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Dès le XIe siècle , il semble qu’une communauté juive, probablement originaire d’Espagne, soit présente dans la ville de Lunel.

OTPL-Hotel-de-Bernis-1_referenceLa « dite » synagogue, l’Hôtel de Bernis (rue Alphonse Ménard)

Même s’il ne reste que peu de vestiges attestant de la présence juive au Moyen Âge central, l’importance de Lunel et son rayonnement dans le monde juif de l’époque la font souvent dénommer aujourd’hui la petite Jérusalem médiévale.

Elle a parfois été appelée HaMigdal Shel Yéri’ho – La Tour de Jéricho ou Bik’ate Yéri’ho – Vallée de Jéricho par d’éminents rabbins de l’époque tels que le Rav Zera’hia Halevi Gerondi (1125-1186) dans sa préface du Shirat ha-maor ou Isaac Lattes (XIVe siècle) dans son Sha’aré Tsiyone, en référence à la légende.

La municipalité a fait installer, en face du mur de la synagogue, un panneau émaillé résumant l'histoire du passé juif de la ville
La municipalité a fait installer, en face du mur
de la synagogue, un panneau émaillé résumant
l’histoire du passé juif de la ville

Importante dès le XIe siècle, la communauté juive se développe encore au XIIe siècle, et Benjamin de Tudèle, qui s’y rend en 1166, raconte dans ses mémoires que la communauté juive de Lunel se composait de 300 membres, dont certains étaient très érudits et fortunés, et prenaient plaisir à offrir l’hospitalité à de pauvres étudiants désireux de fréquenter son illustre académie.

Cette institution devint si importante au XIIe siècle qu’on la nommait la demeure de la Torah ou l’antichambre du Temple. Les seigneurs de Lunel sont en général très bien disposés à l’égard des Juifs.

En 1252 , Alphonse de Poitiers, dont la vue s’est sérieusement détériorée fait appel à Raymond Gaucelm, seigneur de Lunel, pour qu’il envoie deux Juifs de sa ville en Aragon consulter le docteur juif espagnol Ibrahim, considéré comme un des meilleurs oculistes de l’époque.

En 1295, Rosselin de Lunel, malgré les interdictions prononcées par les conciles ecclésiastiques, met en gage les revenus de sa baronnie à un Juif nommé Thauros.

En 1319, les Juifs de Lunel sont arrêtés et ceux accusés d’avoir, durant la Semaine sainte, dans un « simulacre outrageux » trainés dans la poussière à travers les rues de la ville,et leurs biens saisis.

En 1394, le roi de France Charles VI expulse de son royaume tous les Juifs qui y demeurent encore. Les Juifs de Lunel sont contraints de partir précipitamment, laissant tous leurs biens derrière eux. Beaucoup parmi eux se réfugient dans le Comtat Venaissin, d’autres rejoignent la Provence ou le Piémont. Pendant plusieurs siècles, il n’y aura plus aucun Juif à Lunel.

Les noms de certains d’entre eux nous sont connus par leurs écrits. D’autres par le récit de voyageurs dont Benjamin de Tudèle.

Aux XIIe et XIIIe siècles, on peut citer : Rav Mechoulam ben Jacob, connu aussi sous le nom de rabbi Mechoulam hagodol (Mechoulam le grand), un homme très érudit; Rabbi Yéhouda ben Saul ibn Tibbon, un médecin et traducteur et l’ami de Rav Mechoulam ben Jacob qu’il admire et vénère: « Son âme était attachée à la science de Dieu, et la sagesse était son héritage. Il éclairait nos ténèbres et nous montrait le véritable chemin »; Rav Samuel ibn Tibbon, traducteur de l’arabe en hébreu du More Nevoukhim (Guide des Égarés) de Maïmonide que ce dernier avait envoyé aux sages de Lunel, afin de répondre à leurs interrogations.

guide des égarésA la suite d’une des lettres de Rav Samuel ibn Tibbon à Maïmonide dans laquelle il lui annonce être en train de traduire son livre, Maïmonide répond:

« Vous, habitants de Lunel, et Juifs des villes voisines, vous seuls tenez encore d’une main ferme le drapeau de la Thora. Vous étudiez le Talmud et êtes des savants. En Orient, l’activité intellectuelle des Juifs est nulle. Dans toute la Syrie, la ville d’Alep seule renferme quelques personnes qui se consacrent à l’étude du Talmud et aux sciences, mais sans ardeur. Dans l’Irak on ne trouve que deux ou trois raisins (des hommes intelligents). Les Juifs du Yémen et du reste de l’Arabie savent peu de choses du Talmud, ils ne s’intéressent qu’à l’Aggada. Quant au Maghreb, vous savez combien les Juifs y sont malheureux ! Vous êtes donc les seuls soutiens de la Loi; soyez forts et courageux. »

lunel 3Plaque sur le mur de l’ancienne synagogue de Lunel

On peut aussi citer les talmudistes Rabbi Zéra’hia ben Isaac Halevi Gerondi, connu sous le titre de Baal Ha-Maor du nom de son ouvrage le plus connu, Manoah ben Jacob et Rav Yonathan ben David ha-Kohen, dont Paul Fenton, professeur de langue et littérature hébraïques à l’université de Paris-Sorbonne, vient de publier la traduction en français d’une de ses lettres adressées à Maïmonide et retrouvée dans la Guenizah du Caire.

Abba Mari ben Moses ben Joseph connu aussi sous le nom de Don Astruc de Lunel, auteur Min’hat Ména’hote. Dans ce recueil, il regroupe les lettres échangées de 1303 à 1306 entre les grands sages de l’époque dont fait partie le Rav Isaac ben Abigdor Simeon ben Joseph de Lunel, appelé « En Duran de Lunel, » et Rav Meïr ben Isaiah et les partisans des sciences et de la philosophie où se retrouvent entre autres, Rav Solomon ben Isaac, appelé le Prince, qui avait été mandaté en 1286, avec plusieurs autres Juifs, pour collecter les taxes imposées par le roi Philippe le Bel aux Juifs de la juridiction du sénéchal de Carcassonne.

On trouve aussi le médecin Solomon, probablement la même personne que le Maestro Solomon Davin, auteur d’un ouvrage sur la fièvre; l’astronome Salmon ; et au XIVe siècle, le philosophe et Rav Asher ben Abraham Cohen.

Plusieurs érudits de Lunel portent le surnom Yar’hi (de Lunel), parmi eux: Rabbi Abraham ben Nathan ha-Yar’hi, Rabbi David ha-Yar’hi, Rav Aryeh Judah ha-Yar’hi ben Levi et Rabbi Salomon ben Abba Mari ha-Yar’hi, qui vécut dans la seconde moitié du XIVe siècle et a écrit une grammaire hébraïque intitulée Lashone Limmudim.

Le nom Lunel est un nom assez répandu parmi les personnes d’ascendance juive, originaires du sud de la France, tel Armand Lunel.

lunel 4Représentation d’un débat entre sages juifs et chrétiens

Rabbi Samuel Ibn Tibbon, né a Lunel en 1150 ou 1165, fut le plus illustre de la dynastie des Tibbonides, rabbin, médecin, traducteur (de l’arabe à l’hébreu puis à la langue locale) ou encore philosophe.

Benjamin de Tudèle raconte dans son ouvrage que les enseignants de cette école – de niveau rabbinique, où on lisait et commentait le Talmud – hébergeaient et enseignaient à tous ceux qui venaient de pays très éloignés. On leur fournissait également nourriture et vêtement en échange de leur dévouement et leur travail au sein de l’école juive. On y enseignait les textes sacrés, la médecine, la botanique, les sciences, les arts. Un texte de la fin du 14ème siècle mentionne également « lescola des juifs » qui signifie « école des juifs », et situe la synagogue à l’endroit même où se trouve l’Hôtel de Bernis, tout à côté de la synagogue présumée.

Malgré sa notoriété , l’école juive de Lunel sera abandonnée suite à l’expulsion des juifs par le roi de France Philippe Le Bel en 1306. Malgré leur réhabilitation en 1315 et 1359, aucun juif ne reviendra à Lunel. Ils seront définitivement bannis du Languedoc-Roussillon en 1394 ; entre-temps certains se sont installés à Montpellier, foyer important du savoir médical, où subsistent aujourd’hui un mikvé d’époque médiévale, une maison d’études, une maison de l’aumône et une synagogue. Nous sommes donc aux racines même de l’Europe judéo-chrétienne.

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