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Suite de l’Histoire de la dispersion du peuple Juif …

Les Juifs de Galicie

La Galicie a une riche histoire multiculturelle, marquée au cours des siècles par, entre autres, les Juifs et les Arméniens.

Aucune autre province autrichienne n’était habitée par autant de peuples que la Galicie : Ruthènes (Ukrainiens), Polonais, Allemands, Arméniens, Juifs, Moldaves, Hongrois, Tziganes etc. Les Polonais, Ruthènes et Juifs représentaient la majorité de la population.

Cependant, les Polonais habitaient très majoritairement l’Ouest de la province, tandis que les Ruthènes se trouvaient à l’Est.

La Galicie
La Galicie

Au début du XXe siècle, la Galicie orientale comptait 65 % de Ruthènes (Ukrainiens), 20 % de Polonais et près de 15 % de Juifs. Ces Juifs de Galicie appartenaient en majorité aux Ashkénazes, immigrés d’Allemagne au Moyen Âge.

La plupart des Juifs en Galicie vivaient pauvrement, en travaillant principalement dans de petits ateliers et petites entreprises comme artisans.

Ainsi, près de 80 % des tailleurs de Galicie étaient Juifs.

Toutefois, l’importance accordée par les Juifs aux études leur permettait de renverser les barrières sociales : les Juifs occupant des professions intellectuelles étaient proportionnellement beaucoup plus nombreux que les Polonais ou les Ukrainiens de Galicie.

Parmi les 1 700 médecins de Galicie, 1 150 étaient juifs ; 41 % des travailleurs de la culture, du théâtre et du cinéma, 43 % des dentistes, 45 % des infirmières étaient Juifs ; et il y avait 2 200 avocats juifs contre 450 avocats ukrainiens.

Quatre lauréats du prix Nobel et d’autres, comme des médecins aussi connus que Sigmund Freud et Léo Kanner, étaient d’origine galicienne.

En raison des possibilités d’éducation et de promotion sociale offertes par la monarchie autrichienne à l’ensemble de ses minorités, la renommée de la Galicie s’est aussi fondée sur le fait qu’elle fut le terreau fertile de la constitution d’une intelligentsia nationale (autrichienne, polonaise, ruthéno-ukrainienne ou juive) de premier plan.

La Galicie fut le laboratoire de mouvements nationaux modernes, polonais, ukrainiens et juifs. Au regard des persécutions ultérieures, la période de l’Empire austro-hongrois fait figure d’ère de liberté.

À cette époque la seule université enseignant l’ukrainien et publiant des ouvrages dans cette langue était située à Lemberg (Lviv).

Quand la Galicie devient polonaise en 1920, les Juifs sont immédiatement victimes de discrimination.

Ainsi, ni les Juifs galiciens, ni les Ukrainiens n’ont été autorisés par le gouvernement polonais à travailler dans des entreprises d’État, des institutions, des compagnies de chemins de fer, aux PTT, etc. Ces mesures ont été appliquées strictement.

Les Juifs galiciens et les Ukrainiens subirent une discrimination ethnique, sous la forme d’une polonisation forcée (par exemple, en 1912, il y avait 2 420 écoles ukrainiennes en Galicie et en 1938 il n’en restait plus que 352).

Il faut également savoir que la Galicie a été depuis le milieu du XIXe siècle une terre d’émigration. Une proportion considérable des « Galiciens » se trouvent aujourd’hui hors de Galicie.

Près d’un million de Galiciens ukrainiens, dits « Ruthènes », ont émigré au début du siècle aux États-Unis, au Canada et en Europe occidentale, tout comme de nombreux Galiciens polonais. Des 800 000 Juifs galiciens d’avant la Première Guerre mondiale, 200 000 à 300 000 ont fui pogroms et guerres vers les capitales occidentales et les États-Unis entre 1880 et 1914.

En novembre 1918, les Juifs ont été victimes de violences et des vols perpétrés par des Polonais ; entre 50 et 150 Juifs ont été tués et des centaines ont été blessés ; 3 synagogues ont été brûlées.

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En 1931, Lviv comprend 30 % de Juifs parmi ses 300 000 habitants.

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En 1940, le nombre de Juifs passe d’environ 140 000 à 240 000, des dizaines de milliers de Juifs fuyant les parties de la Pologne occupées par les Nazis vers ce relatif (et temporaire) sanctuaire occupé par les soviétiques.

La plupart de ces Juifs galiciens ont été massacrés durant la Shoah. Les quelques survivants ont émigré en Israël ou aux États-Unis.

Les mouvements nationalistes ukrainiens

Les nationalistes ukrainiens acceptent très mal le transfert de la Galicie à la Pologne en 1919.

Un groupe d’anciens officiers créa à Lviv dès 1920 l‘Organisation Militaire Ukrainienne (UVO), mouvement révolutionnaire clandestin militaire, ayant mené de multiples opérations de sabotage en Pologne. Durant les années 1920, l’UVO livra une lutte acharnée contre les Polonais, et des violences eurent lieu de part et d’autre.

l’Organisation Militaire Ukrainienne : UVO
l’Organisation Militaire Ukrainienne : UVO
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Assassinat du poète ukrainien Sydir Tverdohlib

L’Organisation Militaire Ukrainienne, militant pour l’indépendance, organisa un certain nombre d’assassinats à l’encontre de politiciens polonais et de personnalités ukrainiennes (tentatives contre le représentant de la ville de Lviv, contre le président de Pologne et son vice-président, assassinat du ministre de l’Intérieur polonais ou du poète ukrainien Sydir Tverdohlib (considéré comme collaborant avec les Polonais).

À partir de 1923, les services secrets allemands (Abwehr) financèrent et équipèrent l’UVO en échange d’activités d’espionnage contre la Pologne.

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les Sections d’Assaut nazies – Ernst Röhm
les Sections d’Assaut nazies – Ernst Röhm

Dès 1930, l’UVO prend contact avec les Sections d’Assaut nazies d’Ernst Röhm.

En 1933, les SA autorisent des détachements de l’UVO à recevoir une formation militaire.

En 1938 sont créés, par l’Abwehr, des centres d’entraînement, en vue de la création d’une cinquième colonne pour des actions futures sur les territoires de la Pologne et de l’URSS.

En 1939, sont formés près d’un millier de nouveaux volontaires ukrainiens. L’Abwehr arme également illégalement des groupes ukrainiens en URSS. Mais la coopération resta limitée, en raison des préjugés raciaux d’Hitler contre les Ukrainiens. En effet, si ces nationalistes se voyaient comme des Européens à la différence des « russes semi-asiatiques », ils n’étaient pour les nazis que des slaves, une « race inférieure ».

Par ailleurs, en 1929 à Vienne est créée l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), qui regroupe l’UVO et d’autres associations étudiantes nationalistes, qui est dirigée par Yevhen Konovalets. Son emblème issu de ces armoiries de l’Ukraine laisse peu de doute sur ses méthodes…

En 1929 à Vienne est créée l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) dirigée par Yevhen Konovalets
En 1929 à Vienne est créée l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) dirigée par Yevhen Konovalets
Les armoiries de l’ukraine
Les armoiries de l’ukraine
Emblème de l’OUN issu des armoiries de l’Ukraine et qui laisse peu de doute sur ses méthodes
Emblème de l’OUN issu des armoiries de l’Ukraine et qui laisse peu de doute sur ses méthodes

Au début des années 1930, l’UVO et l’OUN commirent des centaines d’actes de sabotage, avec de très nombreux attentats à la bombe, détruisant de multiples voies de chemin de fer, bâtiments de police et réseaux de télégraphe et de téléphone, et elles procédèrent à des braquages réguliers.

Les assassinats continuèrent : une centaine au total entre 1921 et 1939.

Plus la répression polonaise augmenta, plus des jeunes rejoignirent l’OUN, qui comptait environ 20 000 membres au début de la guerre.

Yevhen Konovalets, qui œuvra pour la reconnaissance internationale des aspirations des Ukrainiens, est finalement assassiné par le NKVD soviétique en 1938.

Or, il y eu toujours des tensions dans l’OUN entre les jeunes radicaux galiciens et les plus vieux vétérans militaires en exil, tensions que l’habileté politique de Konovalets arriva à gérer.

Les plus anciens avaient grandi dans une société stable et avaient servi dans l’armée régulière ; ils se considéraient comme une élite, disposant de grades militaires, adhéraient à un code de l’honneur et une discipline militaire, et étaient plus modérés politiquement ; ils admiraient certains aspects du fascisme italien de Mussolini, mais ils condamnaient fortement les méthodes nazies.

En revanche, les plus jeunes n’avaient connu que la répression polonaise et la lutte clandestine ; ils étaient plus impulsifs, violents et impitoyables ; ils admiraient le fascisme et les méthodes des Nazis, estimant que la fin justifie tous les moyens.

Konovalets est alors remplacé par Andriy Melnyk, 48 ans, ancien colonel de l’UVO. Calme et posé, sa nomination est vue comme une tentative de rapprocher l’OUN de l’Église et de modérer ses actions. Cela déplut fortement aux jeunes de Galicie, qui formaient la majorité du mouvement. L’OUN se scinde alors en 1940, entre la modérée OUN-M (Melnyk) et la radicale OUN-B, en référence à son nouveau Leader Stepan Bandera.

Stephan Bandera
Stephan Bandera
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la radicale OUN-B, B en référence à son nouveau Leader Stepan Bandera

Celui-ci est un nationaliste galicien, d’abord condamné avec 11 personnes à mort en 1934 pour le meurtre du ministre de l’Intérieur polonais puis emprisonné à vie. Libéré en 1939 lors de l’invasion nazie. Il participe à l’organisation de deux bataillons ukrainiens au sein de l’armée nazie en vue de l’opération Barbarossa : le bataillon Nachtigall (« Rossignol », 400 soldats) et le bataillon Roland (300 soldats), qui formèrent la Légion ukrainienne de la Wehrmacht.

le bataillon Nachtigall qui forma la Légion ukrainienne de la Wehrmacht
le bataillon Nachtigall qui forma la Légion ukrainienne de la Wehrmacht
le bataillon Nachtigall qui forma la Légion ukrainienne de la Wehrmacht
le bataillon Nachtigall qui forma la Légion ukrainienne de la Wehrmacht

Au printemps 1941, l’OUN-B, soutenue par l’Abwehr, a reçu 2,5 millions de marks pour des activités subversives en URSS – soit autant que l’OUN-M, soutenue, elle, par le RSHA allemand.

À suivre dans le prochain billet

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