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Nous avons le plaisir de vous présenter ici « Les grandes lignes de la vie de Rabbi Lévi Its’hak. » Sans avoir la prétention d’être une biographie du père du Rabbi, ce fascicule tente néanmoins de retracer une vie qui fut un combat incessant pour défendre, sans concession, le Judaïsme que le pouvoir soviétique voulait écraser dans le sang. Comme le Rabbi l’a expliqué lors d’un discours, une telle force de caractère nous dépasse complètement mais peut néanmoins être une source d’inspiration dans notre travail spirituel Les épreuves qui furent celles de Rabbi Lévi Its’hak ne sont plus, grâce à D.ieu, de notre temps. Mais sa fermeté doit être la nôtre dans nos efforts pour dépasser nos propres limites. Nous souhaitons que la parution de ce fascicule permette d’apprécier un peu plus sa grandeur et d’en puiser les forces nécessaires pour accélérer la venue du Machia’h. Editions du Beth Loubavitch

rabbi levy 0Lire la 1ère partie2ème partie

L’exil

La ville de Tchiali est pour beaucoup synonyme de peur et de frisson.

Cette ville perdue à l’Est de l’Asie Centrale fut pendant longtemps inconnue et aurait pu le rester. Sa terre est un mélange de poussière et d’eau qui ne sèche jamais. Celui qui la piétine a du mal à en retirer le pied. Les moustiques envahissent l’air et accompagnent l’homme partout : dehors, chez lui, dans la cuisine, les placards, les ustensiles, la nourriture… Les maisons, faites de mortier et de ciment, sont un mauvais abri contre la chaleur et la grêle, la neige et le vent qui siffle tout le long de la journée. Le soleil brûlant de l’été dégage une odeur fétide, source d’épidémies mortelles.

C’est là que fut exilé Rabbi Lévi Its’hak, le 19 Chevat 5700 (1940).

Il fut accueilli par les ténèbres, l’obscurité la plus totale et la tempête. Aucun signe de vie n’apparaissait à l’extérieur. Il était seul avec un ami juif, partenaire dans la souffrance, qui avait été exilé en même temps que lui. Rester trop longtemps à l’extérieur constituait un terrible danger. Ils apprirent ensuite qu’un Juif résidait dans les environs. Ils rassemblèrent leurs dernières forces pour atteindre sa maison. Mais quelle fut leur surprise de voir celui-ci leur refuser l’hospitalité ! Ils virent finalement de loin une lumière et trouvèrent un logis pour passer la nuit.

Le propriétaire ne leur donna pour dormir qu’un coin de la cuisine. Il étendit un drap sur le sol humide, mais le froid pénétrait leurs os et ils ne purent fermer l’œil de la nuit. Quand les propriétaires firent au matin connaissance avec leurs hôtes, ils décidèrent qu’ils ne pourraient pas accueillir deux personnes dans leur maison. Pour choisir celui qui pourrait rester, ils firent un tirage au sort qui désigna Rabbi Lévi Its’hak. Il prit la défense de son ami, mais ne put rien faire.

rabbi levy 4Photographie de Rabbi Lévi Its’hak portant la mention manuscrite de son fils, le Rabbi, des initiales de « Mon père, de mémoire bénie ? » Le point d’interrogation semble signifier l’étonnement du Rabbi devant les marques de souffrances portées par le visage de son père

Ayant trouvé un refuge, il envoya immédiatement un télégramme à la Rabbanit ‘Hanna pour lui demander les choses les plus nécessaires : son talit, ses téfiline, des livres et quelque nourriture. Au bout de trois semaines lui parvint le premier colis qui comprenait son talit et ses téfiline que la Rabbanit lui avait envoyés au plus vite. Quelle ne fut pas sa joie de recevoir son talit et ses téfiline qu’il n’avait pas eu le mérite de voir depuis un an ! La Rabbanit ‘Hanna raconta plus tard qu’il eut ce jour-là un plaisir tel qu’il ne pouvait pas exprimer verbalement.

Après la fête de Pourim, la Rabbanit ‘Hanna prit la décision de rejoindre son mari.

Elle se rendit à Moscou et, en dépit des difficultés, elle prit avec elle des matsot et du vin pour Pessa’h, des provisions devant suffire pour une certaine période et un livre de Tehilim. Elle entreprit à Moscou plusieurs démarches pour obtenir la libération de son mari, mais sans résultat.

Le voyage entre Moscou et Tchiali durait plus de cinq jours. Elle donna à l’un des responsables un cadeau important pour qu’il ne lui arrive rien de mal. À l’arrivée, son mari vint l’accueillir. Elle ne put presque pas regarder son visage, et ce fut avec grande difficulté qu’elle retint ses larmes.

À propos de la vie difficile qu’ils menaient dans cette ville perdue, la Rabbanit ‘Hanna écrit dans ses mémoires :

« Notre chambre était dans la demeure d’un Tartare. Pour atteindre la chambre, il fallait passer par une antichambre, humide et pleine de boue. Les nombreux moustiques obscurcissaient la lumière. De l’antichambre, il fallait passer par la salle à manger des propriétaires.

Pour boire un petit peu d’eau, il fallait attendre qu’elle se décante du fait de la présence de sable. D’une façon générale, il était difficile d’obtenir de l’eau. La nuit, nous éclairions la chambre avec un petit chandelier.

La chaleur d’été était insupportable. Au milieu de notre sommeil, des myriades de moustiques sifflaient et nous piquaient. Il n’y avait qu’une seule possibilité : boucher tous les trous et fentes de la chambre pour qu’ils ne parviennent pas à rentrer.

Si l’on revêtait un habit le soir, il était impossible de le reconnaître le lendemain. Ces bêtes les salissaient de points noirs. C’est ainsi que se déroulait la vie et nous n’avions d’autre choix que de nous habituer à ce mal et à vivre avec lui.

Arriva le mois de Nissan. Les problèmes quotidiens n’avaient alors plus d’importance. Le problème urgent était alors beaucoup plus difficile à résoudre : tout était «‘hamets»: la maison, les ustensiles… et comment pourrions-nous nous procurer de la nourriture cachère pour Pessa’h ? Étant donné que les propriétaires étaient attachés à leur religion, nous avons tenté de les sensibiliser au sujet de la cacherout à Pessa’h. Nous pensions qu’ils nous comprendraient et nous viendraient en aide. Toutefois, comme ils étaient déjà en colère en raison de notre utilisation de l’eau pour d’autres besoins, ils ne réfléchirent pas longtemps et nous ordonnèrent de quitter immédiatement la maison.

La situation était à présent particulièrement difficile. Comment retrouver une demeure deux semaines avant Pessa’h ? Une des résidentes accepta, en échange d’un salaire mensuel de cinquante roubles, de nous donner une pièce avec une entrée séparée, et un sol en bois : une merveille ! Il y avait toutefois un désavantage important à cette proposition. Elle avait pour enfants de véritables voyous. Les gens du voisinage nous déconseillèrent de prendre cette chambre, car nous ne pourrions pas supporter les difficultés qu’ils nous feraient. Mais en l’absence d’autre solution, nous avons accepté.

La question de l’obtention de nouveaux ustensiles et de nourriture trouva sa solution. Je me suis rendue à une heure de trajet de Tchiali pour atteindre un endroit où un groupe de Juifs religieux de Kiev avaient été exilés. Ils résidaient ensemble. Parmi eux, il y avait un rav et un cho’het (abatteur rituel). Je suis restée deux jours dans cet endroit pour réussir à obtenir un grand ustensile neuf. J’ai aussi commandé de la viande et du poisson et je leur ai demandé de les apporter la veille de Pessa’h seulement […].

Le soir de Pessa’h, nous avions un invité à dîner à notre table. Nous nous sommes assis ensemble pour le seder. Derrière la fenêtre se tenaient les enfants qui se moquaient sans relâche de chacun de nos gestes et paroles.

Bien entendu, leurs moqueries ne nous ont pas touchés et le seder s’est poursuivi de façon conforme à la loi, la lecture de la Hagadah à voie haute et en chantant, ainsi que toutes les autres parties du seder. Quand nous nous souvenions de la situation dans laquelle s’était déroulée la fête de Pessa’h l’année précédente, derrière les barreaux, dans les murs de la prison, cela nous réjouit, et la joie de la fête était ressentie. De ce point de vue, il y avait de quoi se réjouir.

Le seder se prolongea tardivement dans la nuit. Il est difficile de qualifier de repas ce que nous avons mangé cette nuit. La viande et le poisson que le non-juif nous avait apporté, ce que j’avais commandé chez le cho’het, avaient complètement tourné durant le transport à notre maison… »

rabbi levy letre de son filsLettre de protestation de Rabbi Lévi Its’hak adressée au ministre des affaires intérieures dans laquelle il dénonce l’injustice de sa condamnation

Après un certain temps, la Rabbanit ‘Hanna décida de rentrer chez elle.

rabbi levy La Rabbanit 'HannaLa Rabbanit ‘Hanna

Elle avait plusieurs raisons. D’une part, elle pourrait envoyer régulièrement des colis de nourriture, en dépit du danger d’envoyer un colis à un homme ayant commis autant de « fautes ». D’autre part, elle ne voulait pas laisser trop longtemps sa maison inhabitée. Enfin, cela permettait de diminuer les soucis pour trouver de la nourriture à son mari.

Elle se rendit en premier lieu dans la ville la plus proche, Kzyl-Orda, aux bureaux du N.K.V.D., pour demander à faire transférer son mari dans cette ville en raison de son mauvais état de santé (il était déjà atteint de la tumeur dont il devait plus tard succomber). Ses démarches durèrent douze jours, mais sans résultat.

Avant son départ, elle avait demandé à un Juif de résider avec son mari, afin qu’il ne reste pas seul. De temps à autre, il y avait des Juifs qui étaient parvenus à s’enfuir avant l’arrivée des nazis dans leur ville. Certains d’entre eux avaient connu le rav et venaient lui demander des conseils, profiter de son enseignement. Quand les Juifs de Kzyl-Orda apprirent que le rav se trouvait à Tchiali, plusieurs d’entre eux lui rendirent fréquemment visite, ce qui l’aida beaucoup. Il passait avec eux de longues nuits à prononcer des paroles de Torah et de ‘Hassidout.

Le 1er Eloul 5701 (23 août 1940), Rabbi Lévi Its’hak envoya une lettre au dirigeant du N.K.V.D. dans laquelle il dénonça la façon dont son interrogatoire s’était déroulé et demanda à ce que l’on juge à nouveau son dossier. Sa demande fut refusée.

Le son de la délivrance

La libération de Rabbi Lévi Its’hak fut essentiellement organisée par les frères Hirshel et Mendel Rabinovitch.

Dès que ce dernier fut libéré de son service militaire, il décida de tout tenter pour obtenir la libération de Rabbi Lévi Its’hak de son exil. Ces démarches devenaient particulièrement urgentes en raison de la rumeur selon laquelle aucun prisonnier ne serait libéré avant la fin de la guerre. Ce renseignement était plus qu’une rumeur, il provenait d’une source sûre, une femme juive exerçant la profession de juge pour le gouvernement. Il fallait donc agir au plus vite, avant que cette loi ne soit décidée, faute de quoi il serait impossible ensuite de le libérer.

Les difficultés concernant sa libération étaient nombreuses. Il fallait :

Obtenir tout d’abord un certificat de libération, stipulant que le prisonnier avait purgé intégralement sa peine.

Récolter une immense somme d’argent. En effet, sans corruption, il était impossible d’agir et d’obtenir les signatures nécessaires.

Apporter les certificats à Rabbi Lévi Its’hak. Cette démarche n’était pas des plus simples, les hommes du N.K.V.D organisant parfois une fouille des voyageurs. S’ils trouvaient un étranger avec un certificat comme celui-ci, ce dernier courait un grand danger. La difficulté était donc double : il fallait trouver quelqu’un capable de garder le secret, mais aussi prêt à prendre un risque si important.

Obtenir une permission d’entrée dans une autre ville. Lorsqu’un prisonnier recevait la permission de partir dans une autre ville, il devait avoir une déclaration écrite de sa fille qu’elle le recevrait, lui et sa femme et les nourrirait afin qu’ils ne soient pas à la charge des autorités. Rabbi Lévi Its’hak quant à lui n’avait pas de fille et il était très dangereux de faire de faux papiers.

Obtenir une permission de passage d’une ville à une autre.

Après la collecte de grosses sommes d’argent et les nombreuses demandes auprès des représentants du N.K.V.D., le rav Hirshel Rabinovitch réussit à obtenir le certificat de permission de sortie, signée des autorités.

Quant à la capacité d’accueillir Rabbi Lévi Its’hak, la femme de rav Hirshel signa un engagement à ce sujet.

Restait le problème de lui remettre les documents. Ce fut Bat-Chéva, la fille du rav Eliahou ‘Haïm Althaus, ami proche de Rabbi Lévi Its’hak, qui accomplit cette tâche difficile. Elle arriva à Tchiali avant la fête de Pessa’h. À la demande de Rabbi Lévi Its’hak qui craignait ne pas avoir de Matsa Chmoura s’ils s’enfuyaient immédiatement, ils restèrent pour les premiers jours de la fête. Ce fut pendant ‘Hol Hamoëd que Rabbi Lévi Its’hak, la Rabbanit Hanna, et Bat-Chéva quittèrent Tchiali pour ne plus jamais y revenir.

La délivrance

Le jeudi 27 Nissan 5704 (20 avril 1944), Rabbi Lévi Its’hak arriva à Alma-Ata. La Rabbanit ‘Hanna raconte :

« On lui réserva un accueil très chaleureux et, immédiatement, commencèrent à affluer des ‘hassidim, des amis, et en tout premier les frères Rabinovitch. Il serait difficile de décrire la joie profonde qui régnait alors du fait qu’ils avaient le mérite d’accueillir dans leur ville une personnalité si importante après une telle attente. Beaucoup avaient les larmes aux yeux… »

Peu de temps après, on lui loua une maison non loin de la ville. Avant Chavouot, on lui trouva une demeure fixe. À cet endroit se trouvaient des centaines de Juifs, pour la plupart ayant fui la guerre. Ainsi, tous les jours se déroulaient les prières de Cha’harit, Min’ha et Arvit (les trois prières quotidiennes).

rabbi levy acte de vente hametzActe de vente du ‘hamets rédigé par le Rabbi où il est fait mention de la résidence de ses parents à Alma-Ata et de celle de son frère à Tel Aviv

En très peu de temps, sa maison se transforma en un véritable refuge pour tous : les jeunes, les personnes plus âgées, les femmes et les enfants. Elle était ouverte à tous, du matin jusqu’aux heures tardives de la nuit. À ce moment, il sortait avec ses invités dans la cour de la maison. Les jeunes s’asseyaient sur l’herbe et buvaient avec soif ses paroles. Ils étaient chez lui réconfortés et avaient le sentiment d’avoir été comblés spirituellement.

Son installation à Alma-Ata n’était pas officielle, à cause des autorités. Néanmoins, dès son arrivée, il commença à s’occuper de la communauté, ainsi que de tous les réfugiés de la guerre.

Le nombre de visiteurs s’accroissait chaque jour. Certains venaient d’Ukraine, de Moscou ou de Leningrad.

Différents groupes, délégués par leur ville, venaient fréquemment, les uns pour lui proposer d’être rav de leur communauté, les autres pour l’inviter à venir les honorer de sa présence et prononcer un discours.

Les gens qui l’entouraient faisaient tout leur possible pour lui venir en aide. La Rabbanit ‘Hanna écrit à ce propos : « En voyant tout cela, j’ai pris conscience que jusqu’à présent, je ne savais pas du tout combien grande était l’importance du rav aux yeux des gens. »

Son influence était très importante pour tous. Il y avait de jeunes Juifs de Leningrad qui n’avaient connu, depuis leur naissance, que l’éducation communiste des écoles du gouvernement. Ils rendaient visite en cachette à Rabbi Lévi Its’hak. Ils changèrent très rapidement leur mode de vie. À la maison, ils ne voulaient plus rien manger et exigèrent de leur mère de leur fournir de la nourriture cachère. Une telle conduite engendrait pour eux d’énormes difficultés. D’une part, l’opposition radicale de leurs parents, mais aussi la difficulté de se procurer de la nourriture cachère dans un territoire antireligieux…

Ainsi la maison du rav se transforma-t-elle en un véritable centre spirituel, un luminaire vers lequel tous se tournaient et cherchaient toutes les occasions pour venir s’y réfugier.

En particulier, durant les fêtes, beaucoup se sentaient un devoir de se trouver aux côtés de Rabbi Lévi Its’hak et de se renforcer dans l’atmosphère oppressante qui régnait sur chacun.

Dans son quartier habitait un Juif, un intellectuel, qui se vantait de ne pas connaître à l’âge de cinquante-deux ans une seule lettre d’hébreu, et se moquait de ceux qui respectaient Rabbi Lévi Its’hak. Il rendit toutefois visite au rav quelques fois et finit par limiter son temps de travail pour pouvoir discuter avec lui.

À la fête de Chavouot, Rabbi Lévi Its’hak prononça un discours devant les fidèles de la synagogue et, d’une voix enflammée, il leur fit part de l’importance de raffermir leur foi, leur observance de la Torah et des Mitsvot.

Il les encouragea à ne prêter aucune attention à ceux qui essaient d’y faire entrave. L’assemblée resta muette d’entendre un tel discours d’un rabbin dans la Russie soviétique. Ce ne fut qu’à la conclusion de ses paroles qu’ils reprirent enfin conscience de leur véritable situation, et la peur et la crainte les gagnèrent tous, car ils savaient qu’à chaque pas se trouvait un dénonciateur, y compris dans un lieu saint comme celui-ci. Ce dernier irait immédiatement transmettre le contenu de ces paroles aux autorités… Ce fut effectivement ce qui arriva.

Quelques jours après, les représentants des autorités rendirent visite ou convoquèrent quelques membres de la synagogue pour un interrogatoire. Dans la maison de Rabbi Lévi Its’hak, ils firent irruption de façon inattendue. À plusieurs reprises, ils se rendirent chez lui et le fait de le voir cloué au lit ne les empêcha pas de revenir. Ces « visites » laissèrent un sentiment de crainte et de peur dans la maison de Rabbi Lévi Its’hak.

Toutefois, en dépit de cette crainte incessante, après cinq ans d’exil et de souffrances, il continua à accomplir le travail qui lui incombait sans aucune peur. La phrase perçante au sujet de la nécessité de rester ferme dans l’observance de la Torah et des Mitsvot fut prononcée avec la même ferveur et intensité qu’avant son arrestation.

Pour ce qui concernait le Judaïsme, il n’y avait aucune différence à ses yeux entre l’époque qui avait précédé son emprisonnement et le moment présent. En cela, il fut une personnalité unique.

Dans la plupart des cas, un homme ayant été exilé et qui avait eut la chance de rentrer chez lui était brisé, corps et âme. Sa bouche restait muette et aucun son ne pouvait en sortir. Après tout ce qu’il avait enduré, il n’osait même plus penser contre le gouvernement. Rabbi Lévi Its’hak, lui, dès son retour d’exil, ne cessa jamais son activité pour renforcer la Torah et les Mitsvot, en cachette ou même ouvertement, malgré la surveillance des mécréants.

Depuis le début de sa fonction rabbinique, il fut tel un rocher et continua à se comporter ainsi dans toutes ses pensées et actions.

Ses paroles sortaient du cœur et touchaient tout son entourage. Il y avait de nombreux Juifs réfugiés de la guerre, et certains étaient étrangers, voire opposants à la ‘Hassidout. Mais tous se rendaient chez Rabbi Lévi Its’hak et buvaient ses paroles avec la même soif.

La maladie

En dépit de sa force de caractère extraordinaire, sa santé allait en empirant. La tumeur, qu’il portait depuis longtemps déjà, se développait pour atteindre tout son organisme et ses souffrances s’accroissaient de jour en jour.

Un des derniers Chabbat de sa vie, une vingtaine de personnes se rassemblèrent autour de lui pour entendre des paroles de Torah. Ses souffrances étaient telles qu’il ne pouvait revêtir aucun habit sur son corps. Il portait uniquement son habit extérieur, leur demanda de pardonner sa présentation et, dans sa grande modestie, dit en souriant : « On a ce que l’on mérite. »

Durant plusieurs heures, des paroles de Torah coulèrent de sa bouche comme auparavant. Son visage avait changé, mais les auditeurs n’entendaient pas une voix brisée par la souffrance. Ces paroles de Torah lui donnaient une force unique qu’il perdrait en s’interrompant.

Il était suivi par un médecin qui lui rendait visite fréquemment et s’occupait de lui. Il y avait aussi deux autres médecins célèbres. Mais, ne voyant aucune amélioration de sa situation, ils décidèrent de faire venir un célèbre professeur de Leningrad.

Celui-ci établit immédiatement le diagnostic et indiqua même la localisation exacte de la tumeur. L’expression de son visage laissait deviner quelle était la véritable situation de Rabbi Lévi Its’hak. Il raconta au médecin tout ce qu’il avait subi ces dernières années. Quand le professeur transmit un rapport complet sur la situation du malade, il affirma que ce fut la première fois, de toute son expérience, qu’il rencontrait une telle personnalité.

Durant cette période difficile, ses talmidim, ses disciples, firent tout pour l’aider.

Les derniers jours, il était très faible. « Vois-tu, dit-il à un ami, il ne me reste que la peau et les os. Je ne ressens plus du tout le goût de la nourriture… »

À propos du dernier jour de sa vie, un des ‘hassidim qui était présents raconte :

« La nuit du mardi soir, ses lèvres murmuraient sans cesse, mais sans laisser entendre aucune voix. Soudain, il se réveilla, ouvrit les yeux et dit : “Il faut se préparer à passer dans un autre monde.”

C’était ses dernières paroles pour la journée et ses lèvres murmuraient seulement le reste du temps. Le lendemain, le 20 Av 5704 (1944), son état de santé se détériora gravement.

Dans la matinée, ses lèvres murmuraient sans interruption, ses douleurs étaient insupportables et plusieurs fois, il fit signe de le changer de position. Rabbi Hirshel Rabinovitch, qui se tenait près du lit, tendit l’oreille pour entendre ce que ses lèvres murmuraient et entendit quelques mots prononcés en soupirant : “Tes pas (talons) échappèrent au regard… talons du Machia’h”.

rabbi levy tombeLa tombe de Rabbi Lévi Its’hak à Alma-Ata (auj. Almaty)

Dans la soirée, il fut pris d’un violent malaise. Le médecin prescrivit des médicaments qu’il eut à peine le temps d’absorber. Ceux qui l’entouraient savaient que le plus grave allait se produire dans les heures qui suivraient. Ils récitèrent les versets du Chema ainsi que les autres prières appropriées au moment où l’âme doit se séparer du corps. »

Dans l’heure qui suivit, l’âme de ce tsadik, ce juste, quitta son corps pur pour rejoindre sa source divine. Il fut enterré au cimetière juif d’Alma-Ata.

Le Rabbi dira plus tard à son propos qu’il n’avait pas seulement risqué sa vie pour le Judaïsme, il en avait fait don effectivement.

FIN

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