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Un petit aperçu de la présence juive au sein de deux archipels: Cabo Verde, le Cap-Vert, au large du Sénégal, et São Tome e Principe, Saint Thomas et l’Ile du Prince, au large du Gabon.

Toutes deux annexées à l’empire colonial portugais au XVème siècle (respectivement en 1456 et 1470), ces îles sont devenues une étape-clé dans le commerce triangulaire des esclaves et ont tiré profit de cette main d’oeuvre abondante pour établir de grandes plantations de coton au Cap-Vert et de canne à sucre puis de cacao à São Tome e Principe.

La République du Cap-Vert, un archipel de dix îles, est située dans l’océan Atlantique à environ 483 km des côtes du Sénégal, en Afrique de l’Ouest.

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La première implantation de Juifs dans les îles du Cap-Vert date du XVème siècle, cet archipel désertique ne figurant sur les cartes que depuis sa découverte par le navigateur Portugais Diégo Alfonso, en 1460.

En 1492, les Juifs espagnols sont confrontés à un cruel dilemme, l’Inquisition leur offre le choix entre l’expulsion et la conversion.

La plupart furent contraints à l’exil, mais des milliers se convertirent au christianisme tout en en suivant en secret les préceptes du judaïsme, ils furent dénommés « Nouveaux Chrétiens » ou marranes (d’un vieux terme espagnol signifiant cochon se référant à l’interdit religieux de manger du porc).

L’antisémitisme ambiant ne faiblissant pas, ces Nouveaux Chrétiens espagnols s’enfuirent vers le Portugal rejoignant les juifs déjà présents dans ce pays.

La population juive du Royaume devint très importante, plus de 100.000 pour un Etat qui ne comptait qu’un million d’habitants.

La jalousie des autochtones envers ces nouveaux venus poussèrent les rois portugais, Jean II et surtout Manuel Ier à chasser les Juifs. Ceux-ci fuirent vers la France (Bordeaux, Bayonne), l’Empire Ottoman où les villes du nord ouest de l’Europe (Anvers, Amsterdam, Londres)

Des milliers d’entre eux furent exilés vers les iles de Sao Tomé, Principe ou du Cap Vert, que les rois portugais voulaient peupler.

Les juifs de Sao Tome et Principe

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Un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de la Communauté juive africaine est arrivé dans deux petites îles de la côte ouest de l’Afrique appelée Sao Tome et Principe.

Les îles n’étaient pas encore sous influence portugaise en 1496 quand le Portugal expulsa ses Juifs conformément à l’Inquisition espagnole.

Quand les espagnols expulsèrent les Juifs qui ne se convertirent pas au catholicisme trois ans plus tôt, beaucoup d’entre eux s’enfuirent au Portugal. Le Roi Manuel du Portugal imposa lourdement les Juifs pour financer ses colonies nationales.

Le roi voulut coloniser les petites îles de Sao Tome et Principe, mais ne voulut pas risquer trop de portugais pour le faire. Pour punir les Juifs qui ne payeraient pas l’impôt, le Roi Manuel expulsa presque 2,000 enfants de deux à dix ans dans ces îles. Seulement 600 étaient encore en vie un an plus tard.

En 1493, pour la coloniser, les Portugais importèrent des esclaves noirs du continent africain.

Quelques années plus tard, arriveront les Juifs, qui ne furent attirés ni par l’or ni par aucun commerce et qui ne sont pas venus chercher refuge sur l’équateur pour tenter d’échapper à des persécuteurs. Ils ont été déportés dans cette île du golfe de Guinée pour servir les objectifs d’une épuration imposée par l’Inquisition et pour coloniser les nouvelles acquisitions d’un Portugal conquérant et qui avait besoin d’une main-d’œuvre à bon marché.

Le roi Jean II qui, après le décret d’expulsion de 1492, avait accueilli au Portugal plus de vingt mille familles juives réfugiées d’Espagne, allait changer d’avis pour pouvoir épouser la fille des souverains espagnols. Il ordonna la déportation des Juifs en Afrique équatoriale.

Valentim Fernandès a raconté les drames vécus par ces malheureux, les enfants des Marranes séparés de leurs parents pour être plus facilement éduqués dans la religion chrétienne, les souffrances endurées au cours du voyage, les mauvais traitements infligés par leurs persécuteurs, la chaleur équatoriale et le désespoir des parents, dont beaucoup préférèrent mourir en se jetant à l’eau :

« Le roi envoya [à São Tomé] 2 000 enfants de moins de 8 ans qu’il prit des mains des Juifs castillans et les fit baptiser. Beaucoup d’entre eux y sont morts, en ce moment, ont survécu – hommes et femmes – près de 600. Et le capitaine [Alvaro de Camjnha, gouverneur de l’île] les maria, mais bien peu de ces femmes étaient fécondes avec des hommes blancs ; au contraire il y avait plus de fécondité entre les femmes blanches et les Noirs et entre les femmes noires et les hommes blancs »

1 400 enfants moururent avant d’arriver à São Tomé, ce qui n’attendrit nullement leurs bourreaux ; un peu plus tard, ils déporteront les adultes, les forçant à cultiver la terre. « Ce fut l’origine de la prospérité de l’île enrichie par la culture de la canne à sucre et des arbres fruitiers, au point qu’un demi-siècle après sa découverte, de nombreux marchands portugais, espagnols, génois et français y étaient établis et qu’à Povoasan, il y avait un évêque]»

Mais, s’il y eut miracle, il est dans ce passage de Fr. Coelho (1669) : « On leur attribue l’introduction du cacao (en provenance du Brésil) à l’île du Prince et à Sâo Tome […] et […] sans grande preuve certains interdits alimentaires locaux, l’emploi de l’étoile à six branches comme signe à valeur magique du Nigeria, des traits de numérologie kabbalistique, quelques détails de rituels [39][39] Alexandre P., Les Africains, Ed. Lidis, Paris, 1982,…… »

Aujourd’hui São Tomé compte 54 000 habitants, parmi lesquels 1400 Européens et beaucoup de métis de Juifs et Africains, dont quelques-uns portent des patronymes hébreux… Par ailleurs, les noms de deux anciens Juifs portugais – Abraham Cohen, Abrao Gabbai – figurent sur les dalles à l’intérieur de l’église et dans le cimetière de São Tomé

Certains des enfants juifs survivants conservèrent un certain semblant de la religion de leurs parents.

Au début des années 1600, l’évêque local indiquait avec dégoût qu’il y avait toujours des observances juives dans l’île et retourna au Portugal du fait de sa frustration.

Les observances religieuses juives baissèrent au 18ème siècle, mais aux 19ème et 20ème siècles quelques commerçants juifs arrivèrent dans les îles et fondèrent une nouvelle, petite communauté.

Aujourd’hui il n’y a aucun Juif de connu dans les Îles, mais les descendants des enfants, qui se distinguent par la peau qui est légèrement plus claire que celle de leurs concitoyens, témoignent de leurs ancêtres.

Quand les juifs marocains rejoignent leurs frères …

Quelques nouveaux Chrétiens ou Juifs qui s’étaient convertis au Christianisme entre 1391 et 1496 se trouvaient sans doute au Cap-Vert avec les Portugais dès le 16e siècle. Comme ils avaient caché leur identité juive de peur de l’Inquisition, aucun vestige de ces « conversos » ne demeure.

Vers le milieu des années 1800, les Juifs marocains ont émigré ouvertement au Cap-Vert, souvent via Gibraltar, à la recherche des débouchés économiques. Attirés par le commerce florissant des peaux et fourrures.

Alors que les Juifs avaient vécu plus ou moins paisiblement au Maroc depuis plus de 2 000 ans, la détérioration des conditions économiques au milieu des années 1800 a incité certains à partir pour le Cap-Vert qui était un important centre commercial transatlantique à cette époque.

Certains, comme Abraham Benoliel, juif de Rabat dont les ancêtres avaient été chassés de Tolède en 1492, eurent le monopole du commerce de l’archipel du Cap-Vert.

Sur l’île de Santo Antão, il y avait les villages de Sinagoga où les Juifs du Cap-Vert se réunissaient pour prier, et Ponta do Sol où l’on peut encore voir les cimetières juifs et les noms Cohen, Levy, Benoliel, Benros… gravés sur les pierres tombales. D’autres tombes isolées ou cimetières juifs ont été signalés ici ou là à Boa Vista, près de Rochinha.

Un citoyen français, M. Bonafoux, qui a passé cinquante ans dans les îles du Cap-Vert, se rappelle parfaitement ces Juifs de Boa Vista et qui n’ont quitté l’archipel qu’après la création de l’État d’Israël, en 1948, laissant derrière eux tous ceux qui, mêlés à la population autochtone et métissés, vivent toujours dans ces îles avec un des patronymes judéo-marocains :

Anahovy à Boa Vista & Brava, Brigham et Cohen à San Antao, à Praïa & San Vicente, BenolieL (parfois écrit Ben Oliel ou Benholiel), Benros (variante lutanisée : Barros), à Boa Vista & Paul, Levy, Mendes et Pinto à Praïa, Schofield à San Vicente, Whanon [variante de Ohanon] à San Antao & San Vicente, Auday, Seruya, Trigano… Il est à remarquer qu’en 1995, le Premier ministre du Cap-Vert, M. Carlos Alberto Wahnon de Carvalho Veiga, est issu d’ancêtres juifs venus de Gibraltar vers 1850 : Isaac & Rachel Wahnon.

Le Projet du patrimoine juif du Cap-Vert, Inc. se concentre sur la deuxième vague plus vérifiable de l’immigration juive vers le Cap-Vert.

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Ces Juifs séfarades se sont librement installés au Cap-Vert après que le Portugal a aboli l’Inquisition en 1821 et qu’il a signé un traité de commerce et de navigation en 1842 avec la Grande-Bretagne.

Comme de nombreux Juifs marocains faisaient du commerce à Gibraltar, territoire britannique avoisinant, certains y avaient obtenu la nationalité et ont voyagé à Cap-Vert avec un passeport britannique.

Les inscriptions en hébreu et en portugais sur les pierres tombales dans les petits cimetières juifs à travers les îles indiquent que la majorité venait des villes marocaines de Tanger, Tetuan, Rabat et Mogador (aujourd’hui Essaouira), portant des noms sépharades distinctifs tels que Anahory, Auday, Benoliel, Benrós, Benathar, Benchimol, Brigham, Cohen, Levy, Maman, Pinto, Seruya et Wahnon.

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Ces familles se sont principalement installées dans les îles de Santo Antao, Sao Vicente, Boa Vista et Sao Tiago et se sont lancées dans le commerce international, le transport, l’administration et d’autres activités commerciales.

Les Juifs vivaient, travaillaient, et prospéraient au Cap-Vert.

Pourtant, comme ils étaient peu nombreux par rapport à la population catholique majoritaire, le mariage mixte était très répandu.

Suite à cette assimilation, il n’y a pratiquement aucun Juif pratiquant au Cap-Vert de nos jours.

Pourtant, les descendants de ces familles, que ce soit au Cap-Vert, aux États-Unis, au Portugal ou au Canada, sont très fiers de leur ascendance juive.

Ils souhaitent honorer la mémoire de leurs aïeux en préservant les cimetières et en documentant leur héritage. Le premier Premier Ministre démocratiquement élu du Cap-Vert, S.E.M. Carlos Alberto Wahnon de Carvalho Veiga, est d’origine juive.

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Au Cap-Vert, retrouvailles juives dans un cimetière catholique

Beaucoup de descendants des familles juives se sont livrés activement à collaborer aux divers volets de la mission du CVJHP, tels que fournir des témoignages oraux et offrir du soutien technique et financier.

Source :

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