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Par Dora Marrache

Un grand, très grand bravo à Shama-Hacohen, représentant d’Israël à l’UNESCO, qui a eu le mot de la fin en déclarant :

« Après des dizaines de résolutions et même si vous en adoptez encore des dizaines, Jérusalem restera la capitale d’Israël et du peuple juif. Vous arriverez plus vite à diviser le soleil dans les cieux que Jérusalem ».

kotelUn peu d’histoire pour éclairer ceux qui veulent comprendre.

C’est un coup d’épée dans l’eau, me dira-t-on. Je le sais et pourtant je garde l’espoir que si j’éclaire, ne fût-ce qu’un lecteur, ce sera une victoire.

On parle du Mont du Temple et du Kotel mais, pour beaucoup de non-juifs, ce n’est pas clair et nombreux sont ceux qui me demandent de leur expliquer en quoi ce lieu est si important pour les Juifs.

Alors, essayons de leur permettre d’y voir un peu plus clair.

« Il existe trois lieux, disait Rabbi Youdan Ben Simon que les nations du monde ne peuvent s’approprier en accusant Israël de les avoir volés : le Caveau des patriarches, le Bet Hamikdach (le Temple) et le Tombeau de Yossef (Midrach Béréchit Raba) »

Et pourtant… Pourtant

En mars 2010, quand Netanyahou décide d’inclure le Caveau des Patriarches à Hébron et le Tombeau de Rachel, à Bethléem dans la liste des sites historiques, il provoque une véritable levée de boucliers de la part des pays arabes.

Non seulement on accuse les Juifs d’avoir volé ces lieux saints « musulmans » dans le but de les judaïser (et personne pour voir le ridicule de cet argument !), mais on en profite pour islamiser ces lieux saints. On les rebaptise en leur donnant des noms musulmans et l’UNESCO décide que ces lieux appartiennent à la Palestine.

Et c’est ainsi que le Caveau des Patriarches, 2ème lieu saint du judaïsme devient « Al Haram Al Ibrahimi » et « la tombe de notre maman Rachel », 3ème lieu saint, s’appelle désormais la « Mosquée Bilal bin Rabah ».

Et personne pour contester ce révisionnisme!

Encouragée par ces résultats, en 2015, l’UNESCO envisage d’aller un peu plus loin. L’organisation présente un projet de résolution affirmant que le Mur occidental (le Kotel) est un lieu saint islamique. Les critiques sont trop nombreuses, le projet est annulé.

Mais ce n’est que partie remise : Abbas ne renonce pas pour autant à ce projet. Et en avril 2016, pour le plus grand bonheur des Arabes, l’UNESCO réussit à faire adopter une résolution qui fait du Mont du Temple et du Kotel des lieux saints musulmans.

Seuls 6 pays ont fait preuve de discernement et ont voté contre : l’Allemagne, les États-Unis, Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Estonie et la Lituanie. Il y eut 17 abstentions et 33 voix pour, parmi lesquelles la Suède, l’Espagne, la Russie, la Slovénie… ET LA FRANCE!

Le vote de la France est vécu par Israël et les Juifs de la diaspora comme une véritable trahison. Un véritable tollé s’ensuit. Les articles condamnant cette décision de l’UNESCO se multiplient. Israël et les organisations juives à travers le monde se saisissent de l’affaire.

Pourquoi cette réaction que certains jugent démesurée? En quoi ce lieu est-il si important pour les Juifs? C’est ce que nous allons tenter de démontrer.

1 – Le Mont du temple pour les Juifs

Troisième lieu saint de l’islam car il abrite la mosquée Al-Aqsa, le site est aussi l’endroit le plus sacré pour les juifs qui l’appellent le Mont du Temple. La preuve en est le lien qu’ils entretiennent avec ce site depuis 2000 ans. Dans l’Ancien Testament les références au Temple ne manquent pas. Le Premier Livre des Rois en parle comme du symbole même de Jérusalem.

C’est sur le mont Moriah que le Roi Salomon décida en l’an 960 av. JC de construire un Temple dans lequel il abriterait l’Arche d’Alliance contenant les Tables de la Loi que son père, le Roi David, avait fait transférer à Jérusalem. Ce Temple était considéré comme la maison de Dieu. Il fut détruit 400 ans après par les Babyloniens.

50 ans après, les Juifs construisirent le Second Temple que les Romains détruisirent en l’an 70 de l’ère chrétienne.

Ne subsista alors que le Kotel, vestige du le Mur occidental, un mur de soutènement de l’esplanade du Temple, ce mur que les médias appellent d’un terme péjoratif le « Mur des Lamentations ». Contrairement à ce que les médias diffusent, le lieu le plus sacré pour les Juifs est le Mont du Temple et non le Mur occidental (le Kotel).

La destruction du Temple par les Romains a été vécue par le peuple juif comme une catastrophe, la pire de leur histoire. Bien que le Temple ait disparu, il reste toujours pour les Juifs le lieu le plus saint, le plus sacré au monde.

C’est d’ailleurs pourquoi, chaque année, pendant un mois, en commémoration de la destruction des deux Temples, toute manifestation de joie est interdite.

Sa destruction est commémorée par une journée de deuil, le 9 av, jour le plus triste du calendrier juif, qui rappelle le jour où le Temple brûla de fond en comble.

La guerre de 1948 permit à la Légion arabe de s’emparer du site. L’accès au site fut réservé aux soldats jordaniens, aux touristes et, comme de raison, l’administration jordanienne en interdit l’accès aux Juifs, violant ainsi les Accords de cessez-le-feu, et ce sans qu’aucun pays européen n’y trouve à redire.

Certes, les autorités israéliennes tentèrent d’exiger l’application des Accords de cessez-le-feu auprès de l’ONU, mais leurs demandes restèrent lettre morte.

De 1948 à 1967, les Juifs ne purent s’approcher de leur lieu le plus saint. On profana les lieux les plus saints du judaïsme, et l’Occident ne trouva rien à redire.

En 1967, la Guerre des Six jours permet à Israël de reconquérir Jérusalem dans sa totalité. L’accès au Mur occidental leur est enfin possible. Les soldats pleurent en sonnant le chofar et en plantant le drapeau israélien sur le Mont du Temple.

Mais ce bonheur fut de courte durée. Pourquoi?

2 – Les Juifs paient pour leur erreur

Avec la victoire de 67, les Juifs auraient pu chasser les musulmans du Mont du Temple et en avoir le contrôle exclusif.

Or, contre toute attente, sans doute dans l’exaltation de cette victoire, et désireux peut-être de montrer à la communauté internationale que les Juifs respectent les droits des musulmans, le ministre israélien de l’époque, Moshe Dayan, le vainqueur de Jérusalem, remit les clefs du Mont du Temple au Waqf (le Conseil religieux musulman) et accepta de lui laisser l’administration de ces lieux saints.

Qui plus est, le vainqueur accéda à toutes les demandes du vaincu ! Dayan promit aux musulmans le statu quo, leur accorda le droit exclusif d’y prier, les assura que les Juifs ne jouiraient pas de ce droit et qu’ils ne seraient autorisés à y entrer que par la Porte des immondices.

Le vainqueur, Israël en l’occurrence, ne posa qu’une seule et unique condition : le site demeurerait sous souveraineté juive, et juifs et chrétiens pourraient, sous certaines conditions, s’y rendre à titre de visiteurs à certaines heures du jour et sous escorte policière israélienne.

En fin de compte, la souveraineté sur ce lieu le plus saint du judaïsme se résume pour l’État juif à escorter pendant 2 heures par jour les visiteurs juifs, à s’assurer qu’ils ne prient pas, pas même du bout des lèvres, et qu’ils n’enfreignent pas les règlements émis par le Waqf.

Qui plus est, chacune de leurs visites se solde par des heurts car leur présence suffit à elle seule à susciter la colère des Palestiniens (jets de pierres, cocktails molotov, etc.).

3 – Les conséquences de cette erreur

Alors, les vaincus, forts de cette concession accordée par les vainqueurs alors que rien ne les y obligeait, entreprendront doucement, mais sûrement, l’islamisation du Mont du Temple. Car l’islamisation de ce lieu saint ne s’est pas faite du jour au lendemain. Les Palestiniens, y sont allés étape par étape :

– D’abord, le Waqf a retiré de ses guides toutes les références au Temple du Roi Salomon.

– En 1996, les autorités palestiniennes enfreignent le statu quo et construisent dans les Écuries de Salomon, une nouvelle mosquée assez grande pour recevoir plus de 10 000 personnes.

– En 2000, dans une mosquée de Ramallah, Yasser Arafat déclare : « Personne ne réussira à nous enlever de notre terre, y compris Jérusalem, et le drapeau palestinien flottera sur le Mont du Temple et dans les églises de Jérusalem ».

Il a même osé, lors du sommet de Camp David, soutenir que le Temple juif se trouvait à Naplouse et non à Jérusalem (!) comme le prétendent les Juifs.

Et personne pour le contredire!

Résultat? La négation de l’existence des Temples a fait son chemin, et les médias occidentaux ne se sont pas fait prier pour contribuer à ce négationnisme. Mahmoud Abbas a fait pression sur eux pour que le terme Mont du Temple soit à jamais banni de leur vocabulaire et remplacé par l’Esplanade des mosquées.

Et il a réussi! Aucun journaliste, aucun historien n’emploie aujourd’hui l’appellation Mont du temple.

– En 2006, Abbas nomme le cheikh Mohammed Ahmed Hussein, grand Mufti de Jérusalem. Et celui-ci déclare, dans un entretien en arabe avec la Deuxième chaîne israélienne, que le site, considéré comme le troisième lieu le plus saint en Islam et le plus saint du judaïsme, était le foyer d’une mosquée « il y a 3000 ans, et il y a 30 000 ans », en fait « depuis la création du monde »!

Qui s’est élevé contre ce révisionnisme?

– En 2012, alors qu’il était en visite au Maroc, Abbas parle du Temple juif à Jérusalem comme d’un « prétendu Temple », niant ainsi qu’il ait jamais existé.

Et pas une personne pour faire preuve de bon sens et le contredire !

-En 2015, le 16 septembre, Mahmoud Abbas déclare dans une allocution officielle à la télévision palestinienne : « Al-Aqsa est nôtre, l’église du Saint-Sépulcre aussi et ils [les Juifs israéliens] n’ont pas le droit de souiller la mosquée avec leurs sales pieds ».

Toujours aucune réaction de la communauté internationale. Pas même du pays qui se dit le pays des Droits de l’homme !
Mieux encore : au lieu de se contenter de garder le silence, la France a cru bon de le conforter dans ses déclarations puisque, le 21 septembre, la maire de Paris, Anne Hidalgo, le reçoit et le décore pour « son action pour la paix ».

Alors, le 22 septembre de la même année, il ajoute : « Nous n’abandonnerons pas notre pays et nous garderons chaque centimètre de notre pays. Chaque goutte de sang versée à Jérusalem est pure, tous les martyrs iront au Paradis et chaque blessé sera récompensé par Allah ».

Conscient qu’il risque de se faire reprocher l’islamisation de lieux juifs, il prend les devants et accuse Israël de judaïser Jérusalem.

Judaïser des lieux Juifs! On nage en plein surréalisme!

Toujours personne, exception faite des autorités israéliennes, pour le mettre face à l’absurde de ses déclarations.

Et comme les Palestiniens craignent la vérité plus que tout, quand un dirigeant se rend sur le Mont du Temple, il doit se garder de reconnaître le lien qui unit les Juifs au Mont du Temple pour ne pas s’attirer les foudres des autorités palestiniennes. Ainsi, quand en juin 2012, Poutine, en visite au Mont du Temple, a eu le malheur de déclarer : « On peut s’apercevoir ici à quel point le passé juif est gravé dans la pierre de Jérusalem », il a essuyé l’ire des Palestiniens.

Que peuvent faire les autorités israéliennes ? Pas grand chose : elles paient pour leur faute !

Finalement, l’OLP et le Fatah ont tant et si bien ont manipulé les Occidentaux qu’ils ne manifestèrent aucune opposition à l’islamisation des lieux saints juifs. Après tout, pourquoi s’indigner, seuls les juifs étaient mis en cause! Ils contribuèrent même de leur plein gré à cette vaste entreprise de mystification qui permit d’aboutir le 16 avril 2016, à la Résolution de l’UNESCO faisant du Mont du Temple et du Kotel des lieux saints musulmans.

4 – Le Droit à la prière

« Il faut permettre aux juifs de prier sur le mont du Temple. Il y a de la place pour tout le monde », a dit Uri Ariel, membre du Foyer juif, un parti nationaliste religieux.

Que demandent les juifs? Ils ne demandent ni de reprendre leur pleine souveraineté sur les lieux saints ni l’interdiction de la prière aux musulmans. Les juifs revendiquent le droit de prier au Mont du Temple. N’est-ce pas là un droit légal et légitime. Pourquoi ce droit leur est-il refusé?

Alors, je m’adresse à vous, défenseurs des Palestiniens et je vous implore de faire usage de votre raison. Vous qui, en prenant la défense des Palestiniens, prétendez être pour la défense des Droits de l’homme, trouvez-vous normal que le lieu le plus saint du judaïsme soit interdit de prière aux juifs? N’y voyez-vous pas une atteinte aux Droits de l’homme, pour ne pas dire une forme d’apartheid? Et si oui, pourquoi vous qui êtes si prompts à condamner Israël, êtes-vous si réticents à défendre le droit à la liberté de religion pour les Juifs? Le droit à la prière n’est-il pas inhérent à la liberté de religion ?

En conclusion Au vu de tous ces évènements destinés essentiellement à délégitimer Israël, je vais dire bêtement : J’ai peur! Oui, j’ai peur!

Israël est seul, irrémédiablement seul, et il doit se défendre. Il en a la capacité, je n’en doute pas une seule seconde. Encore faudrait-il qu’il cesse d’accorder de l’importance au jugement des pays occidentaux et qu’il « montre les dents ». Tant qu’à être condamné par les pays européens pour avoir posé des actes dans le cadre de la légitime défense, autant l’être pour des actes qui en vaillent la peine. Entre autres, il nous semble qu’il est grand temps que les Israéliens mettent fin au privilège qu’ils ont accordé aux « Palestiniens » après la victoire de 67, et qu’ils leur annulent leurs droits sur le Mont du Temple.

Je voudrais finir en reprenant ce qu’écrivit Daniel Pipes dans un article intitulé Il faut sauver le Mont du Temple : « Comme un éditorial du Jerusalem Post le dit si justement, que le gouvernement israélien ait abdiqué de ses responsabilités est pour le moins « scandaleux » et, même tardivement, il doit aujourd’hui « enfin affirmer sa pleine souveraineté sur cet espace »

Les gouvernements autour du monde, les organisations juives et d’autres qui ont une influence quelconque sur le premier ministre Israélien, devraient l’inciter à s’occuper de ce mur avant qu’il n’explose, et plus avec lui! »

© Dora Marrache pour Europe-Israël

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