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Depuis la découverte de la Geniza, le fond documentaire de la période intitulée période classique de la Geniza, à savoir du dixième au treizième siècle, a fait l’objet d’une attention accrue des différents chercheurs. Ce fond a servi de pierre angulaire à la recherche sur les communautés juives en orient d’une façon générale et sur les Juifs d’Égypte en particulier.

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Le fond documentaire plus tardif de la fin du Moyen Âge, trouvé dans les trésors de la Geniza n’a pratiquement pas été exploré.

Jusqu’à présent l’avis était, quoique peu répandu, que ces documents couvraient la période du quinzième au dix-septième siècle. Même si sa portée est plus réduite que la masse documentaire trouvée pour les périodes plus anciennes, néanmoins il n’est pas moins important pour la connaissance des différents aspects de la société juive en Égypte et ses environs.

La plus grande partie du fond documentaire de cette période est écrite en hébreu, le reste étant en arabe ou en ladino (principalement à partir du seizième siècle).

Le large usage de la langue hébraïque et du ladino est la conséquence des transformations sociales considérables qui se sont opérées en Égypte et au Proche-Orient en général, avec l’arrivée en Égypte de nombreux Megorashim de la péninsule Ibérique expulsés d’Espagne et du Portugal durant la dernière décennie du quinzième siècle.

Une vue spécifique et plus générale de la vie sociale et culturelle des Juifs d’Égypte se dégage des diverses sources hébraïques du quinzième et seizième siècle, imprimées et manuscrites, principalement des descriptions de pélerinages et de la littérature historiographique, ainsi que de quelques sources musulmanes.

Les documents de la Geniza tardive complètent d’une manière non négligeable l’image des Juifs d’Égypte.

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Ils donnent un aperçu du monde interne économique et social de ces communautés ainsi que de leurs liens avec les communautés juives hors d’Égypte, principalement avec les Juifs et les communautés d’Eretz-Israël (particulièrement Jérusalem, Safed et Hébron).

La recherche sur les activités commerciales des Juifs d’Égypte au seizième siècle n’en est qu’à son début. Il s’avère que la part prise par ces derniers dans le commerce était plus grande que leur part prise dans les autres branches de l’économie.

En ce qui les concerne, le commerce était l’activité la plus sûre, car il n’était pas soumis à la surveillance des autorités, de même que le reste des activités économiques était fortement dépendant d’eux, quoique le profit fût plus grand.

Nombreux furent les Juifs qui commencèrent à s’engager dans cette branche, à partir du milieu du quinzième siècle, à la suite des crises économiques qui frappèrent l’Égypte.

En fait, les connaissances partielles qui ressortent des sources arabes, turques et européennes, ainsi que des sources juives, principalement halakhiques, rassemblées il y a quelques années sur la participation des Juifs d’Égypte au commerce à la fin du Moyen Âge ne peuvent tracer une image claire de l’importance de l’engagement de ceux-ci dans la vie commerciale de ce pays au seizième siècle.

En comparaison, l’abondance extraordinaire, proportionnellement, des documents de la Geniza couvrant une période s’étendant sur de nombreux siècles, liés aux problématiques du commerce méditerranéen dans ses différents aspects, nous permettent d’avoir une idée précise de la part des Juifs d’Égypte dans ce domaine économique important, parfois dans les moindres détails.

On peut émettre l’hypothèse que ces Juifs engagés dans les branches du commerce se sont installés dans les villes côtières où était concentré le commerce international, étant donné que l’Égypte était un pays de transit pour les marchandises de l’Orient vers l’Occident et vice-versa.

L’activité économique des Juifs d’Égypte dans le cadre des liens commerciaux entre l’Égypte et Venise au seizième siècle s’éclaircit progressivement en effet grâce à la découverte de centaines de documents de la Geniza, dont une partie n’a vu le jour que dernièrement.

Ces documents font apparaître que des Juifs d’origine orientale ou italienne se sont occupés de commerce mais que ce sont principalement les Juifs originaires d’Espagne, arrivés en Égypte au cours des années qui suivirent l’expulsion d’Espagne en 1492, qui ont maintenu des relations commerciales, de manière directe ou par l’intermédiaire de représentants juifs et non-juifs, avec les centres de commerce d’Italie ainsi qu’avec des négociants génois, florentins, siciliens, livournais, français et autres venus en Égypte.

Cependant, la plus grande part du commerce maritime méditerranéen en Égypte était pratiquée avec les marchands vénitiens qui dans une large mesure étaient représentés par des consuls commerciaux implantés à Alexandrie et certainement dans d’autres villes marchandes.

Une source importante de revenus pour une couche non négligeable de la société juive, en grande partie une population d’émigrants, était le prêt à intérêt et le change, des activités qui nécessitaient entre autres la maîtrise de langues européennes, surtout lors des contacts étroits avec les marchands européens.

Dans nos sources les changeurs juifs sont qualifiés d’un nom arabe : tsirfi, sirfi ou serraf.
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Changeur juif en Tunisie.

Il semble qu’un autre domaine important de l’activité financière des Juifs d’Égypte se rapportait à l’institution des impôts nommé Iltizam ou Muqata’a, ainsi que cela s’exprime de façon significative aussi bien dans la littérature rabbinique que dans les documents de la Geniza.

Le Iltizam était une sorte d’institution chargée de la perception des impôts royaux pour le gouvernement comme les impôts, la taxe foncière et la gestion de l’hôtel de la monnaie.

Une des activités principales de l’hôtel des impôts en Égypte était la gestion de l’hôtel de la monnaie. Les autorités égyptiennes avaient l’habitude de louer l’hôtel de la monnaie, c’est-à-dire le lieu où l’on frappait la monnaie, à des hommes d’affaires. Ceux-ci étaient, pour la plupart, des banquiers qui pouvaient payer à la caisse du gouvernement des sommes d’argent fixées à l’avance.

L’hôtel de la monnaie est mentionné dans des sources musulmanes ainsi que dans quelques documents de la Geniza.

Les autorités considéraient apparemment l’hôtel de la monnaie en Égypte comme un instrument à « faire de l’argent » ; le directeur de cet établissement était obligé de fournir des quantités déterminées de pièces, en échange de la possibilité de faire ce que bon lui semblait de la matière brute restante ou des déchets des pièces.

Parmi les Juifs éminents d’Égypte s’occupant de la perception des impôts à Alexandrie se trouvait Abraham Castro qui assumait la direction de la fonderie royale au Caire en plus de ses fonctions de dirigeant communautaire en Égypte et à Jérusalem.

Nous nous sommes concentrés, au cours du séminaire, sur la lecture et l’analyse de matériaux documentaires en hébreu de la Geniza du Caire concernant l’activité économique des Juifs d’Égypte au seizième siècle. Lors des séances, un temps spécifique a été consacré à l’explication de la langue écrite de chaque document en plus de l’explication de la terminologie hébraïque caractéristique de la période.
Abraham David, « Les documents de La Geniza du Caire », Annuaire de l’École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 139 | 2008, 26-28.

Auteur
M. Abraham David
Professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem (Israël), Directeur d’études invité, École pratique des hautes études — Section des sciences historiques et philologiques.

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