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Par Laly Derai

Une reine venue d’ailleurs convertie au judaïsme ; un tombeau considéré comme l’une des merveilles du monde antique ; une riche française juive dont les volontés ne sont pas respectées par ses descendants ; la profanation d’un lieu saint, le silence des autorités françaises, les liens avec le Consistoire…

tombeau des rois 4Il ne s’agit pas d’une fresque historique et romanesque, mais de l’histoire, tout à fait réelle, du « Tombeau des rois », un site archéologique de première importance situé à Jérusalem. Judaïsme, politique, histoires de familles, diplomatie, tout se mêle et s’imbrique dans ce récit qui débute il y a 2 000 ans, mais qui est toujours d’une actualité brûlante…

Le tombeau de la reine Hélène

En plein cœur de Jérusalem, à proximité de la route n°1, qui relie le nord de la capitale à la porte de Jaffa, se trouve l’un des monuments historiques les plus passionnants de notre pays. Non seulement à cause de l’identité des personnages qui y sont inhumés ou bien pour la beauté de cette merveille archéologique, mais surtout à cause de la controverse autour de la propriété de ce site.

Il s’agit du « Tombeau des Rois », nommé ainsi par erreur par l’archéologue français De Saulcy, persuadé d’y avoir découvert la sépulture des rois de Judée.

tombeau des rois 5Ce monument est décrit pour la première fois par l’historien Flavius Josèphe, qui affirme qu’il s’agit là d’une des sept merveilles du monde.

En effet, les dimensions imposantes du mausolée, l’architecture particulière, les trois pyramides – aujourd’hui disparues – couronnant la façade de 28 mètres de haut, les décorations, les rosaces et les fresques font de ce lieu un véritable trésor d’un point de vue archéologique, architectural et historique.

Aujourd’hui, il est avéré qu’il s’agit en fait du tombeau de la reine Hélène d’Adiabène, dont le royaume se situait en Mésopotamie dans l’actuel Kurdistan. Convertie au judaïsme aux alentours de l’an 30 de l’ère vulgaire, cette même reine Hélène est abondamment citée dans le Talmud pour sa générosité et pour le soutien qu’elle apporta en toutes circonstances au peuple juif de Judée et de Galilée.

La Guémara rapporte par exemple qu’alors qu’une famine sévissait à Jérusalem, Hélène envoya des navires chercher du blé et d’autres céréales à Alexandrie et des figues sèches à Chypre pour les faire distribuer aux habitants de la ville sainte. Le Talmud rapporte également les nombreux cadeaux que fit la reine Hélène au Beth-Hamikdach ainsi que les trois périodes de « naziréat » qu’elle s’imposa, suivant ainsi les instructions des Sages de son époque.

Le « déplacement » des sarcophages

Historiquement, ce magnifique monument reste intact jusqu’en 1847, date à laquelle le gouverneur ottoman de Jérusalem, appâté par les légendes selon lesquelles ce lieu abriterait un trésor, entreprend des fouilles qui endommagent sérieusement le site.

En 1864, les prospections reprennent, sous la direction de Félicien de Saulcy, un archéologue travaillant pour la France avec l’aval des autorités ottomanes. De Saulcy est persuadé qu’il est sur le point de découvrir les sépultures des grands rois de la Bible, David et Chlomo.

L’inscription trouvée sur l’un des sarcophages et indiquant que ce dernier renferme les ossements de « Tzada Malkata », la reine Tzada, le conforte dans ses illusions puisqu’il est certain qu’il s’agit de l’épouse du roi Tsidkiyahou (Sédécias).

Lorsque les Juifs de Jérusalem apprennent que l’archéologue est en train de déterrer des ossements juifs, ils préviennent immédiatement la plus haute autorité spirituelle à cette époque, le « ‘Ha’ham Bachi, rav ‘Haïm David Hazan, qui se plaint auprès des deux philanthropes juifs que sont Sir Moché Montefiore et le Baron de Rothschild.

Les deux hommes parviennent à convaincre les Turcs de mettre un terme aux fouilles, mais il est déjà trop tard. De Saulcy a embarqué avec le feu vert des Ottomans, les sarcophages dont celui d’Hélène (voir encadré). Aujourd’hui, ces sarcophages se trouvent dans les caves du Musée du Louvre, à Paris.

tombeau des rois 3Entre temps, le grand rabbin de Jérusalem, le rav Chmouel Salant, prend connaissance de cette affaire. Il envoie une lettre au grand rabbin de France, le rav Lazare Isidor, dans laquelle il lui demande d’exiger des autorités françaises qu’elles cessent ces profanations. En attendant, le rav Salant fait transférer les ossements profanés par l’archéologue français tout près du tombeau de Chimon Hatsadik, situé lui aussi à proximité de l’actuelle route n 1.

Le don de la famille Pereire

Le rav Isidor est quelque peu gêné par cette affaire qui le met en porte à faux par rapport aux Français d’une part, mais aussi par rapport aux autorités spirituelles du Yichouv. Il se tourne donc vers Mme Bertha Bertrand Pereire, une richissime philanthrope juive, qui consent à faire l’acquisition du caveau.

Mais, selon les lois ottomanes, un particulier juif ne peut pas acheter de terrain appartenant à l’Empire ottoman. Pereire fait donc appel au consul de France à Jérusalem, M. Salvatore Patrimonio, qui achète la parcelle en son nom, pour la somme de 30 000 francs.

Au cours d’une émouvante cérémonie, Bertha Pereire fait officiellement cadeau de son acquisition au Consistoire Central. Dans une lettre datée du 23 avril 1874, elle déclare :

« Je soussignée, Bertha Amélie Bertrand Pereire, déclare qu’en faisant l’acquisition des terrains sur lesquels se trouve le tombeau dit  » Tombeau des Rois  », à Jérusalem, je n’ai d’autre but que la conservation de cet antique et vénérable monument. J’appartiens par mon père, Ovadia Lévy et par ma mère, Noémie Rodriguez Henriquez, à des familles israélites. C’est en souvenir de mes ancêtres que je veux préserver de toute profanation le tombeau des Rois d’Israël ».

Le rabbin Isidor confirme dans cette lettre “ avoir la certitude que les terrains acquis par [Mme Pereire] resteront à jamais propriété israélite préservée de toute profanation comme de toute aliénation ”.

Bertha Pereire fait construire une muraille autour du mausolée et emploie un gardien chargé de “ vérifier qu’aucun étranger n’y pénètre et qu’aucun impur ne le traverse ”.

Bertha Pereire décède, ses fils, Émile et Ernest, également et, en 1885, intervient un tournant historique dans cette affaire. Agissant en accord avec le testament d’Émile et Ernest, l’héritier des deux frères, Henry Pereire, fait don du caveau à la France et ce, bien que leur mère en ait officiellement fait cadeau au Consistoire.

On ne connaît pas les raisons qui ont poussé les deux frères à agir de la sorte, mais ce qui est certain, c’est que ce tour de passe-passe est le résultat d’une lacune bureaucratique puisqu’il s’avère que le consul Patrimonio, chargé par Mme Péreire d’acquérir le terrain, n’avait en fait jamais fait les démarches pour transmettre les titres de propriété des mains du consulat à celles de Bertha Péreire.

Le 20 janvier 1886, le contrat est signé. Il comporte plusieurs conditions, parmi lesquelles la suivante : “ Le gouvernement français s’engage à n’effectuer, dans l’avenir, aucun changement dans la destination actuelle de ce monument ”.

Le pèlerinage juif sur la tombe serait donc à jamais permis ainsi que les prières, et le gouvernement français s’engageait à protéger ce lieu saint contre toute profanation.

Jusqu’en 1948, l’accès au mausolée était plus ou moins libre, bien que payante pour les Juifs et nécessitant une autorisation écrite du consulat français.

Entre 1948 et 1967, la partie orientale de Jérusalem est entre les mains des Jordaniens et avec elle, « le Tombeau des rois ».

Après la guerre des Six jours, au cours de laquelle Israël reprend le contrôle de la partie Est de sa capitale, les visites se font certes plus rares, suite aux menaces sécuritaires dans ce côté-ci de la capitale, mais ceux qui le désirent peuvent se rendre sur les lieux pour y prier et visiter ce vestige historique.

Mais les choses se détériorent il y a quelques années, lorsqu’une organisation arabe qui se fait appeler Yabous, en référence aux Jébuséens, l’une des sept tribus du pays de Canaan, décide d’organiser sur les lieux… un festival annuel de musique arabe. Le parrain de cet événement n’est autre que le consulat français de Jérusalem !

En outre, durant les restes de l’année, l’accès est quasiment interdit au public, comme à l’époque du Mandat britannique où il fallait demander l’autorisation du Consulat pour pénétrer dans le caveau.

Des travaux de rénovation sont en cours depuis plus de sept ans et le gardien arabe, présent sur place, et dont la charge se transmet de père en fils, ne laisse entrer personne sans autorisation préalable et sans avoir été payé.

Le retour sur la scène du Consistoire

Il y a plusieurs années, lors d’un voyage en Israël, le président du Consistoire Joël Mergui est alerté par Haïm Berkovitch sur la particularité du site. Berkovitch qui connaît parfaitement l’historique du tombeau, fait la visite des lieux à Joël Mergui. Il lui fait état de l’impossibilité pour les Juifs de venir s’y recueillir et mentionne la tenue du festival de musique arabe sur ce lieu saint du judaïsme.

tombeau des rois 2Joël Mergui qui considère le Consistoire comme le garant de la préservation du patrimoine juif français, demande alors à Haïm Berkovitch de faire le suivi de ce dossier passionnant.

Ce dernier rend visite au consul général adjoint de l’époque, M. François-Xavier Léger.
Au cours de leur discussion, Berkovitch demande que soit accordée une entière liberté de culte juif sur les lieux ainsi que l’annulation du festival.

M. Léger déclare à son interlocuteur qu’il ne peut pas annuler le festival, mais consent à tolérer des visites de fidèles juifs une fois par mois et en nombre restreint. Ils décident ensemble de créer un comité conjoint qui se réunira régulièrement pour débattre de toutes les questions liées au site.

Depuis, un nouveau consul général adjoint a été nommé. Il s’agit d’Olivier Plançon, à qui Berkovitch a demandé une officialisation du statut du comité. Selon Berkovitch, interrogé par Hamodia,  » ce comité devrait obtenir un statut officiel qui lui permettrait d’empêcher à jamais toute profanation comme le festival de musique ».

Une autre éventualité est avancée: transmettre la gestion des lieux au Consistoire, en tant que gardien du patrimoine juif français. Comme c’est le cas par exemple pour la Synagogue de la Victoire, qui appartient à la ville de Paris, mais qui est gérée par le Consistoire:

« Pourquoi des sites chrétiens, comme l’Église de Ste Anne, qui fait elle aussi partie des territoires français de Jérusalem, est-elle gérée par des Chrétiens, en l’occurrence les Pères blancs, et un site juif, comme le tombeau des Rois, ne peut-il pas être gérée par des Juifs ? », s’interroge Berkovitch.

Dans quelques semaines, nous célèbrerons Lag Baomer. ( note : en réalité c’est demain le 33è jour du Omer 6 mai 2015)

Durant des siècles, les Juifs avaient la coutume de se rendre, ce jour-là sur la tombe du beau-père de Rabbi Akiva, Kalba Savoua. Cette coutume sera-t-elle renouvelée cette année ?

La réponse se trouve au consulat général de France à Jérusalem…

Laly Derai.

Le « Tombeau des rois », descriptif

Du point de vue architectural, le  » Tombeau des rois  » est composé d’un mausolée monolithe (taillé dans le roc) comprenant un escalier monumental, une cour immense, un vestibule et des salles souterraines renfermant trente et une tombes.

Il contient donc la tombe de la reine Hélène, mais également celle de son fils, Izatès II et probablement d’autres membres de cette famille royale. Mais pas seulement. En effet, selon la thèse de nombreux archéologues, confirmée par plusieurs rabbanim et kabbalistes ainsi que par des historiens chrétiens, le « tombeau des Rois » renferme également les tombeaux de Kalba Savoua, le richissime beau-père de Rabbi Akiva, et de Nakdimon Ben Gourion, une des plus grandes fortunes de l’époque précédant la destruction du Second Temple.

Selon le traité Guittin, Nakdimon Ben Gourion et Kalba Savoua possédaient des réserves de nourriture qui auraient suffi pour nourrir tous les habitants de Jérusalem durant vingt ans. Le Midrach, pour sa part, parle abondamment des citernes de Nakdimon Ben Gourion, destinées à abreuver les pèlerins venus à Jérusalem à l’occasion des trois fêtes.
Le Ari zal indique que ce caveau est un lieu propice aux prières concernant la pluie et la Parnassa et, au fil des siècles, les Juifs ont pris l’habitude de s’y rendre le jour de Lag Baomer. L.D.

Le sarcophage d’Hélène de retour (provisoire) à Jérusalem

Cent cinquante ans après l’avoir quitté, la reine Hélène a officiellement retrouvé, le 21 septembre dernier (2011), Jérusalem. Ou plutôt, ce qui est considéré par les experts comme son sarcophage a été exposé à partir de ce jour-là et durant quatre mois dans la nouvelle aile du Musée d’Israël dans la capitale. C’est en effet le Musée du Louvre qui a accepté de  » prêter  » à celui d’Israël cette pièce d’une tonne dont c’était là le premier déplacement à l’étranger et.sa première présentation au public. Comme si le Louvre voulait se faire pardonner quelque chose…

La situation a évolué, qui contrôlera le tombeau des Rois ?

Ces derniers jours ( mai 2015) , il y a des discussions pour savoir qui va contrôler le complexe nommé les « Tombeaux des Rois », qui a été acheté par le gouvernement français en 1870.

Qui va contrôler les tombeaux des rois de Jérusalem? Cette question est actuellement en discussion au sein du tribunal rabbinique à Jérusalem car chacun des propriétaires veut en être le gérant : le gouvernement français et les rabbins de Jérusalem.

Le tombeaux des Rois est un grand mausolée dont le surnom a été donné du temps du Second Temple, il est situé à Salah al-Din à l’est de Jérusalem, au nord de la vieille ville de la porte de Damas. La première mention écrite dans la guémara a été écrite au milieu du 17ème siècle.

En 1878, ce lieu de sépulture a été acheté par la famille juive française nommée Ferrer, et après son père a livré le composé en 1885 au gouvernement français. Le nombre de sarcophages trouvés dans la grotte de sépulture ont été envoyés en France et sont maintenant au musée du Louvre à Paris. Herzl, a par ailleurs, visité le site un peu plus d’une décennie plus tard .

Selon des sources familières et les détails de l’affaire, de ces jours ci, les autorités françaises, et les différentes organisations et le tribunal rabbinique à Jérusalem ont entamé des discussions pour tenter de faire revenir ce composé à la Jérusalem juive et sous propriété israélienne, par le fait que ce site est juif.

« Au 19e siècle, il a été volé par le gouvernement français, car ils étaient les seuls dirigeants sur place. Le gouvernement français ne savait pas comment réagir. Ils reconnaissent que cela est un lieu de sépulture juive, mais ne veulent pas renoncer à la propriété, en partie parce qu’elle fait partie du complexe de l’est de Jérusalem et ils craignent des conséquences politiques. »

Alors que les discussions se poursuivent, pour la première fois en cinq ans les Juifs ont été autorisés à entrer dans ce lieu en coordination avec le gouvernement de la France. « Au fil des ans, l’endroit a été fermé sous prétexte de rénovation. Les rénovations ne se produisent pas dans la pratique et ont été utilisées comme une excuse. « selon la co-coordinatrice des groupes des voyages des fidèles de la Première Fondation de Jérusalem.

Sources

Article de 2011 http://www.hamodia.fr/

Article de 2015 http://alyaexpress-news.com/

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