SHARE

Richard Ayoun

Ce qu’on appelle « l’Age d’or espagnol » en histoire juive est, en fait une courte période en Espagne musulmane, allant de 1002 à 1086 soit à peu près trois quarts de siècle (1).

En Espagne médiévale un âge d'or juif 2

Comma Га écrit Gérard Nahon : « cette période n’est qu’un court intermède dans une histoire âpre et frappée au sceau des guerres, déplacements, extorsions, un intermède essentiellement intérieur à la communauté juive qui donne le meilleur de son expression intellectuelle et spirituelle. Elle y parvient non à cause des conditions idylliques d’existence à l’ombre du Croissant, mais en dépit de la situation inférieure et précaire qui reste son lot » (2).

Cette Espagne qui vit s’épanouir une culture juive en symbiose avec le contexte environnant quelle est-elle ?

Le contexte historique

En 711, le Berbère Tarik ibn-Ziyad envahit la péninsule et l’a domine en sept ans. A Cordoue, l’autorité d’Abd-al-Rahman 1er (756-788) s’affirme ; cet oméyade exilé brise les liens de l’Espagne avec l’Orient.

Un grand changement apparaît avec Abd-al-Rahman III (912-961), qui se proclame lui-même calife. Cordoue devient la capitale de l’Occident. Malgré cela, dès la fin du Xe siècle, les chrétiens réoccupent en partie l’Espagne du Nord.

Vers l’an 1000, Al-Mansur (le Victorieux) ibn Abi Amir pousse encore contre eux des razzias destructrices. Sept ans après la mort d’Al-Mansur éclate à Cordoue, le 15 février 1009, une révolte qui destitue Hisham II et le remplace par Muhammad II ibn Hisham avec le titre à’Al-Mahdi (3).

Cordoue est déchirée par une guerre civile qui oppose en 1 009 le prince oméyade Hisham al-Rashid ibn Sulaiman aidé par des berbères à Muhammad II ibn Hisham.

Le neveu de Hisham ibn Salaiman, Sulaiman ibn al-Hakam ibn Sulaiman est victorieux grâce à l’alliance du Duc de Castille, Sanche 1er Garcia, il prend le titre de calife sous le nom de Sulaiman Al-Musta’in.

En 1010, Muhammad ibn Hisham prend sa revanche, il bat Sulaiman Al-Musta’in, et s’attribue le titre de calife. Deux ans plus tard Sulaiman Al-Musta’in réoccupe Cordoue, après avoir assiégé la ville pendant un an, ruinant la ville et ses habitants (juifs et non-juifs).

A la suite de l’appel lancé aux Berbères par Sulaiman Al-Musta’in pour qu’ils l’aident, l’Andalousie tombe entre les mains de plusieurs chefs berbères. Le règne oméyade prend fin avec la révolte de Ali ibn Hamud, gouverneur de Ceuta. Il avait déposé le calife et il fut lui-même, quelque temps après exécuté.

L’instabilité politique marque le Xlème siècle

Celui-ci est surnommé Muluk Al-Tawaif, royaume des provinces que les Espagnols ont appelé los Reyes de Taifas Alors que ces royaumes sont dominés tantôt par les Berbères, tantôt par les Slaves ou par les Andalous, la reconquête chrétienne de l’Espagne commence.

Les deux royaumes les plus importants sont d’abord le royaume berbère de Grenade, puis celui de l’Etat des Abbâdides de Seville. Quant à l’Ibérie chrétienne elle se compose de la Navarre de Sanche III Garcia le Grand, mort en 1035 (4), de la Castille de Sanche III Garcia le Grand (comte de 1028 à 1029), d’Alphonse VI (5) du Leon et de l’Aragon d’Alphonse V le Noble (994-Viseu,1027), roi de Leon des Asturies de 999 à 1027 et de la Catalogne de Raymond Berenguer 1er.

Avec la guerre civile dans le califat de Cordoue les communautés juives sont ruinées, les rescapés vont s’établir dans d’autres villes, elles se réorganisent à la suite de la paix relative qui s’instaure lors de la naissance des royaumes berbères sur l’ancien territoire du califat cordouan.

Cette réorganisation est surtout bénéfique aux Juifs, puisque certains d’entre eux sont appelés par les princes berbères pour administrer leurs états.

Le crédit de ces notables juifs leur permet d’aider les poètes, qui facilitent l’épanouissement de la civilisation juive en Espagne. En contrepartie, les poètes composent des louanges de leurs protecteurs et vantent les faveurs qu’ils reçoivent d’eux.

Ainsi un poète hébreu fait vers 1040 l’apologie d’un « Prince Isaac ».

Mais pourquoi l’Espagne fut-elle un lieu d’élection pour le renouvellement de la poésie hébraïque ?

Jusqu’au début du Xlème siècle c’est Babylone qui demeure le grand centre théologique de toute la Diaspora. Aucun renouveau n’est possible dans le cadre de ce judaïsme aux traditions si vénérables.

L’Espagne, elle, n’est pas, assujettie au joug de cette pesante tradition. La population juive en Espagne est pleine d’un esprit de jeunesse et accumule des forces qui cherchent à se libérer.

Des questions se posent : pourquoi ce nouveau centre de civilisation arabe permet la naissance d’une poésie hébraïque renouvelée, alors que c’est d’elle qu’elle reçoit son impulsion ?

Pourquoi les Juifs n’ont pas eux aussi utilisés la langue arabe pour célébrer leurs bienfaiteurs, la beauté des jeunes filles, le vin, etc.. alors qu’en hébreu ils doivent écrire une langue qui n’était parlée que lorsque des Juifs, venus de différents pays avaient besoin d’une langue commune ?

De plus, utiliser la langue hébraïque n’est pas facile lorsqu’on veut y recourir dans un milieu qui ne possède pas de tradition littéraire. Les ouvrages scientifiques en prose de Menahem ben Jacob ibn Sarûq, de Dunash ben Labrat, du Xème siècle et de leurs disciples en sont des exemples.

Leurs écrits sont d’un style rocailleux et gauche, et trop de vocables manquent à l’hébreu de ce temps pour rendre parfaitement leur pensée (6). Commençons par Cordoue pour étudier la communauté juive de cette époque-là.

Cordoue

C’est dans cette cité, sous l’autorité de Muhammad ibn Abi ‘Amir al-Mansûr (7), que la communauté séfarade obtient son cadre institutionnel propre avec la désignation d’un nassi, c’est-à-dire prince et juge. Al-Mansûr attribue ce titre, pour la première fois, à Jacob ibn Jau (8), riche fabricant et commerçant de soie lui donnant autorité sur toutes les communautés du Califat de Cordoue et d’une partie du Maroc.

Un conflit se produisit entre ce notable laïque et le fils du célèbre Moïse ibn Hanokh, qui a l’autorité rabbinique, en tant que Chef de l’Académie de Cordoue. Après la mort, en 1014, de Moïse ibn Hanokh les relations se développèrent avec les grandes académies de Babylone, à Bagdad : Sura sous la direction de Samuel ibn Hofni (9) et particulièrement à Pumbédita, sous la présidence de Hai gaon ben Sherira (939-1038) (10).

Une autre grande communauté de cette époque, c’est Grenade qui selon une légende aurait été fondée par les Juifs, d’où son nom chez les Maures Gharnatat al-Yahud, Grenade des Juifs.

Grenade

Cette grande cité de l’époque oméyade est, au Xlème siècle, une principauté berbère indépendante avec plusieurs factions recherchant le pouvoir et dont la plus grande partie de la population est juive. En 1066, selon Salomon Ibn Verga (seconde moitié du XVème siècle — premier quart du XVIème), une émeute fait périr 1500 familles juives soit 5000 personnes (11).

Par la suite, les Juifs retrouvent une influence importante. Elle s’estompe en 1090, lors de la conquête des Almoravides, conduits par Yûssuf Ibn Tashfin (12).

A Grenade se développe une communauté juive des plus importantes de 1020 à 1066, grâce à deux hommes : Samuel Ibn-Nagrřla et son fils Jehoseph, qui dirigent le gouvernement de la principauté.

S. Ibn-Nagrřla (13) est né en 993 à Cordoue. Sa famille est originaire de Mérida. Il reçoit une excellente éducation juive et profane. Il connaît plusieurs langues : l’hébreu, l’arabe, le chaldéen, le latin, le castillan et le berbère (14). Il étudie à l’académie de Hanockh ibn Moïse et le grammairien Juda IJayoudj est son maître d’hébreu.

En 1013, il est obligé, comme de -nombreux coreligionnaires, de quitter Cordoue, par suite de la guerre civile. Dans cette cité règne une véritable anarchie depuis la mort du dernier des princes Amirides. Les exilés se réfugient à Grenade (15), à Tolède et vont jusqu’à Saragosse. S. Ibn Nagrëla s’établit à Malaga, où il ouvre un commerce d’épices, tout en poursuivant ses études, il se spécialise notamment dans l’écriture arabe.

Sa boutique étant proche du palais du vizir Abu L.-K<ïsim Ibn al-Arif, il est chargé par une de ses esclaves de rédiger les communications qu’elle lui adresse. Le vizir frappé par la calligraphie, la méthode et la pureté de style de ces rapports, le prit vers 1025, à son service, d’abord comme percepteur de taxes, puis comme secrétaire particulier.

En mourant Ibn al-Arif recommande S. Ibn Nagrčla à son souverain Habbus deuxième roi de Grenade (16). Habbus satisfait le nomme Kutib (chancelier), puis lui confie la direction des affaires diplomatiques et militaires, en 1027. A la mort de ce roi, en 1038, S. Ibn Nagr^la joue un rôle dans l’attribution du trône à un de ses fils Badis.

Les premières fonctions de S. Ibn Nagrgla sont militaires : le royaume de Grenade sous son commandement, entre 1038 et 1056, est virtuellement en guerre permanente avec le royaume arabe de Seville. Il se considère comme un outil dans les mains de la Providence, envoyé par Dieu pour combattre au nom du peuple juif.

Ainsi lorsque les Juifs d’Almeria, de Seville ou d’ailleurs sont soumis à la persécution, il en fait un casus belli pour Grenade et prend la tête de l’armée pour aller secourir ses coreligionnaires (17).

Une partie des 1742 poèmes conservés (18), écrits à l’intention de son fils Jehoseph, nous informe sur des campagnes : celle en 1042, contre l’armée d’Amleria, commandée par le slave Zuhayr et son vizir arabe ibn ‘Abbas dont la victoire a valu l’institution d’un purim spécial comme étant une délivrance pour les Juifs de Grenade.

La prise de Carmona et les victoires de Samuel, en 1043, sur une armée de Seville, en 1049, contre Abu Nur de Ronda et Malaga où il faillit être tué, contre Seville et ses alliés de 1050 à 1060 sont considérés comme étant autant de succès juifs.

La poésie guerrière de S. Ibn Nagrela crée un nouveau genre en littérature hébraïque. Plusieurs poèmes sont écrits sur le champ de bataille. Il traduit en hébreu des poèmes arabes. Il en compose lui-même, ses meilleures productions sont en hébreu : Ben Tehillim (Fils des Psaumes), Ben Mishle (Fils des Proverbes), Ben Qohelet (Fils de l’Ecclésiaste) dans lequel il y fait entrer le nouveau mètre arabe.

Samuel innove en poésie en chantant la mer et ses périls, la guerre et son exaltation vaine, l’amour et l’amitié, le vin et ses plaisirs, le temps et ses ravages et la mort de son frère Isaac.

Selon un chercheur américain, S. Ibn Nagrëla se serait fait construire le célèbre palais, l’Alhambra de Grenade (19). Talmudiste distingué, il écrit un recueil de décisions juridiques, talmudiques et guéoniques : le Sefer Hilketa Gavrata (Livre de la Grande loi juive).

Ainsi ce notable unissant les capacités profanes et religieuses se voit attribuer en 1027, le titre de Nagid, de prince sur l’ensemble des communautés juives d’Espagne.

Le chroniqueur Abraham ibn Daud le décrit comme ayant fait « de grands bienfaits pour Israël en Espagne, au pays de Maghreb, en Afrique, en Egypte et en Sicile et même en l’Académie de Babylone et en Terre Sainte. Tous ceux qui étudiaient la torah dans ces pays bénéficiaient de ses largesses (20).

Mort en 1055 ou 1056, son fils Jehoseph ben Samuel âgé de vingt-quatre ans hérite de sa charge de vizir du roi Badis et de nagid des Juifs du royaume de Grenade jusqu’en 1066.

Comme son père, c’est un poète, il fait œuvre de philanthropie et aide la création poétique (21). Sa cour distinguée comprend de nombreux juifs fortunés. Sa semi-disgrâce est due d’abord à l’incrimination d’avoir empoisonné le prince héritier Buluggin, mort dans sa maison lors d’une visite, puis à l’accusation d’avoir averti les Arabes de Grenade du projet du roi Badis de les exterminer, et enfin des luttes de théologiens musulmans comme Abu Ishâc d ‘Elvira qui composa contre les Juifs de Grenade un poème dans lequel il excitait les Sinhadjah contre Jehoseph ben Samuel (22).

A la suite de l’invasion du royaume de Grenade par les armées du prince d’Almeria Al-Motassem, le bas peuple berbère accuse J. ben Samuel de Collaboration avec l’assaillant et attaque son palais, le tue et le cloue sur une croix, le 30 décembre 1066. Les quartiers juifs sont assaillis et plus de 4000 juifs sont exterminés. Quelques rescapés, dont la femme de J. Ben Samuel et son fils se réfugient à Alisana (Lucéna).

Les autres communautés du royaume de Grenade prennent peur et vont s’établir dans d’autres régions où les Juifs jouissent d’un statut favorable. Ainsi, après plus de quatre siècles de quiétude en Espagne musulmane, le premier grand massacre a lieu.

Les autres royaumes musulmans au Xlème siècle

Dans ces royaumes également des juifs sont choisis par les princes musulmans comme fermiers des impôts, administrateurs, diplomates et même vizirs. Ils pratiquent toutes sortes de professions : l’agriculture, l’artisanat, le grand commerce, les métiers du textile et de la teinture du coton, notamment à Seville (23). Avec le règne d’Abbad II al-Mu’tadid à Seville (1042-1069) (24), et avec le fajt que cette cité arrive à être la capitale de l’état le plus puissant de la région, la communauté juive devient la première de l’Andalousie, avec plus de 5000 personnes.

A Seville, les juifs, qui obtiennent des postes importants, sont Joseph Ibn Migash natif de Grenade chargé par Abbad II de missions diplomatiques (25) et, Isaac ben Al- balia (Cordoue 1035 – Grenade 1094) qui est nommé en 1069, astronome de la cour de Seville (26).

Ce célèbre astrologue et talmudiste, chef de la communauté de Seville est décrit par Moïse ibn Ezra comme étant « un poète et un grand styliste ». Il utilise son influence à la cour pour améliorer le statut des Juifs du royaume.

Quant à Abraham ibn Méir ibn Muhâjir (27) il est vizir d’Abbad III plus connu sous le nom d’Al-Mutamid (1040-1095) qui règne de 1069 à 1091. Talmudiste et astronome ibn Muhfjir succède à Isaac ibn al-balia à la tête de la communauté de Seville.

A cette époque, règne à Tolède, jusqu’en 1036, Yaïch ibn Mohammed ibn Yaïch (Yaix ben Muhammed ben Yaix). Ensuite, lui succède la dynastie berbère des Beni-Dhînoum : Ismaël Dafir, de 1036 à 1038, Abu Hasan Yahya Mamun, de 1038 à 1075, Yahya ibn Ismaël ibn Yahya cadir, de 1075 à 1085. C’est en cette année 1085, que Tolède est conquise par Alphonse VI (28).

La communauté se compose de 4000 âmes comprenant le plus grand nombre de quaraites d’Espagne. Des familles juives (29) ont un rôle important à Tolède, assurant la ferme des impôts ou étant conseillers politiques. Ces familles sont les ibn Shoshan, dont Abu Sulaiman David ibn Shoshan, les ibn Nahmias comprenant des éru- dits distingués comme Abu Ishaq ibn Nahmias, célèbre vigneron, et la famille ibn Falcon, Jacob et Joseph.

Comme Tolède, Saragosse est, au Xlème siècle, la capitale d’un royaume maure, avec une communauté juive de 1200 personnes, qui a des conseillers à la cour de la dynastie.

Tudjil-Yekutiel Abu Isaac ibn Hassan (30) est l’un d’eux, au service de Mun- dhir II. Il aide généreusement les études hébra’iques, tant à Saragosse qu’aux académies de Babylone et de Terre Sainte. En 1039, il est décapité comme un grand nombre de courtisans de Mundhir II. Au Xlème siècle Saragosse est la résidence de grandes personnalités : le philologue Jonah ibn Janah (Abu al Walid Marwan, 1ère moitié du Xlème siècle) (31), le philosophe et physicien Menahen ibn al-Fawal, les poètes Levi ben Jacob ibn Altabban (fin Xlème siècle), et Moïse ibn Al-Takana (en arabe Al-Tayyah), le linguiste et poète Joseph ibn Hasdai, chancelier à la cour des Tudjib, le talmudiste et juge David ben Saadiah et le philosophe Bahya ben Joseph ibn Paqnda (seconde moitié du Xlème siècle).

A Almeria, capitale d’un grand royaume, il y a une communauté de 2000 personnes qui s’est formée à la fin du Xème siècle, constituée par les réfugiés de Péchina. Dans la seconde moitié du Xlème siècle, Almeria eut un vizir juif, dont nous ne connaissons pas le nom. Nous savons seulement qu’il fut assassiné par le théologien musulman Abdallah ibn sahal ibn Ussuf. Dans le reste de l’Espagne musulmane existent d’autres communautés moins importantes avec des personnalités de grande culture.

Les royaumes chrétiens

Le Xlème siècle, dans les royaumes chrétiens est marqué par les débuts de l’immigration juive.

La constitution de quelques petits noyaux de peuplement juif dans les royaumes de la Reconquête, avant la dispersion de la communauté de Cordoue, est un fait indéniable. La relative fréquence avec laquelle on les mentionne, dans des documents postérieurs, en tant que propriétaires de vignes, semble indiquer que leur expérience dans les techniques viticoles facilita leur accueil comme collaborateurs dans ce domaine.

Dans les dernières années du Xème siècle et les premières du Xlème, au moment où apparaissent les municipalités castillanes et léonaises, l’égalité juridique des Juifs ‘semble clairement établie, y compris pour le droit de propriété terrienne (32). Dans le nouvel état chrétien d’Oviedo du royaume des Asturies, la politique antijuive héritée des Wisigoths a du être changée à la suite de la colonisation et du développement des terres reprises à l’Islam.

L’immigration juive s’est manifestée d’une part dès le Xème siècle, avec l’instabilité permanente des régimes arabes ou berbères du sud de l’Espagne, d’autre part, avec la venue d’originaires du midi ou même du nord de la France.

Les Juifs sont nombreux à cette époque dans la ville de Leon, cette communauté serait devenue la plus importante de toutes si elle n’avait pas du se transférer ailleurs à cause de la reconquête de Tolède.

A Leon les Juifs exercent le grand commerce des textiles et des pierres précieuses ; ils possèdent des biens fonciers. On a confiance en eux. En 1017-1020, il est simultanément demandé à deux Juifs et à deux Chrétiens d’évaluer des maisons bâties sur le terrain d’une personne étrangère (33).

L’augmentation de la population juive dans le royaume de Leon pose d’importants problèmes à Ferdinand 1er (dit le Grand, vers 1017-1065), roi de Castille de 1035 à 1065 (34), qui en tentant de restaurer la législation wisigothe peut-il rétablir la législation qui condamne les Juifs à disparaître ?

L’antijudaïsme commence à se manifester dans la population chrétienne : 60 juifs sont assassinés à Castrogeriz, lors de la mort de Sanche III (1035). A Allariz, près de Albelda, en 1047, des juifs sont tués. Ferdinand 1er laisse la loi wisigothe dans l’incertitude et protège les Juifs en espérant l’aide de la papauté.

Le pape Alexandre II (1061-1073) félicite Ferdinand 1er, de sa position, à l’égard des Juifs, en lui remettant une bulle, en 1066.

L’attitude envers les Juifs vers la moitié du Xlème siècle est la suivante : alors qu’on lutte contre les musulmans on protège les Juifs en acceptant le principe d’une co-existance dans le but qu’ils se convertissent. Sur certains plans les Juifs sont considérés comme les égaux des Chrétiens, par exemple lorsqu’ils vont à la guerre et lorsqu’ils se battent en duel. Le Pape Grégoire VII (1073-1085) mécontent, interdit aux Juifs d’exercer des fonctions d’autorité, au Concile Romain de 1078.

Le roi Alphonse VI, le Vaillant (vers 1042 – Tolède 1 109), roi de Leon et de Castille, de 1072 à 1109, fait de son médecin Joseph ha-Nassi Ferrizuel (Cidellius), son conseiller principal, qui joue un rôle important dans la reconquête chrétienne et dans la période de grande expansion pour les Juifs dans les régions de l’Espagne septentrionale (35).

Quant à la juiverie de Barcelone, avec ses 60 feux, en 1079, elle est grande. La documentation catalane permet de prouver que des Juifs émigrés de l’Andalousie, au moins dès la chute du Califat s’installent à Barcelone et à Gérone, achètent des terres particulièrement des vignobles, et qu’ils les payent comptant. Le partage des biens entre Ramon Berenguer II et son frère jumeau Berenguer Ramon II, le 17 mai 1079, mentionne de nombreux propriétaires juifs.

Les Juifs sont accueillis et on se sert d’eux. Ils sont traités de la même façon que jadis. Au Concile de Coyanza en 1050, on décide qu’« aucun chrétien ne reste dans une maison où il y a des Juifs, ni ne mange avec eux ».

Au Concile de Gérone, de 1068, il est dit que les terres achetées par des Juifs à des Chrétiens continuent de payer la dîme à l’Eglise. Quand Tolède est prise par les Chrétiens, en 1085, les Juifs demeurent dans leur quartier situé au sud-ouest de la ville où ils possèdent une forteresse. De nombreux immigrants de vieille Castille, du Leon et des régions musulmanes les rejoignent et Tolède devient alors la ville, possédant la plus grande communauté juive d’Espagne.

La littérature hébraïque

Tout d’abord, il est à remarquer que l’époque des écrivains rabbiniques espagnols est fixée, par les uns, au IXème siècle, et, par d’autres, au Xlème. Les premiers se fondent sur l’autorité de Saadia Gaon (Pithom en Haute Egypte 889 — Sura 942) qui déclare que l’Espagnol Menahem ben Jacob ibn Saruq est l’un des quatre premiers grammairiens juifs.

Les seconds s’appuient sur le fait que les premiers rabbins espagnols appartiennent au temps des premiers commentateurs de la loi, qui commence au Xlème siècle (36). Nous nous prononçons pour la deuxième école, car c’est au Xlème siècle que la littérature hébraïque devient remarquable grâce aux études et à la science des auteurs qui bénéficient de la riche culture arabe.

Cette littérature issue d’un milieu restreint, est destinée à un petit nombre de personnes favorisées. Elle est l’aboutissement d’une bonne maîtrise du patrimoine hébreu antique, de l’influence de la culture arabe, de l’évolution de l’hébreu grâce aux travaux des grammairiens et lexicographes, qui l’ont purifié de ses aspects araméens et adapté la langue à tous les thèmes profanes.

Les notables favorisent les poètes religieux, arabes et hébreux en les invitant dans leurs soirées et en subvenant à leurs besoins. En retour, les poètes leur dédient leurs œuvres. De nombreux sujets sont traités en poésie, en linguistique, en éthique, et en philosophie dont les écrits d’inspiration grecque déplaisent aux Juifs « orthodoxes ». Dans cette étude, nous citons les auteurs les plus représentatifs.

Jonah ibn Janah

Jonah ibn Janah, de son vrai nom АЬп-1-Walid Marwân Ibn Janah est né entre 985 et 990 à Cordoue (37). Une partie de sa jeunesse, il l’a passe à Lucenne, où il apprend la poésie et la grammaire auprès d’Isaac ibn Gikatilla, condisciple de Judah ben David yayyuj (945-1000) et de Isaac ben lévi ben Mar Saul. Il se permet de leur faire des remarques grammaticales (38). J.

ibn Janafc étudie aussi la. MiJnafr, le Talmud et la médecine qui lui servit de gagne-pain toute sa vie et il publie un traité sur les médicaments. Fuyant Cordoue envahie par les Berbères, il s’établit à Saragosse, en 1012, formant dans cette ville un cercle de jeunes disciples intéressés par les questions linguistiques.

Son œuvre écrite en arabe, est très vaste et prolonge et complète celle de Hayyuj. Judah ibn Tibbon (Grenade 1 120 — Lunel 1 190) en traduisit une partie en hébreu. Il compose le KutUb al Mustalfyiq (livre de l’Annotateur) sorte de complément des deux livres d’Abu Zakariyya. J. ibn Janah a collationné les matériaux après huit lectures de la Bible.

Cet ouvrage comporte trois parties : la première traite des racines dont l’une des radicales est une lettre faible, la seconde envisage les verbes géminés et la troisième est consacrée aux verbes quadrilittères. Dans le Risalat al-Tanbih (l’Epitre de l’Avertissement), il réfute les critiques faites aux omissions commises par Judah Hayyuj et qu’il n’aurait soi-disant pas traité dans le Kitâb al Mustahiq.

Le Risalat al-Tagrib wa- Tashil (Traité du rapprochement et de la facilité) familiarise avec la théorie de la trili- téralité, les étudiants qui auraient pu avoir des difficultés pour comprendre certaines racines hébraïques ayant une lettre faible ou géminée. Dans le Kitâb al-Taswiya, l’auteur réfute les critiques de ses adversaires qui l’accusent de dénigrer Judah Hayyuj, le fondateur de l’analyse grammaticale.

Dans le Kitab al-Taswir (Livre de la Remontrance) J. ibn Janah répond à Samuel Ha-nagid et à ses collègues qui dans Rasa’il al-rifaq (Traités des compagnons), s’élevaient contre les règles grammaticales proposées par J. ibn Janah dans al-mustaltiiq et contre un certain nombre de ses interprétations bibliques (39).

Le grand ouvrage de J. ibn Janah est le Kitâb al-Tangih (livre de la recherche ou livre de la grammaire), il se compose de deux grandes parties. La première a pour titre le Kitâb al-luma (livre des parterres fleuris) (40) c’est le premier véritable traité de grammaire hébraïque comportant quarante six chapitres (41).

Joseph Derenbourg écrit qu’il « a des visées plus élevées: II embrasse tout le domaine de la science grammaticale, aussi bien l’étude du mot en lui-même que celle des rapports entre les mots dans la proportion et entre les propositions dans le discours » (42).

La deuxième partie de ce livre est intitulée Kitâb al-‘usul (Livre des racines) où, se fondant sur des comparaisons avec l’araméen biblique, la langue de la Mišna et l’arabe, J. ibn Janah énonce sa théorie selon laquelle les vocables hébreux découlent de racines comprenant trois consonnes. Fondement de toute grammaire hébraïque, cette théorie permet en Espagne, au Xlème siècle, la création de la syntaxe hébraïque.

Moïse ibn Ezra

Le poète Moïse ben Jacob ibn Ezra connu aussi sous le nom d’Abu HarOn (Grenade 1055 — après 1 135) montre combien est importante la formulation des lois grammaticales de l’hébreu. Dans un texte il proclame : « Lorsque les Arabes conquirent la presqu’île d’Andalousie sur les Goths, les exilés qui demeuraient à cette époque dans le pays apprirent d’eux les éléments de la science ; avec peine et labeur, ils apprirent la langue arabe et lurent ses livres. A leur suite, ils descendirent dans les profondeurs de leur pensée. Ils devinrent versés dans toutes les disciplines de leur science et prirent plaisir à la douceur de leurs chants. Par la suite, l’Eternel dévoila les secrets de la langue hébraïque et de sa grammaire » (43).

Moïse ibn Ezra poète et philosophe fut l’élève d’Ibn Ghayylt à Lucène. 

En 1090, il fuit Grenade avec ses trois frères Isaac Judah et Joseph, quand l’émir almoravide Yussuf ibn Tashfin s’empara de cette ville.

En 1095, Moïse, qui a obtenu la charge importante de sahib al-shurta (chef de la police) à Grenade, passe la frontière et est frappé par le contraste entre la rudesse de la vie en Castille et la « glorieuse Grenade, la plus délicieuse des terres » (44). Il refuse l’invitation que lui firent les Juifs de Estalla, qu’Alphonse le Batailleur a bien accueillis, et il erre à travers la Castille jusqu’à sa mort.

Les nombreuses poésies que l’on a conservées de Moïse ibn Ezra et que certains l’accréditent plus comme poète arabe que comme poète hébreu, traduisent ce contraste marquant, entre les deux étapes de sa vie. Ainsi par exemple, les œuvres de la première époque comme Le livre du collier, sont gaies et insouciantes, alors que celles de la seconde époque comme le Jardin des épices est plein de l’amertume et de la nostalgie d’un passé récent, mais mort, l’« exil en terre d’Edom ».

Cependant, pour les historiens, l’importance de Moïse ibn Ezra se situe sur un autre plan.

En effet, il sut mieux qu’aucun autre évaluer l’axe sur lequel était en train de se placer le séfaradisme. Cela apparaît dans son Kitâb al-Muhâdara wa-l-mudhâkara (Livre de la considération et du souvenir) que son traducteur hébreu, B.Z. Halper le traduit en 1924, à Leipzig, sous le titre Shirat Yirael (poésie d’Israël).

Cet ouvrage marque un changement dans l’attitude à l’égard de la Bible, c’est une source historique de valeur pour la poésie judéo-espagnole en général, et pour les données biographiques concernant les auteurs, il met aussi en relation le poète et son environnement. Les nouvelles données de cette œuvre permettent de mesurer la rareté de la littérature juive de langue arabe, qui a pu passer à la postérité. Une grande partie de ce livre est consacrée aux « ornements poétiques », formes rhétoriques et langage métaphorique, comme moyens d’embellir le contenu du poème (45).

Dans ses poésies Moïse ibn Ezra est l’amer poète de l’exil mais il célèbre la beauté de la poésie, l’amour, le vin, la nature luxuriante, l’amitié et la confiance en Dieu : « Je t’en prie musicien qui chasse les pensées inquiètes / fais que ma tristesse et ma mélancolie comme une ombre s’enfuient …

Le son et l’exécution d’après le rythme et la quantité par une démonstration vraie ont été fixés.

Les portes des ténèbres se ferment mais que la demeure / du Très-Haut se révèle aux yeux des connaissants.

Vers le monde des esprits ils montent sans / degrés franchissant les fleuves de la splendeur.

Leurs pensées sont pures et on pourrait presque dire / les esprits des serviteurs de Dieu sur eux reposent » (46).

Dans ses compositions méditatives Moïse ibn Ezra traite de la vie et de la mort, il dénonce l’absurdité de la vie et la vanité de ce bas-monde comme Samuel ha-Nagid, Ibn Garirol et Judah Halevi, (ces thèmes à l’époque sont en vogue). Ses piyyûtim et selihôt (poèmes liturgiques et de pénitence) sont toujours appréciés (47) alors que ses textes philosophiques le sont beaucoup moins. Influencé par Ibn Gabirol ; Moïse ibn Ezra développe les thèses néoplatoniciennes sur la place de l’homme dans l’univers, ce qui échappe à la connaissance humaine de Dieu, le rôle de l’intellect, la nécessité de se connaître soi-même, et de se libérer de l’emprise des sens (48).

Ibn Gabirol

C’est avec Salomon ben Judah ibn Gabirol (en arabe Abu Ayyub Sulayman ibn Yafryâ, en latin Avicebron ou Avencébrol) que la poésie religieuse de l’école de Sara- gosse permet d’atteindre l’expression mystique ouvrant une voie durable à la culture. Dans les rites orientaux ses poèmes font partie de l’office liturgique. Philosophe également, Henri Heine (Dusseldorf 1797 — Paris 1856) l’appelle : « le poète des philosophes et le philosophe des poètes ».

Salomon ibn Gabirol est né entre 1020-1022 à Malaga qui lui a élevé une statue (49). Il appartient à une famille d’émigrés qui s’est réfugiés dans cette ville. Il s’établit ensuite, à Saragosse où il reçoit une solide éducation. Il perd très tôt son père, et sa mère en 1045.

Lui-même, meurt jeune à Valence, vers l’âge de trente-sept ans, entre 1057 et 1058. Par ses poésies nous apprenons qu’il est petit, laid et souffreteux (probablement tuberculeux). Il n’a pas voulu se marier. Il se décrit comme ayant un mauvais caractère, son arrogance le dessert d’autant plus que, s’occupant uniquement de philosophie et de poésie, il dépend matériellement de mécènes qu’il faut flatter comme Samuel ibn Nagrêla.

Le plus important de ses protecteurs est Yekutiel b. Isaac Hasan de Saragosse auquel il dédie une élégie et vante la science, la religion et la générosité, mais Yekutiel est tué, en 1039, à la suite de plusieurs intrigues (50).

Salomon ibn Gabirol est pourvu très jeune de dons intellectuels et poétiques, ce dont il est conscient au plus haut degré :

« Je suis le prince dont la poésie est l’esclave

Je suis le luth des poètes et des musiciens

Mon chant est une couronne pour les rois

Un diadème sur la tête des princes

Me voici avec mes seize ans

Et mon cœur comprend comme le cœur d’un octogénaire » (51).

Ibn Gabirol commence par traduire des poèmes de l’arabe en hébreu, avant de composer ses propres poésies. Il en a créé plus de cinq cents, profanes ou sacrés (52). Ces poésies parlent de ses aspirations et de ses recherches, de ses souffrances face à un entourage hostile, des compensations qu’offrait à sa solitude la méditation métaphysique.

La tristesse de l’exil et les aspirations messianiques d’Israël qui traduisent ses poèmes ont toujours eu beaucoup de succès, en particulier pour ce qui est des poèmes sacrés, dont aujourd’hui plusieurs sont entrés dans la liturgie. Il est aussi l’auteur d’un commentaire biblique perdu et d’un grand texte traduit dans plusieurs langues Keter Malkhut (Couronne Royale). Il admet une influence des astres sur les destinées de l’homme. L’âme humaine, créée du feu de l’Intellect, descend sur terre pour entrer dans le corps qui lui est destiné.

Les écrits d’Ibn Gabirol sont toujours en arabe, même lorsqu’il compose une grammaire en vers acrostiches (53), de valeur mémotechnique. Le grand ouvrage d’Ibn Gabirol, son œuvre philosophique, dont des fragments ont été conservés dans un ouvrage de Moïse Ibn Ezra, est la Source de Vie (54).

Ce livre a été attribué à un Avicebron ou Avencébrol, auteur chrétien, qui l’aurait écrit sous le titre de Fons Vitae Cet ouvrage a été traduit à Tolède au Xllème siècle, par Juan Hispano (Johannes Hispanus) qui serait peut-être Abraham ibn Dâ’iTd et Domingo Gonzales (Dominicus Gundissalinus) (55). Les théologiens scolastiques ont largement utilisé cet écrit sans jamais soupçonner qu’il s’agissait d’une œuvre de théologie juive (56).

L’identification d’Avicebron à Ibn Gabirol a été établie par Salomon Munk, en 1854, à la suite de la découverte de manuscrits : l’un hébreu, du XlIIème siècle, de Shem Ton Ibn-Falaquera, un autre, en latin du Fons Vitae (57). Salomon Munk fut confirmé dans sa thèse avec la découverte d’un second manuscrit en latin du Fons vitae, à la Bibliothèque Mazarine à Paris (58).

La Source de Vie divisée en cinq livres, écrite sous forme de dialogue, constitue l’apogée de la philosophie religieuse juive d’inspiration platonicienne. On reconnaît l’influence des Enéïdes de Plotin. Cependant sa fidélité à la loi de Moïse lui permet d’insérer dans le système la volonté de Dieu, qui en change le sens.

Le monde matériel procède d’émanations successives d’un être entièrement spirituel, de sorte que la Divine Volonté se confond avec l’Etre Divin, et c’est d’elle que proviennent les deux principes initiaux, la « matière générale » et la « forme générale ». La matière, c’est ce que les êtres individuels ont en commun, alors que ce qui les différencie relève de la forme.

La chaîne des émanations successives : l’Intelligence Universelle, l’Ame, la Nature, le Monde subliminaire amène à la réalité tangible connue ; cependant la Volonté Divine y est présente. Ibn Gabirol concilie en fait les idées de ses maîtres arabes, Platon et sa foi propre. 11 est le premier au Moyen Age à se servir du genre des « admonitions de l’âme» dans lequel va s’illustrer son contemporain Bahyl Ibn Paquda.

Bahyā ibn Paquda

De Bahyâ », (Georges Vajda écrit qu’il s’agit plutôt de Bahyé (59) ben Joseph Ibn Paquda, né entre 1040-1050, mort entre 1110-1 120), nous savons seulement qu’il vécut durant la seconde moitié du Xlème siècle à Saragosse comme juge au tribunal rab- binique. Il bénéficie de l’ambiance de tolérance et du haut niveau intellectuel que les Banu Hud réussissent à instaurer dans cette ville.

Il est le philosophe moral du Judaïsme. Вагдуа Ibn Paquda a surtout composé des Piyyutim (poèmes liturgiques). Son œuvre majeure est écrite en arabe c’est le Kitab al-Hidïïya ilâ fara’id al-qulub, (Introduction aux Devoirs des Cœurs) (60). C’est le premier ouvrage traduit en hébreu par Juda Ibn Tibbon vers 1 160 ( Sefer Hovot ha-Levavoi). Joseph Kimhi (1 105-1 170) le traduit aussi à la même époque mais contrairement à la version d’Ibn Tibbon, qui fut publiée et traduite dans toutes les langues utilisées par les Juifs, celle de Kimhi est toujours manuscrite.

Dans cet ouvrage Ibn Paquda demande essentiellement au fidèle de s’attacher aux devoirs du cœur, ceux qui concernent la vie intérieure et sont souvent oubliés en faveur des devoirs corporels extérieurs. Ils sont aussi nécessaires.

Ibn Paquda s’inspire de modèles étrangers à la tradition du Judaïsme, comme la littérature mystique des Musulmans, afin de jalonner les étapes de l’itinéraire spirituel et il emprunte abondamment des termes techniques et du matériel anecdotique qui lui servent à formuler et à illustrer sa doctrine. Cependant, cette œuvre reste foncièrement juive puisqu’elle est un commentaire de la profession de foi d’Israël : Dieu est unique et il doit être aimé de tout notre cœur de toute notre âme et de tout notre pouvoir (61).

Ce livre se divise en dix chapitres menant progressivement le fidèle au service de Dieu, le véritable amour de l’Etre suprême.

Dans l’introduction, est affirmé que la connaissance, la Science, est le don le plus important que Dieu a offert aux hommes. Cette entrée en matière est divisée en trois parties : la physique, la mathématique et la théologie. Le cœur de cet ouvrage traite de la théologie qui se compose de la connaissance de Dieu et de sa Loi, et des êtres que seul l’intellect peut appréhender : l’âme, l’intellect, les êtres spirituels.

Selon la tradition néo-platonicienne l’âme humaine est exilée dans le corps terrestre et elle doit regagner sa partie céleste grâce à l’abandon des désirs et à la purification par la connaissance. Les trois portes que Dieu ouvre afin d’atteindre sa Connaissance sont : l’Intellect droit, la Torah révélée à Moïse et la tradition transmise par les Sages qui l’ont reçue des prophètes.

Cependant comme l’a déjà précisé Saadia la Loi est divisée en préceptes enseignés par la raison et en préceptes imposés par la révélation. Celle-ci comme chez Saadia, vient introduire et préciser les préceptes que la raison connaît d’elle-même. La réflexion d’Ibn Paquda consiste à analyser les qualités des deux sources de la soumission de l’homme à Dieu : celle de la raison naturelle et celle de la révélation.

Au long de ce parcours qui conduira l’âme vers son union avec la Lumière Divine, la raison aidera et complétera les préceptes révélés. Le succès de cette œuvre provient moins de sa doctrine explicite que des virtualités incluses dans sa doctrine spirituelle, notamment de l’adhésion à Dieu et de la systématisation des moments de la vie intérieure.

Ce livre deviendra par la suite l’une des sources les plus importantes de la mystique juive ultérieure en même temps que le livre de piété le plus populaire au sein de sa communauté religieuse.

Il faut joindre à ces grands de l’Age d’or Espagnol tout une pléiade de poètes dont Isaac Ibn Saùl (fin Xème-début Xlème siècle, à Lucène), Lévi Ibn Mar Saul (Xlème siècle) qui vécut à Cordoue et à Tortose, Joseph Ibn yasdai (début Xlème siècle, à Sara- gosse), Moïse Ibn al-Takana (début Xlème siècle, dans l’est de l’Espagne), Moïse Ibn Gikatilla (milieu Xlème siècle, à Cordoue et à Saragosse), Juda Ibn Balaam (milieu Xlème siècle, à Tolède et à Seville, Isaac Ibn Giyat (1038-1089, à Lucène et à Cordoue), Oheb ben Méir ha-Nassi (fin Xlème siècle), Lévi Ibn al-Taban (fin Xlème siècle, à Saragosse), Joseph Ibn Seset (Xlème siècle)… (62).

Ainsi bien que l’Espagne soit divisée entre plusieurs états arabes, berbères ou chrétiens les Juifs forment une seule communauté parlant l’arabe et l’hébreu.

Une civilisation séfarade va s’épanouir au Xlème siècle malgré les guerres, les bouleversements politiques et les massacres.

Ces grammairiens, lexicographes, poètes, philosophes et moralistes ont permis d’abord une renaissance scientifique de l’hébreu, puis une symbiose avec la civilisation ambiante qui les a enrichis et qu’ils ont enrichie, ensuite, en transmettant la pensée antique à l’Occident chrétien.

Ils ont contribué aussi de la sorte à modeler l’univers mental de la pensée scolastique, non sans l’avoir stimulée et comme l’a écrit Georges Vajda : « Nulle part, et jamais pendant l’antiquité et le Moyen Age, la vie du judaïsme diasporique ne fut plus imbriquée dans celle du milieu non juif qu’en Espagne » (63).

Richard AYOUN Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris. Centre des Etudes Juives. Paris IV – Sorbonně

NOTES

(1) 1002 correspond à la fin du règne d’al-Mansur lorsqu’il meurt. Quant à 1086, c’est lorsque Yusuf Ibn Tashfin d’Afrique du nord conduit les armées musulmanes à la victoire à Zallaka contre les Castillans commandés par Alphonse VI qui en 1085 s’était emparé de Tolède.

(2) Gérard Nahon, Le Judaïsme séfarade : Histoire et civilisation, cours n° 4, p.l .

(3) Celui qui est guidé par Dieu, titre attribué à travers les siècles à plusieurs personnalités de l’Islam. Pour cette révolte voir Eliyahu Asthor, The Jews of Moslem Spain, The Jewish Publication Society of America, Philadelphie, 1979, vol. II, p. 1-12 ; E. Lévi-Provençal, Histoire de l’Espagne musulmane, G P. Maisonneuve, Paris, 1950, T. II, le Califat Umaiyade de Cordoue (9 12-1031), p. 304-3 1 1 .

(4) Voir Béatrice Leroy, La Navarre au Moyen Age, Albin Michel, Pans, 1984, p. 29-32.

(5) Voir Eliyahu Asthor, op. cit., Philadelphie, 1984, vol. III, p. 202-213, 215-216.

(6) J. Schirmann, La Poésie hébraïque du Moyen Age dans Mélanges de Philosophie et de Littérature juives, Presses Universitaires de France, Paris, 1962, p. 175.

(7) Ce chef militaire musulman fut avec le soutien de Subh, mère basque du jeune calife Hishâm II, de 978 à sa mort, le- véritable maître du califat oméyade de Cordoue. Sa célébrité, il la doit aux expéditions victorieuses qu’il mena contre les États chrétiens de l’Espagne du Nord, notamment par sa victoire sur Ramire III.

(8) Voir Abraham Ibn Daud, Sefer ha-Qabbalah, The Book of Tradition, ed. et traduction anglaise Gerson D. Cohen, Philadelphie, 1967, p 68-70.

(9) Voir W. Bâcher, le commentaire de Samuel Ibn Hofni sur le Pentateuque, Revue des Études Juives, 1887, t. XV, p. 277-288.

(10) Voir J.L. Fishman, Rav Hai Ga’on, 1938, Passim.

(11) Salomon Ibn Verga, Shevet Yehudah, édité par A. Schochat, 1947, p. 22.

(12) Ce premier souverain almoravide mort, en 1106 est le fondateur de Marrakech, en 1062, il a conquis le Maroc et le Maghreb central jusqu’à Alger, il a combattu victorieusement les chrétiens à la suite de l’appel d’Al-Mu’tamid de Seville.

(13) Voir R. Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne, jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110), 1861, T. 4,p 27-34 et J. Schirman, Samuel ha-Naguid, the Man, the Soldier the Politician, Jewish social studies, 1951, vol. 13, p. 99-126.

(14) H. Graetz, les Juifs d’Espagne 945-1205, Michel Lévy frères, Paris, 1872, p. 127-128.

(15) En 1020, une tribu de Berbères, les Sinhadjah, fondent au sud de l’Espagne un royaume avec pour capitale Grenade où réside une riche colonie juive.

(16) Luis Suarez Fernandez, les Juifs espagnols au Moyen Age, Gallimard, Pans, 1 983, p. 59.

(17) Haim Beinart, les Juifs en Espagne dans Ehe Kedoune, Le Monde juif Fonds Mercator, Anvers, 328 p., p. 162.

(18) Voir J.M. Millas Valhcrosa, Literatura hebraico-espaftola, p. 51-57 et La poesia sagrada hebraico- espaňola, 2ème partie, Madrid, Imp escuela de la Casa, 1948, 371 p , Léon J. Weinberger, Jewish Prince in Moslem Spain : Selected Poems of Samuel Ibn Nagrêla, the University of Alabama Press, 1973, 167 p.

(19) Federico В Bargebuhr, El Palacio de la Alhambra en el siglo XI, State University of Iowa Studies in Spanish Language and Literature, vol. XV, compte rendu de G. Vajda dans la Revue des Études Juives, CXXVIII, 196? p. 100-103.

(20) Abraham Ibn Da’ild, op. cit., Philadelphie, 1967, p. 66, cité par G. Nahon, cours cit., p. 6.

(21) Voir A.M. Haberman, Jehoseph bar Shemuel ha-Nagid, sa vie et les vestiges de sa poésie (en hébreu) dans Tesoro de los Judios Sefardies, VI, 1961 , p. 44-58.

(22) Voir R. Dozy, Recherches sur l’histoire et la littérature pendant le Moyen Age, Leyde, E.J. Brill, 1 860, T. 1 , p. 292-305, LV-LXII.

(23) Eliyalu Asthor, op. cit , Philadelphie, 1979, vol II, p. 194-198.

(24) Ibid., p. 99-1 12

(25) Abraham Ibn Daud, op. cit., p. 63.

{26) Ibid., p. 78-81.

(27) Ehyahu Ashtor, op.cit , Philadelphie, 1984, vol. III, p. 286-287.

(28) Voir Pilar Léon Tello, Judios de Toledo, Instituto « B. Arias Montano », Madrid, 1979, T. 1, p. 25-27.

(29) Voir Gonzales Palencia, A. Los mozarabes de Toledo en los siglos X1I-X1II, 1-3, Madrid, 1 926- 1930, passim.

(30) Ehyahu Ashtor, op. cit., Philadelphie, 1979, vol. II, n. 199, p. 348-350.

(31) Encyclopaedia Judaïca, Keter Publishing House, Jérusalem, 1972, t. 8, p. 1181-1186.

(32) Voir Carmen Carié, Del Consejo medieval castellano-leones, Buenos Aires, 1968, L G de Valdea- vellano, Burgos y burgeses en la Espafla medieval, Discours d’investiture à l’académie d’Histoire, Madrid, 1960, p 60-67, et Cl. Sanchez Abornoz, Una ciudad de la Espana cristiana hace mil anos, Estampas de la vida leonesa, Madrid, 1973.

(33) Luis Suarez Fernandez, op. cit., Pans, 1983, p. 55.

(34) Ferdinand 1er agrandit son royaume du Leon et de la Navarre, il s’est illustré dans la lutte contre les Maures. Il est le véritable précurseur des grands rois de la monarchie castillane.

(35) Voir Yitzhak Baer, A history of the Jews in Christian Spam The Jewish publication society of America, Philadelphie, 1978, Vol 1, p. 50-51, 58, 77, 95, 387, 392.

(36) José Amador de Los Rios, Études historiques, politiques et littéraires sur les Juifs d’Espagne, Pans, 1861, p 195.

(37) Salomon Munk, Notice sur АЬп-1-Walid Mervan Ibn Janah et sur quelques autres grammairiens hébreux du Xème et du Xlème siècle, Journal Asiatique, juillet 1850, p. 5-50, p. 40.

(38) Voir Joseph et Hartwig Derenbourg, Opuscules d’Ibn Janah, Imprimerie nationale, Pans, 1880, p. VII. Pour J. ben David Hayyuj, voir G.E. Weil, Documentation de la Bible T. 2 Concordance de la Cantilation des premiers prophètes Josué, Juges, Samuel et Rois, Éditions du С N R S., Pans 1982, p. XIX-XX.

(39) Ibid., p. 35-73.

(40) Voir la traduction française de M. Mçtzger, Paris, 1889, 434 p. et J. Tedghi, Influence de la Grammaire arabe d/rns l’œuvre d’Ibn Ganâh (Transcription et Analyse du chapit. XIII) du Kitâb alluma’, Mémoire de Maîtrise, Université de la Sorbonně nouvelle, Pans III, novembre 1982, 1 57 p

(41) Salomon Munk a analysé succinctement ces quarante six chapitres dans le Journal Asiatique, art. cit., 1850, avril, p. 297-337, juillet, p. 5-50, septembre,p. 201-247, novembre-décembre, p 353- 427.

(42) Joseph et Hartwig Derenbourg, op. cit., Pans, 1880, p. 87.

(43) Cité d’après l’hébreu de Simha Asaf, Meqorot le toledot ha hinukh be Israel (Sources pour l’histoire de l’éducation en Israël, Tel-Aviv, 1930, t. II, n. 22, p. 23 dans G. Nahon, cours cit , p 15

(44) Voir A. Diez Macho, Moshe Ibn Ezra сото poeta y preceptista, Madrid, 1953.

(45) Voir J. Schirmann, op. cit., Paris, 1 962, p. 1 79.

(46) Cité par J. Schirmann, Ibid., p. 192

(47) Voir H. Brody et S. De Solis Cohen, éditeurs et traducteurs de Selected Poems of Moses Ibn Ezra, Philadelphie, 1934.

(48) S. Pines, Philosophy of Moses Ibn bzra, Tarbiz, 27, 1957-1958, p. 218-235

(49) Une cérémonie organisée, le 21 avril 1972 a inauguré cette statue commémorant le 950e anniversaire de la naissance de Salomon Ibn Gabirol, voir Raphaël Loewe, Impressions of Šelomoh Ibn Gabi- rol’s 950 th Anniversary Celebration in Malaga, dans The American Sephardi, VI, 1973, p 66-69.

(50) H. Schirmann, Ha-shira ha’ivnt bi Se farad ubiProvenz, (c’est une sélection de poèmes réunis), ‘Am hasar, 1, Jérusalem, 1954, p 192 ; cité par R. Ayoun, je suis le prince, Des écrivains et d’une culture séfarades, l’Arche, n. 320, novembre 1983, p. 82-85, p. 82.

(51) H. Graetz, op.cit., 1872, p. 148.

(52) Voir H. Schirmann, H. Brody, Šelomoh ‘ibn Gabirol sire ha-hol, Jérusalem 1975. Y. Yarden, Sire ha-hol le-Rabi Selomoh Ibn Gabirol, col. 1, Jérusalem, 1975, vol. 2, 1976. Yardon réunit 294 poèmes. Selected religious poems of Salomon Ibn Gabirol from a critical text, édité par Israel Davidson, The Jewish Publication Society of America, Philadelphie, 1923, réédité: 1952, 1974 Maria José Cano, Algunos efectos estlisticos usados par Ibn Gabirol en su poesia baquica, Miscelanea de Estudws arabes y hébraïcos, Umvesidad de Granada, Espagne, 1980, vol XXIX, p 31-45. J. Schirmann, Salomon Ibn Gabirol, Sa vie et son œuvre poétique, Revue des Études Juives, 1972, p 323-350.

(53) Poème où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, composent un nom (auteur, dé- dicataire) ou un mot-clef.

(54) Colette Sirat dans La Philosophie juive au Moyen Age, Editions du Centre National de la Recherche Scientifique, Paris, 1983, p 88-89, pense que l’exemplaire de Moïse Ibn Erza « qu’il avait sous les yeux était sans doute plus court que celui traduit » en latin

(55) Ibid , p. 1 04. Selon M. T. d’Alverny, dans Avendauth ? Homenaje a Millas Vallicrosa I, Barcelone 1954, p. 19-43, le nom de Juan Hispano est une erreur de lecture et le vrai traducteur serait Ibn David, un Juif connaissant l’Arabe, le chanoine aurait ensuite adapté la traduction en bon latin. C. Baeumker a publié la version latine, Avencebrolis Fons Vitae, Munster, 1892. Jacques Schlanger a traduit cet ouvrage en Français .Salomon Ibn Gabirol Livre de la Source de Vie (Fons vitae) Editions Aubier-Montaigne, 1970, 328 p.

(56) Voir Fernand Brunner, Platonisme et anstotéhsme – La critique d’Ibn Gabirol par Saint Thomas d’Aquin, Louvain, 1965.

(57) S. Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, Paris, 1857, p 1-232, rééditée en 1955 ; et Mélanges de Philosophie juive renfermant des extraits de la Source de Vie de Salomon Ibn-Gebirol (dit Avicebron), traduits en français sur la version hébraïque de Schem-Tob Ibn Falaquéra…, Paris, 1859, réédité en 1927, p 1-306.

(58) Manuscrit latin, n. 510 renfermant, fol. 33 recto- 79recto.

(59) Georges Vajda, La Philosophie juive en Espagne dans The Sephardi Heritage, Essays on the history and cultural contribution of the Jews of Spain and Portugal édité par R.D. Barnett, Ktav Publishing House, New York, 1971, p. 81-1 1 1, p. 81 .

(60) André Chouraqui a fait la traduction française : Les devoirs du cœur, Desclée de Brouwer, (collection « l’Ordinaire »), Pans, 1950, réédité en 1972, 1978, 668 p. plus CVII.

(61) Voir Georges Vajda, L2 théologie axétique de Bahya Ibn Paquda, dans Cahiers de la Société Asiatique, VII, Paris, 1947, et l’article dans Revue des Études juives, 102, 1973, p. 93-104.

(62) Voir The Jewish Poets of Spain, 900-1250, translated with an Introduction and Notes by David Goldstein, Londres, 1971 ; Ezra Fleischer, Hebrew Liturgical Poetry in the Middle Ages (en hébreu), Jérusalem, Kéter, 1975.

(63) G Vajda, compte rendu des ouvrages d’Eliyahu Ashtor, Histoire des Juifs dans l’Espagne musulmane (en hébreu) I : 711-1002, 313 p., II : 1002-1085, 429 p., Jérusalem, Kiryat Sepher, Revue des Études Juives, 1968, t. 127, p. 124.

http://www.persee.fr/

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site: http://www.terrepromise.fr

Copyright Terre Promise © Elishean/2009-2017/Terre Promise



Print Friendly, PDF & Email