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Par Laly Derai

L’histoire d’Avraham et Naomi Coviaux est une histoire de passages. Passage identitaire, passage religieux, passage géographique, passage mystique. À l’origine, le couple qui nous reçoit dans son salon, dans la localité d’Éli, sur les collines de Samarie, ne s’appelait pas Avraham et Naomi, mais Bernard et Noëlle. Avraham ne portait pas la kippa, mais la robe du pasteur protestant. À l’occasion de Chavouot, Hamodia a rencontré ce couple hors du commun (dans le sens simple du terme) qui nous livre son récit, celui d’une révélation.

conversion samarieLa révélation divine sur le Mont Sinaï, que nous célébrons à Chavouot, est l’une des bases du judaïsme. Un peuple entier recevant, ensemble, la Torah, proclamant « Nous ferons et nous comprendrons ».

La néchama d’Avraham et Naomi Coviaux était présente lors de cette révélation, puis elle s’est dévoilée en ce jour de février 2006, à Marseille, lorsque Bernard est devenu Avraham et Noëlle, Naomi.

La veille, Avraham, son fils Its’hak, et son petit-fils, ont été circoncis, ensemble, par le rav Avraham Mimoun, de Marseille. L’aboutissement d’un cheminement entamé des décennies auparavant, dans la maison des parents d’Avraham.

« Je suis né en 1936, dans le Nord de la France, dans une famille protestante. Mon père était pasteur de l’Église baptiste. Nous n’avions jamais parlé d’Israël, ni du peuple juif, chez mes parents, malgré la guerre qui sévissait et malgré la Shoah. Mais, je me souviens clairement de cet instant où, alors que je devais avoir 7 ans, je me suis senti triste de ne pas être juif ».

Un instant fugace, mais qui, relié au reste de la vie d’Avraham, a un parfum prophétique.

Naomi, elle, naît en 1939, dans une famille protestante également. Elle se destine à une carrière d’infirmière et d’assistante sociale, « pour aider les autres ». Et si Bernard/Avraham vit sa relation à D.ieu sur un plan totalement mystique, elle est celle qui vit sa foi dans le concret. Les voir discuter est d’ailleurs édifiant : Avraham est celui qui prie, celui qui parle avec Hachem, et Naomi est celle qui « traduit » cette relation en actes, en mots.

Ils vivent donc en parallèle, elle dans le Sud, rêvant de partir dans des contrées lointaines, et lui, avide de prières, de lecture de la Bible, de questionnements. Elle est infirmière dans des hôpitaux, il poursuit ses études de théologie, au cours desquelles il apprend l’hébreu, avant de devenir officiellement pasteur, dans une communauté de Bruxelles.

C’est un pasteur qui les fait se rencontrer, par le biais d’une agence matrimoniale spécialisée dans la communauté protestante. « Nous avons commencé par nous écrire. Bernard me racontait son quotidien, et moi le mien. Nous ne nous voyions que rarement, étant assez éloignés géographiquement ».

Mais ce qui aurait dû aboutir assez rapidement à un mariage ne se concrétise pas. Ou plutôt pas assez rapidement, pour Naomi, qui pose un ultimatum : « Je lui ai dit : décide, c’est soit oui, soit non ». Et Bernard décide que ce sera non. Il écrit une lettre dans ce sens à Naomi et se rend au bureau de poste pour l’envoyer.

Et là, a lieu un événement-clé, qui va tout faire basculer : « Au moment où je glisse ma main dans la boîte aux lettres pour y placer l’enveloppe, je sens qu’une main m’en empêche. Une force supérieure qui me dit que je ne peux pas faire ce que j’avais l’intention de faire, c’est-à-dire renoncer à ce mariage ».

Lorsqu’il raconte cette anecdote, Avraham a les larmes qui coulent. Des larmes de joie, de reconnaissance. Car s’il avait envoyé cette lettre, Avraham n’aurait pas donné naissance à Its’hak. Il n’aurait pas vécu ce cheminement qui l’a fait aboutir lui, son épouse, son fils et ses petits-enfants, en Israël, en tant que juifs.

Bernard et Noëlle se marient donc. Ils ont deux enfants, et en adoptent une troisième. Bernard est nommé pasteur dans plusieurs communautés et poursuit, en même temps, son « dialogue » avec D.ieu.

D.ieu qui lui « parle », dix ans plus tard, qui lui dit « Lekh Lékha » et l’enjoint de « quitter son pays, sa patrie, la maison de ton père ». Difficile pour les Coviaux de décrire ce moment. Pas parce qu’il a été mal vécu, au contraire. Mais parce qu’il est profondément intime et difficile à transmettre. Les Coviaux ne sont pas des « illuminés », loin de là. « Moi, je n’y comprends rien », nous confie Naomi, « mais c’est un fait ».

Cette « vision » est quelque chose de si tangible qu’elle les force à faire un choix. « La traduction de Lekh Lékha, ce “va vers toi”, “va pour toi”, nous était inconnue. Pour nous, ce message aurait tout simplement pu signifier que nous devions quitter la France pour un autre pays. Quitte la maison de ton père, ça aurait pu vouloir dire quitter l’Église, ou le ministère paroissial. Mais nous avons mis énormément de temps à comprendre que cela signifiait devenir juifs ».

Pendant sept ans, Bernard cesse d’être pasteur. À 49 ans, il décharge des camions, donne des leçons de piano, puis redevient pasteur d’une petite paroisse durant six ans. Il continue de prier et de chercher son chemin. Jusqu’au jour où il « reçoit » un verset du livre de Jérémie où il est écrit : « Au bout de sept ans, vous renverrez chacun votre frère hébreu qui vous aura été vendu. Il te servira six ans : puis tu le renverras libre de chez toi. Mais vos pères ne m’ont point écouté et n’ont point prêté l’oreille ».

Pour les Coviaux, le message est vite compris : après six ans de pastorat, il faut préparer une « libération de l’esclavage ». C’est chose faite un an plus tard, lorsque Bernard prend sa retraite. Il redouble de prière, à tel point que Naomi a l’impression d’être désormais mariée à un moine..

Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres, leur fils Vincent les devance dans le chemin vers le judaïsme. Lors d’un voyage à Jérusalem, il achète un Talit à son père, qui le met de côté « ne sachant pas trop qu’en faire ». Jusqu’au jour où, revenant d’une fête dans son ancienne paroisse, Bernard ressent le besoin de revêtir ce Talit. « Je l’ai mis sur mes épaules, et en le revêtant, j’ai eu l’impression de revêtir le peuple d’Israël et j’ai eu le sentiment très fort que je devais monter à Jérusalem ».

Quelques jours après, c’est le départ vers Jérusalem, où ils restent deux mois, à la recherche, comme toujours, d’une réponse.

Dès le retour en France, les choses s’accélèrent. Les Coviaux commencent à fréquenter les cours du rav Labkowski, le chalia’h ‘Habad de la ville, qui les guide dans leur processus de conversion.

Qui aboutit dans le salon de leur fils, Vincent/Its’hak, où ils sont circoncis tous les trois, par le rav Mimoun. Le lendemain, c’est la conversion à proprement dite. Bernard est devenu Avraham. Noëlle est devenue Naomi. Une nouvelle vie peut commencer.

« Je ne sais pas ce que signifie naître Juif. Mais ce que je sais, c’est que devenir juif permet une Téchouva, une découverte, que ne fera pas celui qui est né Juif. Je ne crois pas avoir choisi de devenir juif. C’est Hachem qui nous a montré le chemin, tout au long de notre vie. Aujourd’hui, je comprends que depuis ma naissance, Hachem avait un regard particulier sur moi. Je ne sais pas pourquoi. Mais je Le remercie chaque jour pour cela ».

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