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par Chalom Chainere

Shavouot4Nous nous approchons de la fête de Chavouot. Nous comptons les jours avec passion. Comme le dit le Séfer Ha ‘hinoukh, à l’instar d’un esclave qui se trouverait sous une chaleur torride et qui attendrait avec impatience de se mettre à l’ombre, ainsi nous attendons avec nostalgie le don de la Torah.

Cette mélancolie se manifeste quotidiennement, lorsque nous récitons les bénédictions qui précèdent la lecture du Chéma.

La lumière de la Torah

Les Sages de la Grande Assemblée ont composé ces bénédictions en se basant sur le Psaume 19 qui débute en louant les lumières célestes qui nous éclairent, « Sur toute la terre s’étend leur harmonie, et leurs accents vont jusqu’aux confins du monde, là où D.ieu a assigné une demeure au soleil » (verset 5) et qui passe ensuite à la louange de la Torah, « La doctrine de l’Eternel est parfaite: elle réconforte l’âme. Le témoignage de l’Eternel est véridique: il donne la sagesse au simple » (verset 8).

Les louanges étant récitées dans un ordre croissant, cela signifie que la luminosité de la Torah dépasse celle du soleil, de la lune, des étoiles et de tout le firmament.

Ainsi stipule rabbénou Ba’hié dans son ouvrage Kad Hakéma’h, nous évoluons de la Birkat Haméorot vers celle de Ahavat Olam « afin de nous enseigner qu’il existe une lumière qui dépasse celle du soleil, c’est celle de la Torah, et c’est pour cela que les ‘Hazal ont fixé de réciter véhaèr énénou béToratékha après la bénédiction de Yotser Haméorot ».

La bénédiction au Bet Hamikdach

De même, nous prions constamment d’avoir le mérite d’assister à la reconstruction du Bet Hamikdach et nous ajoutons, après la Séfirat HaOmer, la supplique « Hara’haman… », à travers laquelle nous exprimons notre envie d’assister à nouveau au Sacerdoce du Temple.

Or, nous avons une description exacte du Korban Hatamid, le sacrifice quotidien. Une fois que la viande avait déposée sur le feu de l’Autel, les Cohanim se rendaient dans la Lichkat Hagazit et là, le responsable leur donnait l’ordre de réciter « une bénédiction », et selon la Michna (Tamid 5, 1) et le Talmud (Bérakhot 11b), il s’agissait de la bénédiction sur la Torah, celle de Ahavat Olam.

Autrement dit, en plein milieu du Sacerdoce, lorsque le cœur des Cohanim battait la chamade et s’élevait vers les hautes sphères, c’est alors qu’ils exprimaient leur reconnaissance à Hachem pour leur avoir octroyé la Torah.

La spécificité de cette bénédiction

Le Elyah Rabba (224) rapporte que réciter la bérakha de Ahavat Olam avec une grande kavana est une ségoula pour se rappeler ce que l’on a étudié.

Le Toldot Yaacov Yossef rapporte au nom du Baal Chem Tov que la raison du retard de la venue du Machia’h est que l’on ne s’attarde pas suffisamment sur la bénédiction de Ahavat Olam.

Le Yessod Véchorech Haavoda nous exhorte à réciter cette bérakha avec le sentiment d’un immense amour envers D.ieu, ce qui est en soi-même une mitsva de la Torah. Puis, cet amour doit se développer en une supplique de nous donner les moyens de pouvoir comprendre la Torah, le point d’orgue de cette prière étant que nous puissions constamment être source de Na’hat Roua’h – plaisir pour notre Créateur.

En effet, cette bakacha – demande est différente des autres demandes qui parsèment notre prière.

Alors que dans la prière de la Amida, nous rentrons directement dans le vif du sujet et prions Hachem de nous octroyer la Téchouva, le pardon, la délivrance, la guérison, l’abondance etc., ce n’est pas le cas en ce qui concerne la bérakha de la Torah. Nous faisons précéder une longue introduction dans laquelle nous Le supplions, en vertu de Son amour envers nous, puis en vertu de notre Zékhout Avot – mérite de nos ancêtres, puis en vertu de Sa pitié et de Sa miséricorde…

Ce passage qui introduit la supplique de la Torah met en exergue que pour nous, Am Israël, le fait de prier pour mériter de comprendre et vivre la Torah n’est pas une prière comme la santé et l’abondance, dont on peut se passer au pire des cas…

Combien de gens sont-ils malheureusement dépourvus de santé ou d’abondance, et vivent pourtant ! Par contre, la Torah est notre vie et sans elle nous n’avons pas de place en ce monde !

La Torah est pour nous une condition sine qua non de notre existence !

Même dans la prière de Arvit dans laquelle la bénédiction Ahavat Olam est plus courte, nous stipulons, clairement bien que succinctement, que notre vie dépend de la Torah : « Ki hem ‘hayénou véorekh yaménou – Car Tes préceptes sont notre source de vie et notre longévité ».

Toute notre vie est régie par la Torah, depuis l’instant où nous nous levons jusqu’àu lendemain matin. Chaque souffle est entouré de règles et de lois qui nous rapprochent de notre Créateur, comme il est dit : « Aime l’Éternel, ton D.ieu, écoute Sa voix, reste-Lui fidèle : c’est là la condition de ta vie et de ta longévité… » (Dévarim 30, 20)

La profondeur de cet amour

Rabbi Godl Ayzner zatsal, l’illustre Machguia’h de la yéchiva de ‘Hidouché Harim, demanda un jour à un ba’hour pourquoi reprenait-il à chaque fois une deuxième portion de poisson. Le ba’hour lui répondit qu’il aimait le poisson. Rabbi Godl, avec son sourire désopilant, répliqua que celui qui aime véritablement le poisson ne le consomme pas. Bien au contraire, il le dépose délicatement dans un bel aquarium et veille à ce qu’il reçoive sa nourriture trois fois par jour… !

« Tu t’aimes et c’est pour cela que tu reprends une portion de poisson… ! » conclut le Machguia’h, abandonnant le ba’hour à ses réflexions, après cette magistrale leçon.

Nos Sages nous enseignent quelle est la véritable affection.

« Tout amour qui dépend d’une cause, cesse avec la cause qui l’a fait naitre. Mais l’amour qui ne dépend d’aucune cause, est indissoluble » (Maximes des Pères 5, 16).

L’amour qu’Hachem éprouve envers les Bné Israël est appelé « ahava chééna télouya bédavar », c’est-à-dire une affection qui ne dépend de rien.

A l’instar de parents qui aiment le bébé dès son premier souffle, bien qu’il n’ait rien fait pour mériter ce sentiment, ni sourire ni geste affectueux, il ne les connait même pas puisqu’il ne les voit pas, ses gestes sont dépourvus de toute coordination, et pourtant, ses parents éprouvent un immense amour envers lui.

Ainsi nos ancêtres en Egypte étaient dépourvus de toute grâce, empêtrés dans l’esclavage, sans aucune notion minimale de sainteté, dans l’ombre de l’impureté et de la dépravation égyptiennes, et pourtant, Hachem les a choisis, comme il est dit : « Quand Israël était jeune, Je l’avais pris en affection; du fond de l’Egypte J’ai appelé Mon fils » (Osée 11, 1).

Sans condition

« ‘Je vous ai pris en affection’, dit l’Eternel ! Vous répliquez : « En quoi nous as-Tu témoigné Ton amour ? « ‘’ Essav n’est-il pas le frère de Yaacov ? ‘’ dit l’Eternel; ‘’ or, J’ai aimé Yaacov ‘’ » (Mala’hie 1, 2).

Selon rabbi Tsadok Hacohen de Lublin, dans son ouvrage Ma’hchavot ‘harouts (14), ainsi que selon le Sfat Emet (Pékoudé 5654), ce verset stipule que même lorsque Yaacov ressemble ‘has véchalom à Essav à cause de ses actes, l’amour d’Hachem reste indéfectible.

Le roi Salomon s’écrie dans le Cantique des Cantiques (2, 5) : « …car je suis dolente d’amour ». Le Midrach Rabba commente : « même lorsque je suis malade, Tu m’aimes ».

Cela explique donc pourquoi nous rappelons cet amour au début de la bénédiction de Ahavat Olam, afin de nous rapprocher d’Hachem bien que nous n’en soyons pas dignes.

Nous enchainons ensuite avec le rappel de « ‘hemla guédola viyétéra ‘hamalta alénou – avec une profusion et un excès de miséricorde Tu nous as graciés ».

Le Tiféret Chlomo zatsal explique que cet excès fait allusion au don de la Torah. En effet, il est vrai que les Bné Israël obéirent aux ordres divins transmis par l’intermédiaire de Moché Rabbénou et se purifièrent au plus haut niveau exigible pour un être humain, mais qu’est-ce que vaut une telle préparation hâtive de quelques jours? Est-elle suffisante pour permettre un face à face avec la Chékhina et pour entendre Sa voix

Il ne fait aucun doute que c’est Hachem qui a renfloué le manque, comme il est dit : « Ouvrez-Moi un trou comme celui du chas de l’aiguille et Je vous dégagerai une trouée comme celle des portes d’une salle ».

C’est donc à cet excès que nous faisons allusion dans la prière de Ahavat Olam. Nous prions chaque jour et rappelons que lors du don de la Torah, notre préparation à cet évènement était minime et pourtant, Hachem la considéra comme suffisante.

Aujourd’hui aussi, bien que nous soyons inaptes, nous prions qu’Hachem prenne en considération les conditions dans lesquelles nous évoluons et nous octroie quand même notre part de Torah.

La prière exaucée…

Le ‘Hidouché Harim zatsal disait avec finesse que les gens se conduisaient paradoxalement dans deux circonstances: la parnassa et l’étude de la Torah.

En ce qui concerne la parnassa, le verset recommande de faire confiance à Hachem Qui veillera à ce que chacun reçoive sa pitance, comme il est dit : « Décharge-toi sur D.ieu de ton fardeau, Il prendra soin de toi: jamais Il ne laisse vaciller le juste » (Psaumes 55, 23).

Pourtant, chacun réfléchit jour et nuit comment augmenter ses revenus, voulant parvenir à l’opulence grâce à ses propres efforts.

Par contre, en ce qui concerne le service divin, au sujet duquel il est dit : « Tout dépend du Ciel, sauf la yraat chamaïm » (Bérakhot 33b), c’est-à-dire que chacun doit travailler dur et investir dans le service divin pour bénéficier de ses fruits, les gens se contentent de prier Hachem dans Ahavat Olam et de lui demander qu’Il leur octroie la sagesse !

Le ‘Hafets ‘Haïm zatsal disait qu’il fallait quotidiennement mettre en œuvre ce que l’on recevait tous les jours grâce à nos prières. Comment était-il possible, s’écria le maitre de Radine, qu’après avoir terminé la prière, les gens s’en aillent au travail sans même jeter un coup d’œil dans un livre de Torah, après qu’ils se soient épanchés dans la prière de Ahavat Olam, et ainsi le lendemain, jour après jour ?

Après la prière, rabbi Naftali de Ropshits zatsal s’approcha d’un homme qui avait récité la prière de Ahavat Olam à grands cris en gesticulant dans toutes les directions et avec son sourire malicieux, il lui tendit un gros volume de Talmud et lui dit : « Vas-y, étudie! D.ieu a exaucé ta prière… ! »

Choix quotidien

Nous concluons la prière de Ahavat Olam avec la bénédiction : « Habo’her béamo Israël béahava – Qui choisit Son peuple d’Israël avec amour ».

Le Sfat Emet (Balak 5643) fait la remarque que cette bérakha est exprimée au présent, comme la bérakha précédente qui concerne les luminaires célestes qui sont créés à nouveau chaque jour, comme nous disons : « Yotser Haméorot ».

La bérakha de Ahavat Olam ne se réfère donc pas à une prédilection qui eut lieu dans le passé, mais à un renouvellement quotidien de cette préférence.

A l’instar du Joug divin que nous acceptons à nouveau tous les matins avec la lecture du Chéma, D.ieu nous choisit également à nouveau tous les jours comme étant le peuple élu.

Nous nous réveillons parfois avec une certaine morosité, tout nous parait grisaille.

Rappelons-nous qu’à nouveau, nous venons d’être élus par Hachem pour Le servir et cela doit nous donner des ailes pour entamer une danse effrénée : « Ata bé’hartanou mikol haamim – Tu nous as choisis parmi toutes les Nations… ! »

Adapté à partir d’un texte du rav Moché Yaacov HaLévi Kanner pour Hamodia en hébreu

http://www.hamodia.fr

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