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par MICHEL ABITBOL

Jusqu’à la Découverte de l’Amérique, l’or du Soudan joua un rôle dans l’histoire monétaire mondiale ; avec les esclaves et autres articles exotiques, le métal jaune extrait des mines et des placers du Bambouk (Sénégal), du Bouré (Mali) et du nord de la Gold-Coast était l’objet principal du commerce transsaharien.

lor-du-soudanDu Maroc à l’Egypte, des caravanes de plusieurs centaines d’hommes chargées de sel et de produits maghrébins, levantins et européens, affrontaient les dangers du Grand Désert, à destination du «Pays des Noirs» et de ces grands centres d’échanges qui allaient devenir les métropoles économiques des premiers royaumes de l’Afrique de l’Ouest : le Ghana, le Mali, le Songhaï et le Bornou.

Un véritable trait d’union entre trois mondes, entre trois civilisations que ce commerce : l’Afrique noire, manquant de sel, de chevaux et de produits troquait son or et ses esclaves contre les marchandises que lui les commerçants maghrébins. Ceux-ci écoulaient ensuite une partie de cet or en Europe, l’Europe qui jusqu’à la Découverte, souffrait d’une «faim frénétique» de métal jaune.

«II est notoirement connu», écrivait un rabbin d’Alger de la fin du XlVe siècle, «que l’or est cher au pays d’Edom (Europe) et bon marché dans ce pays (Maghreb central) car, c’est de cette contrée que le pays d’Edom reçoit son or».

Bien que l’or africain ne fût pas inconnu des Anciens, il est généralement admis que le trafic transsaharienne prit son essor véritable qu’avec l’achèvement de la conquête arabe du Maghreb au Ville siècle.

Son développement ne fut pas partout égal, cependant : il connut des variations, des déplacements et des crises, dues tant aux conditions politiques qui régnaient de part et d’autre du Sahara qu’à l’évolution économique de chacun des trois blocs géopolitiques qui y étaient engagés : l’Afrique noire, l’Afrique blanche et l’Europe méditerranéenne.

On distinguera ainsi quatre périodes différentes dans l’évolution du commerce transsaharien qui sont autant de phases dans la participation juive dans ce trafic :

La première période qui s’étend du Ville siècle au début du Xle siècle voit la mise en place de l’infrastructure humaine et économique qui va permettre aux Juifs maghrébins de prendre part au trafic transaharien. Celui-ci demeurera dans l’ensemble inter-africain car, en dehors de la «filière» egypto-fatimide, les seront en effet confinés au Maghreb.

La deuxième période qui va jusqu’au milieu du XIIIe siècle sera marquée par la formation des deux grands empires almoravide et almohade sous l’égide — du premier d’entre eux surtout — le commerce avec le Soudan connaîtra une poussée considérable.

La troisième période qui couvre tout le XlVe siècle et une bonne partie du siècle suivant pourrait être considérée comme l’âge d’or du trafic transsaharien, en général, et celui de la participation multiforme des Juifs maghrébins dans ce commerce, en particulier.

Celle qui suivra est au contraire une période de bouleversements et de profondes crises, qui conduisent en fin de compte, à la ruine des échanges d’une rive à l’autre du Sahara et à la déchéance économique des communautés juives d’Afrique du Nord.

1. – Du VIIIe au XIe siècle

Le Maghreb à peine islamisé se détacha de l’Orient arabe : une coupure que ni les tentatives ummayades venant d’Espagne ni l’expérience fatimide à partir de l’Est ne parvinrent à vaincre complètement et dont la conséquence la plus remarquable allait être la constitution d’un vaste écran «shismatique» à berbère, du Sous al-Aqsa, à l’ouest, au Djabal Nafusa, à l’est, et des derniers plis de l’Atlas, au nord, aux premières oasis du Sahara, au sud.

Ce mouvement social qui se cristallisa dans un chapelet de villes-états kharijites et de principautés ethno-religieuses devait trouver dans le commerce avec le Soudan, la base économique de sa survie et de son indépendance.

En l’espace de quelques décennies des oasis obscures devinrent des centres caravaniers de grand renom et des centres de peuplement juif de premier ordre.

Sans nul doute, l’égalitarisme des tenants de la Kharijiyya et tout leur esprit de tolérance à l’égard des Gens du Livre encouragèrent de nombreux Juifs à venir s’installer dans ces nouveaux carrefours qui, bien souvent d’ailleurs, avaient été habités par des Juifs depuis les temps les plus reculés.

Ifran de l’Anti-Atlas d’où les caravanes du Sous marocain descendaient en direction du Sénégal, le long du célèbre Triq Lamtuni, abritait ainsi l’une des plus vieilles communautés juives de la région, datant au moins du début de l’ère chrétienne, voire de l’époque du Second Temple, si l’on en croit la tradition locale.

Ifrane
Ifrane

Des Juifs vivaient aussi à Taghawust et à Goulimine, les deux derniers relais marocains de l’axe atlantique transsaharien, avant l’entrée dans le Désert.

ifrane-2La présence de ces communautés amena probablement les colporteurs rhadanites juifs du IXe siècle à choisir le Sous comme étape de leurs randonnées commerciales à travers le monde.

Plus à l’est, un petit «royaume» juif-caraïte, selon toute vraisemblance – aurait existé dans la vallée du Dra’, jusqu’au début du XVe siècle.

royaumes-juifsBien que les traditions qui en font état n’aient jamais été authentifiées, ce fait en soi n’a rien d’invraisemblable, compte tenu de la grande fragmentation politique de la région, à l’époque examinée, surtout de l’antériorité des influences juives que le début d’islamisation n’avait pu encore effacer complètement8.

Cet «Etat», si jamais il a existé, dût trouver dans le commerce avec le Soudan — autant que les petites formations politiques qui l’entouraient — la base de sa viabilité.

Au Taillait, la ville de Sijilmasa, située à la croisée des chemins entre le Maghreb-Extrême, le Maghreb central et le Soudan occidental était une plaque tournante du commerce transsaharien.

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Disputée tout au long du Moyen-Age par les grandes dynasties maghrébines, Sijilmasa était – avant la destruction de sa communauté juive par les Almohades — une cité de sages et de Guéonim, entretenant des contacts constants avec les écoles talmudiques de Mésopotamie, d’Egypte, du Nord marocain et d’Espagne. C’était aussi une ville de riches du rang d’Abu Zikri Yehuda Ha-Cohen, appelé à devenir, au Xlle siècle, le Wakil al-Tujjara des commerçants nord-africains du Caire.

Sur la frontière algéro-marocaine, les premiers habitants juifs du Touat et du Gourara, seraient venus, au IXe siècle, de Mésopotamie, en compagnie de commerçants arabes de Mossoul et de Bassora, les deux centres initiaux de la Kharijiyya.

Au Sahara algérien, un important groupement caraïte vivait à Wargla — l’avant- poste saharien de Tahert, la riche capitale rustémide — entre le Xe et le Xlle sièclel.

Dans la localité voisine de Tuggurt, l’ancienneté de la population juive est telle que les Juifs sont considérés comme étant les premiers habitants «blancs» de la région13 :

A l’époque la plus ancienne dont la tradition nous ait gardé le souvenir, le pays était habité par des Juifs qui faisaient travailler des Nègres et qui étaient propriétaires des ksours et des palmeraies.

Ensuite vinrent les Mezab qui étaient des Zénètes et qui restèrent plusieurs siècles (de l’Hégire). C’est lui qui, plusieurs années après son arrivée, rendit un édit portant que dans un délai de trois jours, tous les Juifs devraient être devenus musulmans ou bien avoir quitté le pays. Le plus grand nombre émigra, et ceux qui restèrent furent désignés sous le nom de Mehadjerin.

Dans le Sud tunisien, des Juifs vivaient depuis longtemps dans le Djérid, à Tozeur, Nafsawa et Matmata et, un peu plus au nord, à Gabès et à Gafsa.

Le village de Matmata
Le village de Matmata

A la frontière de la Tunisie et de la Tripolitaine, Ghadamès abritait une vieille communauté juive : lès textes rabbiniques évoquent notamment un rabbin de cette localité du nom de Moshé Ha-Ghadamsi15.

Plus à l’est, le Djabal Nafusa comptait tout un réseau d’établissements juifs, depuis l’époque pré-islamique :1a localité de Sharus, détruite à la fin du Xle siècle et où les vestiges d’un quartier juif furent découverts, était traversée par la voie caravanière Tripoli-Soudan central. Une autre localité, celle de Djaddu qui au temps d’al-Bakri (Xle) renfermait «une nombreuse population de Juifs» était le point de départ de la piste conduisant au Kanem via le Fezzan.

Ainsi, avons-nous affaire à une chaîne ininterrompue de colonies juives à la lisière du Sahara, des colonies éparpillées de l’Océan au Désert libyen et dont l’ancienneté et la longévité ne sauraient s’expliquer complètement sans du commerce transsaharien qui détermina pendant de longs siècles la vie économique du Maghreb méridional.

Ces centres caravaniers n’étaient pas isolés : autant que nous puissions en juger d’après la littérature rabbinique, ils entretenaient d’étroites relations avec les villes septentrionales du Maghreb — Fes, Tlemcen, Bougie, Constantine, Kairouan, Tripoli — qui étaient, par ailleurs, des débouchés et des centres de transformation des produits acheminés par les caravanes du Soudan.

Mais pourrait-on parler pour autant de participation directe des Juifs aux échanges transsahariens? Avaient-ils accès aux centres commerciaux soudanais?

Certes, nombreux sont les facteurs qui militent à priori contre cette : insécurité, devoirs religieux, etc. ;mais comme le démontre largement la riche documentation de la Geniza, ces mêmes facteurs n’ont guère empêché le commerçant juif d’entreprendre, à la même époque, des voyages non moins ni aussi loin, de la péninsule ibérique au Golfe persique et à l’Océan indien.

La certitude de rencontrer à chaque étape importante de son périple une communauté de coreligionnaires n’était pas le moindre encouragement.

Le Juif des caravanes sahariennes qui descendaient vers le Sénégal et le Niger avait-il quelque espoir de ce genre ? La réponse est apparemment affirmative, si l’on fait cas dés sources arabes et de certaines traditions orales ayant cours en Afrique de l’Ouest.

En Mauritanie centrale, de nombreuses traditions attribuent aux premiers habitants blancs du pays — avant la montée des Almoravides — une origine juive.

Ces Bafour sont dits avoir introduit la culture du palmier, l’élevage du cheval, de nouvelles méthodes d’irrigation ainsi que la métallurgie18 :

Les Bafour les premiers ont planté des palmiers et ont creusé des puits et larges. Les Mu’almin (artisans) font et ont toujours fait des travaux d’art. On les appelle Yohoud, parce que d’après la légende, seuls les Juifs en Mauritanie étaient des artisans. Et vous savez que les Mu ‘almin n’ont ni patrie ni tribu.

Un écho de ces traditions se retrouve chez Ibn Abi Zarc (début XlVe) qui signale la présence de Juifs d’origine arabe, en un lieu appelé Taklathin qui résista à l’assaut des Almoravides.

On sait d’autre part avec davantage de certitude que des Juifs habitaient à Wadan et à Walata, les deux grands relais sahélo-sahariens avant l’entrée au Soudan.

Au Soudan même, nous avons l’affirmation d’al-Idrisi (milieu du Xlle siècle) sur les Juifs de Kamnuriyya et sur ceux de Daw et de Malal, c’est-à-dire au cœur même du Bilad al-Sudan et à proximité immédiate du pays de l’or.

Plus précise semble être cette information, au même siècle, d’al-Zuhri : Les habitants de Karafun (région de Tombouctou) suivent la religion juive. On se rend chez eux à partir de Gao et de Wargla. Ils lisent la Tawrat (Thora). On importe chez eux à partir du Sahara et de l’Andalousie des tissus de soie, du safran, des objets teints, du goudron, des cauris, des perles…

On ne peut s’empêcher de relier cette information — qui confirme tant la participation juive au commerce transsaharien que la présence de communautés juives, au sud du Sahara – à cet autre renseignement tiré d’une chronique de Tombouctou du XVIIe siècle, le Ta’rikh al-Fattash, faisant état de l’existence d’une colonie de Banu Isra’il, à Tendirma, au sud-ouest de Tombouctou.

Ces juifs qui vécurent en cet endroit, jusqu’à la fin du XVe siècle, s’occupaient d’agriculture : «Ils avaient creusé des puits parce qu’ils cultivaient des légumes dont ils tiraient profit, les négociants leur en achetant pour des sommes considérables».

Il est évident que l’on devrait faire preuve de beaucoup de prudence en ces traditions. On se gardera toutefois de les rejeter en bloc : les Juifs n’étaient pas inconnus «physiquement» au Soudan ; autrement, comment comprendre l’interdiction dont ils furent l’objet, à la fin du XVe siècle, de la part de l’Askya Muhammad du Songhaï qui les bannit du commerce de ses provinces?

Deux facteurs rendaient possible, au Haut Moyen-Age, au moins la juive au commerce transsaharien :

Le premier est d’ordre géographique : il a trait à la dispersion des communautés juives sur les trois aires qui firent la fortune de ce trafic : l’aire de transformation, au nord, l’aire de distribution, à la lisière du Sahara, l’aire de collecte, au Soudan même.

Les cauris, les toiles d’Orient, les céramiques, les perles perforées que les caravaniers juifs de Kairouan qui, deux fois l’an, se rendaient à Sijilmasa, étaient probablement acheminés à Awdaghust puis à Ghana, comme le prouve quantité de produits d’origine ifriqiyienne, récemment découverts dans les fouilles de ces sites célèbres de l’histoire médiévale ouest-africaine25.

Le deuxième facteur a trait aux conditions politiques et sociales qui régnaient au Maghreb, jusqu’à la constitution des grands royaumes berbères : c’était un pays divisé en une série de petites principautés et de villes-états formant chacune un centre de gravité politique et commercial qui exerçait autour de lui un contrôle sur un nombre plus ou moins grand de tribus. Le pôle de chacun de ces Etats était un grand centre marchand où le plus souvent division du travail et division ethnique et religieuse allaient de pair et où l’activité économique était abandonnée entièrement à l’initiative privée. Dans un tel contexte, le rôle des artisans et des commerçants juifs n’était pas sans importance.

2. – Du XIe au milieu du XIIIe siècle

Simultanément à l’effondrement de l’Ifriqiya ziride sous l’action conjuguée de l’invasion hilalienne et du détournement du trafic tunisien au profit de l’Egypte fatimide, l’Ouest maghrébin allait s’unifier et donner naissance à deux grandes formations impériales, les Etats almoravide et almohade qui pendant deux siècles et demi devaient dominer la scène nord-africaine.

Le premier, d’origine saharienne, naquit de l’expansion de la confédération tribale des Lamtuna, sous la conduite d’un réformateur religieux, Abu Bakr b. ‘Umar. Une fois maîtres des pistes caravanières de l’Adrar mauritanien, les Almoravides conquirent Awdaghust qui était tombée entre-temps sous la tutelle du Royaume soudanais de Ghana, s’emparèrent de la capitale du royaume noir, elle-même, puis remontèrent vers le nord, pour entrer à Sijilmasa et étendre ensuite leur domination à tout le Maroc, à l’Andalousie et au centre de l’Algérie.

L’unification politique du Maghreb occidental fut suivie par une intense propagande théologique et par l’édification d’une société religieusement avec à terme, la disparition de tous les particularismes syncrétiques et hétérodoxes.

Une telle évolution ne pouvait être que préjudiciable à la présence juive dans les territoires sous contrôle almoravide, au Sahara notamment, où la fin du peuplement juif est attribuée, par tous les géographes arabes et par toutes les traditions locales aux Almoravides.

Cette détérioration de la condition juive — qui ne fut pas générale, toutefois — s’inscrit également dans l’ordre des bouleversements économiques par la mainmise des Almoravides sur les axes sahariens.

On admet généralement que le commerce transsaharien connut un essor sans précédent, à cette époque, à la suite de l’intégration dans un seul espace politique, de toutes les régions s’étendant entre le Sénégal et le Guadalquivir : les fameux marabotins qui apparaissent sur certains marchés méditerranéens étaient fabriqués à partir de l’or soudanais qui, par charges entières, était contre le sel des salines sahariennes de Taghaza dont l’exploitation était entre les mains des Berbères.

Ce contrôle qui déséquilibra les termes de au profit des autorités almoravides accentua les tendances «étatistes» du commerce maghrébin, tendances favorisées tant par la disparition des anciennes villes-états que par la supervision par une seule puissance de tous les axes de communication et d’une bonne partie des objets d’échanges, destinés ou en provenance du Sahel soudanais.

Cette nouvelle conjoncture fut nécessairement défavorable au commerce des Juifs maghrébins qui désormais s’adonnèrent plus volontiers à un autre trafic, celui des Indes.

Le sort des Juifs s’assombrit bien davantage sous les Almohades qui chassèrent les Almoravides et étendirent leur domination, de l’Atlantique à la Tripolitaine .

L’élégie composée par Ibn Ezra — et complétée ultérieurement par des mains — dit toute l’étendue du désastre qui s’était abattu sur les populations juives du Maghreb, sous le règne des disciples d’Ibu Tumart et précise les noms des grandes communautés éprouvées — dont plusieurs avaient gagné leur renom par suite de leur activité économique multiforme : Fes, Aghmat, Dra’, Sijilmasa, au Maroc; Tlemcen, Oran, Bougie, en Algérie ; Mahdiya, Sfax,Gabès,Sousse,Gafsa,al-Hamma et Djerba, en Tunisie ainsi que Sourman, Masrata et Maslata en Tripolitaine.

Quelle qu’ait pu être l’évolution des relations commerciales entre le Maghreb et le Soudan, à l’époque almohade – sujet sur lequel au demeurant nous sommes encore très mal renseignés — il va sans dire que le rôle des Juifs y fut réduit à néant.

3. – De la deuxième moitié du XIIIe siècle a la fin du XVe siècle

Une fois passée la tourmente almohade, les communautés juives du Maghreb recouvrèrent une existence normale, grâce notamment à la bienveillance des Marinides marocains et des Hafsides tunisiens qui apprécièrent leur part dans l’économie de leurs pays respectifs et leurs apports financiers aux Trésors royaux, ce qui valut à quelques Juifs marocains, par exemple, de s’élever à des positions officielles de premier rang.

Ce réveil des communautés juives du Maghreb était lié non seulement à l’afflux de savants et d’hommes d’affaires judéo-espagnols mais aussi à dès échanges, de part et d’autre de la Méditerranée occidentale, après la chute du Royaume croisé de Saint-Jean d’Acre (1291) qui amena princes, marins et marchands européens à tourner leurs regards de ce côté-ci de la Mer intérieure : bien que l’esprit de croisade et de guerre sainte n’ait pas désarmé, d’un côté comme de l’autre, bien que les actes d’hostilité — raids, piraterie — n’aient pas cessé, d’étroites relations s’établirent ainsi d’une rive à l’autre de la Méditerranée et le long du littoral atlantique marocain31.

Au sud du Sahara, d’importantes transformations politiques eurent lieu vers la même époque, à la suite de la montée de l’Empire du Mali qui avait sous son contrôle tous les grands centres d’échanges et les axes de communication sahélo- soudanais et supervisait l’écoulement de l’or du Bouré et du Bambouk et peut- être même l’exploitation des salines de Taghaza.

Toutes les conditions étaient désormais remplies pour l’extension des entre les trois espaces régionaux : l’Europe méditerranéenne, toujours en proie à la faim de l’or ; l’Occident musulman, à la recherche de matières et de produits manufacturés ; le Soudan impérial, enfin, obligé de son or et d’échanger ses esclaves pour subvenir aux besoins de sa «classe» politico-militaire et de ses citadins.

Soudan et zone mauritanienne exceptés, les grands centres de négoce étaient de nouveau autant de centres de peuplement juif.

Limitons-nous aux villes et aux oasis en rapport avec le sujet qui nous préoccupe :

Artisans, orfèvres, commerçants ou même guerriers, les Juifs vivaient encore en grand nombre dans les provinces méridionales du Maroc ; à l’intérieur du cadre agro-pastoral dominant, leur rôle fut particulièrement grand dans des mines de cuivre, de fer et d’argent du Sous et du Dra’ dont les étaient acheminés régulièrement au Soudan.

Au début du XVIe siècle, quelques trois-cent commerçants et artisans juifs logeaient dans un quartier distinct de Taghawust, dans le Wadi Nun où se une fois l’an, les grandes caravanes marocaines «qui vont à Tombutto (Tombouctou) et à Gualata (Walata), au Pays des Noirs».

A Tiyout du Sous où vivaient à la même époque «beaucoup d’artisans juifs» leur importance dans la vie économique était telle «qu’ils ne sont soumis à aucun tribut (jizya ?) ; ils sont simplement tenus de faire quelques présents aux gentilshommes».

Cette localité qui n’avait d’autre monnaie que «l’or natif» (tibar) attirait de nombreux marchands de Fes, de Marrakech et du «Pays des Nègres» qui venaient y acheter du sucre.

Dans la localité voisine de Tedsi, il y avait également «beaucoup d’ouvriers juifs, tels qu’orfèvres, forgerons, etc.» ; située à une vingtaine de kilomètres de Taroudant, Tedsi accueillait régulièrement les «gens qui font du commerce avec le pays des Noirs».

Dans la province du Dra’, nombreux étaient les marchands, les artisans et les orfèvres juifs «sur la route de Fez à Tombutto» .

Au Taillait, la communauté de Sijilmasa qui fut anéantie sous les Almohades revint à la vie, après l’avènement des Marinides.

Comme nous le verrons par la suite, les commerçants juifs de cette province entretenaient des relations très suivies avec leur correligionnaires de Tlemcen.

Au début du XVIe siècle, les Juifs étaient particulièrement nombreux dans les Qsour fîlaliens de Tabu’asamt et d’al-Ma’mun:

On frappe dans ces châteaux de la monnaie d’argent et d’or. (…). Une part des revenus du pays est prélevée par les chefs de parti (leff) ; c’est le cas du tribut des Juifs et du bénéfice de la frappe des monnaies. L’autre part est prélevée par les Arabes ; c’est le cas du revenu des douanes…). On trouve… quelques riches gen- gentilshommes et beaucoup d’entre eux vont au Pays des Noirs où ils portent des marchandises de Berbérie qu’ils échangent contre de l’or et des esclaves.

Dans la localité de Umm al-‘ Afin, sur le Gheris, les commerçants juifs de passage, devaient s’acquitter d’un droit s’élevant à un quart de mithqal par personne.

Le fait suivant rapporté par Léon l’Africain est une indication assez précise de la grande mobilité des négociants juifs du Sud maghrébin, que largement la littérature rabbinique:

Je suis passé par là une fois avec quatorze Juifs. La garde nous ayant demandé combien nous étions, nous déclarâmes deux personnes en moins. La garde nous compta et voulu retenir deux d’entre nous. Nous assurâmes que nous étions deux Mahométans et les autres Juifs. Pour en avoir la certitude, on nous fit réciter à tous deux la prière musulmane, puis nous fîmes des excuses et on nous laissa repartir.

touat-1Au Touat, autre porte d’accès maghrébine au Soudan, la communauté juive fut épargnée, semble-t-il, par les Almohades. Elle fut très active aux XI Ve et au XVe siècles lorsque l’axe Tlemcen-Touat-Niger devint l’une des principales voies d’échanges du commerce transsaharien : éclipsant, de plus en plus, les pistes du Sahara atlantique, cette route bénéficia tout particulièrement de la montée des royaumes zayyanide et hafside, au nord, et de la constitution, à l’est de la Boucle du Niger, à partir de la fin du XlVe siècle, de l’Empire songhaï.

Le Touat était également relié au Maghreb central par la piste du Mzab qui renfermait plusieurs communautés juives dont celles de Wargla41 et de Tuggurt — deux étapes obligatoires sur la route de Biskra, Constantine et Bougie, à l’ouest, et sur celle de Gafsa et de Tunis, à l’est.

A Tuggurt, contrairement à l’affirmation de la tradition orale citée plus haut, les Juifs vécurent ouvertement entre le XlVe siècle et le XVIe siècle. Les sources rabbiniques n’ignorent pas toutefois l’existence de la catégorie dite de «Juifs cachés» : nomades ayant adopté tous les signes extérieurs de l’Islam, ces «Juifs des tentes» faisaient souvent parler d’eux lorsqu’un des leurs voulait contracter mariage avec une citadine juive…

Dans les grands centres urbains du Maghreb central, la population juive s’était enrichie, à la fin du XlVe siècle, de l’apport d’immigrés espagnols, fuyant les persécutions de Castille et des Baléares.

Les nouveaux venus se taillèrent une place prépondérante dans la vie économique et religieuse de leurs communautés de refuge, le plus souvent, au grand mécontentement de leurs coreligionnaires «autochtones» (Toshavim) qui, comme à Bougie, supportaient mal la concurrence des «expulsés» (Megorashim):

Avant l’arrivée dans votre ville des Juifs du Pays d’Edom, leur écrit le rabbin Simon b. Zemah Duran (1361-1444) auquel ils avaient adressé leur plainte, vous vivez aisément de vos rapports avec les Arabes qui avaient besoin de votre artisanat et vous donnaient des acomptes en numéraire que vous utilisiez pour votre commerce et votre subsistance. Or comme les réfugiés étaient venus dans votre ville avec des fonds leur permettant de vous devancer dans la fabrication d’objets artisanaux, les Arabes les préférèrent à vous, y trouvant chez eux tout ce dont ils avaient besoin…

A Alger la différenciation entre les deux communautés prit une tournure socio-économique bien nette, au point que tous les commerçants de la ville furent assimilés par les autorités aux Megorashim .

A Tenès, la tension fut telle que les deux groupes se séparèrent et ouvrirent chacun ses propres boulangeries, ses boucheries, ses pressoirs et ses synagogues.

Artisans, propriétaires fonciers, pêcheurs de coraux et surtout commerçants, la place des Juifs dans la vie économique du Maghreb est suffisamment connue pour ne pas nécessiter de larges développements.

A Alger et à Tlemcen, leur apport aux douanes locales était tel que les exemptaient tous ceux d’entre eux qui s’adonnaient au grand commerce du paiement des taxes locatives habituellement imposées à leurs coreligionnaires.

A Hunaïn et à Tlemcen, l’exportation des grains était entièrement entre leurs mains. Mais ce monopole n’était pas sans risques : outre la suspicion des Musulmans à l’égard des sorties de céréales vers les terres chrétiennes, ils pouvaient être accusés, à tout moment — en période de pré-disette notamment — de vouloir affamer la population locale.

D’un commun accord, les Juifs tentaient périodiquement de conjurer l’orage en s’interdisant ce trafic, sous peine d’anathème. Mais en se prolongeant, de telles mesures finissaient par leur porter préjudice auprès des autorités qui supportaient mal les effets d’un tel boycottage sur leurs revenus douaniers.

De Hemcen à Tunis et de Marrakech à Tozeur, la plupart des communautés participaient d’une façon ou d’une autre au commerce caravanier du Sud.

L’importance de ce trafic qui, comme au Touat, constituait «l’unique de ses habitants juifs amena les rabbins d’Alger à se pencher sur les d’ordre religieux qui se posaient aux commerçants itinérants, telle par exemple la question épineuse des risques de profanation du Shabbat par ceux qui ne peuvent abandonner la caravane, le jour du repos rituel hebdomadaire, par crainte «de rester seuls dans le désert immense et terrifiant».

A l’intention de ceux-là, le rabbin Isaac Bar-Sheshet Barfat (1326-1408) prit la décision – qui eut force de loi — d’autoriser les caravaniers à poursuivre leur voyage le jour du Shabbat à condition qu’ils aient pris la route, trois jours plus tôt, au moins.

Les Juifs touatiens entretenaient d’étroites relations avec leurs de Tlemcen et d’Oran auxquels ils vendaient poudre d’or et plumes d’autruches en échange de blé et de cuivre. Ce métal que les marins européens déchargeaient sur la côte était acheminé au Soudan où ses revendeurs étaient assurés de l’écouler à grands bénéfices.

«Riches en numéraires», d’après les témoignages de leurs visiteurs juifs et disposant de structures communautaires traditionnelles, les Juifs de Touat menaient «une vie sociale très douce», aux dires du Génois Antoine Malfante qui vint de Tlemcen à Tamentit en 144753 :

Les Juifs ici abondent ; leur vie s’écoule en paix dans la dépendance de maîtres qui défendent chacun leurs subordonnés ; ainsi mènent-ils une vie sociale très douce. Le commerce a lieu ici par leur intermédiaire, et il y en a plusieurs en qui on peut avoir une grande confiance. Ce territoire est une étape des pays des Maures où les marchands apportent et vendent leurs marchandises : l’or qui y est apporté est acheté de ceux qui viennent de la côte… Les Arabes (…) apportent ici du grain et de l’orge qui se vendent toute l’année.

Consécutive à la montée de l’Empire songhaï, à l’est de la Boucle du Niger et à l’installation des Portugais sur le littoral atlantique marocain, au cours du XVe siècle, la prépondérance du Touat attira l’attention des Ziyyanides qui de temps à autre y dépêchèrent de petits corps expéditionnaires et celle des Hafsides de Tunis, qui comme le notait Alvise Ca da Mosto, au milieu de ce siècle, recevaient leur or de Tombouctou via le Touat.

Tout en subissant les effets fâcheux de cette conjoncture, les autres provinces pré-sahariennes maghrébines ne furent pas totalement abandonnées pour autant : les Juifs tlemcéniens continuaient ainsi à se rendre régulièrement au Taillait tout comme ceux d’Alger, d’ailleurs, qui se joignaient à la grande caravane annuelle qui, chaque hiver, prenait la route du «grand désert».

Témoin de cette dégradation générale, dans le Dra’ marocain, la minceur des pièces d’or frappées par Yamghar de Tansita (d’un poids inférieur presque de moitié à celui du mithqal légal) était à l’image du trafic de métal jaune entre sa province et le Pays des Noirs ;les dinars qui, au cours du XVe siècle, dans la région de Sijilmasa étaient peu prisés à Tlemcen où ils étaient cotés aux trois-quarts de leur valeur nominale.

Ce qui explique que les commerçants juifs d’Algérie s’adonnaient — dans cette province — davantage au trafic de soudanais qu’à celui du métal jaune tandis que le fer dont le cours était au Tafîlalt de l’ordre de 20 dinars le quintal constituait l’un de leurs articles favoris, bien que cette région soit toute proche des gisements miniers de l’Atlas».

A l’est, Bougie et Constantine étaient deux têtes de ligne importantes sur les routes sahariennes du Mzab et du Djérid.

Propriétaires fonciers, trafiquant en sel, en peaux, en textiles, en cire et en esclaves «incirconcis» ; les Juifs de Bougie importaient de l’argent européen destiné soit à l’artisanat local soit à la Plus volontiers colporteurs, les commerçants constantinois s’enfonçaient avec leurs marchandises en direction de Tuggurt, al-Hamma, Gafsa et îbzeur où ils étaient assurés de rencontrer des coreligionnaires.

Ces déplacements étaient aussi fréquents que pleins de risques : attaques de brigands fondant sur les convois et les dispersant, soif, perte de montures ou des guides, saisies arbitraires de marchandises par les autorités locales, etc.62.

Dans ce trafic, l’association était une pratique habituelle : elle unissait les membres d’une même famille, des coreligionnaires installés dans des localités différentes et, fréquemment aussi, des Juifs et des non-Juifs, Musulmans ou Chrétiens.

En dehors des très nombreuses affaires familiales, nous avons ainsi des exempies d’associations entre Juifs d’Alger et de Tuggurt ; entre deux membres de la même famille, l’un habitant Venise et le second Ténès, avec des correspondants «dans le désert» ; ou encore entre un trafiquant chrétien du littoral qui fournissait son partenaire juif de Tunis en articles européens : de localité en localité, celui-ci acheminait sa marchandise jusqu’à Tozeur où il la confiait à un troisième associé, musulman celui-là, qui avait pour tâche de convoyer plus au sud ; enfin, non moins captivant est ce cas d’association à quatre entre des négociants juifs de Marrakech, Tuggurt, Tozeur et Tunis.

Cette vitalité du commerce juif et l’impressionante mobilité de ses agents ne passe pas inaperçue des puissances européennes : cela expliquerait sans doute, comme le proposait déjà Ch. E. Dufourcq l’attitude fort bienveillante des rois d’Aragon du XlIIe siècle à l’égard non seulement de leurs Juifs mais aussi à l’égard des Juifs de Tlemcénie et du Tafilalt.

Jacques le Conquérant — tout comme Pierre III, plus tard — avait saisi, en effet, toute l’importance de des communautés juives le long de l’axe Barcelone-Majorque-Tlemcen- Sigilmasa par lequel passait le ravitaillement en métal jaune d’une bonne partie de la péninsule ibérique.

Mais le témoignage le plus éclatant de cette activité économique de la judéo-maghrébine et de son rôle dans le commerce transsaharien reste attaché à l’oeuvre des cartographes de Majorque du XlVe et du XVe siècles :

Angelino Dulcert, Abraham et Yehuda Cresques, Mecia de Viladestes, Guiller- mus, Soleri, Petrus Roselli, Oliva étaient tous Juifs ou d’origine juive.

Leurs cartes ne se limitaient pas à donner la description politique des pays situés au sud du Sahara, sur la base des relations des géographes arabes : marquant un très net progrès par rapport aux cartes antérieures, les portulans majorquins des précisions sur le tracé des principales voies caravanières, les noms des principaux sites sahariens et soudanais avec une souplesse d’expression qui reflétait une connaissance certaine de la réalité .

Ainsi, en 1339, Angelino Dulcert était-il en mesure de donner l’emplacement du Mali (Melli), ainsi que celui de Walata (Huletem), la ville caravanière du Hodh, visitée par Ibn Battuta en 1353. Son planisphère porte également la piste reliant Sijilmasa à Walata, via Buda dans le Touat.

Ce qui constitue une preuve de l’excellente qualité de ses informations, cette route n’ayant à être empruntée qu’au début du XlVe siècle, pour des raisons de sécurité.

L’apogée des connaissances sur l’intérieur du continent noir est atteinte avec l’Atlas Catalan d’Abraham Cresques (1375) dont les données principales furent reprises par Mecia de Viladestes (1413) et Gabriel de Vallescha — Ibn Krish, de son vrai nom — (1439).

Du Dra’ «par lequel passent les marchands qui entrent en la terre des Nègres de Guinée», Cresques descend au Sahara, «région occupée par des gens qui ont la bouche couverte» et qui «font des caravanes avec des chameaux» . Taghu- wuest (Tagaost) «est la première étape du voyage vers le pays de Mousamelli (Mali), seigneur des Nègres de Guinée (qui est) le roi le plus riche et le plus noble de toute la contrée, tant abonde l’or qu’on recueille dans son pays».

L’Atlas catalan indique par ailleurs les étapes de la voie Sijilmasa-Tombouctou (Tenbuth) via Taghaza (Tagaza) ainsi que les emplacements de Gao et de Sokoto (Zoghde).

Assurément, l’œuvre de l’école judéo-majorquine s’inscrit dans le cadre des progrès scientifiques accomplis par la Péninsule ibérique, à la veille des Joints à de nouvelles motivations économiques et aux puissants mobiles traditionnels qu’étaient l’esprit de croisade, la Reconquista, la crainte de l’Islam, ces progrès allaient être à l’origine des entreprises navales et militaires qui la face du monde et à tout le moins, transformèrent la physionomie politique de l’espace méditerranéen.

En août 1415, les Portugais entraient à Ceuta.

L’Infant Henri décida aussitôt de découvrir la Côte de Guinée «parcequ’il avait appris que les Maures allaient chercher de l’or du côté de cette région occidentale de l’Afrique » ; moins d’un demi-siècle plus tard, à l’issue d’une série de missions d’exploration qui fort à des «études de marchés», les Lusitaniens s’établirent à Arguin, sur le littoral mauritanien (1455), à Elmina, sur la côte ouest-africaine (1469/70) ainsi que le long du littoral atlantique marocain (Azemmour, Mazagan, Safi, Agadir).

Leur objectif était aussi clair qu’ambitieux : détourner le trafic de l’or, en direction de leurs établissements côtiers . Ainsi allait commencer — suivant l’heureuse expression de Malghaes-Godinho — le duel entre la caravane et la caravelle…

Marquée par la volonté de plus en plus affirmée des Européens de venir quérir directement les produits du trafic soudanais, cette conjoncture laissait peu de place aux Juifs qui perdaient ainsi leur rôle d’intermédiaires ou de lien vivant entre les économies musulmane et chrétienne.

En 1492, l’année de la Découverte de l’Amérique, Isabelle la Catholique expulsait les Juifs espagnols, devenus inutiles dans ses territoires.

Tragique coincidence : la même année, le shaykh tlemcénien Muhammad b. ‘Abd al-Karim al-Maghili provoquait l’extermination des communautés juives du Touat tandis que le même sort allait être réservé, quelques années plus tard, aux centres juifs du Dra’ ; toujours à l’instigation d’al-Maghili, l’Askya du Songhaï Muhammad le Grand interdit aux Juifs l’accès de ses villes, allant même jusqu’à imposer cette même restriction aux Musulmans maghrébins en relations d’affaires avec des juifs.

L’action conjuguée de tous ces événements eut pour effet immédiat de la rupture de la continuité démographique juive, sur les trois aires (Europe, Maghreb, Soudan) qui firent la fortune du commerce transsaharien.

Mais ce commerce lui-même ne devait pas tarder à perdre de son importance :

La Méditerranée ayant été détrônée par l’Atlantique, à la suite de la découverte de l’argent et de l’or sud-américains, l’Afrique noire cessa, par voie de conséquence, d’être le fournisseur en métal jaune du monde occidental.

Son rôle dans l’évolution monétaire internationale touchait ainsi à sa fin tandis que le rideau tombait sur une phase de l’histoire économique du Maghreb et de ses Juifs.

Quels qu’aient pu être l’apport et la contribution de ces derniers dans le trafic transsaharien, il nous semble acquis que l’histoire du peuplement juif des confins sahariens du Maghreb restera incomprise sans l’intervention de ce facteur.

Michel ABITBOL

Source : http://www.persee.fr/

 

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