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La revendication juridique

La défense et illustration sur la scène internationale de la mémoire et des intérêts du monde sépharade ne date pas d’aujourd’hui.

Dès les années 1970, une organisation mondiale est créée (en 1975), la WOJAC pour faire entendre ses revendications dans l’arène internationale.

La France avait constitué un précédent en approchant la Cour de Justice internationale de La Haye, vers la fin des années 1940, en invoquant la loi sur la protection des minorités à propos des biens des Juifs égyptiens internés dans des camps de détention.

Un Tribunal symbolique, sous la présidence de Arthur J. Goldberg, juge à la Cour Suprême des États-Unis, fut mis sur pied à Washington en 1987, à son instigation, pour juger de la revendication du monde sépharade et la porter à la connaissance de l’opinion publique mondiale.

Parallèlement de nombreuses actions étaient entreprises de par le monde pour sauver les derniers Juifs de Syrie, prisonniers du régime baasiste qui les vouait à la persécution.

Peu à peu, la défense des droits du monde sépharade finit par se faire entendre dans la sphère politique internationale mais sans doute pas encore dans l’opinion publique. La question fut débattue à la Knesset.

knessetElle fut posée à toutes les étapes de la négociation israélo-arabe.

En 1991, la Conférence sur la Paix de Madrid a établi un groupe de travail multilatéral sur les réfugiés (composé des représentants de 26 pays) qui avait pour mandat d’assurer le statut et les droits de toute personne expulsée résultant du contentieux israélo-arabe, c’est-à-dire autant les réfugiés arabes que juifs.

Lors d’une seconde réunion de ce groupe de travail (Moscou, janvier 1992), le secrétaire d’État américain, James Baker, remarqua formellement que le mandat qui définissait ses attributions devait garantir le statut et les droits de « toutes les personnes déplacées à la suite du conflit israélo-arabe de 1948 ».

Les droits des Juifs expulsés des pays arabes ont été également abordés lors des négociations de Camp David II.

Le président Clinton déclara à cette occasion, le 28 juillet 2000, que l’on devrait penser à la création d’un fonds international pour les réfugiés. « Il y a un intérêt des deux côtés à constituer un fonds qui compenserait les Israéliens qui avaient été transformés en réfugiés par la guerre survenue après la naissance de l’État d’Israël. Israël est rempli de Juifs qui ont vécu dans des pays à prédominance arabe et qui sont venus en Israël parce qu’ils ont été transformés en réfugiés dans leur propre pays. Voici encore une bonne nouvelle que, je pense, je peux révéler hors du sommet. Les Palestiniens ont dit qu’ils pensent que ces personnes ont droit, elles aussi, à des dommages et intérêts ».

Par la suite, le gouvernement israélien chargea (en mars 2002) son ministre de la justice Meir Shétrit de rassembler les données concernant les spoliations et les biens abandonnés par les Juifs des pays arabes, et tout d’abord de préserver avant tout les milliers de documents compilés déjà, en les microfilmant et en les numérisant.

En 1969, un projet semblable avait été mis en œuvre pour les propriétés spoliées après 1948 appartenant à des Juifs d’un groupe limité de pays arabes.

Le projet de Meir Shétrit étend l’initiative aux biens communautaires et privés perdus dès 1940, dans tous les pays arabes et islamiques (l’Iran n’était pas compris dans le projet de 1969, par exemple). Il ambitionne également d’enregistrer « les témoignages et la documentation des événements et des persécutions qui précèdèrent la fuite des Juifs ».

Une campagne mondiale est lancée à cet effet, en collaboration avec la Fédération sépharade américaine et 26 organisations de la diaspora.

La Fédération sépharade américaine se lance dans un projet beaucoup plus vaste qui se propose de :

  • contacter les plaignants à travers toutes les associations juives afin de leur faire remplir un questionnaire formel (en ligne sur le site www.asfonline.org, ASF 15 West 16th Street NY.NY 10011, asf@gh.org) ;
  • rassembler les nouvelles plaintes et conserver les milliers de plaintes dont les supports matériels se dégradent aujourd’hui pour documenter et enregistrer les dommages subis par les Juifs des pays arabes ;
  • développer une banque de données ;
  • produire un film documentaire qui retracera l’histoire des Juifs déplacés ;
  • aider à la reconnaissance publique de cette histoire et de ce drame.

D’autres associations se sont créées pour défendre les mêmes objectifs telles que la JIMENA (Jews Indigenous to the Middle East and North Africa) qui se donne pour mission de « raconter notre histoire de dépossession et d’expulsion par les gouvernements arabes, avant pendant et après l’établissement de l’État d’Israël… de démystifier les mythes de propagande que promeuvent les gouvernements arabes, leurs activistes et supporters d’Occident qui avancent que les Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord sont partis “volontairement” et donc n’ont droit à aucune compensation et qu’à travers l’histoire les Juifs étaient généralement bien traités dans les pays arabo-islamiques,… de jouer un rôle constitutif dans le progrès de la paix entre Israël et les Palestiniens, d’institutionnaliser la représentation et le leadership des Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les institutions de la communauté juive organisée… ».

Il ne fait pas de doute qu’une ère nouvelle dans la revendication du monde sépharade sur la scène internationale a débuté.

L’Organisation mondiale des Juifs originaires des pays arabes (WOJAC)

par Haïm Saadoun

En 1975 Mordehaï Ben Porat fonda l’« Organisation mondiale des Juifs originaires des pays arabes », connue également sous son sigle anglais de WOJAC.

mordehai-ben-poratBen Porat était né en Irak, avait émigré en Israël, puis était retourné en Irak comme responsable de l’opération Ezra et Néhémie, au cours de laquelle les Juifs d’Irak furent transportés en Israël.

Depuis cette date, il a occupé les fonctions de membre de la Knesset et de ministre dans plusieurs gouvernements israéliens pour le parti travailliste et le parti Rafi. Parmi les membres fondateurs de la WOJAC se trouvaient plusieurs représentants d’organisations juives d’immigrants originaires des pays arabes comme le Maroc, la Tunisie, l’Irak et la Syrie. Léon Taman, juif fortuné, fut nommé à la tête de l’organisation. En 1988, Oved Ben Ozer succéda à Mordehaï Ben Porat comme président de l’organisation. Aujourd’hui, son président est l’avocat Moshé Shahal.

Les deux objectifs fondamentaux de la WOJAC étaient d’agir pour la sécurité et le bien-être des Juifs demeurant dans les pays arabes, et de soulever la question des biens juifs abandonnés dans les pays arabes en contrepoids aux réclamations des réfugiés palestiniens.

Pour réaliser ces objectifs, l’organisation a agi dans trois directions : tout d’abord, en soulevant la question de la situation des Juifs dans les pays arabes sur la scène internationale. C’est dans ce contexte qu’eurent lieu trois colloques internationaux : un colloque à Paris en 1975, un colloque à Londres en 1982, et un colloque à Washington en 1987.

Le second moyen d’action fut l’institutionnalisation des activités de l’organisation en Israël et à travers le monde. C’est ainsi que des antennes de la WOJAC existent dans le monde entier, et notamment aux États-Unis, en Angleterre, en France et en Italie.

Le troisième moyen d’action fut de recenser systématiquement les biens juifs restant dans les pays arabes. Une aide fut apportée à cette fin par le ministère israélien de la Justice. Le directeur du département du droit arabe au ministère de la Justice, Yaakov Méron, dirigea l’inventaire des biens juifs. Malgré cela nous ignorons jusqu’à aujourd’hui quel a été le résultat de cet inventaire et nous ne sommes pas en mesure de le savoir. Il semble que cela illustre la volonté de l’État d’Israël de conserver ces données comme carte de marchandage dans les négociations sur la solution du conflit israélo-arabe.

Le professeur Yehuda Shenhav, sociologue, fut le premier à étudier les archives de la WOJAC et à proposer une série d’arguments idéologiques pour l’organisation. Voici ce qu’il affirmait :

« la direction de l’organisation a formulé trois thèses politiques importantes. La première, portant sur l’ancienneté de la présence juive, en tant que peuple et en tant que religion, au Moyen-Orient. La seconde, selon laquelle le Moyen-Orient avait connu un échange de populations de facto entre les réfugiés arabes et les réfugiés juifs. La troisième, selon laquelle il était possible d’invoquer la compensation entre les biens juifs et arabes par suite de l’échange de populations. […]

Ces thèses, estimaient les membres de la direction de l’organisation, permettraient à l’État d’Israël d’invoquer les droits légitimes des Juifs sur Eretz-Israël (thèse sur l’ancienneté de la présence juive), le rejet de la légitimité du droit de retour des Palestiniens (échange de populations), et le rejet de la demande des Palestiniens d’une indemnisation pour les biens expropriés par l’Administrateur général de l’État d’Israël [1] ».

Ces thèses fondamentales furent publiées dans une brochure rédigée par Maurice Roumani, à cette époque membre de la direction de la WOJAC et aujourd’hui directeur du centre Elishar de l’université Ben Gourion [2].

La recherche concernant les organisations représentatives des Juifs orientaux en est encore à ses débuts.

La WOJAC a agi dans un cadre et avec des moyens d’action différents de ceux de la Fédération sépharade mondiale, qui a été dirigée pendant de longues années par le multimillionnaire Nissim Gaon. Comme pour la WOJAC, l’activité de la Fédération sépharade s’est développée en liaison avec le département des communautés sépharades de l’Agence juive. À l’instar de la WOJAC, la Fédération a agi principalement dans les domaines de l’enseignement supérieur et du bien-être des personnes originaires des pays orientaux au sein de la société israélienne.

Notes

[1] I. Shenhav, « Les Juifs des pays arabes en Israël : l’identité morcelée des orientaux dans la mémoire nationale » [hébreu], in : H. Haver, I. Shenhav, P. Motsafi-Heller (éditeurs), Mizrahim beIsrael, Jérusalem, 2002, p. 115.

[2] M.M. Roumani, Les Juifs des pays arabes : un problème négligé, Jérusalem 1975.

Conclusions du Tribunal de Washington concernant les réclamations des Juifs des pays arabes

Octobre 1987

tribunal-de-washingtonLe Tribunal est constitué de M. Arthur J. Goldberg, président, ancien juge de la Cour suprême des États-Unis et ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, et du professeur Irwin Cotler, coprésident, de la faculté de droit de l’université McGill, à Montréal, et de la Harward Law School.

Le professeur Cotler n’était pas en mesure d’assister à l’audience de Washington, et comme le rapport est en partie fondé sur des preuves recueillies lors de cette audience, ce rapport a été préparé par le président, et ce dernier est seul responsable de son contenu.

Ce Tribunal a été réuni à la demande de l’Organisation mondiale des Juifs des pays arabes (WOJAC) pour examiner les réclamations des Juifs originaires des pays arabes.

Les preuves orales et écrites ont été présentées au Tribunal lors de l’audience qui s’est tenue à Washington DC le 27 octobre 1987.

Le Tribunal a également entendu des déclarations, appuyées par des documents écrits, de M. Morris Abram et du professeur Shimon Shétrit. L’ambassadeur Abram, avocat du barreau de New York, est un ancien représentant des États-Unis à la commission des droits de l’homme des Nations unies et préside actuellement la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines. Le professeur Shimon Shétrit est un juriste renommé et un membre de la faculté de droit de l’université hébraïque de Jérusalem. Les témoins qui ont témoigné lors des audiences ont été interrogés par l’ambassadeur Abram et par le professeur Shétrit.

Sur le fondement des preuves présentées et des sources historiques, le Tribunal est parvenu aux conclusions et recommandations suivantes.

Des Juifs en nombre significatif et des communautés ont résidé dans les pays arabes pendant plus de 1 000 ans avant l’avènement de l’Islam.

Pendant plusieurs siècles, ils ont été relégués à un statut de deuxième ordre, tout en bénéficiant cependant d’une certaine liberté religieuse, éducative, professionnelle et commerciale.

Toutefois, après la guerre de 1948-1949, la situation des Juifs des pays arabes s’est détériorée et elle est devenue intolérable. Ils ont fait l’objet d’humiliations, de persécutions, d’emprisonnement et, dans certains cas, d’exécutions sommaires.

Leurs biens ont été confisqués et ils ont été privés de leurs droits fondamentaux.

Au cours de leur longue histoire, les Juifs des pays arabes ont conservé une profonde aspiration vers Sion. Pourtant, ils n’ont jamais commis le moindre acte de déloyauté envers les États arabes dans lesquels ils vivaient, malgré les guerres israélo-arabes.

En conséquence des conditions sordides dans lesquelles ils ont été contraints de vivre après la guerre de 1948-1949 et les guerres qui suivirent, quelque 800 000 Juifs émigrèrent des pays arabes. Environ 600 000 s’installèrent en Israël.

Dans certains pays arabes, les Juifs furent expulsés. Dans d’autres, ils furent autorisés à partir et le firent en raison des conditions intolérables.

Enfin, dans d’autres pays arabes, l’émigration fut interdite mais certains Juifs s’échappèrent de manière clandestine, tout comme le père et la mère du président de ce Tribunal s’échappèrent, en 1894, de la Russie tsariste après une série de pogroms autorisés par le gouvernement. Cet exode ne saurait être raisonnablement qualifié de « volontaire ».

Dans presque tous les cas, les biens des Juifs quittant un pays arabe furent, comme nous l’avons dit, confisqués sans dédommagement.

Un nombre relativement peu élevé de Juifs sont restés dans certains pays arabes. Le plus grand nombre, près de 16 000, vivent au Maroc où les Juifs bénéficient dans l’ensemble de la protection bienveillante du roi du Maroc.

La seconde communauté juive en nombre qui reste encore dans les pays arabes se trouve en Syrie. Les 5 000 Juifs de Syrie font l’objet de restrictions extrêmement humiliantes et leurs droits fondamentaux sont gravement atteints. En somme, les Juifs de Syrie sont retenus en otages par le gouvernement syrien, qui leur refuse le droit d’émigrer. Ils sont pratiquement assignés à résidence.

Pendant et après la guerre de 1948-1949, déclenchée par les États arabes, quelque 600 000 Arabes, résidents du territoire actuel d’Israël, fuirent le pays. Les sources historiques sont divergentes à cet égard. Des historiens réputés soutiennent que, globalement, ils partirent volontairement. Certains historiens affirment qu’ils quittèrent le pays par peur ou sous la contrainte. Dans tous les cas, ces Arabes devinrent des réfugiés.

Si l’on considère les choses d’un point de vue réaliste, il y a eu un échange de facto de populations. Quelque 600 000 Arabes ont fui Israël au lendemain de la guerre de 1948-1949 et des conflits ultérieurs. Quelque 800 000 Juifs des pays arabes ont également fui pendant la même période et, comme nous l’avons indiqué, 600 000 se sont installés en Israël.

Ces deux exodes sont regrettables et doivent être déplorés. Mais, d’un point de vue réaliste, il y a eu un échange de populations. Des échanges de populations de plus grande ampleur se sont produits, volontairement ou involontairement, pendant la Seconde Guerre mondiale et par la suite.

Des distinctions fondamentales doivent cependant être faites entre la fuite des Juifs des pays arabes et celle des réfugiés arabes d’Israël.

En Israël, malgré de nombreuses difficultés, les Juifs des pays arabes se sont intégrés au sein de la société.

La situation des réfugiés arabes d’Israël est totalement opposée. Bien que la « Nation arabe » comporte plus de 100 millions de personnes, les réfugiés arabes d’Israël n’ont pas, globalement, été intégrés au sein des États arabes.

Les réfugiés arabes d’Israël, à l’exception notable de la Jordanie, ont été en grande partie enfermés dans des camps de réfugiés. De nombreux historiens et sociologues prétendent que le fait d’avoir enfermé les réfugiés dans des camps, au lieu de les intégrer, est lié à des considérations politiques, à savoir la volonté de perpétuer la question palestinienne. Cette affirmation est largement confirmée par les faits.

Une autre différence importante oppose les réfugiés juifs des pays arabes et les réfugiés arabes d’Israël. Selon les chiffres les plus fiables dont nous disposons, l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNWRA) a dépensé, entre sa création et 1986, 2 939 774 915,00 $ pour aider les réfugiés arabes. Sur cette somme, les États-Unis ont contribué environ 1 276 353 989 $. Par contraste, le coût de l’intégration des Juifs des pays arabes a été supporté exclusivement par Israël, qui a dépensé près de douze milliards de dollars à cette fin, sans recevoir aucune aide de l’UNWRA.

Le Tribunal sait qu’il existe une controverse en Israël sur la question de savoir si les Juifs des pays arabes doivent être considérés comme des réfugiés ou comme des immigrants. Cette controverse est, selon nous, purement théorique. Les faits incontestables montrent, comme nous l’avons indiqué, que la situation des Juifs dans les pays arabes est devenue intolérable en conséquence de la guerre de 1948-1949 et des conflits ultérieurs. Indubitablement, beaucoup d’entre eux éprouvaient un profond attachement envers leur patrie juive ancestrale. L’attachement aux racines ancestrales est partagé par les Juifs et les non-Juifs.

En vertu des preuves qui lui ont été présentées et des sources historiques, la Commission conclut que les Juifs des pays arabes sont des réfugiés, au sens ordinaire de ce terme. Au cours de leur exode ils ont été, ainsi qu’il a été indiqué, privés de leurs biens, qui ont été confisqués par les États arabes sans la moindre indemnisation, contrairement aux règles du droit international. Le fait que les Juifs de quasiment tous les pays arabes ont été privés des droits de l’homme les plus élémentaires est incontestable ; ce fut la cause principale de leur exode.

Comme il a été mentionné, la Syrie est un État qui impose des conditions de vie très pénibles à ses habitants juifs. Il reste encore quelque 5 000 Juifs en Syrie, comme le Tribunal l’a indiqué. Les dépositions des témoins, dont certains ont récemment fui ce pays, établissent sans aucun doute que les Juifs syriens se trouvent dans une situation désastreuse.

Ils font l’objet d’une surveillance constante et sont privés de toute liberté religieuse, éducative ou commerciale, et du droit de se marier librement. Ils sont privés des droits de l’homme les plus élémentaires reconnus par toute société civilisée, y compris le droit fondamental d’émigrer dans le pays de leur choix, qui est garanti par le droit international et mentionné par plusieurs déclarations et conventions des Nations unies, parmi lesquelles la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Recommandations

1. Les justes revendications des réfugiés juifs des pays arabes liées aux violations de leurs droits individuels et de leurs droits de propriété doivent être reconnues par les États arabes responsables desdites violations et une indemnisation équitable doit leur être attribuée.

2. La communauté internationale, qui a attribué une indemnisation financière importante aux réfugiés arabes palestiniens, doit participer à l’octroi d’une réparation aux réfugiés juifs des pays arabes et contribuer à rectifier cette injustice manifeste par des voies diplomatiques et d’autres moyens pacifiques.

3. En outre, et sans préjudice de ce qui précède, tout règlement de paix global devra inclure la création d’une commission de recours pour le règlement mutuel des revendications financières de tous les réfugiés – juifs et arabes.

Les accords de Camp David et le traité de paix israélo-égyptien constituent un précédent applicable. Ils stipulent que les « parties acceptent de créer une commission de recours pour le règlement mutuel de tous les recours ».

4. Le Président Carter, négociateur des accords de Camp David et du traité de paix israélo-égyptien, a déclaré dans une conférence de presse le 27 octobre 1977 que « les Palestiniens ont des droits… évidemment, il y a des réfugiés juifs… ils bénéficient des mêmes droits que les autres ».

5. La déclaration du Président Carter est confortée par la Résolution 242, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies il y a vingt ans. Cette Résolution déclare qu’il faut parvenir à un « juste règlement du problème des réfugiés ».

La Résolution ne fait aucune distinction entre les réfugiés arabes d’Israël et les réfugiés juifs des pays arabes. Tous les réfugiés, qu’ils soient arabes ou juifs, ont droit à un juste règlement de leurs revendications respectives.

C’est ce que prévoit le langage sans équivoque de la Résolution.

L’opinion selon laquelle cela constitue une interprétation appropriée de la résolution 242 n’est pas seulement celle du président de ce Tribunal, qui était un des principaux négociateurs de la résolution 242. C’est aussi celle du secrétaire général des Nations unies d’alors, U. Thant, qui l’a exprimée dans une déclaration faite à l’époque.

6. Les Nations unies et toutes les nations et les peuples de bonne volonté doivent se joindre aux efforts pacifiques visant à adoucir le sort tragique des Juifs qui demeurent encore en Syrie. Une telle aide transcende la politique : elle est purement humanitaire.

Conclusions

Enfin, le Tribunal est convaincu que le silence des Juifs, en Israël et à l’étranger, concernant les revendications et les droits des Juifs originaires et habitants des pays arabes est intolérable. En outre, notre opinion est que nos conclusions ne porteront pas atteinte au processus de paix, soutenu par toutes les personnes de bonne volonté.

Par-dessus tout, les Juifs ont appris de l’expérience tragique et terrible de l’Holocauste les conséquences funestes d’une attitude silencieuse quand les droits fondamentaux sont violés.

Traduction de l’anglais par Pierre Lurçat. – copyright © The Continuum Books

Prises de position des hommes politiques israéliens

Binyamin Ben-Eliezer

binyamin-ben-eliezerLe 29 juillet 1987, la Knesset (Parlement israélien) a débattu d’une proposition mise à l’ordre du jour par le député Binyamin Ben-Eliezer, alors ministre des Communications, portant sur les droits légitimes des Juifs originaires des pays arabes.

« La troisième conférence internationale de l’Organisation mondiale des Juifs des pays arabes se tiendra à partir du 28 octobre […] Elle doit rappeler au monde, et peut-être à nous-mêmes, le prix que près d’un million de Juifs des pays arabes ont payé pour leur liberté, lorsqu’ils ont abandonné tous leurs biens et sont partis, démunis de tout, pour rejoindre leur patrie ancestrale, le pays d’Israël.

La conférence devra relater à nouveau leur histoire et présenter leurs revendications. Elle tentera de porter cette question à la connaissance du monde, et notamment du Congrès américain […] dans l’espoir qu’il adopte une résolution appropriée […] et aide à régler une dette morale et historique : régler les justes revendications des communautés juives des pays arabes, qui ont été totalement ignorées jusqu’à maintenant […].

Pendant des centaines d’années, des Juifs ont résidé dans les pays arabes, dispersés dans toute la région depuis l’exil de Babylone, plus de mille ans avant l’avènement de l’Islam. Ils ont apporté une contribution exceptionnelle à son progrès, à sa culture et sa prospérité.

Après la création d’États arabes indépendants au xxe siècle, et surtout après la proclamation de l’État d’Israël souverain et indépendant, la persécution des Juifs des pays arabes s’est amplifiée. Ils ont été privés de leurs droits civils et politiques. Leurs biens ont été confisqués et les autorités ont fermé les yeux, quand les foules se sont déchaînées contre eux.

Les Juifs ont été chassés par milliers, ou bien contraints de s’enfuir, dépossédés de tous leurs biens, abandonnant un patrimoine personnel et communautaire d’une valeur inestimable, ainsi que leur part des ressources naturelles des pays où ils étaient nés. Ces biens furent pillés, confisqués, gelés et nationalisés.

La plupart d’entre eux vinrent en Israël. De fait, ces communautés juives qui ont quitté les pays arabes en tant que réfugiés et constituent aujourd’hui la majorité de la population israélienne représentent la vague de réfugiés la plus importante de cette génération.

[…] Pourquoi ce silence [les concernant] ? Que signifie le manque d’intérêt total pour cette question ?

[…] Les réfugiés juifs en Israël en général, et ceux des pays arabes en particulier, sont les seuls dont la souffrance a été oubliée.

Sur les 3,5 millions de Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël, plus d’1,5 million – 43 % environ – sont originaires des pays arabes. En comparaison, les Arabes qui ont quitté Israël constituent moins de 2 % de la population arabe de cette région. Néanmoins, malgré les difficultés énormes que connaissait Israël à ses débuts, les réfugiés juifs ont trouvé un refuge […] alors que les réfugiés arabes ont été hébergés dans des camps surpeuplés et transformés en arme de propagande contre Israël.

[…] Les réfugiés juifs des pays arabes n’ont reçu aucune aide de la communauté internationale. Ce sont le gouvernement israélien et leurs frères juifs en Israël et à l’étranger qui ont payé le coût de leur intégration […] Tout progrès vers un quelconque règlement politique dans l’avenir devra dépendre de la satisfaction de leurs justes et légitimes demandes d’indemnisation équitable, pour les injustices qu’ils ont subies. Je l’affirme avec d’autant plus de force que le monde ne se souvient et ne nous parle que du sort des réfugiés palestiniens…

[…] Permettez-moi de terminer sur une note personnelle. J’avais douze ans lorsque j’ai quitté mes parents et ma maison en Irak. Après toutes sortes d’épreuves et de détours, je suis arrivé en terre d’Israël. Un an plus tard mes parents m’ont rejoint, sans ressources, ayant été contraints d’abandonner toute leur fortune et leurs biens familiaux. Pendant les deux premières années, ma famille vécut dans un camp de transit et mon père, de bienheureuse mémoire, entreprit de reconstruire notre foyer en tant que simple ouvrier. Finalement, après beaucoup de souffrances, il réussit à reconstituer le foyer familial, mais ne vécut pas assez longemps pour voir les fruits de ses efforts.

Pourtant, lorsque je regarde en arrière et me rappelle ce que nous et des milliers d’autres familles ont enduré à cause de nos ennemis, il ne reste aucune colère ni aucune haine dans mon cœur. J’espère seulement que l’avenir verra une réalité nouvelle […] et que ces victimes seront indemnisées pour les graves injustices commises à leur encontre… »

Binyamin Netanyahou

benjamin_netanyahuBinyamin Netanyahou, ambassadeur d’Israël devant la troisième conférence internationale de la WOJAC Washington, le 27 octobre 1987

« La saga des Juifs des pays arabes incarne l’une des plus grandes réussites, mais aussi l’un des plus grands échecs d’Israël. C’est un succès en matière d’intégration et de perspectives d’avenir. Il s’inscrit dans cette grande réussite que constitue le rassemblement des exilés au sein de l’État d’Israël.

Malgré les difficultés, les irritations, les frictions et les frustrations, c’est un miracle qui n’a pas d’égal dans l’histoire. C’est un miracle qui a été rendu possible par nos frères et sœurs originaires du Moyen-Orient, dotés d’une compréhension exceptionnelle de la région, de son caractère unique et de ses complexités.

Sans les sacrifices consentis par les Juifs des pays arabes pour la survie et la sécurité d’Israël, sans leur contribution à sa capacité de résistance économique et politique, sans l’enrichissement et la diversité qu’ils ont apportés à sa culture, Israël n’aurait peut-être pas survécu. Il n’aurait certainement pas été aussi florissant.

Mais ce miracle qui suscite le respect n’a d’égal que notre échec à le faire connaître au monde. Nous étions tellement préoccupés par le sauvetage des survivants de l’holocauste nazi, tellement pris par la mission de faire échapper les Juifs d’Union soviétique à la menace d’extinction spirituelle et nationale, que nous ne sommes pas parvenus à raconter et à faire entendre l’histoire de l’exode massif et forcé des Juifs fuyant la tyrannie des pays arabes.

C’est un échec que nous avons chèrement payé, car il a contribué au mythe criminel selon lequel c’était nous qui avions dépossédé ; alors qu’en réalité nous avions été dépossédés ; et que les Israéliens étaient des usurpateurs européens et américains en terre moyen-orientale ; alors qu’en réalité nous sommes pour la plupart, par naissance et par héritage, originaires du Moyen-Orient, plus autochtones dans la région qu’aucun de nos adversaires.

Les communautés juives qui sont venues nous rejoindre en provenance des pays arabes prospéraient au Moyen-Orient avant l’avènement de l’Islam ; avant que les Arabes n’aient mis le pied dans ces pays ; avant que des Juifs ne s’installent en Europe. Des communautés juives existant depuis des millénaires furent expulsées de leurs patries ancestrales, pratiquement du jour au lendemain.

Les Juifs des pays arabes laissèrent derrière eux leurs maisons, leurs terres, leur fortune, leurs commerces et leurs biens. Presque 700 000 d’entre eux gagnèrent Israël, beaucoup plus que les Arabes qui partirent, pour la plupart volontairement, en 1948. Et les biens qu’ils abandonnèrent sont estimés à près de cinq fois la valeur des biens abandonnés par les Arabes.

Ils ne furent pas relégués dans des camps de réfugiés. On ne les laissa pas croupir et on ne les utilisa pas comme chair à canon, ni comme terreau pour recruter des terroristes. Ils devinrent des citoyens fiers de l’État d’Israël, sans jamais avoir été considérés comme un « problème de réfugiés » ; alors qu’ils constituent en réalité la plus grande vague de réfugiés du conflit israélo-arabe.

Ce fut une erreur de ne pas faire de leur situation tragique une priorité de notre politique étrangère ; ce fut une erreur de ne pas faire plus pour rendre public le miracle de leur intégration ; ce fut une erreur de ne pas réclamer d’indemnisation pour leurs pertes et leurs souffrances.

Mais ces erreurs peuvent encore être rectifiées. Nous devons investir autant d’énergie et d’indignation dans nos demandes pour leur compte, que nous en avons investi pour le compte des victimes du nazisme. Dans tout règlement avec les régimes arabes, leurs sacrifices et leurs tragédies devront être pris en compte.

Si nous n’insistons pas sur ce point, nos erreurs passées seront aggravées, et nous commettrons un crime non seulement contre eux, mais aussi contre la sécurité et l’avenir de l’État d’Israël. Je félicite la WOJAC pour nous avoir indiqué la voie à suivre pour faire ce qu’il convient. »

Traduit de l’anglais par Pierre Lurçat. – Copyright © Continuum Books.

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