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Nous avons le plaisir de vous présenter ici « Les grandes lignes de la vie de Rabbi Lévi Its’hak. » Sans avoir la prétention d’être une biographie du père du Rabbi, ce fascicule tente néanmoins de retracer une vie qui fut un combat incessant pour défendre, sans concession, le Judaïsme que le pouvoir soviétique voulait écraser dans le sang. Comme le Rabbi l’a expliqué lors d’un discours, une telle force de caractère nous dépasse complètement mais peut néanmoins être une source d’inspiration dans notre travail spirituel Les épreuves qui furent celles de Rabbi Lévi Its’hak ne sont plus, grâce à D.ieu, de notre temps. Mais sa fermeté doit être la nôtre dans nos efforts pour dépasser nos propres limites. Nous souhaitons que la parution de ce fascicule permette d’apprécier un peu plus sa grandeur et d’en puiser les forces nécessaires pour accélérer la venue du Machia’h. Editions du Beth Loubavitch

rabbi levy 0Lire la 1ère partie

Une personnalité exceptionnelle

rabbi yossefLe Rabbi précédent de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak, écrivit à propos de Rabbi Lévi Its’hak :

« Rabbi Lévi Its’hak, en plus d’un génie dans la Torah révélée et d’un savant dans la Kabbale et dans la ‘Hassidout ‘Habad, était un homme doté d’une crainte de D.ieu extraordinaire et de grandes qualités morales. »

Une des qualités les plus extraordinaires chez Rabbi Lévi Its’hak était sa grande humilité. Ses amis se référaient à lui par son surnom « Lévik », sans aucun qualificatif, ni Rabbi Lévi Its’hak, ni même Reb Lévik, mais tout simplement Lévik. Le Rav Sassonkin écrit à ce sujet:

« Son nom le précédait. Tous savaient que “Lévik” – car c’est ainsi qu’on l’appelait à Loubavitch, sans qualificatif – était un grand sage aussi bien dans le Talmud que dans la ‘Hassidout. Suivant l’expression de nos sages (à propos des titres accordés aux maîtres) “ ‘Rabbi’ est un titre plus important que ‘rav’, ‘Rabban’ est plus important que ‘Rabbi’, le nom seul est plus important que ‘Rabban’ ” car les rabbins des premières générations étaient si grands qu’on ne leur donnait aucun qualificatif, tel Hillel, Chamaï, etc. […] Telle était sa personnalité : il était si grand que le seul nom “Lévik” évoquait par lui même une profonde sagesse, une sagesse extraordinaire dans tous les domaines, la sagesse du Talmud, la sagesse de la ‘Hassidout ‘Habad, la sagesse de la Kabbale. »

De sa bouche sortaient des pierres précieuses. À l’image d’une source, lorsqu’il commençait à parler, rien ne pouvait l’arrêter. Toutes les profondeurs de la Torah coulaient alors de sa bouche et émerveillaient tous ceux qui l’écoutaient.

Dans la suite de son récit, le rav Sassonkin raconte :

« Une fois, j’étais présent lorsqu’on l’invita à donner un cours de guemara dans une grande synagogue. Quand on entendit que le Rav Schneerson donnerait le cours, une grande assemblée de sages vint l’écouter. Il expliqua la page de guemara avec une profondeur exceptionnelle et fit briller les yeux de tous. Tous restèrent bouche bée devant son explication extraordinaire, la profondeur qu’il dévoilait si simplement. Une fois encore, j’étais présent à son cours de Tanya. Il émerveilla tous ceux qui écoutaient ses paroles car il avait une compréhension très profonde de la ‘Hassidout ‘Habad. »

« Il est impossible de décrire le plaisir que l’on eut de son passage à Leningrad », témoigne le rav Zalman Duchman. Nous avions l’habitude de lui rendre visite presque tous les soirs et il nous expliquait les midrachim selon la ‘Hassidout. » Le célèbre Rav Its’hak « Matmid » dit de lui : « Il a des forces qui proviennent du Alter Rebbe (Rabbi Chnéour Zalman, premier Rabbi de Loubavitch). »

Il discutait chaleureusement avec chacun. Nombreux étaient ceux qui cherchaient à tout prix à se trouver auprès de lui pour profiter de ces discussions de tous les jours. La Rabbanit ‘Hanna raconte :

« Nous avons une fois voyagé en locomotive en dehors du pays. À Varsovie, un célèbre écrivain monta à l’intérieur de notre wagon et s’assit à côté du rav. Leur discussion porta sur le Judaïsme, la ‘Hassidout, les Admourim. Il fit tellement impression avec ses récits que les autres voyageurs juifs des autres wagons se rassemblèrent autour de lui et se poussèrent pour écouter ses paroles, oubliant leur sommeil pour entendre les récits de Rabbi Lévi Its’hak. »

Sa force n’était pas seulement dans sa manière de parler. Il passait aussi de longues heures à rédiger ses explications dans tous les domaines de la Torah.

Son neveu, le Rav Haim Leib Itkin raconte :

« Mes parents habitaient à cinq heures de voyage de Yekatrinoslav. Je rendis une fois visite à mon oncle à l’issue du Chabbat et je discutais longuement avec lui de différents sujets. À neuf heures, je me préparais à le quitter. Mais il m’en empêcha et me dit “De toute façon, tu as un billet pour voyager. Pourquoi dois-tu te dépêcher ?” Je suis resté encore une demi-heure et je me suis apprêté à nouveau à partir. Il m’arrêta encore une fois. À dix heures et demie, je ne pouvais plus attendre et, sans lui demander sa permission, je partis. Quand je suis arrivé à la locomotive, il ne restait que trois minutes avant le départ, mais elle ne partit pas. Elle eut du retard et ne prit le départ que le lendemain. À présent, je commençais à comprendre ses demandes répétées de rester discuter de sujets importants et ne pas perdre mon temps comme cela arriva… Je n’ai pas eu l’affront de l’interroger à ce sujet, mais depuis ce jour j’ai su l’estimer différemment. J’ai compris que ses yeux voyaient loin, mais qu’il laissait cela à l’abri des regards. »

D’apparence, il attirait le cœur. Le reflet de son visage, ses habits et sa démarche ne faisaient que refléter sa splendeur. Son regard était perçant et l’expression de son visage faisait apparaître sagesse et intelligence.

On raconte que lorsqu’il se rendait à la synagogue, les passants s’arrêtaient pour le regarder. Même les non-juifs accordaient le plus grand respect au rav de la communauté juive et s’écartaient pour le laisser passer. Le Rav C. Vilenkin raconta avoir vu au magasin une longue queue de gens s’écarter pour le laisser passer.

Les écrits de Rabbi Lévi Its’hak

Nombreux furent les « géants » du peuple juif qui rédigèrent leurs explications de la Torah, mais très peu d’entre eux eurent le mérite d’avoir un impact inoubliable sur les générations suivantes, de fonder un chemin nouveau dans la compréhension de la Torah.

Parmi ceux-ci figure sans aucun doute Rabbi Lévi Its’hak. En effet, il ouvrit une voie nouvelle dans l’étude de la Torah qui consiste à établir un lien entre le remez et le sod (le sens allusif de la Torah et sa partie ésotérique).

Il rédigea de nombreux écrits sur la partie révélée et la partie ésotérique de la Torah. Malheureusement, tous ces écrits furent perdus.

Tout d’abord confisqués par le gouvernement, puis rendus, on perdit toute trace de leur existence lors de la destruction de la ville par les nazis. Les quelques livres qui nous sont restés sont le fruit de l’effort de la Rabbanit ‘Hanna.

En effet, durant son exil à Tchiali (comme nous le verrons plus loin), elle reçut la permission de le rejoindre. Dans sa route, elle prit le maximum de livres saints, les plus importants. Bien entendu, en exil, il n’avait pas de quoi écrire. C’est à nouveau la Rabbanit ‘Hanna qui fabriqua de l’encre à partir de plantes. C’est grâce à cette encre qu’il rédigea ses écrits sur les marges des livres. À cause de ces mauvaises conditions, il dut condenser à l’extrême l’expression de ses pensées profondes.

Cinq de ses livres ont été aujourd’hui imprimés, à partir de ces manuscrits :

Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Tanya
Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Zohar, Béréchit
Likoutei Lévi Its’hak – notes sur le Zohar, Chemot-Devarim
Likoutei Lévi Its’hak – ‘Hidouchim et Biourim sur le Chass, Michna et Guemara
Likoutei Lévi Its’hak – sur les versets du Tanakh et les paroles de nos Sages ainsi que plusieurs lettres qu’il écrivit.

L’arrestation

Un mois avant son arrestation on pouvait distinguer la présence de deux hommes qui rôdaient de manière inhabituelle autour de sa maison.

Dans la nuit du 9 Nissan 5699 (1939), à trois heures du matin on frappa à la porte. La Rabbanit ‘Hanna alla ouvrir. Quatre hommes du N.K.V.D. se trouvaient face à elle. « Où est le Rav Schneerson ? », demandèrent-ils. Avant même qu’elle eût le temps de prévenir son mari, ils firent irruption dans la maison et bloquèrent toutes les portes. Le plus grand d’entre eux appela Rabbi Lévi Its’hak et lui montra l’ordre d’arrestation. Ils se mirent de suite au travail. Ils fouillèrent tous les livres et manuscrits, n’en laissèrent pas un seul échapper et en prirent une grande partie. Ils fouillèrent ainsi toutes les pièces. Lorsqu’ils eurent terminé, le même homme dit au rav : « Rabbi, habille-toi et viens avec nous. » Il comprit qu’il ne passerait pas la fête de Pessa’h chez lui et voulut prendre des matsot, mais ils ne l’y autorisèrent pas.

rabbi levy arrestationOrdre d’arrestation de Rabbi Lévi Its’hak

Le motif de son arrestation était le suivant : « Sous couvert de son activité religieuse, Schneerson fait partie d’un organisme antisoviétique actif qui est le produit de diffamation et de défaitisme. Grâce au lien qu’il entretient avec son fils, agent important des informations de Pologne, et avec un proche parent, le grand rabbin de Riga, Schneerson enrôle des hommes pour le mouvement clandestin antisoviétique et est soupçonné d’espionnage. Il exploite son discours hebdomadaire à la synagogue pour parler contre le gouvernement soviétique et contre ses dirigeants. Il organise une grande aide matérielle pour les ennemis du régime. »

À la Rabbanit ‘Hanna qui demanda où on emmenait son mari, ils répondirent qu’elle devait se présenter le lendemain aux bureaux du N.K.V.D. où on l’en informerait. Le lendemain, elle s’aperçut rapidement que tout cela n’était que mensonge. À toutes ses questions, une seule réponse lui était donnée : « Il n’est pas là, impossible de lui transmettre quelque nourriture. »

En regardant l’acte d’arrestation, elle aperçut la signature de celui qui devait s’occuper de son dossier. Elle le contacta et lui demanda des nouvelles de son mari. Chaque jour, il lui transmettait son bonjour. Ce n’est que cinq mois plus tard qu’elle apprit que dès le lendemain de son arrestation, il avait été transféré dans une autre prison à Kiev.

La description d’un autre prisonnier, le rav Aharon Yaakov Diskin, détenu en même temps que Rabbi Lévi Its’hak, est très significative :

« Qui pouvait supporter toutes ces épreuves ? Qu’une minorité ! Parmi eux le Rav Lévi Its’hak Schneerson. Il n’avoua rien ! Il ne signa pas l’acte de son inculpation ! Avec une force extraordinaire, il subit les souffrances et ne se courba point. Il accepta avec amour le décret des cieux et n’avoua rien à ses bourreaux. On le transféra à Kiev : peut-être les “spécialistes” qui s’y trouvaient réussiraient-ils à extorquer sa signature. Ils utiliseraient tous les moyens. Ils avaient devant eux l’une des plus importantes personnalités recherchées : un rav célèbre, parent par alliance du Rabbi Yossef Its’hak Schneerson qu’ils haïssaient et dont ils regrettaient amèrement la sortie de Russie. Ils avaient une proie pour se venger et faire porter l’accusation de complot et espionnage contre-révolutionnaire contre lui et son parent le Rabbi Yossef Its’hak. Par son intermédiaire ils pourraient capturer tous les autres rabbins. Mais même les “spécialistes” échouèrent et durent abandonner. Le rav Schneerson n’avoua rien, ne signa pas, et ne reconnut pas les inculpations portées contre lui, malgré la colère qu’ils déversaient sur lui. Grâce à cela, beaucoup de rabbins et de Juifs religieux furent sauvés. Dans cette redoutable coulée de sang qui prit au piège des millions de personnes, le rav Schneerson fut le seul sur lequel le feu de l’enfer n’eut pas d’emprise. Ce fait était l’objet de longues discussions entre les prisonniers et tous s’émerveillaient devant la personnalité fabuleuse de cet homme. »

rabbi levy arrestation 2Immeuble du KGB dans les sous-sols duquel Rabbi Lévi Its’hak fut incarcéré

Le rédacteur de ce témoignage connut lui-même ces épreuves. Après deux ans d’emprisonnement dans ces conditions, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés dans les montagnes et forêts du nord de l’Oural.

« En janvier 5700 (1940), je fus transporté dans un Etap (train dans lequel les prisonniers étaient transportés) vers la prison de ‘Harkov. Vers cette prison étaient transportés des milliers de prisonniers. À partir de là, de grands Etap desservaient les différents camps de travaux forcés. J’étais emprisonné dans la cellule n° 22, bondée de plus de quatre cents personnes serrées à terre […]. Je dormais à côté de deux ingénieurs qui parlaient avec émerveillement du Rav Schneerson. Ils racontèrent que lorsqu’ils se trouvaient dans sa prison, ils lui posaient des problèmes complexes en mathématique et en ingénierie qu’il résolvait en un instant. L’essentiel de leur émerveillement venait de sa force de caractère : il n’acceptait pas d’aller à l’interrogatoire à la sortie de Chabbat avant d’avoir reçu des allumettes pour la Havdala. Il fut une fois interpellé durant la prière silencieuse de la Amidah, mais n’interrompit pas sa prière, déclenchant la colère de ces bêtes à forme humaine. Ils n’osèrent pas le toucher. Il épanchait son cœur sans faire le moindre geste. Il finit sa prière et sortit avec eux, mais ne signa pas les accusations portées contre lui […].

Je sus que le Rav Schneerson se trouvait dans la cellule nº 6. J’ai demandé à être placé dans la même cellule que lui. On me répondit : “Je sais quelle est ton intention. Que tu succombes ici et n’aies pas la chance d’être transféré dans la cellule nº 6 où se trouve Schneerson !” Quand je revins à ma place, l’ancien commissaire qui se trouvait à mes côtés me dit :“De quoi as-tu parlé avec ce Pharaon ?” Je lui répondis : “J’ai demandé à être muté dans la cellule nº 6.” Il s’exclama : “C’est là que se trouve le rav qui n’a pas signé. C’est bien qu’il y en ait au moins un qui ne se courbe pas devant ces bourreaux. Vraiment, c’est un grand homme, ce rabbin !” »

Un professeur non-juif raconta à la Rabbanit ‘Hanna :

« Je n’oublierai jamais cet homme, ses connaissances extraordinaires et sa rare force de caractère ! Nous étions quatre dans la même cellule et nous trois avons pu tenir grâce aux encouragements du rav à ne pas perdre espoir en dépit des terribles souffrances que nous subissions. Avec force et sans relâche, il resta fidèle aux principes de sa religion. Le fait qui m’a le plus marqué fut qu’une fois, il fut ordonné à tous les prisonniers de raser leur barbe. Plusieurs prisonniers, parmi eux des juifs et des rabbins, tentèrent de s’y opposer, mais sans résultat. Quand arriva le tour du rav, il se tint comme un rocher et s’écria : “Moi, ma barbe, vous ne la toucherez jamais !” Ses paroles, prononcées avec une si grande force, les effrayèrent et ils abandonnèrent. Il fut le seul qui eut le mérite de garder sa barbe, chose que beaucoup d’autres lui envièrent. »

Cinq mois plus tard, en Eloul 5699 (1939), il fut ramené à Dniepropetrovsk, et la Rabbanit ‘Hanna eut enfin la possibilité de lui transmettre de la nourriture.

Quelque deux semaines après, une nouvelle fouille fut organisée dans sa maison le jour du Chabbat, en vue de trouver d’autres preuves pour aggraver ses « fautes ». Après cela, ils convoquèrent la Rabbanit ‘Hanna aux bureaux du N.K.V.D. pour un interrogatoire. On l’interrogea à propos des actions de son mari, des liens avec son fils… Malgré leurs menaces, ils n’obtinrent rien de ce qu’ils désiraient.

Ils durent admettre qu’ils ne parviendraient à rien avec Rabbi Lévi Its’hak.

À chaque question au sujet d’une réunion dans la communauté, il semblait avoir complètement oublié le sujet sur lequel elle avait porté. Il ne mentionnait nommément que des personnes déjà disparues ou ayant déjà quitté les frontières du pays. L’interrogateur ne pouvait aucunement prouver le caractère antisoviétique des rassemblements religieux secrets de Moscou, Kiev, Leningrad… C’est ainsi qu’avec une extraordinaire intelligence, il parvenait à répondre à chacune de leurs questions.

Avant son retour à Dniepropetrovsk, il passa une visite médicale et le médecin décela alors un grand nombre de problèmes graves.

Ils décidèrent alors d’adopter une autre tactique. Ils emprisonnèrent trois membres importants de la communauté en vue d’obtenir des révélations contre le rav. Ils n’obtinrent aucune révélation effective. Ils exigèrent alors qu’ils signent les inculpations contre le rav. Devant leur refus, ils les torturèrent abominablement pendant dix semaines, pour obtenir la signature souhaitée.

Le verdict

Rabbi Lévi Its’hak, fut inculpé en même temps que les trois autres personnalités.

Ils furent accusés « d’être membres d’un mouvement clandestin juif antisoviétique, actifs au cours de réunions secrètes organisées dans la maison de Schneerson, d’avoir collecté de l’argent parmi la population au profit des familles de prisonniers, d’avoir participé à la gestion de caisses non déclarées, d’avoir au cours de ces réunions lancé des propagandes antisoviétiques, d’avoir diffamé le gouvernement soviétique et d’avoir entretenu un lien avec des communautés à l’étranger par l’intermédiaire de leur chef : Schneerson. »

rabbi levy verdictDocument ordonnant l’exil de Rabbi Lévi Its’hak

Le verdict prononcé contre lui le condamna à cinq ans d’exil dans la ville de Tchiali, au Kazakhstan, au fin fond de l’est de l’Asie en tant qu’« homme dangereux pour la société. »

Lorsqu’on transmit la nouvelle à la Rabbanit ‘Hanna, elle tenta de leur expliquer que son mari avait déjà soixante-dix ans (selon leurs papiers), mais en vain. On lui répondit que l’endroit où était envoyé son mari était convenable, qu’il conserverait sa citoyenneté, mais qu’il devait seulement changer de lieu de résidence.

On lui dit aussi qu’avant son départ, elle pourrait revoir son mari une dernière fois.

Cette rencontre à travers les barreaux (la première depuis son arrestation) fut un mélange de joie et de souffrance, la joie des retrouvailles et la souffrance de voir ce qu’il avait enduré. Elle ne s’imaginait pas qu’en une si courte période, son état de santé se serait détérioré au point qu’elle aurait du mal à le reconnaître. Cette rencontre, sous les yeux d’un surveillant, ne dura que quelques minutes. Avant leur séparation, Rabbi Lévi Its’hak lui demanda pardon. Il pensait que ses forces ne lui permettraient pas de tenir durant un si long voyage… Elle lui laissa un colis et ils se quittèrent.

Il fut transféré à ‘Harkov (où il revit une deuxième fois la Rabbanit ‘Hanna). Alors, le dur et épuisant voyage commença. Un mois de trajet, telle était la distance qui séparait ‘Harkov de Alma-Ata, capitale du Kazakhstan, à l’est de l’Asie. Comme Rabbi Lévi Its’hak le raconta lui-même, la chose la plus dure durant le voyage était le manque d’eau pour netilat yadaïm (les ablutions du matin). Pendant onze jours, les prisonniers furent privés d’eau. Même l’eau potable était rationnée et suffisait difficilement à étancher leur soif. Rabbi Lévi Its’hak, scrupuleux sur chaque détail de la loi juive, se servit de cette eau pour netilat yadaïm. Plus encore, il céda le peu de nourriture qu’il possédait au soldat qui la distribuait en échange d’un peu plus d’eau pour netilat yadaïm.

Ils arrivèrent à Alma-Ata le 15 Chevat 5700 (1940). Les prisonniers furent alors divisés en différents groupes. Un des ‘hassidim prisonniers raconte avoir vu Rabbi Lévi Its’hak suivi de soldats et de chiens féroces, tombant à terre en raison de sa grande faiblesse. Les soldats le frappèrent alors de terribles coups et lâchèrent sur lui leurs chiens qui le mordirent et déchirèrent ses vêtements jusqu’à ce qu’il fut obligé de se relever et d’avancer sans aucune force…

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