origine des décrets pris par l’Egypte pour asservir Israël, tuer les enfants mâles, etc… ?…

Nos Maîtres, il y a déjà des millénaires, ont expliqué que la déviation spirituelle de Bil’am est exprimée dans son nom qui est la contraction de » bli am « , qui veut dire: sans peuple.

Bli Am, c’est la religion de l’universel, qui refuse qu’un peuple dans l’histoire puisse avoir un sort différent des autres.

Ainsi, Bil’am devint le symbole de l’horreur, car il a refusé à Israël le droit à une existence religieuse séparée de celle des nations, en ayant une religion qui est aussi une identité nationale.

Le Projet du Maître du monde est un projet unique, mais avec 2 côtés à la fois. De même qu´il faut 2 rails pour que le train puisse rouler, il faut Israël et les nations. Bil’am a voulu être le rail unique, alors tout déraille. Il faut 2 jambes, pour avancer, 2 yeux, 2 oreilles ; il faut un père et une mère ; il faut toujours 2, pour donner la vie !…

Rav Dynovisz

balaamBil’am, prophète des nations pour la fin des temps

Le plus grand antisémite de tous les temps par

On a tendance, pour appréhender la suite des jours, à se référer aux Prophètes d’Israël : Osée, Amos, Habacuc, Zacharie, Malachie …, et on n’a pas tort, dans la mesure où ces prophètes sont inspirés par le Très Haut et ne prédisent que ce qu’Il a bien voulu leur communiquer, généralement dans leur sommeil. Mais, dans la mesure où tous ces prophètes sont issus d’Israël, on peut penser que leurs prophéties sont orientées pour le bien d’Israël, et donc quelque part sujettes à caution, et on tendance à oublier celui qui, de notoriété rabbinique, est considéré comme le plus grand prophète de tous les temps (plus grand même que Moïse, dit-on) à savoir Bil’am.

Raconter l’histoire de Bil’am demanderait trop de temps, aussi je vous invite à vous reporter à votre Pentateuque habituel : Livre Bamidbar, Les Nombres, section Balak. A ce stade ne retenons de Bil’am que deux caractéristiques ; il n’est pas juif, donc ses prophéties n’ont aucune raison d’être orientées en faveur d’Israël et, il a prophétisé en l’an 2488 de la création du Monde. Si cette date ne vous dit rien, reportez-vous 40 ans plus tôt, soit en l’an 2448, qui correspond à la sortie d’Egypte et au don de la Torah au mont Sinaï.

Quarante années plus tard, Moïse passe la main à Josué qui, avec les Hébreux nés dans le désert se prépare à conquérir la Terre promise. C’est un peuple composé de guerriers jeunes et déterminés. Ils sont tous âgés de moins de 40 ans, étant nés dans le désert, et non de pleutres nés sous l’esclavage égyptien, lire en Diaspora. Ils fourbent leurs armes pour reprendre la terre qui appartint à leurs ancêtres, contraints pour cause de famine à s’exiler en Egypte. Les descendants de Jacob et de ses douze fils transformés en douze tribus aux effectifs conséquents, sous la conduite de Josué et de Caleb ben Yéfouné, seuls rescapés des geôles égyptiennes, savent que les habitants des lieux ne vont pas leur céder la place sans combattre.

C’est peu de temps avant de franchir le Jourdain pour livrer leur première bataille à la ville fortifiée de Jéricho qu’intervient la prophétie de Bil’am.

Le plus grand prophète que connaitront les Nations prononce ses oracles. Oh, il n’est pas un chaud partisan d’Israël ; il serait même, de l’avis général, le premier grand antisémite, ou antisioniste, au choix, de l’Histoire, avant la lettre et avant l’invention du terme. N’oublions pas qu’il s’agit d’un mercenaire embauché à grands frais par le roi Balak pour maudire Israël. La malédiction à cette époque – cela n’a pas trop changé depuis quand on écoute le prêches des Ayatollahs – devait se traduire en victoire militaire pour Balak.

Bil’am aimerait beaucoup maudire Israël, mais il ne peut pas, pour la simple et bonne raison que l’Eternel ne le lui permet pas.

Il faut par conséquent lui reconnaitre au moins le mérite d’être un grand croyant, un homme de foi, qui ne s’écarte pas d’un iota de ce que D. lui met dans la bouche.

On peut à ce stade, faire un distinguo entre antisémitisme et antisionisme. Le premier terme se rapporte au « pauv » Juif empoté, faible et mû par la seule motivation de survivre parmi les Nations haineuses. A ce Juif sont rapportés quantité de qualificatifs méprisants tels que : avare, laid, animé par l’esprit de lucre, sale, débauché, faible, passif, sournois, voleur, comploteur dans l’ombre. Plus tard est même apparue l’accusation de déicide.

On constatera que dans l’oracle de Bil’am rien ne rappelle de près ou de loin ce type d’image. Bien au contraire, quel que soit le sens dans lequel on tourne ses bénédictions à double tranchant, on ne voit que des qualificatifs laudatifs, admiratifs, qui se rapprochent du « Peuple sûr de lui et dominateur « dont nous affublait le Général de Gaulle. Ce qui laisse penser que Bil’am ne s’adresse pas à des individus isolés mais bien à une nation conquérante, en voie de constitution. A ce titre Bil’am doit être considéré plutôt comme un antisioniste qu’un antisémite.

Bil’am commence son oracle en distinguant d’entrée le peuple juif des autres nations

« ce peuple, il vit solitaire, iI ne se confondra point avec les nations ». Les autres peuples n’ont pas de problème à se mélanger les uns aux autres, par épousailles ou par alliances. Ils ne disposent pas d’interdits alimentaires, festifs et autres mitsvot spécifiques qui le tiendront toujours à l’écart des autres Goyim (peuples).

Israël au contraire réclamera, comme le dit si bien Netanyahou à ce que l’Etat d’Israël soit reconnu comme un Etat juif, un Etat distinct, inassimilable parmi les Nations, puisque une fois sur sa terre il compte bien se tenir à l’écart des autres Nations et ne voudra jamais être intégré dans une confédération ou dans une quelconque assemblée de nations possédant des valeurs communes.

Ainsi aujourd’hui, Israël ne veut partager son sort avec aucun autre Etat de la région, ni céder une quelconque partie de ses territoires. Ce n’est donc pas tant le refus des Arabes de le considérer comme une entité acceptable dans le Moyen-Orient que le refus de l’Etat juif d’acquérir quelque valeur des pays qui l’entourent, qui le tient à l’écart.

Dans son second oracle Bil’am se réfère à la protectia toute particulière dont dispose Israël auprès de l’Eternel :

« Il n’aperçoit point d’iniquité en Jacob, il ne voit point de mal en Israël: l’Éternel, son Dieu, est avec lui, et l’amitié d’un roi le protège» …… « Il n’y a pas de magie à Jacob, point de sortilège à Israël: ils apprennent à point nommé, Jacob et Israël, ce que Dieu a exécuté ».

Rashi interprète ainsi le premier passage : Il Ne regarde pas trop de près l’iniquité de Jacob, s’il transgresse les Commandements et Ne cherche pas trop exactement à bien analyser leurs fautes.

Il existe manifestement, selon Rashi et aussi à la lecture littérale du texte, une tolérance toute particulière du Tout Puissant envers Israël, à l’inverse des autres nations qui sont jugées à l’aune de leurs actes.

Il est clair que Bil’am veut nous expliquer que oui, il y a de l’iniquité en Israël et que, oui le mal y est présent comme partout ailleurs, mais, que pour des raisons qui appartiennent au Tout Puissant, Il regarde ces choses mauvaises à travers une loupe déformante, avec compassion et tolérance. Est-ce dû à l’absence de magie et de sortilèges, coutumiers aux autres nations et non pratiquées en Israël ou est-ce tout simplement pour l’amour tout particulier de l’Eternel porte à son peuple favori qu’il extrait d’Egypte en infligeant les pires plaies aux Egyptiens. Quoi qu’il en soit Israël bénéficie d’un droit de faveur, voire d’un passe-droit, qui l’avantage considérablement par rapport aux autres Nations. Que faire contre cela ?

Et pourtant, si on observe la vie et la condition des Juifs à travers les siècles on ne voit pas trop où se situe l’indulgence de l’Eternel à l’égard de ce peuple méprisé.

A contrario, si l’on observe l’extraordinaire montée en puissance de l’Etat d’Israël depuis sa création (et même depuis la Seconde Alyah) on ne peut que donner raison à Bil’am.

Effectivement l’Etat d’Israël bénéficie, à n’en pas douter, d’une protection particulière de l’Eternel, même, comme nous dit Rashi, s’il ne respecte pas à la lettre les Commandements. Ce qui peut nous amener à penser qu’il importe assez peu à Hashem que l’Etat d’Israël a été construit par des Haloutsim, des pionniers, qui ne se souciaient guère du respect des Mitsvot. L’important est la confiance mise dans le D. d’Israël qu’Il soutiendra son peuple dans son retour à la terre de ses ancêtres.

Le parallèle entre la conquête de la terre par Josué et la conquête par les pionniers du XXe siècle est frappant. Et ce n’est pas par hasard que David ben Gourion avait le livre de Josué comme livre de chevet.

Non seulement D. aime ce peuple et est peu regardant pour ce qui est de ses transgressions mais il le tient informé directement ou par le biais des prophètes et des Sages de ce qu’Il entreprend « ils apprennent à point nommé, Jacob et Israël, ce que Dieu a exécuté ».

Enfin, le second oracle de Bil’am se termine par un réveil brutal qui sort Ie Juif de sa léthargie galoutique et le transforme en guerrier, en soldat de Tsahal:

« Ce peuple se lève comme un léopard, il se dresse comme un lion; il ne se reposera qu’assouvi de carnage, qu’enivré du sang de ses victimes! »

Le parallèle entre le Livre de Josué qui s’approprie progressivement le Terre sainte en livrant des batailles et les Guerres menées par le Palma’h, puis par Tsahal, est patent. Dans un cas il s’agit d’un peuple sorti de l’esclavage qui se régénère pendant quarante ans dans le désert, sans tradition guerrière, puis, part à la reconquête de Canaan, et de l’autre de pionniers venus de Russie au début du XXe siècle, puis d’immigrants qui n’avaient jamais tenu un fusil, fraîchement débarquées en 1948 des bateaux et envoyés immédiatement sur le champ de bataille.

La métaphore animalière qui sera reprise au troisième oracle presque mot à mot séduit manifestement Bil’am :

« II dévore les peuples qui l’attaquent … Il se couche, il repose comme le lion et le léopard: qui osera le réveiller ? ».

Elle vient nous apprendre deux choses d’importance : la première est qu’Israël n’attaque jamais en premier, il se défend contre ses agresseurs ; Tsahal, soit l’armée de défense d’Israël, n’est pas une abréviation usurpée, la seconde est que, si on le laisse tranquille, on n’a rien à craindre de lui.

Le troisième oracle se rapporte à Israël sur sa terre :

« Qu’elles sont belles tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël! Elles se développent comme des vallées, comme des vergers le long d’un fleuve; Dieu les a plantées comme des aloès, comme des cèdres au bord des eaux. La sève ruisselle de ses branches, et sa graine est abondamment arrosée ».

Bien des explications subtiles ont été écrites sur ces textes et je vous invite à vous rapporter à vos commentateurs habituels. J’en vois quant à moi, en considérant la littéralité du texte, une description d’Eretz Israël contemporain, tant matérielle que spirituelle.

Admettons que les « tentes de Jacob » soient les maisons d’études qui fleurissent aujourd’hui en Israël, non sans poser quelque fois des problèmes à l’autre Israël qui habite dans « ses demeures », il n’empêche que les deux cohabitent dans un lieu idyllique. C’est du moins ainsi que décrit Bil’am le nouveau Yishouv : vergers le long du fleuve, cèdres au bord des eaux, sève et aloès, graine est abondamment arrosée. On se croirait dans le Sharon ou dans la Shfela. Je doute même qu’à l’époque de Josué et de ses successeurs la terre fut si fertile et les tentes et les demeures si « belles »

Ce troisième oracle commence à aborder la suite des temps – ce qui sera complété dans le dernier oracle – et évoque la royauté d’Israël qui dépassera en puissance celle du Roi d’Amaleq :

« son roi est plus grand que n’est Agag, sa royauté grandira toujours plus haut ».

Il est clair que ce passage se rapporte à l’épisode où Samuel met à mort le roi des Amalécites, Agag, que Saül a épargné à tort ; ce qui d’ailleurs lui vaudra la perte de la royauté.

Donc, Bil’am fait référence aux règnes de David et de Salomon qui constituent une montée en puissance par rapport à celui de Saül. Dans un perspective contemporaine, Bil’am se réfère à la puissance politique et militaire montantes d’Israël qui, progressivement, ne sera plus tributaire des autres nations et aura atteint sa « souveraineté politique », autre façon de traduire la montée en puissance de la royauté.

Dans le quatrième et dernier oracle qui clôt les visions de Bil’am, celui-ci se réfère à l’avenir lointain, à la « suite des jours », comme l’on dit en hébreu. C’est dans ce passage que Bil’am fait état de ses extraordinaires capacités prophétiques. Il commence par s’envoyer des fleurs en se positionnant comme le prophète absolu :

« l’homme au lucide regard, celui qui entend le verbe divin et connaît le secret du Très-Haut, qui perçoit la vision du Tout-Puissant, qui fléchit, mais dont l’œil reste ouvert ».

Il convient de s’interroger sur la validité de ces compétences hors du commun. Pour mieux comprendre la personnalité et les talents particuliers de Bil’am, je vous reproduis un texte que j’ai rédigé en Octobre 2008 qui vous montrera en quoi Bil’am est effectivement le plus grand des visionnaires:

Nos sages sont unanimes : Bil’am ou Bli’am (homme sans peuple) possédait un degré de prophétie supérieur à celui de Moïse. Etonnant, comment cela est-il possible ?

La Guemara dans Brakhot 7A, nous fournit une bonne piste de réflexion. En effet, il est dit que Bil’am était le seul homme à posséder un don tout à fait exceptionnel. Je dis bien un « homme », car le Talmud nous explique que les animaux, ou du moins certains d’entre eux, tels le coq, connaissent d’instinct, le moment précis où Dieu se met en colère. Bilam manifestement partageait ce don avec le coq. Il connaissait l’instant précis où D. se fâche, et utilisait cet instant pour parvenir à ses fins, qui en général, consistait à maudire les Hébreux.

La première question qui se pose est : D. peut-il se mettre en colère ? Une fois encore, les Sages sont unanimes, en citant les passages appropriés : oui D. peut des mettre en colère, de la même manière que D. prie. Que demande-t-Il dans sa prière ? Rav Zoutra Bar Touvia nous dit : D. prie pour que « Sa miséricorde l’emporte sur Sa colère ». Preuve supplémentaire que D. est capable de colère.Cette colère ne dure qu’un instant, qui en hébreu se dit réga.

Un instant-réga n’est pas une mesure de temps approximative, comme dans l’hébreu courant, où la caissière dit à une cliente qui s’impatiente « réga Givérét », un instant, madame. C’est une mesure de temps précise, qui servait aux sages de l’époque dans toutes sortes de calculs astronomiques. La mesure du réga varie légèrement selon les sources.

Ainsi dans ce passage du Talmud Brakhot, réga représenterait 1/ 58888 d’heure, soit 0.061 seconde. Dans d’autres textes on obtient 0.044 seconde. Cette fraction de seconde intervient lors des trois premières heures du jour. Et pourquoi D. se met en colère ? La Guemarra précise que D. s’emporte contre les Rois de l’est et de l’ouest, qui, aux trois premières heures du jour, ôtent leur couronne pour se prosterner devant le soleil levant.

Bilam, mercenaire de Balak, est invité, et grassement payé, pour maudire les enfants d’Israël, et, a toutes les chances d’y parvenir si D. s’était effectivement mis en colère à cet instant précis, ce jour précis. Le Talmud nous dit qu’il ne serait pas resté grand-chose des Hébreux. Or Hachém décide de modifier son mode opératoire habituel, pour que la malédiction de Bilam soit inopérante. Vous connaissez la suite : le peuple d’Israël eut droit à la plus belle bénédiction de son histoire, énoncée par le plus grand, le talentueux et le plus foncièrement méchant prophète des Nations, de tous les temps.

Le Guemara nous explique que le coq connait d’instinct l’instant précis où D. se met en colère. Cela se manifeste par un blanchiment soudain de sa crête et le fait qu’il se tient sur une seule patte. Or, la Guemara raconte que Rabbi Yéoushua ben Lévi était tout le temps importuné par ce que le Talmud appelle un Min, qui contestait sans cesse les versets de la Torah ; Rabbi Yéoushua, excédé, décide de le maudire, à la manière de Bil’am. Il prend donc un coq, l’attache au pied de son lit et attend le moment propice qui lui serait révélé par le changement de physionomie et de comportement du coq. Manque de chance, le rabbi s’endort, et le moment fatidique passe. A son réveil, au lieu de se désoler d’avoir laissé passer l’instant propice à la malédiction, il de réjouit de n’avoir pas eu à maudire qui que ce soit, même le plus mécréant des mécréants.

Cette page du talmud nous interpelle à plusieurs titres. D’abord sur l’existence effective de prophètes, mages, visionnaires de tout poil, qui ne proviennent pas de la communauté d’Israël et qui, à certains égards sont plus affûtés que les prophètes juifs. Qu’ils soient tournés vers le bien ou vers le mal est affaire d’interprétation, mais une chose est certaine, nous n’avons rien à gagner à les écouter ou à nous attacher à leurs pas. Certains parmi eux possèdent une propension au mal qu’ils ont largement prouvé dans le passé, profitant d’une absence passagère de D. (ou, colère divine) pour nuire aux juifs. Les exemples abondent. Bil’am d’ailleurs, n’ayant pas réussi à maudire les Hébreux, s’est rattrapé par la suite en les engrainant dans une vague de débauche qui leur a coûté fort cher.

La colère de D. est tournée contre « les rois de l’est et de l’ouest » qui se prosternent devant le soleil. Il me semble – interprétation personnelle – que l’on peut aller plus loin dans la définition de ces rois. Ne s’agit-il pas des chefs, matériels ou spirituels, de ce monde, qui n’ont pas trop bien compris qui le dirige effectivement, et qui auraient tendance à se prosterner devant le Pouvoir, la Richesse qui brille comme le soleil, et plus généralement devant de faux dieux qu’ils considèrent comme parfaitement authentiques et opérants. Maudire quelqu’un, même une petite malédiction de rien du tout qui ne tire pas à conséquence, est une erreur qui peut être lourde de conséquences. Qui nous dit en effet que cette malédiction n’aura pas été entendue là-haut ? Placer D. aux abonnés absents, peut s’avérer à la fois stupide et dangereux, parce que notre niveau de prophétie et plus proche d’epsilon que de Moïse.

Le début de cette dernière prophétie a été abondamment commenté car elle traiterait du Roi messie à venir «un astre s’élance de Jacob, une comète surgit du sein d’Israël, qui écrasera les sommités de Moab et dominera les fils de Shét ».

L’astre ou plutôt l’étoile (Ko’hav) a fait penser à Rabbi Aquiva que le Messie n’était autre que Bar KokhBa ou Bar Koziba, Fils de l’Etoile. Ce ne fut pas le cas. Les Chrétiens s’en sont emparés en l’attribuant à leur Prophète. Il semblerait que là encore il y ait eu usurpation; donc, l’astre ou l’étoile est encore à venir.

Seule certitude nous dit Bil’am, cet homme-astre est issu de Jacob/Israël. Nous en sommes flattés et attendons son arrivée avec impatience.

Manifestement pour Bil’am il s’agit non pas d’un Messie pacifique mais d’un guerrier qui livrera des batailles aux ennemis d’Israël. Passons en quelques-uns en revue :

Dominera tous les enfants de Shéth » La dénomination « Les descendants de Seth » ainsi que le verbe « dominer » posent un très gros problème dans la mesure où Shét est le seul fils survivant d’Adam qui, par définition, a donné naissance à l’Humanité toute entière. Est-ce à dire que toutes les nations du monde seront les adversaires d’Israël et qu’Israël aura à les affronter toutes ?

Le grand Rabbin Zadoc Kahn dans la traduction officielle de la Bible par le rabbinat à son époque (fin du XIX e siècle), conscient de cette difficulté, préfère botter en touche et traduire « les fils de Shét » par « les enfants de l’orgueil ». J’ignore où a t-il été chercher cette expression. Rashi qui n’a pas froid aux yeux, confirme que les enfants de Shét représentent toute l’Humanité.

Et Onqelos, le génial prosélyte et traducteur/commentateur de la Torah en araméen, va encore plus loin en traduisant le verbe « qarqar » que j’ai traduit par « dominer » par « contrôler, gérer, gouverner » (Shilton signifiant pouvoir).

Le rabbin Elie Munk dans son célèbre commentaire en français de la Torah nous rappelle que le Targoum de Jonathan nous dit que les enfants de Seth sont Gog et Magog dont la valeur numérique correspond à 70, soit au nombre total des Nations.

Donc, à la fin des temps, Israël fera la guerre à Gog et Magog et les anéantira. Ce qui revient exactement au même, mais est dit dans des termes plus ambigus.

Donc, soyons clairs, Bil’am nous annonce que, dans un avenir lointain, lorsqu’un astre, une étoile, quelque chose ou quelqu’un émergera d’Israël/Jacob, ce dernier sera appelé à dicter sa loi au monde entier. Quelle outrecuidance ! C’est là précisément que j’apprécie qu’une telle prophétie ne soit pas prononcée par un prophète d’Israël mais par un visionnaire qui non seulement déteste Israël mais n’est pas issu de ses rangs. Cela donne un tout autre poids à ses dires.

Edom, pour nos sages est clairement synonyme de l’empire Romain et, par extension, de la Chrétienté triomphante, puis de l’Occident éclairé tout entier. Edom est devenu le symbole de l’antisémitisme.

Ce qui commença avec l’empire Romain qui supprima jusqu’au nom d’Israël pour le remplacer par « Syria Palæstina » qui baptisa Jérusalem par le doux nom de « Aelia capitolina », se poursuivit en Europe sous les formes les plus ignobles. Bil’am tient à nous préciser qu’aux temps futurs Israël, non seulement se libérera de l’oppression d’Edom mais leur livrera une guerre victorieuse.

Amaleq quelque fois associé à Edom est l’archétype de l’ennemi implacable d’Israël qui devra être combattu à chaque génération. Rappelons qu’Amaleq fut le premier de tous les peuples à attaquer Israël dans le désert du Sinaï, en s’en prenant plus particulièrement aux traînards, vieux et enfants. Le territoire d’Amaleq dans les temps bibliques était voisin de celui d’Edom d’où sans doute l’association d’idées entre ces deux peuples .

Des flottes partiront de Kittim. Nos sages nous expliquent: Des flottes partiront de Lombardie et s’allieront avec des légions venant de Constantinople. Ils asserviront les Assyriens et les repousseront de l’autre côté de l’Euphrate. Bil’am n’oublie pas les Ismaélites.

Le Zohar nous explique qu’il ne faut pas lire מי יחיה משמו אל (qui peut vivre quand D. ne l’a pas voulu) mais מי יחיה מישםעאל (qui survivra à l’époque des Ismaélites).

Rabbi Shimon bar Yohaï dans la talmud Sanhédrin nous dit : « Qui survivra à l’époque des Ismaélites ? Ce sont eux qui livreront les dernières batailles avec leur férocité coutumière contre les Juifs. Le Zohar toujours rappelle qu’à la fin des temps les ismaélites mèneront trois guerres contre Israël : une sur mer, une sur terre et une contre Jérusalem.

La tradition juive porte un jugement extrêmement sévère sur Bil’am. Il est, selon la Guemarra Sanhédrin (90) un des quatre personnages qui n’aura pas droit au monde futur, ce qui représente le comble de la punition infligée à un humain et pourtant les sages admettent – il serait difficile d’en faire autrement – que Bil’am reconnaissait et respectait D.

Ce jugement est d’une sévérité extrême et passablement injuste à mon très humble avis, parce qu’en fin de compte ce qui importe ce sont les mots prononcés et la trace laissée sur le devant de l’Histoire. Les bénédictions, même en sous teinte, prononcées par un Prophète visionnaire qui ne faisait pas partie d’Israël ont marqué l’inconscient collectif bien plus que celles prononcées par les Prophètes d’Israël, .

Il est le premier à avoir changé l’image du peuple juif qui, d’une assemblée d’esclaves, est appelé à devenir un peuple conquérant et créatif qui façonnera l’Histoire du monde. Ce qui a commencé avec Josué et qui continue aujourd’hui en Eretz Israël. Si l’Etat juif est en mesure de tenir sa place et d’imposer sa marque dans une immense région peuplée uniquement d’ennemis, si les Juifs raflent 22 % des prix Nobel, si Israël fait la une des journaux alors que tant d’autres choses graves se déroulent de par le monde et que personne n’en parle, cela ne doit pas être considéré comme une surprise. Il suffit de se reporter aux oracles de Bil’am ; tout y est écrit et décrit.

Une braïta (terme désignant une tradition orale juive non incorporée dans la Mishna) nous dit que « Moïse a écrit son Livre ainsi que le Livre de Bil’am et le livre de Job. Ce qui signifie deux choses : que le Livre de Bil’am (et celui de Job) ont un poids et une crédibilité considérables puisqu’ils ont été rédigés par le même Moïse qui a écrit la Torah d’Israël, mais aussi que ces deux livres exogènes doivent bénéficier d’une vie propre, et je rajouterais d’un message , voire d’un avertissement universel : détestez les juifs tant que vous voulez, vilipendez l’Etat des Juifs, ça ne changera rien.

Ce peuple, qui aujourd’hui possède un espace vital qui lui appartient est l’acteur principal dans l’écriture de l’Histoire. Pourquoi, et bien tout simplement parce qu’il bénéficie d’une protectia spéciale du Tout Puissant. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Bil’am….

Arié

Note :
* La notion de guilgoul, au pluriel guilgoulim, se différencie de l’idée de la réincarnation par la connaissance de « la pluralité de l’âme Unique », qui se décompose en plusieurs niveaux. L’âme se divise en plusieurs étincelles et peut ainsi habiter plusieurs corps.

Sources :
http://geopolitique-biblique.blogspot.co.il/
http://www.ravdynovisz.tv

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