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Philippe-Ségiun« Attachant et tourmenté, avec ses succès et ses échecs, ses qualités et ses défauts, ses ombres et ses lumières », « Le fils perdu de la République* » consacré à Philippe Séguin, que vient de publier Michel Taubmann aux éditions du Moment, est la seule biographie complète des 15 dernières années de sa vie, marquées par sa démission soudaine de la présidence du RPR en 1999, son échec aux municipales parisiennes en 2001, sa retraite politique, la présidence de la Cour des comptes, l’isolement, la dépression.

« Cette biographie, explique Michel Taubmann, « est issue d’une longue enquête, fondée sur une lecture approfondie des œuvres de Philippe Séguin, de ses interviews écrites et audiovisuelles, et sur plus de 60 entretiens avec des personnes l’ayant connu ».

Lors de mon enquête, j’ai eu vent de ce qui m’est apparu très vite comme plus qu’une rumeur, explique Taubmann à Martin Perez d’Actu J …

Nous sommes en 1942. Denise Danielle, une jeune femme de la bourgeoisie catholique de Tunis, se retrouve enceinte d’Albert Hayat, un juif, à la fois commerçant, organisateur de spectacles et journaliste, marié et père de famille.

La situation est inavouable, dans la Tunisie française de l’époque, frappée par les lois antijuives. Pour sauver son honneur, les parents de la jeune fille de 22 ans « arrangent » un mariage avec un jeune homme de 2 ans son cadet.

Le drame qui a miné Séguin : un père biologique, Albert Hayat, juif tunisien

C’est dans ce cadre que l’auteur découvre le drame qui a miné Séguin, qui « effectua à trois reprises le pèlerinage de la synagogue de la Ghriba … et un voyage en Israël qui l’a bouleversé » : Le marié choisi par les parents de Denise s’appelle Robert. Robert Séguin. Il l’épouse et reconnaît l’enfant, qui sera prénommé Philippe… en hommage au Maréchal Pétain.

« En poussant mes investigations, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un secret bien partagé au sein de la communauté juive tunisienne, mais qui n’avait jamais été rendu public. On pourrait parler d’un « secret de Polichinelle », s’il ne s’agissait d’une affaire sérieuse, tragique même. »

Tragique car élevé dans le culte de Robert, ce père héroïque mort au combat en 1944, Philippe Séguin apprend adulte l’existence d’Albert Hayat, le juif tunisien père de famille qui eut une liaison avec sa mère, alors âgée de 22 ans.

Cette double filiation n’est pas un simple élément de vie privée : Séguin Philippe éclairait son engagement gaulliste par référence à Séguin Robert, et, explique un de ses proches, ancien ministre UMP à Taubmann :

«On ne peut rien comprendre à Philippe si on ignore à quel point il était coupé en deux.

« L’homme politique voulait incarner un patriotisme inspiré par l’exemple d’un père, Robert Séguin, mort au champ d’honneur … l’homme privé souffrait d’avoir appris à l’âge adulte l’existence d’un autre père, moins glorieux.»

Michel Taubmann : « Plusieurs de ses amis interviewés dans mon livre ont attesté que Philippe Séguin avait évoqué avec eux sa part de judéité qui renvoie à cette filiation … [il] se faisait [même] livrer des casse-croûtes tunisiens au ministère »

Michel Taubmann : « Philippe va se construire, non pas autour d’un mais de deux pères absents. Il y a celui qui lui a donné son nom, héros de la France libre et mort en 1944. Et puis il y a ce père biologique, qui l’a abandonné. Un juif tunisien à la forte personnalité, truculent, inventif, séducteur. »

Michel Taubmann : « En août 1995, Philippe Seguin assiste aux obsèques d’Albert Hayat, dans un cimetière parisien. A la grande surprise de l’assistance, Séguin, président de l’Assemblée nationale, est présent. Quelques-uns, parmi les intimes, savent pourquoi…. »

Le fils perdu de la République*, Michel Taubmann aux éditions du Moment.

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