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Géographie d’une renaissance par Yehoshua Ben-Arieh –Traduit de l’hébreu par Francine Lévy

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Jérusalem 1844

Lire la 1ère partie 

La croissance de la communauté juive à Jérusalem entre 1840 et 1880.

Dans les chapitres précédents, nous avons examiné l’accroissement et le développement du yishouv juif de Jérusalem au cours des quarante premières années du dix-neuvième siècle. Dans ce chapitre-ci, nous nous proposons d’examiner son évolution accroissement dans les trente années suivantes, soit de 1840 à 1870.

Nous avons vu qu’au début du dix-neuvième siècle, il n’y avait pas plus de 7.000 à 7.500 Juifs résidant dans l’ensemble d’Eretz-Israël et que, vers 1840, la population juive du pays atteint 9.000 à 10.000 personnes.

Le changement majeur de cette période est le déplacement du centre de la vie juive de Safed vers Jérusalem.

Le terrible tremblement de terre de 1837 a décimé la population de Safed, où il n’y a plus désormais que 2.000 Juifs. En revanche, en 1840, la population juive de Jérusalem atteint les 5.000 âmes.

Pendant la décennie suivante, la population juive du pays continue de s’accroître à un rythme de plus en plus accéléré, mais l’accroissement le plus significatif reste celui de la population juive de Jérusalem.

Le Dr. Titus Tobler, le célèbre savant,qui a séjourné à Jérusalem dans les années 1840, et a écrit plusieurs livres à son sujet, raconte qu’à cette époque, des centaines de Juifs arrivent chaque année en Eretz-Israël et s’installent de préférence à Jérusalem.

Titus Tobler

En 1850, la ville compte déjà près de 6.000 Juifs. Le rythme d’accroissement augmente dans les années suivantes, et atteint le chiffre de 200 personnes par an. En dix ans, la population s’accroît donc de 2.000 personnes, et c’est ainsi qu’en 1860, la communauté juive de Jérusalem compte 8.000 âmes. En 1870, elle atteint le chiffre de 11.000.

La surpopulation et les mauvaises conditions de vie dans le Quartier juif vont donner la première impulsion à une extension extra muros.

Le «Palestine Exploration Fund Survey» britannique a mené une enquête, d’où il ressort qu’à partir de 1870, 1.000 à 1.500 Juifs arrivent chaque année en Eretz-Israël et s’installent pour la plupart à Jérusalem.

En d’autres termes, on assiste à un mouvement d’immigration vers Jérusalem, une aliyah, antérieure à la «Première Aliyah», avant même la fondation de Rishon-le-Tsion et de Zichron-Ya’akov.

La communauté juive de Jérusalem subit un accroissement considérable entre 1840 et 1880 et, en 1870, les Juifs représentent 50% de la population, qui compte par ailleurs 6.000 musulmans et 5.000 chrétiens.

Ce qui veut dire que depuis plus d’un siècle, la population de la ville de Jérusalem est majoritairement juive.

Dans son ouvrage Eretz-Israël et son peuplement sous l’administration ottomane, le regretté président Yitshak Ben Zvi affirme que depuis l’époque de la Guerre de Crimée, au début des années 1860, la population juive était déjà majoritaire à Jérusalem.

Changements dans l’Administration Civile

Quelles sont les raisons de ce rapide accroissement de la population juive de Jérusalem? Qu’est-ce qui a provoqué l’immigration juive vers Eretz-Israël dans les années 1840 à 1860, avant la «Première Aliyah»?

Trois séries de raisons peuvent expliquer ce phénomène.

La première série de raisons tient aux réformes et aux transformations survenues dans l’Administration ottomane. À vrai dire, il y avait déjà eu un début de libéralisation pendant la période égyptienne. Mohammed Ali avait été élevé dans des écoles françaises et, curieusement, malgré le départ précipité des armées de Napoléon, l’influence française était restée très forte en Egypte. Mohammed Ali était d’ailleurs un dirigeant relativement libéral pour l’époque: fortement influencé par l’Europe, il avait accordé des droits particuliers aux chrétiens et aux Juifs.

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Officier ottoman d’origine albanaise, il est né à Kavala dans l’actuelle Grèce (alors Empire ottoman) de parents albanais. La langue qu’il parlait le mieux était l’albanais, et dans une moindre mesure le turc.

Mohammed Ali a conquis la Syrie et Eretz-Israël. Fort probablement soutenu par la France, il projetait vraisemblablement d’arriver en Turquie, de déposer le Sultan et peut-être de se déclarer Sultan lui-même.

La Grande-Bretagne, qui ne pouvait pas permettre à un allié de la France de remporter une pareille victoire, a encouragé la Prusse, l’Autriche et la Russie à menacer d’intervenir. Mohammed Ali s’est donc arrêté aux portes d’Istanbul et a accepté de se retirer, en contrepartie d’un traité lui accordant le pouvoir sur la Syrie et sur Eretz-Israël.

Neuf ans plus tard, avec l’aide des puissances européennes, les Turcs attaquent Mohammed Ali à leur tour. Soutenue par des navires prussiens, autrichiens et turcs, la flotte britannique bombarde Acco en 1840. Un obus tombe sur le dépôt de munitions de la ville, déclenchant une forte explosion qui, à son tour, provoque un énorme incendie, entraînant la chute des murs de la ville dans la mer.

À la suite de ce bombardement, l’armée égyptienne se retire tout d’abord d’Acco, puis de l’ensemble d’Eretz-Israël. Les Turcs peuvent ainsi reconquérir le pays et y rétablir leur domination. Nous pouvons donc dire que cette reconquête du pays par les Turcs s’est fait avec l’aide des baïonnettes britanniques et l’assistance des puissances européennes.

Ce fait a indirectement contribué à inciter les Turcs à entreprendre des réformes, instaurer une certaine libéralisation et accorder quelques droits aux minorités chrétiennes et juives.

Cette libéralisation se manifeste, par exemple, par l’octroi d’un «firman» [«autorisation»] officiel au chef de la communauté sépharade, le Rabbin-en-Chef sépharade, le Rishon-le-Tsion, ce qui l’autorisera à se présenter comme le dirigeant de l’ensemble de la communauté juive de la ville.

Mais ce statut n’a pas été accordé qu’au seul chef de la communauté juive. En 1841, les Turcs autorisent également l’institution d’un évêché protestant à Jérusalem. Les protestants anglais et allemands établissent donc un évêché commun, mais ne parvenant pas à se mettre d’accord sur le choix du premier évêque – un Anglais ou un Allemand – ils optent pour un compromis. Leur premier évêque sera un Juif converti, l’évêque Alexandre, qui arrive à Jérusalem en 1841.

L’établissement de cet évêché protestant à Jérusalem a eu d’importantes conséquences et a grandement contribué à de nombreux développements ultérieurs dans la ville.

Depuis des siècles, en effet, le Patriarche grec de Jérusalem résidait à Istanbul-Constantinople. A la suite des réformes des années 1840, le Patriarche grec revient à Jérusalem, où son statut de chef de la communauté grecque est désormais reconnu.

Depuis l’époque des Croisades, il n’y avait pas eu de Patriarche catholique résidant à Jérusalem. Les intérêts des catholiques étaient représentés par les Franciscains, Gardiens de la Terre Sainte (Custodia de Terra Sancta), un ordre fondé au treizième siècle et dont les principaux objectifs étaient de maintenir en Terre Sainte – et sur les lieux saints – les droits du christianisme catholique romain. Or, dans les années 1840, le Patriarche latin revient à Jérusalem et y rétablit le Patriarcat romain.

Mais le plus important de tous les développements de cette période est incontestablement le renouvellement de la loi des capitulations.

Sur le plan théorique, cette loi existait depuis des centaines d’années, mais n’avait jamais été appliquée. Selon cette loi, des individus venant vivre en Eretz-Israël, et donc à Jérusalem, pouvaient conserver leur nationalité d’origine et, par conséquent, n’étaient pas soumis à la législation turque, mais à celle de leur pays d’origine.

C’est ce décret fondamental qui a favorisé le développement des consulats à Jérusalem.

Nous avons déjà dit que le premier en date, le consulat anglais, avait ouvert ses portes en 1838, à l’époque de la domination égyptienne.

Avec le retour de la domination turque, plusieurs autres consulats s’ouvrent également: les consulats allemand (prussien, plus exactement), français, américain, russe et d’autres encore.

On avait coutume de dire à l’époque qu’il n’existait aucune autre ville au monde où siégeaient autant de consuls. Une dizaine de consulats s’étaient en effet ouverts durant cette décennie.

Le statut du consul était très important. Il représentait son pays, et les ressortissants de ce pays étaient en grande partie soumis à sa juridiction. Les consuls avaient donc intérêt à ce que le nombre des ressortissants de leur pays augmente le plus possible, dans la mesure où cela leur permettait d’acquérir davantage d’influence et de pouvoir.

Cet état de choses a créé une situation d’Etat dans l’Etat. Tous les immigrants, y compris les Juifs, qui arrivaient à Jérusalem gardaient leur nationalité d’origine.

C’est ainsi que les Juifs venus de Prusse gardaient leur nationalité prussienne, ceux venus de Galicie restaient des ressortissants de l’Empire autrichien et ainsi de suite. En outre, des Juifs venant de l’étranger pouvaient, à leur arrivée, obtenir la protection des consuls étrangers. Les sources dont nous disposons, mentionnent, par exemple, le cas de Juifs russes arrivés en Eretz-Israël et auxquels le consulat russe avait refusé d’accorder sa protection, considérant qu’elle ne pouvait concerner que les seuls ressortissants Grecs orthodoxes. De fait, le gouvernement russe avait exigé le retour de ces Juifs dans leur mère-patrie. Les Français non plus ne désiraient pas voir augmenter le nombre de leurs ressortissants juifs, et préféraient se contenter des seuls ressortissants catholiques.

Les puissances qui s’intéressaient aux Juifs étaient les puissances protestantes – l’Angleterre, la Prusse ainsi que l’Autriche – qui n’avaient pas de ressortissants sur place.

C’est ainsi que des Juifs russes venus en Eretz-Israël, et sommés de retourner en Russie, se voyaient offrir la nationalité britannique pour pouvoir rester sur place.

De cette manière, des Juifs russes ou polonais, qui ne parlaient pas un mot d’anglais, devenaient des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté britannique. Ainsi l’existence des consulats, la possibilité de faire valoir les capitulations et l’intervention des puissances européennes, ont conjointement permis aux Juifs de disposer sur place à la fois d’un interlocuteur et d’un protecteur.

Nous pouvons donc avancer que la première raison de l’immigration des Juifs vers Eretz-Israël tient au changement des conditions de vie dans le pays lui-même, qui a en outre permis une meilleure organisation de la communauté.

Un certain nombre de kolelim [«organisations communautaires des Juifs selon leur pays d’origine»] se sont constitués, afin de faire venir de l’étranger l’argent de la halukah, tandis que, de leur côté, les consuls aidaient les Juifs de la Diaspora à transférer de l’argent vers leur propre communauté dans le pays.

Changements technologiques

Une deuxième série de raisons qui ont favorisé le développement de l’émigration en Eretz-Israël est liée aux bouleversements technologiques.

Au début du dix-neuvième siècle, le transport maritime se faisait au moyen de bateaux à voile. Le voyage était périlleux: il durait de nombreuses semaines et la Méditerranée était infestée de pirates. Nous avons des récits de Juifs décrivant les difficultés rencontrées au cours de leur voyage vers Eretz-Israël.

Il existe notamment un livre très intéressant, Les Lettres et les souvenirs d’Eliezer et Cila Bergmann: La Montagne apportera la paix, qui nous raconte les aventures et les errances d’une famille juive en route pour Eretz-Israël.

Au cours des années 1830 et 1840, les bateaux à vapeur font leur apparition en Méditerranée.

Une compagnie maritime française inaugure une ligne régulière de Marseille vers Beyrouth et Alexandrie et certains bateaux commencent à jeter l’ancre à Jaffa.

Une compagnie maritime russe inaugure une ligne entre Odessa et les ports méditerranéens. Les conditions de voyage vers Eretz-Israël se trouvent ainsi complètement transformées. C’était auparavant une expédition périlleuse et épuisante. Désormais, le voyage ne dure pas plus d’une semaine et se déroule dans des conditions confortables.

La vie en Terre sainte

Le troisième groupe de raisons est lié aux aspirations chrétiennes et juives d’aller vivre à Jérusalem.

Il s’agit d’une attitude fort différente de celle des musulmans qui avaient toujours vécu sur place et que rien n’empêchait d’être à Jérusalem.

Pour les Juifs et les chrétiens, aller à ­Jérusalem avait toujours été une entreprise hasardeuse et il était également fort difficile d’y vivre. Or voici que les conditions changent. Il y a des consuls à Jérusalem. La loi des «capitulations» est appliquée et des interdits vieux de plusieurs siècles sont abolis. Tout cela contribue à développer le courant d’immigration de Juifs et de chrétiens vers Eretz-Israël.

Il existe cependant une différence notable en la matière entre les chrétiens et les Juifs.

Les chrétiens viennent en tant que pèlerins et retournent ensuite dans leurs pays. Se constitue alors un mouvement de tourisme religieux. La ligne maritime en provenance d’Odessa permet l’arrivée de milliers de pèlerins russes. Dix mille puis vingt mille pèlerins débarquent alors, et le pays est inondé de pèlerins appartenant à toutes sortes de sectes chrétiennes, des Russes orthodoxes, des catholiques et bien d’autres, à tel point qu’on construit à Jérusalem des auberges pour les héberger.

Il n’en va pas de même pour les Juifs. Ceux-ci viennent à Jérusalem pour y vivre, y étudier la Thora et être enterrés au Mont des Oliviers.

La motivation de l’immigration juive est essentiellement religieuse, et la conception qui se développe est que si quelqu’un vient vivre à Jérusalem et qu’il y vit et y étudie la Thora, la diaspora est dans l’obligation de subvenir à ses besoins. Telle est la base idéologique de la collecte de fonds pour la halukah.

Développement du Quartier juif et transformations générales dans la Vieille Ville au cours du dix-neuvième siècle.

Avec l’accroissement de la population se développent les centres juifs dans tout le pays, y compris dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Outre de la synagogue «Menahem Tsion», qui avait été la première à être construite sur le site de la «Khurvah», une autre synagogue, «Sha’arei Tsion», est construite sur le même emplacement dans les années 1850.

Au cours des années 1860 commence la construction de la Grande Synagogue de la «Khurvah» et se constitue ainsi un important centre pour la communauté des Peroushim de Jérusalem.

Après le tremblement de terre de 1837, les Hassidim arrivent eux aussi à Jérusalem et y développent peu à peu leur communauté.

Le plus célèbre d’entre eux, Rabbi Israël Bek, qui s’est installé à Jérusalem en 1840 en apportant avec lui sa presse à imprimer, a pris la tête de la communauté hassidique de la ville. Les Hassidim ont construit une somptueuse synagogue, «Tiferet Israël», qui va servir de centre pour la communauté hassidique de Jérusalem.

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Les trois niveaux de la synagogue sont terminés en 1871 et celle-ci est inaugurée le 19 août 1872, 29 ans après l’achat du terrain. Pendant les 75 années suivantes, la synagogue Tiferes Israel sert de centre à la communauté hassidique de Jérusalem.

Mais à mesure que la population s’accroît, la communauté juive commence à se diviser en groupes ou, comme on les nommait à l’époque, en kolelim.

Le kolel est une organisation communautaire des Juifs, généralement selon leur pays d’origine. A vrai dire, il y a également eu des kolelim de Hassidim distincts de ceux des Peroushim. Les kolelim géraient en général les fonds de la halukah en provenance des différentes diasporas.

A la suite de l’activité des deux kolelim les plus importants, celui des Peroushim et celui des Hassidim, apparaît dans la ville le kolel «Hod» (Holland-Deutschland).

Dès les années 1830, en effet, plusieurs familles ashkénazes venues de Hollande et d’Allemagne considéraient qu’elles faisaient l’objet d’une discrimination concernant l’argent de la halukah, d’autant que la plus grande partie de ces fonds venait de leurs propres pays. Elles fondèrent donc leur propre kolel, qui allait devenir très actif et allait grandement contribuer au développement de la ville. L’activité de ce kolel au profit de la ville est décrite en détail dans l’ouvrage de M. Eliav, Le kolel «Hod» et l’amour de Zion.

Par la suite, d’autres kolelim similaires commencent à œuvrer à Jérusalem, les kolelim de Varsovie, de Pologne, de Minsk, de Pinsk et d’autres encore.

Le kolel hongrois, «les Gardiens des Remparts», est particulièrement actif. C’était un des kolelim les plus importants et les plus puissants et, de plus, il s’est installé en dehors des murs de la Vieille Ville.

Dans les années 1860, on dénombre seize kolelim à Jérusalem.

Ils vont essayer de s’organiser en une sorte de comité général, qui prend le nom de «Knesset Israël» et qui supervise les différentes institutions, tout en permettant à chaque kolel de maintenir son indépendance.

L’activité dans la Vieille Ville est intense.

C’est l’époque où se forme ce qu’on appelle l’«Ancien Yishouv», c’est-à-dire le Yishouv ashkénaze, qui s’est développé à Jérusalem avant l’émergence du Mouvement sioniste moderne.

L’«Ancien Yishouv» menait une vie communautaire active. Rabbi Shmuel Salant avait acquis le statut du chef de la communauté des Peroushim de Jérusalem. Un tribunal rabbinique siégeait dans la Khurvah de Rabbi Yehoudah Hassid. On y rendait la justice et il y avait même une prison. Par ailleurs, on menait la guerre aux missionnaires qui étaient très actifs à Jérusalem.

L’accroissement de la population a également eu des répercussions concrètes sur le terrain. Nous savons que le territoire du Quartier juif n’était pas grand. Il s’est progressivement étendu en direction du Quartier arménien et un nouveau quartier, «Batei Mahasseh», a été construit.

Ce développement est dû notamment à l’aide de la famille Rothschild. Mais le phénomène le plus intéressant est celui de la pénétration juive dans le Quartier musulman.

Au début du dix-neuvième siècle, les Juifs ne pouvaient pratiquement pas acheter de logements dans la Vieille Ville. La loi interdisait en effet l’acquisition de biens immobiliers par toute personne qui ne fût pas musulman ou sujet de l’empire ottoman.

Cette situation s’est maintenue jusqu’à l’époque de la domination égyptienne. Les Juifs louaient donc des appartements et faisaient ensuite valoir la règle de la hazakah, qui stipule que si un individu a loué un appartement et y vit depuis plus de deux ou trois ans, personne d’autre n’a le droit de louer le même appartement.

Les Juifs vivaient donc dans des appartements loués aux musulmans, et ceux-ci ne pouvaient ni les mettre dehors ni augmenter le prix du loyer.

Il faut également noter un autre phénomène intéressant.

Les Juifs n’ont pas pénétré dans le Quartier chrétien, car les relations entre les chrétiens et les Juifs étaient beaucoup plus mauvaises et plus tendues qu’entre les musulmans et les Juifs.

Par ailleurs, les bâtiments du Quartier chrétien appartenaient aux différentes églises chrétiennes, peu désireuses de louer leurs biens aux Juifs. Sans compter que les Juifs se méfiaient de l’activité des missionnaires.

Les relations entre les Juifs et les musulmans, en revanche, étaient bien meilleures. Les Juifs reconnaissaient volontiers le fait que les musulmans étaient les maîtres du pays ainsi que les propriétaires des maisons. Il y avait des musulmans qui habitaient dans le Quartier juif et des Juifs qui louaient ou (plus tard) achetaient des maisons dans le Quartier musulman.

Il est vrai qu’ils ne pouvaient pas acheter des biens immobiliers appartenant au Waqf (propriété des institutions religieuses musulmanes), mais, après les réformes, rien ne les empêchait d’acheter des maisons appartenant à des particuliers. C’est ainsi que jusqu’à nos jours, nous pouvons trouver dans le Quartier musulman des biens immobiliers appartenant à des Juifs.

Vers la fin du dix-neuvième siècle, le nombre de Juifs installés dans le Quartier musulman est devenu important.

Lors du recensement des Juifs en Eretz-Israël effectué au cours de la Première Guerre mondiale, nous constatons que le nombre de Juifs habitant dans la rue de Hébron, dans le Quartier musulman, est supérieur à celui de la rue des Juifs, dans le Quartier juif. Des rues entières, comme la rue de Hébron et la rue Haggaï, sont habitées par des Juifs.

Des yeshivot [écoles talmudiques supérieures] célèbres, comme la yeshivah «Hayyei Olam» et la yeshivah «Torat Hayyim», sont fondées dans le Quartier musulman en même temps que d’autres institutions juives, comme l’Orphelinat de Diskin et l’imprimerie de ha-Havatzelet, qui appartenait à Frumkin.

Vers la fin du dix-neuvième siècle, la population de la Vieille Ville, qui compte entre 30.000 et 40.000 personnes, est majoritairement juive. Il n’y a plus assez de place, on y vit très à l’étroit et c’est ainsi que, dès 1870, les Juifs commencent à sortir hors des murs de la ville.

Accroissement de la population non juive

Dans les années 1840-1870, l’accroissement de la population entraîne également des changements significatifs au sein des autres communautés, et en particulier chez les chrétiens.

Nous avons parlé des protestants, qui, dans les années 1820, n’avaient aucune représentation à Jérusalem et qui, dans les années 1830, ouvrent leurs premières missions, ainsi que la première infirmerie.

En 1842 ils ouvrent un hôpital (l’Hôpital anglican), destiné essentiellement aux Juifs du Quartier juif. Puis ils ouvrent des écoles, principalement des écoles de filles et des écoles professionnelles.

La première église protestante construite dans la Vieille Ville de Jérusalem est connue sous le nom de l’«Eglise de Jésus de Nazareth». Cette église protestante, qui existe toujours, en face de la Tour de David, a été non seulement la première à Jérusalem ou en Eretz-Israël, mais également dans tout le Proche-Orient. Sa construction commence en 1841 et dure de nombreuses années, jusqu’en 1849.

Au cours des travaux d’excavation pour poser les fondations, des vestiges archéologiques du plus haut intérêt sont découverts, ce qui entraîne un arrêt des travaux. Par la suite, cette église a été le centre de la vie protestante de Jérusalem et autour d’elle, dans la Vieille Ville, s’est constitué une sorte de Quartier protestant.

Au début de leur activité en Eretz-Israël, les protestants anglais et allemands coopèrent étroitement. Nous avons vu qu’ils avaient commencé par nommer un évêque en commun, l’évêque Alexandre. Après la mort de celui-ci, en 1846, ils nomment conjointement le célèbre évêque Samuel Gobat, qui va siéger à Jérusalem pendant de longues années, représentant à la fois les anglicans et les luthériens. Mais la situation se détériore à la suite des rivalités politiques entre l’Angleterre et l’Allemagne.

Le Canal de Suez est inauguré en 1869 et, à cette occasion, le Prince de la Couronne de Prusse vient en visite à Jérusalem et se voit offrir par les Turcs un terrain dans le quartier du Mauristân.

Les Allemands s’installent donc dans ce secteur, qui est proche du Saint-Sépulcre, et le fossé entre les deux communautés protestantes de Jérusalem se creuse davantage.

En 1871, les Allemands bâtissent leur propre église au Mauristân et un quartier protestant allemand va se développer alentour. L’Eglise luthérienne de la Rédemption, construite quelques années plus tard, sera dédiée à l’Empereur Guillaume qui, en 1898, vient en visite à Jérusalem.

Les protestants ne sont pas les seuls à accroître leur activité à Jérusalem. Les autres communautés chrétiennes se manifestent également. On peut par exemple constater un phénomène intéressant le long de la Via Dolorosa.

Nous connaissons aujourd’hui les différentes institutions chrétiennes établies sur cette voie, mais il ne faut pas oublier qu’au début du dix-neuvième siècle, on n’y trouvait pas la moindre institution chrétienne. Mise à part une petite église grecque orthodoxe, aujourd’hui disparue, ce secteur était entièrement musulman.

Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle qu’apparaissent les premières constructions chrétiennes le long de la Via Dolorosa. La première en date est La chapelle franciscaine de la Flagellation. Vient ensuite l’Eglise française Sainte-Anne, qui est une ancienne église, dont la construction remonte à l’époque des Croisades et qui est devenue une école musulmane. Les Français vont la récupérer après la Guerre de Crimée. À la même époque se construisent l’Eglise des Dames de Sion et d’autres églises encore, au moyen desquelles les chrétiens commencent à s’établir dans le Quartier musulman.

Les Autrichiens ont construit une grande auberge au coin de la Via Dolorosa et de la rue Haggaï. Les Grecs ont également commencé à se manifester. Ils ont rénové l’église de Saint-Jean Baptiste du Mauristân, ont construit un hôpital grec et ont restauré des églises et divers autres bâtiments.

L’imprimerie est également un des facteurs importants du développement de la ville.

Avant les années 1830, il n’y avait aucune imprimerie à Jérusalem, ce qui témoigne de l’infériorité culturelle de la ville. Le débat existe toujours quant à savoir si la première à s’établir a été l’imprimerie juive que Rabbi Israël Bek a transportée de Safed à Jérusalem en 1840, ou l’imprimerie arménienne, qui aurait fonctionné à partir des années 1830.

Ce qui est sûr, c’est qu’autour de 1840, deux imprimeries, une hébraïque et une arménienne, sont en activité. Il y en aura d’autres par la suite, une franciscaine catholique et une grecque.

Avec l’apparition de l’imprimerie à Jérusalem, c’est en fait l’Occident qui s’introduit en Eretz-Israël. Car il ne faut pas oublier que la population arabe, aussi bien musulmane que chrétienne, était en grande partie illettrée.

Robinson affirme qu’en 1838 à peine 3% de la population sait lire et écrire. Les écoles que les missions protestantes, catholiques et grecques ouvrent à Jérusalem y font pénétrer la culture, l’imprimerie et l’alphabétisation.

Médecine et communication

Les hôpitaux juifs ont été fondés à Jérusalem en réaction à la fondation de l’hôpital anglican. La communauté juive ne voulait pas voir les Juifs s’adresser à l’hôpital anglican pour leurs soins médicaux, parce qu’elle craignait l’activité missionnaire. Les chefs de la communauté se sont donc adressés à des philanthropes de la Diaspora en leur demandant de les aider à créer un hôpital juif.

En 1845 ou 1843, Sir Moses Montefiore, le célèbre philantrope juif anglais, contribue financièrement à l’ouverture d’une pharmacie juive et envoie sur place le docteur Shimon Frenkel.

En 1854, Rothschild fonde le premier hôpital juif de Jérusalem et quatre ans plus tard, un deuxième hôpital, le «Bikour Holim», commence à fonctionner. Par la suite, d’autres hôpitaux juifs sont fondés. De leur côté, les protestants, craignant l’influence grandissante des Juifs, ont ouvert d’autres hôpitaux. Dans les années 1850, on assiste à l’ouverture de l’hôpital Saint-Louis, qui est français et franciscain, bientôt suivi par l’hôpital que les Grecs établissent de leur côté.

Au début du dix-neuvième siècle il n’y avait pas un seul hôpital à Jérusalem, pas plus qu’il n’y avait de médecin au sens européen et moderne du terme. Quand une épidémie a éclaté, dans les années 1830, il n’y avait pas de médecins pour s’occuper des malades. Et voici que dans les décennies qui suivent, des hôpitaux s’ouvrent les uns après les autres, à tel point que l’on pouvait dire en plaisantant qu’aucune ville au monde n’était mieux pourvue en institutions médicales que Jérusalem.

Un autre exemple des transformations qui surviennent à Jérusalem et dans l’ensemble d’Eretz-Israël durant cette période concerne les communications terrestres.

De nos jours encore, lorsque nous nous promenons dans le quartier touristique de la «Mishkenot Sha’ananim», nous pouvons admirer la célèbre «diligence» – un véhicule commun au dix-neuvième siècle – qui aurait appartenu à Moses Montefiore. En vérité, il ne s’est jamais servi lui-même de ce véhicule lors de ses séjours en Eretz-Israël, et il ne l’a utilisé qu’en Angleterre, son lieu de résidence habituel.

Moses Montefiore a séjourné en Eretz-Israël sept fois. Lors de ses six premiers voyages, il n’y avait pas d’autre moyen de transport que des mules, des ânes et des chevaux. Quant aux voyageurs eux-mêmes, ils se déplaçaient généralement à pied.

Les premiers véhicules à roues n’apparaissent qu’en 1870, et Montefiore a utilisé une voiture de ce genre au cours de son dernier voyage, en 1875.

Le célèbre explorateur Henry Baker Tristram, écrit que lors de son expédition en Eretz-Israël en 1864, il n’a vu nulle part le moindre attelage. Le seul véhicule à roues ­servant de moyen de transport qu’il ait pu voir se trouvait à Artas, près des Bassins de Salomon, dans une communauté d’Américains excentriques qui essayaient de s’implanter dans la région. Ils avaient apporté d’Amérique des carrioles et des brouettes qui leur servaient pour le transport de leur production agricole.

En effet les attelages n’apparaissent pas avant que soit pavée la route de Jaffa à Jérusalem, en 1869.

Cette année-là, qui est celle de l’inauguration du canal de Suez, de nombreuses personnalités importantes sont venues en visite en Eretz-Israël, parmi lesquels l’Empereur d’Autriche François-Joseph.

Les savants s’accordent pour dire que le premier véhicule à roues transportant des passagers qui a circulé en Eretz-Israël a été le carrosse que François-Joseph a apporté avec lui en bateau. C’est ainsi que la modernisation a pénétré en Eretz-Israël.

Récapitulation des étapes du développement de Jérusalem jusqu’en 1880 · Début du mouvement de sortie hors des murs

Si nous résumons les chapitres précédents, nous pouvons dire que jusqu’au début de la Première Aliyah, dans les années 1880, nous distinguons cinq étapes dans le développement de Jérusalem.

La première est celle des trente premières années du siècle, depuis l’invasion napoléonienne jusqu’à la conquête égyptienne par Mohammed Ali. Au cours de ces trente années, les transformations sont minimes, plus qualitatives que quantitatives.

La deuxième étape est celle de la domination égyptienne, de 1831 à 1840. Les changements au cours de ces années-là sont importants, mais c’est une époque relativement brève et sans grandes conséquences.

La troisième étape commence en 1840 et se termine en 1856, en même temps que la Guerre de Crimée (1853-1856). Cette époque, très significative, est celle des réformes (les «Tanzimât»), des consulats et des capitulations. Les changements sont alors relativement nombreux.

La quatrième étape va de la fin Guerre de Crimée jusqu’en 1869.

La cinquième, de 1869 à 1882.

L’Empire ottoman s’est engagé très lentement dans le processus des réformes, ne permettant que progressivement la pénétration des idées occidentales et l’apparition de changements dans la constitution.

Nous assistons à des débuts de réformes – entre 1839 et 1856 – dus à la pénétration dans la région des puissances européennes pendant la Guerre de Crimée.

Derrière les Grecs orthodoxes se profile la Russie, et la France se profile derrière les catholiques.

Les disputes entre les différentes sectes religieuses en Eretz-Israël seront, entre autres raisons, une des causes de la Guerre de Crimée.

En effet, la question centrale débattue était celle du contrôle des Lieux Saints – le Saint-Sépulcre à Jérusalem et la Basilique de la Nativité à Bethléhem. Mais ce débat n’était à vrai dire qu’un prétexte derrière lequel se dissimulaient les intérêts des puissances européennes.

Après la guerre, la clause numéro 9 du traité signé à Paris en 1856, stipule que la libéralisation doit continuer et s’étendre. Peu de temps après la Guerre, un second décret de réformes est en effet publié et le rythme de leur application va s’accélérer.

L’acquisition des terres

Il y a eu, par exemple, des développements concernant la possibilité d’acquérir des terres.

D’après la constitution ottomane, il était interdit à toute personne non musulmane d’acquérir des terres à Jérusalem. Les premiers signes des transformations dans ce domaine n’apparaissent que pendant les années de la domination égyptienne. Avec les réformes, nous assistons à un premier changement d’attitude: les non-musulmans sont désormais autorisés à acquérir des terres, à condition d’être sujets de l’Empire ottoman.

Les premiers à bénéficier de cette réforme ont été essentiellement les moines grecs orthodoxes, qui étaient effectivement sujets de l’Empire ottoman.

Ils ont donc pu acquérir en dehors des murs de Jérusalem de vastes étendues de terres qu’ils allaient, par la suite, revendre à différentes institutions, dont les institutions juives.

Les Arméniens étaient également sujets ottomans, et pouvaient de fait acquérir des terres sans difficulté.

En revanche, n’étant pas sujets de l’Empire ottoman, les Européens, dont une grande partie des Juifs, n’avaient pas le droit d’acquérir des terres.

Dans un de ses rapports, le consul allemand écrit que lors de l’acquisition du bâtiment du Consulat dans la Vieille Ville, il ne lui a pas été possible d’inscrire cette acquisition à son nom, c’est pourquoi il y a eu une inscription – fictive – au nom d’un sujet ottoman musulman. Ces acquisitions fictives étaient courantes dans tout l’Empire ottoman.

En 1856, du fait de la progression de nouvelles réformes, la demande se fait plus forte de permettre à des sujets qui ne font pas partie de l’empire ottoman d’acquérir des terres. Les Turcs, très réticents, ont commencé par refuser d’accorder cette autorisation, qui risquait de soulever un nouveau problème: si un sujet non ottoman faisait l’acquisition d’une terre, celle-ci échappait à la juridiction turque, dans la mesure où elle se trouvait soumise au régime des capitulations. Pour surmonter cette difficulté, l’administration turque a cependant fini par autoriser l’acquisition de terres, d’immeubles et d’autres biens immobiliers par des sujets non ottomans, à condition que le régime des capitulations ne leur soit pas appliqué.

En 1867, un décret turc est donc publié, autorisant les non-ottomans et les individus de nationalité étrangère à acquérir des terres en Eretz-Israël, à condition de ne pas les faire passer, à la faveur de cet acte, au régime des capitulations. Par ailleurs, l’acquisition ne pouvait se faire qu’avec l’accord de la puissance dont l’acquéreur était sujet.

La France fut la première à accepter ces conditions et des ressortissants français purent effectivement acquérir des terres. Au début, l’Angleterre y était opposée, mais très vite, elle donna son accord.

Les Juifs de la Vieille Ville, qui avaient acquis le terrain de «Nahalat Shivah» au début des années 1860, n’avaient pas pu enregistrer cet achat au nom de l’acquéreur. Il leur avait fallu trouver une femme qui était sujet ottoman et qui avait enregistré l’achat à son nom d’une manière fictive.

En revanche, lorsqu’en 1874, le terrain de «Me’ah Shearim» fut acquis, l’achat fut enregistré au nom d’un sujet britannique, Ben Tsion Leon.

Les débuts de la sortie hors des murs

Quelles sont raisons qui ont poussé les Juifs de la Vieille Ville à sortir hors des murs et commencer à bâtir la Nouvelle Ville?

La première raison est évidente – l’accroissement de la population. La pénurie des logements dans la Vieille Ville a entraîné une augmentation des loyers.

La deuxième raison tient à la pénurie chronique d’eau qui rendait désastreuses les conditions d’hygiène et de salubrité. À cela s’ajoute une raison supplémentaire: à la suite des réformes et de la pénétration des puissances d’Europe occidentale, l’état de la sécurité des habitations extra muros s’est amélioré. Les chercheurs estiment en effet que les murs de la ville n’ont pas été bâtis pour la défendre contre d’éventuels envahisseurs, mais contre les bédouins, les nomades et autres brigands du désert.

L’évêque protestant et les consuls, assurés de bénéficier de la protection des puissances dont ils étaient les représentants, ont été les premiers à résider hors des murs.

La première maison construite en dehors des murs semble avoir été celle du consul britannique James Finn. C’était une résidence d’été, construite à Talbieh.

Soit dit en passant, les ouvriers qui ont travaillé à ce chantier étaient des Juifs.

Quelques années plus tard, en 1853, Finn a construit à Kerem Abraham une seconde maison, qui existe encore, rue Ovadiah, à la limite territoriale du camp militaire Schneller. Le troisième bâtiment construit à la même époque a été celui de l’Ecole protestante du Mont Sion, plus connue sous le nom de «L’Ecole de l’évêque Gobat».

Les moines grecs venus de l’archipel avaient des connaissances agricoles et ont contribué au développement de la ville hors des murs en plantant des oliviers et des mûriers, là où se trouvent actuellement l’Hôtel King David, le secteur de la gare de chemin de fer, et le quartier de Talbieh.

Un Juif apostat du nom de Meshoulam, qui était arrivé à Jérusalem dans les années 1840 et avait ouvert un hôtel moderne, a essayé d’établir à Artas une ferme agricole.

Une Américaine excentrique, Mrs. Minor, est venue en 1849 se joindre à Meshoulam avec son groupe. En-semble, ils ont tenté d’employer des Juifs dans l’agriculture à Artas. En 1853, suite à la misère provoquée par la Guerre de Crimée, le consul britannique à Jérusalem, Finn, a lui aussi essayé de proposer aux Juifs du travail dans ses plantations qui, bien entendu, étaient hors des murs.

Les chercheurs ne sont pas toujours d’accord sur les raisons qui ont incité Finn à proposer son aide aux Juifs. Avait-il des intentions missionnaires ou désirait-il tout simplement leur venir en aide? Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui l’ont accusé, ainsi que sa femme, d’avoir des activités missionnaires et, à la suite de la plainte de Montefiore auprès du gouvernement britannique, le consul a dû démissionner.

Toutefois, après cette démission, les dirigeants de la communauté juive se sont plaints de sa révocation en insistant sur le fait qu’il avait beaucoup aidé les Juifs. Il est difficile de savoir si ses intentions étaient sincères ou s’il avait vraiment des buts missionnaires. Apparemment, les deux étaient mêlés.

A la suite des réformes ottomanes et des répercussions de la Guerre de Crimée, le développement de la ville hors des murs prend un nouvel essor.

Dans ce contexte, il nous faut parler de trois grands projets: la construction de la résidence juive de «Mishkenot Sha’ananim», l’Enclos Russe, et les Bâtiments allemands de Schneller.

En 1855, quand Montefiore vient en Eretz-Israël pour la quatrième fois, il obtient un «firman» spécial l’autorisant à acquérir près de Miskhenot Sha’ananim un terrain connu sous le nom de «Kerem Moshé vi-Yehudith» [La vigne de Moïse et Judith]. A son cinquième voyage, il apporte avec lui la donation d’un certain Judah Turo de la Nouvelle-Orléans. Dans son testament, celui-ci avait en effet désigné Montefiore comme son exécuteur testamentaire. Réfléchissant au meilleur moyen d’utiliser cet argent, Montefiore a finalement décidé de construire le quartier de Miskhenot Sha’ananim sur le terrain de «Kerem Moshé vi-Yehudit».

En 1857, il fait d’abord construire le moulin, puis les premières maisons du quartier. A la même époque, en 1857, les Russes de Jérusalem font l’acquisition du premier morceau de terrain de ce qui allait devenir l’Enclos Russe. En 1858, ils reçoivent la visite d’une importante personnalité, le prince Constantin, qui va les aider à acquérir le reste du terrain et ils commenceront à construire les bâtiments de l’Enclos en 1860.

En 1856, un missionnaire allemand nommé Johann Ludwig Schneller entreprend la construction d’une petite maison dans laquelle il va ouvrir une institution philanthropique, près du village de Lifta.

En 1860, après le massacre des chrétiens par les Druzes au Liban, il fait le voyage et ramène les orphelins pour lesquels il construit l’orphelinat syrien Schneller.

La transition entre la quatrième et la cinquième étape du développement de Jérusalem s’effectue donc vers la fin des années 1860.

C’est l’époque de l’inauguration du canal de Suez. La première route en Eretz-Israël est alors tracée, entre Jaffa et Jérusalem, tandis que les nouvelles réformes de l’administration ottomane donnent dorénavant aux non-Ottomans le droit d’acquérir des terres.

Enfin, c’est au cours de cette quatrième époque, entre 1856 et 1869, que nous voyons également surgir les premières maisons extra muros.

Les quartiers juifs «pionniers» hors des murs

Dans les années qui suivent, la construction de quartiers juifs hors des murs prend de l’ampleur.

En 1882 – l’année marquant les débuts de la Première Aliyah –, ils sont déjà au nombre de neuf et méritent qu’on leur donne le nom de «quartiers pionniers».

Le premier quartier juif construit hors des murs est donc Mishkenot Sha’ananim. A côté, et avant même d’avoir construit les maisons, Moses Montefiore a construit un moulin à vent. Cette initiative témoigne du problème de la «productivisation» du Yishouv juif de Jérusalem, une communauté vivant des fonds distribués par la halukah et non de travail productif. Montefiore, qui ambitionnait de changer cet état de choses, eut l’idée de construire un moulin à vent dans l’espoir que des Juifs y travailleraient, qu’ils auraient ainsi un gagne-pain, et deviendraient productifs. Dans un de ses écrits, Montefiore raconte qu’ayant vu les Grecs de Jérusalem travailler dans les moulins qu’ils avaient construits, il avait souhaité voir les Juifs adopter ce métier.

Les premiers moulins à vent de Jérusalem avaient été construits par Mohammed Ali au temps de la domination égyptienne. Il semblerait que, par la suite, dans les années 1840, les Grecs en aient construit d’autres. L’un d’eux existe encore, sans ses ailes, dans la rue Ramban, près de l’Hôtel des Rois.

Montefiore a fait venir d’Angleterre tous les éléments de son moulin. On ne saurait dire si ce moulin a jamais fonctionné. Il se peut qu’il ait été en activité pendant une brève période, mais il est certain que cela n’a pas duré longtemps. Il est vraisemblable qu’il se soit rapidement détérioré. Par la suite, dans les années 1860, des moulins à vapeur ont fait leur apparition à Jérusalem. Les moulins à vent sont alors devenus inutiles et celui de Mishkenot Sha’ananim n’eut jamais qu’un rôle purement symbolique.

Après le moulin, Moses Montefiore a construit des appartements à Mishkenot Sha’ananim – une vingtaine d’appartements pour les ashkénazes et les sépharades, une synagogue pour les ashkénazes et une autre pour les sépharades, ainsi qu’un appartement pour le Rav ashkénaze et un autre pour le Rav sépharade. Ces appartements étaient destinés à des Juifs démunis, ou plus exactement, à des lettrés qui étudiaient dans les yeshivot.

À l’origine, il était question que les locataires changeraient tous les trois ans. Mais dans la mesure où personne ne venait s’y installer de crainte d’aller habiter hors des murs, il fut décidé que ceux qui accepteraient de venir loger dans ces appartements les obtiendraient à titre définitif.

Plusieurs années plus tard, tous les logements étaient effectivement occupés, mais jusqu’au milieu des années 1860, Mishkenot Sha’ananim était un quartier juif isolé, puisque les portes de la ville se refermaient tous les soirs, empêchant tout contact avec le quartier.

On a même prétendu, à l’époque, que les Juifs avaient trouvé le moyen de ruser et qu’ils venaient occuper les logements pendant la journée, puis rentraient tous les soirs dormir dans la Vieille Ville.

En 1866, une terrible épidémie de choléra éclate à Jérusalem. Beaucoup de Juifs sont atteints, le nombre des morts est important, mais, à la surprise générale, Mishkenot Sha’ananim est épargné.

On se rendrait compte plus tard que cette épidémie était dû, entre autres raisons, à l’état des citernes de la ville. L’eau qui y était recueillie provenait directement des rues et des toits, et était polluée d’excréments, de chats morts, etc. Les citernes n’étaient jamais nettoyées, ce qui entraînait fréquemment l’apparition d’épidémies dans la population.

Quand les Anglais ont conquis Jérusalem en 1917, une de leurs premières actions a été de faire vider toutes les citernes et de les récurer. Or, parmi les treize mesures que comportait le règlement de Mishkenot Sha’ananim, trois avaient trait au problème de la salubrité des citernes, qui étaient effectivement très bien tenues dans le quartier. Les habitants de ce quartier ont été épargnés par l’épidémie, parce que les conditions de vie étaient meilleures dans le quartier: un air pur, un environnement propre et des citernes non polluées.

L’avantage de vivre hors des murs devenait évident, et l’exemple de ce premier quartier a encouragé la population à aller habiter hors des murs et à construire des quartiers semblables.

En 1867 commence la deuxième étape, avec l’achat par la communauté nord-africaine d’un terrain sur lequel elle a construit le quartier de Mahané Israël.

(Certains prétendent que Nahalat Shiva est le premier quartier hors des murs, mais c’est inexact. Nahalat Shiva ne fut construit qu’en troisième.)

Le chef de la communauté maghrébine était un lettré du nom de Rabbi David Ben-Shimon. C’était un homme énergique, auteur d’un ouvrage intitulé Suf Dvash. Il a acquis des terrains et construit un quartier où des Juifs d’Afrique du Nord habitaient déjà en 1868. Il a également acquis des biens immobiliers dans le Quartier musulman où, aujourd’hui encore, se dresse un grand bâtiment appartenant à la communauté maghrébine.

Il convient maintenant de donner quelques précisions sur le genre de quartiers qui ont été bâtis. Mishkenot Sha’ananim est ce qu’on appelle un Bet Hekdesh [une maison/résidence consacrée]. Un philanthrope juif donne une certaine somme pour permettre la construction d’un groupe d’habitations qui seront consacrées à la communauté, et que l’on loue aux pauvres et aux lettrés. Il existe plusieurs Batei Hekdesh semblables à Jérusalem, car plusieurs philanthropes ont donné des fonds: Rabbi David Reis Yanover, Rabbi Moshé Wittenberg et d’autres encore. Il est intéressant de noter que ces hommes étaient souvent sans enfants et voyaient apparemment dans cette œuvre philanthropique un moyen «préférable à des filles et des garçons» de perpétuer leur nom. Ni Moses Montefiore, ni Rabbi David Reis Yanover, ni Rabbi Moshé Wittenberg n’ont eu d’enfants.

Une deuxième catégorie de quartiers a été le quartier communautaire ou ethnique, comme celui de la communauté nord-africaine. C’était une communauté peu vigoureuse, ne bénéficiant d’aucune d’aide financière et manquant d’expérience en matière d’activité sociale. Elle est pourtant parvenue à se construire un quartier.

C’est à l’initiative de l’association de sept familles que «Nahalat Shiva», le troisième quartier, a été bâti hors des murs. Toutefois l’argent récolté dans une caisse commune ne leur a permis de construire que les deux premières maisons et il fut décidé par tirage au sort quelles familles y habiteraient. Les autres maisons n’ont pu être bâties que plus tard.

On a appelé «associations» ou «quartiers de société» les quartiers construits sur ce principe. D’autres ont suivis, financés d’une manière analogue et qui ont grandement contribué au développement de Jérusalem hors des murs. Ce phénomène de construction de «quartiers d’associations» ou «quartiers de société» dans les années 1870 est intéressant à plus d’un titre, dans la mesure où il témoigne de la manière dont les Juifs de Jérusalem commencent à s’organiser pour construire des maisons en copropriété.

Ainsi, par exemple, une des mesures prises dans le cadre du règlement de ces copropriétés stipule qu’au terme de la construction de l’ensemble du quartier, il y aura un nouveau tirage au sort à la suite duquel les résidents échangeront les appartements les uns avec les autres. Ces mesures régulant l’organisation de ces «quartiers d’association» sont extrêmement intéressantes et caractéristiques du développement de la Jérusalem juive.

À l’époque où Nahalat Shiva a été construit, les conditions de vie hors des murs étaient encore difficiles. Les portes de la ville continuaient à être fermées dès la tombée de la nuit et les gens craignaient d’habiter à l’extérieur.

On raconte que Rabbi Joseph Rivline, qui avait été un des fondateurs du quartier et l’un des premiers à venir y habiter, avait coutume de rassurer ses amis, inquiets de le voir vivre en plein désert.

Mais quelques années plus tard, en 1872, un quatrième quartier sort de terre, une sorte d’annexe de Nahalat Shiva. Ayant été appelé à monter à la Thora à la synagogue de Nahalat Shiva et ému de voir le quartier déjà habité, Rabbi David Reis Yanover, annonce qu’il fait un don supplémentaire pour acheter encore un terrain, situé en haut de ce qui est actuellement la rue du Rav Kook, non loin de la rue ha-Nevi’im [rue des Prophètes]. C’est là que sera construit le Bet Hekdesh, «Bet David», qui ne comporte pas plus de dix appartements. Ce bâtiment, qui existe encore de nos jours, avec sa cour intérieure et sa citerne, est le quatrième quartier hors des murs de Jérusalem.

Me’ah Shearim, le cinquième et le plus important quartier à cette époque, allait être construit en 1874.

mea shearim 1962

Alors, les conditions avaient changé puisqu’on ne fermait plus les portes de la Vieille Ville à la tombée de la nuit. Nous ne savons pas exactement quand les portes ont cessé d’être fermées pour la nuit, mais il y a lieu de croire qu’entre 1872 et 1874, la Porte de Jaffa commence à rester ouverte toute la nuit. La Porte de Damas a suivi et, progressivement, on a cessé de fermer les portes.

Le quartier de Me’ah Shearim a été construit par un nombre de familles beaucoup plus grand – entre cent et cent quarante familles. Cependant le nom de Me’ah Shearim («cent mesures») n’a pas été attribué au quartier à cause de ces cent familles, mais parce que la décision de construire ce quartier a été prise le Shabbat durant lequel on lit dans la Torah le passage racontant que Isaac a récolté cent fois plus qu’il n’avait semé (Gen. 26:12).

L’association a acheté un vaste terrain, non pas sur la Route de Jaffa, où les prix étaient relativement élevés, mais dans un endroit plus reculé, sur la route qui menait vraisemblablement vers le village de Nebi Samuel. C’est là que les membres de l’association ont acheté plusieurs parcelles de terrain aux habitants arabes du village de Lifta et ont commencé à construire un quartier qui, selon eux, devait avoir le forme d’un carré fermé.

Les plans ont été dessinés par le célèbre architecte Conrad Schick, qui a grandement contribué au développement de Jérusalem. Les premiers bâtiments longeaient la rue Me’ah Shearim et le quartier s’est progressivement agrandi. Au début des années 1880, les 140 appartements étaient déjà terminés.

C’est ainsi qu’est fondé le cinquième quartier, immédiatement suivi, en 1875, par deux autres, Even Israël et Mishkenot Israël, qui existent encore de nos jours, de part et d’autre de la rue Agrippas.

Ce quartier a la forme d’un carré fermé et l’idée de départ était qu’il comporterait 53 appartements, l’équivalent de la somme des lettres hébraïques du mot «Even» selon la guématriya – le système cabalistique de calcul des chiffres et des lettres. Mishkenot Israël devait être un quartier beaucoup plus grand, mais sa construction a été interrompue.

D’autres quartiers apparaîtront par la suite, comme celui des Hassidim qui, en 1877, s’associent pour bâtir un quartier nommé «Kiryah Ne’emanah» près de la Porte de Damas, au commencement de la rue ha-Nevi’im, dans un endroit dont on ne connaît pas l’emplacement exact. Nissan Beck, un des chefs de la communauté hassidique, a été l’un des premiers à construire, et son fils, Shmuel Beck, a continué l’œuvre de son père.

Le dernier quartier que nous mentionnerons ici est celui de «Bet Ya’akov», également con-struit en 1877.

«Kiryiah Ne’emanah» a été entièrement détruit lors des émeutes de 1921-1929 et 1936-1939 et les Juifs en ont abandonné l’emplacement. En revanche, Bet Ya’akov existe encore, du côté de Mahané Yehoudah.

Avant le début de la Première Aliyah, il y a donc déjà neuf quartiers juifs en dehors des murs, qui comportent en 1882 plus de 400 appartements. Le plus important est Me’ah Shearim, mais Nahalat Shiva s’est également largement développé d’autant, étant situé sur la Route de Jaffa, de nombreux commerces et différents services s’y sont installés.

Si nous considérons que cinq personnes en moyenne vivaient dans chacun de ces appartements, nous pouvons estimer qu’aux alentours de 1880, près de 2000 Juifs vivaient hors des murs, et 16.000 dans la Vieille Ville.

La crise qui éclate vers la fin des années 1870 entraîne l’arrêt de la construction de Bet Ya’akov et de Kiryah Ne’emanah. Ensuite, pendant cinq ou six ans, entre 1877 et 1882-1883, aucune nouvelle construction n’est entreprise. Comment expliquer cela?

La raison de cette crise tient vraisemblablement à la situation difficile de la communauté juive de Jérusalem. Les quartiers que nous avons mentionnés précédemment avaient été construits grâce aux fonds fournis par la halukah. Or, les années 1870 connaissent une succession de sécheresse, de famine, de pénurie d’eau et de conditions climatiques particulièrement pénibles.

Par ailleurs, nous savons par les journaux de l’époque que la situation de la communauté s’est d’autant plus détériorée que l’argent de la halukah cesse de parvenir de manière aussi régulière. Ce nouvel élément est vraisemblablement lié au rapport très sévère du docteur Asher Montagu.

En effet, à la suite des graves critiques émises à l’encontre de la communauté juive de Jérusalem, qui vivait des fonds de la halukah et n’avait aucune activité productive, le Comité des Délégués de la communauté juive d’Angleterre a envoyé sur place une délégation de deux personnes. La communauté était accusée de n’être qu’une bande de fainéants et de schnorrers [mendiants].

Les deux envoyés, venus enquêter sur place, publient un rapport extrêmement sévère sur la vie des Juifs de Jérusalem. Selon certaines sources, Rabbi Yossef Rivline aurait emmené les deux délégués visiter les quartiers en construction hors des murs et leur aurait demandé de continuer à apporter l’aide financière nécessaire à la poursuite du projet. Mais les envoyés auraient répliqué que ces nouveaux quartiers étaient des logements de luxe pour les Juifs de la Vieille Ville, qui continuaient à être improductifs. Malgré tous ses efforts, Rabbi Yossef Rivline ne serait pas parvenu à les faire changer d’avis. Ils restèrent sur leurs positions, selon lesquelles la communauté juive d’Eretz-Israël était improductive et avait besoin de changer sa structure sociale. Le rapport qu’ils rédigèrent eut d’importantes répercussions sur la halukah.

En outre, la guerre entre la Russie et la Turquie qui a éclaté en 1877 a rendu le transfert de fonds plus difficile. L’argent cessant d’arriver, Me’ah Shearim a pu continuer à se bâtir, mais les constructions de Mishkenot Israël et d’Even Israël ont été interrompues.

Il existe aussi peut-être un lien indirect entre la fondation de Petakh-Tikva et l’interruption de la construction des quartiers juifs. On reprochait à la communauté de Jérusalem d’être improductive, et l’idée de fonder des «colonies», c’est-à-dire des implantations agricoles dans lesquelles les Juifs vivraient du fruit de leur labeur gagnait du terrain.

En 1878, quelques-unes des familles qui avaient été à l’origine de la construction des quartiers hors des murs, ont été parmi les fondateurs de la première colonie – Petakh-Tikva.

Ils ont commencé par essayer d’acheter des terres du côté de Jéricho, à Rehovot et dans d’autres endroits, mais en fin de compte le projet a pu se réaliser avec la fondation de Petakh-Tikva.

Toutefois la crise n’allait pas tarder à toucher également Petakh-Tikva. Les conditions de vie y étaient très difficiles, et après deux ou trois années d’essais infructueux, le site a été en partie abandonné.

En revanche, le processus d’accroissement de la population de Jérusalem était devenu irréversible.

Après une interruption de quelques années, la construction des quartiers hors des murs reprend à un rythme accéléré.

En 1882-1883, le travail reprend à Even-Israël et Mishkenot Israël, tandis que d’autres chantiers s’ouvrent à Mazkeret Moshé et Ohel Moshé.

Nous parlerons plus tard de la suite de la construction des quartiers juifs de la ville nouvelle. Mais auparavant, nous allons examiner la contribution des communautés non juives au développement de la ville.

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