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À l’origine, l’étude de la Torah se transmettait oralement

La consignation de la loi orale faisant l’objet d’un interdit indiqué dans la Thora :« Tout ce que je vous prescris, observez-le exactement, sans y rien ajouter, sans en retrancher rien. » Deutéronome 13.1

A la destruction du second Temple en l’an 70 un changement drastique s’opéra au sein des communautés juives devant fuir la Judée, dépossédées de lieu de culte, de leur terre, les communautés s’organisèrent afin de ne pas perdre également les enseignements de la Thora écrite, ainsi sous l’égide de Juda Hanassis la compilation des enseignements donna naissance à la MISCHNA.

Cette crainte de perdre les enseignements face aux nombreux bouleversements de la Judée là ont finalement enfreint l’ordre divin à savoir celui de ne pas consigner la loi orale.

La MISCHNA est la complitation des explications de la Thora écrite réservé à l’élite de la communauté ( les tainaiim) viendra plus tard le Talmud pour les amorims qui est la compilation des explications de la Mischna.

On peut en déduire, à tort ou à raison, que par l’écrit, la parole de la transmission de la Thora fût figée.

On notera également que la tradition juive donne de la valeur à la parole. Ainsi il est dit : tant que les choses ne sont pas dites elles ne peuvent se révéler. Le verbe est créateur.

Cependant une partie de ces communautés résista à cette crainte de voir ces enseignements se perdre par l’exil face à une plus grande crainte celle d’enfreindre l’ordre divin.

karaites 2Karaïtes de Crimée dans leur costume traditionnel ..

Une de ces communautés reconnue par le beth-din d’Israël est constituée des Karaïtes.
Le magazine Alliance a voulu en savoir plus, sur cette communauté de plus de 150 000 âmes en Israël et reconnue par le Beth-Din d’Israël, nous avons rencontré Benjamin Siahou lui-même Karaïte vivant en France afin de mieux comprendre leur fonctionnement et leurs différences avec le judaisme traditionnel.

Régulièrement nous compléterons ce dossier par de nouvelles questions , comme leur pratique du judaïsme, leurs rites au quotidien, la rencontre avec les Karaïtes en Israël, des temoignages. Ce dossier a pour finalité de mieux connaitre les Karaïtes, leurs rites, combattre les idées reçues, ce n’est pas une secte, comprendre que ceux sont des juifs à part entière.

Propos reccueillis par Claudine Douillet

Beaucoup ne nous connaissent pas ou très mal. Les rabbins orthodoxes considèrent les karaites comme des juifs qui ont fauté et qui sont en contradiction avec le judaïsme traditionnel et originel.

Certains pensent même que le judaisme karaite est une secte en voie d’extinction alors que c’est complètement faux!

En fait, Le karaisme est en réalité le fondement du judaïsme originel puisqu’il se base uniquement sur la Torah. C’est écrit explicitement dans la Torah : »Tu n’y ajouteras rien et tu n’en retrancheras rien « . On applique la Torah en l’interprétant littéralement et à la lettre. La pratique religieuse doit se baser sur les paroles de Dieu uniquement sous peine de s’éloigner dangereusement de ses commandements.

Tout juif karaite doit avoir une connaissance pointue de la Torah.

Les karaites refusent le Talmud en tant que loi orale et caractère divin puisqu’il écrit par des hommes donc faillible et l’estiment en contradiction avec la Torah. De la bien-sûr découle des pratiques rituelles juives qui diffèrent du judaïsme rabbinique.

Le judaïsme rabbinique majoritaire aujourd’hui est issu du judaïsme pharisien.

Il est important de souligner qu’il n’est en réalité qu’un courant du judaïsme qui a prit le dessus sur les autres courants.

Il y avait à l’époque du second temple divers courants du judaïsme dont les sadducéens, les esséniens, les samaritains. Et la loi orale, était loin de faire l’unanimité auprès des juifs.

Alliance – Beaucoup prétendent que les Karaïtes sont une secte et donne pour preuve qu’ils n’ont pas été assassinés par les Nazis car non reconnus comme juifs et de race sémites ?

Les personnes qui prétendent que les Karaïtes appartiennent à une secte en justifiant qu’ils n’ont pas été assassinés par les Nazis car non reconnus comme juifs et de race sémite font une énorme confusion à propos du terme « karaïte »

Je pense qu’il est primordial de souligner qu’il y a deux groupes distincts et séparés qui utilisent tous deux le nom de «karaïtes».

En effet à partir du XIXème siècle, deux groupes totalement distincts existaient. L’un est un mouvement religieux juif tandis que l’autre se prétend être un groupe ethnique tartare-turque avec son propre patrimoine religieux unique et sa propre langue et qui s’est totalement détaché du judaïsme.

Karaïtes et Karaïmes ?

Le premier groupe sont les juifs karaïtes.

Ce sont les juifs qui vivent selon les écritures hébraïques sans addition ou soustraction et par conséquent ne reconnaissant pas le Talmud. Du XIXème siècle jusqu’au XXème siècle, les juifs karaïtes étaient localisés dans les pays arabes ( Égypte principalement).

La plupart sont nés juifs karaïtes mais certains sont nés dans des familles juives rabbanites et ont rejoint le courant karaïte par la suite. Aujourd’hui les juifs karaïtes disposent de leur propre Beth Din en Israël et aux Etats Unis et peuvent faire leur Alyah comme tout juif.

Le deuxième groupe sont les karaïtes d’Europe de l’Est ou karaïmes.

A l’origine, les karaïmes étaient juifs et descendaient vraisemblablement des juifs karaïtes mais ils ont décidé quitté le judaïsme à la fin du 19eme siècle. Quand ils se sont éloignés du judaïsme karaïte , ils ont quand même conservé le nom «karaïte» pour se définir.

Ils font la distinction entre la notion de peuple et religion alors que les juifs karaïtes ne la font pas tout comme les juifs rabbanites. Cependant quelques petites communautés juives karaïtes pouvaient certainement habiter dans les pays de l’Est.

Aujourd’hui les karaïmes n‘ont plus de rapport avec les karaïtes. Ils ne sont pas éligibles pour l’alyah. Par exemple, lors de l’émigration des juifs d’Égypte en terre d’Israël dans les années 50.

Le gouvernement d’Israël a d’ailleurs surveillé qu’aucun karaïme ne pouvait immigrer en Israël parmi les juifs karaïtes. Aujourd’hui, Ils ne sont bien évidemment pas reconnus par notre Beth Din.

Comme vous l’avez mentionné dans votre question, ce sont donc les karaïmes qui ont pu en grand nombre éviter l’extermination.

Pendant la période nazi, la question raciale se posait inévitablement au sujet des karaimes pour les nazis puisque leurs pratiques religieuses étaient très proches du judaïsme mais en même temps ils ne se définissaient pas comme juifs.

Il est vrai que de nombreux karaimes ont pu être sauvés grâce à la coopération des autorités rabbiniques qui ont accepté de témoigner devant les autorités nazis que les karaïmes n’étaient pas juifs.

Dans l’autre sens, les karaïmes ont aussi fourni de faux certificats afin de sauver des rabbanites de la déportation. Mais il ne faut pas oublier que dans certaines régions d’Europe de l’Est, il n’y avait pas de différences entre rabbanites et karaimes et l’extermination était inévitable. Les massacres en Ukraine en attestent.

En résumé, tandis que les karaïtes du monde arabe sont reconnus fondamentalement comme juifs, les karaïmes d’Europe de l’Est sont devenus indépendants du judaïsme…

Les karaïmes ont bien sur gardé des liens communs avec le judaïsme karaïte et des relations s’entretenaient autrefois avec les autorités juives karaïtes de l’époque mais la scission identitaire fut définitive.

La plus ancienne synagogue de Jérusalem est karaïte

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The Karaite Synagogue in Jerusalem

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Il est donc très facile de reconsidérer la judéité des karaïtes à partir du moment où on a conscience qu’il y a deux groupes distincts. Malheureusement comme je vous l’ai dit, beaucoup connaissent peu ou très mal les juifs karaïtes et la confusion est souvent faite avec les karaïmes.

Les karaïtes venant du monde arabe n’ont jamais cessé de se définir comme juifs et sont même les premiers sionistes de l’histoire du judaïsme .D’ailleurs la plus ancienne synagogue de Jérusalem est karaïte.

Les juifs karaites ont beaucoup souffert de persécutions dans les pays arabes au même titre que les juifs séfarades lors de la création de l’Etat d’Israël. D’ailleurs il y a trois jours, le 20 juin 2013, c’était 65ème anniversaire du drame qui heurta profondément la communauté karaïte du Caire, une bombe explosa en plein du cœur du quartier karaïte le 20 juin 1948 soit quelques mois après la création de l’état d’Israël. Elle tua 22 juifs et en blessa 41 autres.

Ce drame marqua le début d’une importante série d’attaques à l’encontre de la communauté juive du pays et précipita l’émigration des juifs d’Égypte. Le journal Haaretz a d’ailleurs écrit un article sur le drame il y a trois jours.

Selon moi, Le judaïsme karaïte ne peut certainement pas être qualifié de secte bien au contraire, puisque l’un des principes fondamentaux du karaïsme est de privilégier l’étude personnelle de la Torah et de ne placer que très peu d’intermédiaire entre le fidèle et Dieu comme c’est écrit dans la Torah. Il n’y a pas de chef spirituel.

N.B :Szyszman et Firkowitch sont tout deux des auteurs karaïmes et non pas karaïtes.

La pratique du judaïsme chez les Karaïtes

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Avec Benjamin Siahou

Alliance – Peut-on dire que les karaïtes d’aujourd’hui vivent leur judaïsme comme les autres ? Quelles sont les différences ? notamment pour les mariages sachant que seul la judaicté du père est reconnue ? Les lois de la pureté ? Hanoucka ? Les prières ? La conversion ?

Benjamin Siahou lui-même karaïte vivant en France a bien voulu répondre à nos interrogations avec le plus de précisions possibles et nous tenons à le remercier pour le temps consacré à ce dossier. La fois prochaine comment se vit les fêtes de Rochachana chez les Karaïtes.

-Aujourd’hui et de plus en plus, les karaïtes ont les moyens de vivre leur judaïsme comme les autres. Bien sur, un karaïte israélien ou américain aura beaucoup plus de facilités à vivre son judaïsme qu’un karaïte français par exemple car les autorités religieuses sont centralisées en Israël et également aux Etats-Unis.

Les karaïtes en Israël vivent complètement en communauté. Elle est structurée autour du « HaYahadut HaQara’it Ha‘Olamit », le Judaïsme Karaïte Universel :

Des actions propres à une communauté sont proposées tels que les cours religieux, des activités sociales et éducatives pour les jeunes, des aides psychologiques et physiques pour la préparation au service militaire dans Tsahal pour les jeunes adultes etc.

Les communautés les plus importantes se situent à Ramla, Jérusalem, Ashdod, Beer Sheva, Kyriat Gat, Rishon Lezion.

Le conseil religieux du judaïsme karaïte ou conseil des sages équivalent d’un Beth Din gère les synagogues du pays, les mariages, les divorces, les funérailles du défunt, la supervision du cacherout et les autres activités religieuses.

Les karaïtes sont représentés au sein de l’état par le conseil religieux du judaïsme karaïte et leurs activités religieuses sont reconnues par le gouvernement. La cour suprême d’Israël reconnait le statut de la loi juive et valide toutes les procédures engagées par les karaïtes.

Rappelons que les karaïtes reconnaissent la Miqra comme seule loi religieuse. et rejettent l’existence d’une loi orale. Ils s’opposent donc à tout enseignement rabbinique qui place le Talmud au même niveau que la Torah.

De plus ils considèrent que le Talmud contredit en de nombreux points la Miqra et qu’il n’y aucune mention d’une Torah orale dans le Pshat de la loi écrite. Les karaïtes donnent la priorité à l’interprétation de la Torah au sens premier des versets, c’est-à-dire le sens le plus évident.

De ce fait, les karaïtes sont totalement convaincus qu’ils n’enfreignent pas la loi de Dieu.

Cela les rend bien évidemment différents des autres communautés dans le sens où ils ne basent leur pratique religieuse que sur les paroles de Dieu, la Torah et non sur la loi orale qu’ils considèrent dangereuse car non divine. Par conséquent, elle peut éloigner l’Homme Dieu.

Entre le IXème siècle et le XIème, Les grands rabbins karaïtes et pharisiens dont les rabbanites sont les descendants se disputaient en permanence .

Le judaïsme karaïte était loin d’être minoritaire puisque 40-50% de la population juive était karaïte à cette époque.

Quelques différences avec la pratique du judaïsme courant :

La halakha karaïte se base uniquement sur la Torah écrite alors que la halakha rabbanite se base principalement sur le Talmud. Par conséquent il y a des différences fondamentales qui peuvent être observées dans la pratique religieuse.

Par exemple, pour les fêtes religieuses, les karaïtes suivent le calendrier lunaire biblique qui était la calendrier suivi par tous les juifs avant l’apparition du Talmud et à l‘époque du second temple.

Ils se basent sur l’observation de la lune alors que le calendrier rabbanite est fixé à l’avance par calcul et a été crée par Hillel II pour des raisons de facilité et d’accessibilité. De ce fait, les fêtes peuvent parfois différer de un ou deux jours.

La fête de Hanoukka n’est pas reconnue par les karaïtes car c’est une fête talmudique, elle n’apparaît pas dan la Torah.

Les karaïtes laissent leurs chaussures à l’entrée de la synagogue. Moïse a eu ordre de se prosterner dans les lieux sacrés lorsqu’il reçut les commandements écrits de la main de Dieu sur le mont Sinaï.

« N’approche pas d’ici , ôte tes souliers de tes pieds, car l’endroit que tu foules est une terre sacré » L’exode 3,5

Les karaïtes ont pour habitude de prier en se prosternant en référence aux passages de la Torah.

Les karaïtes pratiquent la filiation patrilinéaire alors que les rabbanites pratiquent la filiation matrilinéaire.

Cela signifie qu’une personne est juif uniquement si son père est juif ou converti en référence à la Torah ou la filiation est explicitement patrilinéaire.

La bar-mitzva n’est pas pratiquée car la maturité ne peut être jugé en fonction de l’âge mais est spécifique à chacun de nous. De plus la bar mitzva n’apparait pas dans la Torah.

Les tzitzits sont différents des rabbanites et sont attachés selon les règles écrites dans la Torah.

La Cacherout est globalement similaire cependant les mélanges viande- lait sont autorisés à partir du moment le lait ne provient pas de la mère de l’animal. D’après le verset « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère »

Pendant Shabbat, les karaïtes ne laissent surtout pas le feu allumé, c’est pourquoi il n’y a pas de bougies .Le respect du shabbat est donc plus stricte. Les karaïtes considèrent que les rabbanites détournent les commandements de Dieu en agissant de la sorte.

Aussi, il n’y aucune purification au mikveh qui est considéré comme une invention d’influence païenne non biblique.

La Torah ne mentionne ce procédé à aucun moment et il est écrit que l’on doit se purifier dans « l’eau vive » qui est par définition de l’eau potable ou de l’eau de source.

Les karaïtes peuvent tout simplement se purifier en prenant une douche par exemple puisque l’eau sera potable et donc pure. L’eau du mikveh n’est même pas considérée pure par les karaïtes puisqu’elle est légèrement javellisée pour détruire les bactéries, donc impure.

La Nidda : Les lois de pureté rituelle sont différentes. Par exemple, la femme est nidda pendant 7 jours alors que chez les rabbanites, c’est 12 jours en général.

La Torah dit : « La femme qui aura un flux, un flux de sang en sa chair, restera sept jours dans son impureté jusqu’au soir » Lévitique, 15-19.

La Ketouba : Chez les rabbanites, pour les mariages, la kétouba est rédigée en araméen alors que chez les karaïtes, elle est rédigée en hébreu exclusivement.

Le mariage : Les mariages entre karaïtes et rabbanites sont assez courants et existent depuis toujours bien qu’il soit préférable de se marier avec une personne de même communauté.

Le Beth Din karaïte autorise le mariage avec des juifs rabbanites. Cependant il faut qu’il soient juifs selon la halakha karaïte c’est-à-dire que le père du conjoint ou de la conjointe rabbanite soit juif ou converti ou qu‘il ou elle se soit converti .

Les conversions orthodoxes sont acceptées pour le/la conjoint(e ) ou son père par le Beth Din karaïte dans l’optique d’un mariage avec un(e )karaïte. Ici c’est la judaicité du père qui est prise en compte.

Qu’en est-il de la reconnaissance ?

Les mariages karaïtes sont reconnus comme juifs par l’Etat d’Israël et la cour suprême.

A l’heure actuelle, les mariages karaïtes sont les seules mariages juifs validés à l’intérieur d’Israël qui ne dépendent pas du rabbinat orthodoxe israélien. Les communautés juives libérales ou Massorti par exemple n’ont pas encore accès à au mariage à l’intérieur d’Israël. Cependant, le grand rabbinat orthodoxe israélien ne préfère pas reconnaitre les mariages karaïtes officiellement mais plutôt officieusement.

Il souhaite garder le monopole religieux le plus longtemps possible en Israël. La reconnaissance de ces mariages n’est pas unanime au sein du grand rabbinat orthodoxe. Certains rabbins orthodoxes les reconnaitront, d’autres pas.

En France, de par mes expériences personnelles, je sais que les actes religieux karaïtes sont reconnus par le consistoire.

En ce concerne le mariage entre karaïtes et rabbanites, au sein du grand rabbinat orthodoxe israélien, un rabbin est chargé de s’occuper de couples rabbanites-karaïtes dans l’optique d’un mariage orthodoxe et que les mariages sont aussi courants. Mais la encore, l’opinion n’est pas unanime au sein du rabbinat orthodoxe israélien.

Le Rav Ovadia Yosef, ancien grand rabbin d’Israël a toujours encouragé les mariages avec les karaïtes.

Par contre, Je ne sais pas ce que demande le rabbinat orthodoxe à propos du conjoint ou de la conjointe karaïte mais fonctionnant dans la même logique de ce que demande le beth din karaite à propos du conjoint ou de la conjointe rabbanite, il parait évident que le conjoint ou la conjointe karaïte devra répondre aux exigences de la halakha rabbanite. Par conséquent il faut que sa mère soit juive ou convertie ou qu’il ou elle se soit converti pour qu’un mariage orthodoxe soit possible auprès de ces institutions.

Disons, d’une manière générale, que les mariages entre les deux communautés sont courants quand elles le permettent et de plus en plus aujourd’hui car les juifs karaïtes sont confrontés à un problème d’assimilation avec les juifs rabbanites.

A noter aussi que les communautés juives libérales ont toujours accueilli à bras ouverts les juifs karaïtes. Les mariages entre rabbanites et karaïtes sont encouragés. Mais les juifs karaïtes n’adhérant pas du tout au système libéral juif et à sa doctrine ont toujours gardé leur distance.

Au sujet de la conversion : Bien-sûr, si l‘on veut devenir karaïte, il faut se convertir dans le cas où le père n’est pas juif , rappelons que la judaicité de la mère ne suffit pas.

Si le père est juif, la conversion n’est pas obligatoire, il suffira d’accepter les principes fondamentaux du judaïsme, respecter la halakha karaïte, renoncer aux pratiques rabbanites, c’est-à-dire tout simplement vivre la Torah.

Pour un non juif, la conversion est longue et difficile. Elle peut être semblable à une conversion consistoriale sur les bases de ces critères. La conversion se termine sur la circoncision du nouveau juif.

La conversion a pendant longtemps été très peu utilisée par les communautés karaïtes. Et c’est seulement en 2007 que la troisième cérémonie de conversion s’est déroulée depuis 500 ans ! Les conversions étaient rares et on était juifs que de naissance. Il y a eu peut être un certaine attitude élitiste des communautés karaïtes de l’époque.

Cela peut expliquer pourquoi aujourd’hui les juifs karaïtes sont minoritaires et ont connu un tel reflux ces derniers siècles alors qu’ils comptabilisaient 40 % de la population juive au IXème siècle.

Chaque année depuis 2007, des cérémonies de conversions ont lieu. Elles sont organisés par le Beth Din karaïte en Israël et la Karaïte Jewish University, un centre formation pour apprendre le judaïsme karaïte et ses pratiques.

La place de la femme dans le judaïsme karaïte

femme karaite

Femme juive karaïte

Les femmes ont un statut égal aux hommes dans le karaïsme.

Pendant la fête Soukkot, le peuple d’Israël ( « hommes, femmes et enfant « ) est appelé par Dieu, pour être rassemblé dans l’endroit élu afin d’entendre et d’apprendre la Torah Cela mentionne explicitement que les hommes et les femmes ont été invités à apprendre la Torah. (1)

Les femmes ont une obligation égale à garder les commandements et étudier le Tanakh.

Cette approche, qui a sans doute varié selon les époques et les communautés, est à l’origine de différences supplémentaires entre les coutumes karaïtes et rabbanites. Les hommes karaïtes ne récitent pas la berakha (bénédiction) shelo ‘assani isha (« qui ne m’a pas fait femme ») ; hommes et femmes karaïtes bénissent habor’i betzelem Enosh (« Celui Qui m’a créé[e] à l’image d’Enosh »),

De ce fait, les femmes ne sont pas dispensées des commandements dont le temps est déterminé ; les karaïtes expliquent que lorsque la Torah limite un commandement aux seuls hommes ou aux seules femmes, le Texte l’indique clairement, et que dans les autres cas, les prescriptions doivent être réalisées de la même manière, pour les hommes comme pour les femmes. (Kippa, tsitsit autorisés pour les femmes)

Il y a quelques lois qui appliquent spécifiquement aux hommes (comme la circoncision) tout comme il existe des lois qui s’appliquent spécifiquement aux femmes (telles que les lois relatives à la menstruation)

Le témoignage d’une femme vaut celui d’un homme

Les femmes karaïtes peuvent théoriquement exercer des hautes fonctions. Ainsi, de sources historiques, dans l’Espagne du xie siècle, après le décès du dirigeant de la communauté karaïte Sidi ibn al-Taras, c’est son épouse, al-Mou’alima (« L’Enseignante ») qui reprit la fonction de hakham avant que cette communauté immigre en Egypte et rejoigne la plus grande communauté (en chiffre, à l’époque) au 15 ème siècle. En pratique, ce type de situation est rarement rencontré.

Les karaïtes considèrent les hommes et les femmes égaux devant le divorce.

C’est certes l’homme qui doit remettre le guett (document de divorce) à son épouse, mais il a été statué au 19 ème siècle qu’un beth din (tribunal) karaïte peut s’y substituer si le mari refuse. Le statut d’agouna (« délaissée » : femme ne pouvant se remarier car son mari, bien que séparé d’elle, ne lui a pas accordé le guett) n’existe donc pas dans le karaïsme.

jeunes filles karaiteJeunes Filles juives karaites ( Egypte, xxème siècle )

Il n’est pas interdit à une femme de parler, de chanter dans la synagogue ou kenessa, ni même de monter à la Torah. (2)

Si hommes et femmes y sont séparés, comme chez les rabbanites, la raison officielle n’est pas la lutte contre la tentation ou la distraction des hommes pendant la prière (vision rabbanite), mais la volonté de protéger la pudeur des femmes lors de la prosternation. Par conséquent, les femmes disposent dans les « kenessoth » ou synagogues d’une aile à part de manière à préserver leurs « aises » lors des prosternations.

Notes

¹ Source dans les Devarim

1) Deuteronome 31 10,1 : Et Moïse leur commanda, en disant: Au bout de sept ans, à l’époque de l’année de relâche, à la fête des tabernacles Quand tout Israël viendra pour comparaître devant l’Éternel ton Dieu, au lieu qu’il choisira, tu liras cette loi devant tout Israël, de manière qu’ils l’entendent.

2) Deuteronome 31:12 Rassemble le peuple d’Israël, les hommes, les femmes, et les enfants, et ton étranger qui sera dans tes portes, afin qu’ils entendent, et qu’ils apprennent à craindre l’Éternel votre Dieu, et qu’ils prennent garde de faire toutes les paroles de cette loi;

² Sources dans les Ketouvim:

1) Juges 5.1: Débora la prophétesse: « En ce jour-là, Débora chanta ce cantique, avec Barak, fils d’Avinoam ». Barak a entendu le chant de Débora ainsi que les autres Bnei Israël.

2) Exode 15.20-21 Myriam demande aux autres femmes de chanter avec elle. Même si elles avaient chanté séparément des hommes, il est indéniable que les voix de ces 600,000 femmes sont parvenues aux oreilles des hommes.

3) Samuel 1 18.6: « lors du retour de David après qu’il eut tué le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d’Israël au-devant du roi Shaoul, en chantant et en dansant, au son… » Shaoul et les combattant ont entendu leur voix.

4) Samuel 2 19.36 « Je suis aujourd’hui âgé de quatre-vingts ans …Pourrais-je encore entendre la voix des chanteurs et des chanteuses? » Barzilaï est privé de ses facultés auditives. Mais quand il était jeune homme, il entendait des chanteuses.

5) Ecclésiaste 2.8: « Je me procurai des chanteurs et des chanteuses et les délices des fils de l’homme, des femmes en grand nombre. » Donc, même Kohelet étant jeune entendait des femmes chanter.

Il s’agit des chanteurs et des chanteuses qui chantaient en chorale ensemble. On le déduit, car il est écrit « sharim ve-sharotes », qui signifie: « chanter » conjugué au féminin pluriel et au masculin pluriel.

6) Ezra 2.65 « L’assemblée toute entière était de quarante-deux mille trois cent soixante personnes,… Parmi eux se trouvaient deux cents chantres et chanteuses ».
« les chantres et les chanteuses = masculin et féminin ensemble afin qu’elles puissent égayer le trajet ». Ils étaient tellement heureux de se rendre en Israël, que le trajet depuis leur exil babylonien s’est déroulé dans l’allégresse.

7) Chroniques 1 25.6: « Dieu avait donné à Héman quatorze fils et trois filles. Tous ceux-là étaient sous la direction de leurs pères, pour le chant de la maison de l’Éternel ». Héman était chargé d’exalter la puissance de l’Éternel. Les visiteurs de la maison de l’Éternel ont dû entendre le chant de ses filles.

Sources :

http://www1.alliancefr.com

http://miqra-kalah.fr/

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