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Les enjeux de la protection française

par Rina Cohen

Si de tous temps la piété a poussé des Juifs du Maghreb à « monter » en Eretz Israel, qui n’est autre, du reste, qu’une autre région du vaste espace ottoman, ils n’arrivent en Syrie-Palestine par groupes de plusieurs centaines qu’au début du XIXe siècle [1]

Michal Ben Ya’akov distingue quatre vagues [2] :

  • la première (1817-1821) composée de Juifs originaires d’Oran a peut-être fui en 1815 une famine consécutive à une invasion dévastatrice de criquets [3];
  • la deuxième (1830-1834) vient d’Alger et de Constantine ;
  • les migrants de la troisième et de la quatrième vague, au début des années 1840 et dans les années 1855-1864, sont originaires du Maroc, surtout de Tétouan, Rabat et Salé, puis de Fès et Mekhnès ; la plupart d’entre d’eux rejoignent la Palestine via l’Algérie [4]

La question de la protection française sur ces Juifs, comme sur les Musulmans « algériens », émigrés au Levant s’est posée pratiquement dès la prise d’Alger, le 5 juillet 1830.

C’est en effet en août 1830 [5], un mois à peine après l’entrée des troupes du maréchal de Bourmont dans la capitale de la Régence, que le vice-consul de France à Smyrne, Adrien Dupré, demande des instructions à Paris : doit-il accorder cette protection à un Juif algérien qui la réclame [6]?

Une réponse circonstanciée lui parvient, comme à tous ses collègues en poste au Levant [7], quatre ans plus tard :

« Monsieur, plusieurs consuls du Roi au Levant m’ont entretenu dans leur correspondance des embarras qu’ils éprouvent à satisfaire aux demandes d’un grand nombre d’individus musulmans et juifs, qui se prétendant algériens, réclament à ce titre la jouissance des privilèges attachés à la protection française.

Après m’être concerté à cet égard avec Mr le Ministre de la Guerre, dans les attributions duquel se trouve l’administration d’Alger, j’ai reconnu que les algériens éloignés aujourd’hui de leur pays, peuvent être rangés dans plusieurs classes.

  • 1° Ceux qui depuis l’occupation ont été déportés de la Régence ;
  • 2° Ceux qui l’ont abandonnée volontairement pour des motifs de religion ou autres ;
  • 3° Ceux qui, établis ou voyageant dans le Levant à l’époque de l’occupation, n’annoncent pas l’intention de revenir à Alger ;
  • 4° Ceux qui dans la même position, manifestent l’intention contraire ;
  • 5° Ceux que, depuis l’occupation, leurs affaires ont conduit en Orient.

Les individus compris dans les trois premières classes ne peuvent plus être considérés comme appartenant à la Régence : que leur éloignement d’Alger ait été l’effet de leur propre mouvement ou la suite de menées coupables, ils n’en doivent pas moins subir toutes les conséquences d’une expatriation volontaire ou de la déportation.

Dans le premier cas, ils ont renoncé d’eux mêmes au bénéfice de la nationalité ; dans le second, ils ont nécessairement perdu tous leurs droits, et sous l’un ou l’autre de ce rapport, ils n’ont plus aucune espèce de titre à la protection française.

La position des individus compris dans les deux autres classes est toute différente ; ils ont conservé leur qualité d’Algériens et sont en conséquence fondés à invoquer la protection des agents de Sa Majesté.

Quant à la constatation de leur origine et de leur nationalité, celle des Algériens de la 5e classe est d’autant plus facile, que sortie d’Alger depuis que nous en sommes les maîtres, ils doivent être munis de passe-ports en règle émanés des autorités locales ; à l’égard des autres, à défaut de règles fixes que les usages d’Orient ne permettent guère d’établir d’une manière bien précise, je ne puis que m’en remettre à l’appréciation des consuls du Roi dont la conviction devra se former suivant les circonstances de faits et de lieux [8] ».

Cette circulaire, adressée en avril 1834, fonde l’attitude officielle de la France vis-à-vis des émigrants d’Algérie venus en Orient après la prise d’Alger. C’est à ce document que les consuls se réfèrent chaque fois qu’il est question de leur accorder ou de leur refuser la protection, jusqu’au décret Crémieux de 1870. Parallèlement, le principe de la protection, par référence aux Capitulations – traités passés dès le XVIe siècle avec la Porte qui à partir du XVIIIe siècle habillent de légitimité la politique française en Syrie-Palestine –, demeure la référence permanente des représentations diplomatique et consulaires françaises lorsque les autorités ottomanes entendent user de leurs prérogatives.

D’où une attitude louvoyante des autorités françaises au regard de la protection des Juifs « algériens » qu’il s’agit ici de mieux comprendre, sans omettre pour autant de s’interroger sur les raisons qui poussent ces derniers à quitter une Régence en voie d’être conquise par Paris, puis à rechercher sa protection une fois installés en Palestine.

Les Juifs de la Régence d’Alger et la conquête française

Alors que le dey d’Alger est expulsé au début de juillet 1830, que s’achève en août la déportation à Smyrne des miliciens ottomans (les janissaires) et de leurs familles, de riches familles arabes auraient choisi de quitter le pays pour gagner la Palestine ottomane, suivies – sur le moment et par la suite – par deux cents familles juives environ, pas les plus misérables certainement, mais plutôt des petits artisans et commerçants et quelques marchands [9].

Ces départs groupés sont-ils liés à la conquête ? Il est permis de le penser.

La légende dorée de la colonisation française en Algérie peint la conquête sous les couleurs chevaleresques d’une œuvre de civilisation contre des hordes barbares tout à la fois « fourbes » dans leur masse et « vaillantes » pour certains individus.

Mais la réalité est celle de combats sans pitié, semés de traîtrises, de massacres de populations, de destructions de maisons, de récoltes et de vergers dont toute la population, indistinctement, est victime, comme le constate du reste une commission d’enquête parlementaire française nommée le 7 juillet 1833 par le roi Louis-Philippe [10].

À cela s’ajoute sans doute le fait que, contrairement à cette Algérie à feu et à sang des années 1830-1840, une relative sécurité règne dans la province syro-palestinienne soumise au régime militaire centralisé imposé par les Égyptiens [11; ces derniers, en outre, mettent progressivement en œuvre le principe d’égalité de tous leurs sujets devant la loi, mesure sur laquelle s’abstiennent de revenir les Ottomans après le rétablissement de leur domination en 1841.

N’oublions pas enfin les facilités apportées à la circulation dans le bassin méditerranéen par les progrès contemporains des transports maritimes.

Certains notables, il est vrai, ont fait bon accueil aux Français. Ainsi dit-on que, le 29 juin 1830, Bacri et Duran [12], les deux plus grandes notabilités juives d’Alger, allèrent au devant du général de Bourmont, montés sur des mules richement harnachées, suivies d’une longue file de femmes, d’enfants, de chameaux, de mulets, tandis que les Juifs de la ville, soudain insolents avec leurs voisins musulmans, ces « Maures […] dont beaucoup fuirent dans les campagnes voisines [13] », entreprenaient de battre et piller leurs anciens maîtres turcs avec entrain, aux cris de « Viva les Franchais ».

Mais le ralliement public de ces deux grands chefs de clans aux Français ne saurait être tenu pour représentatif du comportement de tous les Juifs d’Algérie.

Marchands et hommes d’affaires, ils représentaient les intérêts du dey Hussein à Livourne et à Marseille. Comme les Busnach, une autre grande famille juive d’Alger, Bacri avait été mêlé trois ans plus tôt à l’affaire de vente de blé à la France par Alger dont le non-paiement avait provoqué en 1827 « le coup d’éventail » du dey au consul de France Pierre Deval [14], cause lointaine, ou plutôt prétexte à l’expédition française contre Alger.

Reste que ces départs ne touchent qu’un petit nombre, même compte tenu des incertitudes sur le nombre de Juifs présents en Algérie en 1830, estimé selon les auteurs à 40 000, soit un peu plus de 1 % de la population algérienne [15], à 30 000 [16], voire à moins de 16 000 personnes [17].

Économiquement parlant, il s’agit essentiellement de citadins, petits artisans ou commerçants. De 3 000 à 5 000 d’entre eux habitent Alger. En outre, les hauts plateaux algériens et le Mzab abritent de petites tribus juives [18].

Si, comme l’observe J. Cohen, quelques grandes familles tiennent le commerce de presque toute l’Afrique du Nord et concentrent les transactions financières, « naturellement, les classes les plus pauvres ([c’est] l’immense majorité) de la population israélite [sont] en butte aux traitements les plus déshonorants de la part de la population.

Il en est d’ordinaire ainsi : presque toujours, le peuple se venge sur les pauvres des griefs que causent à tort ou à raison des coreligionnaires riches [19].

De fait, le statut des Juifs dans la Régence d’Alger est semblable à celui régissant les autres communautés juives de l’Empire ottoman : elle jouit d’une autonomie interne et, en principe, d’une protection en contrepartie de charges particulières, notamment d’un impôt de capitation, et de maintes obligations et limitations humiliantes.

Comme ailleurs dans l’Empire, la communauté est soumise à une double direction interne « laïque » et religieuse, et les rabbins gèrent, outre la vie religieuse, les affaires juridiques de la communauté en vertu de l’autonomie traditionnellement accordée par la Porte dans ce domaine aux communautés non musulmanes.

Cette organisation séculaire est évidemment bouleversée par l’arrivée des Français.

De la même manière que les Musulmans d’Algérie deviennent d’abord des « indigènes musulmans », les Juifs algériens deviennent des « indigènes israélites » soumis en principe aux mêmes règles, celles régissant les « sujets » français ne jouissant pas des privilèges de la citoyenneté.

Pour J. Cohen ce changement ne pouvait que satisfaire les Juifs qui, « dans leur législation nationale », « avaient trouvé le droit d’avoir plusieurs femmes, le droit de répudiation, les lois spéciales sur les successions, les règles particulières au contrat de mariage [20] ».

Mais, dans le même temps et contradictoirement, passer sous la domination française signifiait pour eux reconnaître et se plier aux décisions du Grand Sanhédrin réuni par Napoléon Ier en 1807. Or cette assemblée avait notamment édicté « qu’il est de devoir religieux pour tout Israélite né dans un État ou qui en devient citoyen par résidence ou autrement conformément aux lois qui en déterminent les conditions, de regarder ledit État comme sa patrie [21]».

Cette situation paradoxale n’est pas étrangère aux divergences d’appréciation qui, comme nous verrons, vont exister entre Paris et ses représentations consulaires en Syrie-Palestine quant au droit à la protection française des Juifs algériens ayant émigré au Levant.

Vantant les efforts « d’assimilation intellectuelle et législative des juifs », J. Cohen souligne, quoiqu’il en soit, l’intérêt pour l’entreprise coloniale française à s’attacher les services de cette minorité qui pouvait en quelque sorte servir de groupe intermédiaire entre Français et Arabes.

Cet objectif inspire diverses réformes visant à rapprocher sur le plan administratif et culturel les Juifs d’Algérie de la métropole.

En 1845 en particulier, dans le cadre d’une réorganisation du culte juif sur le modèle consistorial, des rabbins français sont appelés à « seconder de leur mieux les efforts des premières familles juives, en vue de faire progresser la population indigène ».

Toutefois, reconnaît J. Cohen, la transformation ne s’opère pas sans difficulté : « L’influence des rabbins indigènes s’appuyant sur les préjugés depuis longtemps enracinés dans les esprits et sur une certaine appartenance d’orthodoxie, lutte avec quelques avantages contre les idées françaises, et retient à Alger, tout aussi bien que dans les autres localités du littoral et de l’intérieur, un grand nombre d’enfants dans les écoles indigènes, dans les synagogues et dans les oratoires particuliers, qui sont dirigés par des maîtres intolérants et peu éclairés ».

L’entreprise de « francisation » suscite donc des résistances dans la population juive dont l’émigration pourrait être une manifestation.

On peut supposer en effet qu’une partie des émigrants refusent l’« assimilation » et escomptent pouvoir conserver leur mode de vie ancestral en se réfugiant dans une province ottomane.

Dans le même ordre d’idée, il est significatif de constater que, bien que conservant le bénéfice du statut personnel « considéré par la jurisprudence [française] comme réglé par les lois talmudiques [22]», seuls 200 Juifs algériens ont demandé et obtenu la nationalité française avant « le décret de 1870 qui les naturalisa en bloc [23]».

Un particularisme maintenu en Palestine

Les premières familles migrantes, originaires essentiellement d’Alger et d’Oran mais aussi de Constantine pour quelques-unes, s’installent d’abord en Galilée, qu’elles abandonnent pour Jérusalem à la suite du tremblement de terre de janvier 1837 qui détruit les localités de Tibériade, Safed et Haïfa et des exactions réitérées qui suivent la révolte des paysans druzes du Hauran (1837-1838).

Une note rédigée par un envoyé du ministère français des Affaires étrangères permet de se faire une idée plus précise de cette population en août 1837 dans l’ensemble du Levant.

Elle contient en effet un tableau récapitulatif, selon le lieu de résidence, des familles juives ayant déjà demandé la protection française [24] :

population palestine ottomane

Ainsi, outre les immigrants installés dans des localités levantines non-palestiniennes – les 5 dernières –, près de 200 Juifs algériens au moins sont installés en Galilée, tandis qu’environ une cinquantaine se trouvent déjà à Jérusalem, que la majorité de ceux de Galilée vont rejoindre sous peu, poussés pour les raisons que nous connaissons déjà.

La Ville sainte gagne encore en attrait à leurs yeux après 1841, car son retour sous l’autorité de la Porte se traduit par une amélioration de la situation économique de ses habitants.

Leur dynamisme sur ce plan distingue en effet les Juifs algériens de leurs coreligionnaires hiérosolomytains qui se reposent beaucoup sur la charité de la Diaspora (la halouqa [25] pour mieux se consacrer à la prière et à l’étude.

Des familles algériennes prennent part notamment au développement de Jaffa au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Dès 1850, le consulat de France de Jérusalem recense 33 protégés juifs à Jaffa, dont 31 sont originaires d’Alger, de Tlemcen, d’Oran ou de Blida (seize commerçants, sept artisans, un drogman, quatre rabbins et trois sans profession).

En décembre 1853, le vice-consul de France constate à son tour que « d’après les passeports déposés à l’office, il y a à Jaffa 169 Français ou Algériens français [26]».

Avec l’ouverture en 1867 de la route carrossable menant à Jérusalem et la modernisation de son port, Jaffa devient la porte méditerranéenne de la Ville sainte.

Une deuxième liste de protégés établie par le vice-consulat, non datée mais que l’on peut situer du début des années 1880 [27], fait état de 159 protégés dont 58 ont des patronymes juifs maghrébins. Tous, à une exception près, exercent une activité professionnelle.

De septembre 1888 à janvier 1891, sur 250 personnes ayant obtenu du vice-consulat des certificats de nationalité française et de résidence à Jaffa, plus de 200 sont des Juifs d’Algérie ou des descendants.

Dans leur grande majorité ce sont des marchands, des négociants et des commerçants.

En 1903, un document français atteste que 500 Juifs – tous originaires du Maghreb et principalement d’Algérie – bénéficient de la protection de la France [28].

S’il est toujours possible de les distinguer, c’est que, loin de s’être fondus dans la communauté séfarade locale, les nouveaux arrivants ont voulu conserver leur cohésion d’origine, forts de leur patrimoine culturel judéo-arabe comme de leurs liens familiaux [29].certif residence palestine

De la part de ces Juifs originaires d’Algérie, le fait de demander le bénéfice de la protection française [30] – initiative nouvelle dans la région qui revient à chercher à se situer d’emblée en marge du statut auquel sont soumis les Juifs séfarades – est le moyen de conserver leur autonomie et leur identité propre.

Car, de fait, revendiquer un état qui les dispense de la capitation, de la conscription et de la juridiction locale revient non seulement à se soustraire à la loi commune régissant le sort des Juifs dans l’Empire ottoman, mais aussi à la tutelle des notables de la communauté séfarade vivant dans le pachalik de Jérusalem.

Il n’est guère étonnant donc que les intérêts des Juifs « Moghrabi » et de la communauté séfarade locale (le kolel) se soient heurtés.

À leur arrivée à Jérusalem en 1837-1838, les nouveaux venus ont pourtant tenté de s’intégrer à la communauté séfarade de la ville, la seule reconnue à l’époque par les autorités ottomanes. Mais on leur refuse une part équitable du partage de la halouqa, tout en voulant les faire participer aux dépenses collectives pour le paiement de la capitation et des compensations pour la dispense de service militaire.

Or, soulignent les « Algériens », ces dépenses ne peuvent leur être imputées du fait de la protection française à laquelle ils peuvent prétendre.

L’arrivée toutefois en 1854 du rabbin marocain David Ben-Shimon, qui prend la direction de la communauté moghrabi [31][, permet l’ouverture de négociations avec les responsables séfarades de la ville.

Dans le même temps le rabbin Haïm Abulafia de Tibériade (où les Maghrébins se sont plus aisément insérés) prend la direction du kolel séfarade.

En 1860 un compromis est réalisé entre les dirigeants de la communauté maghrébine et le kolel de Jérusalem, permettant une organisation autonome dans le cadre de celui-ci [32].

Toutefois, les relations se détériorent à nouveau et en 1866, prenant prétexte d’un différend sur l’abattage rituel, les Juifs maghrébins quittent le kolel et créent leur propre communauté.

Ils sont les premiers à édifier un quartier en dehors de l’enceinte de Jérusalem, Mahane Israël.

Les consuls et Paris face à la question de la protection

L’arrivée de Juifs algériens en Palestine attire évidemment l’attention des autorités françaises et de leurs représentations consulaires au Levant.

Peut-on leur accorder les droits prévus par les Capitulations aux nationaux français?

C’est la première fois que des non-Européens en réclament le bénéfice ; ne risque-t-on pas, tandis que se poursuit la conquête de l’Algérie, de voir croître le nombre des émigrants vers les provinces arabes de l’Empire ottoman, la France se trouvant alors dans l’obligation paradoxale d’avoir à accorder une protection en terre étrangère à des personnes considérées comme ses sujettes, mais qui, dans le même temps, fuiraient pour une raison ou une autre l’autorité française?

Toutes ces questions ont présidé à la rédaction de la circulaire du 31 janvier 1834 citée plus haut, en même temps que d’autres touchant à la « Question d’Orient » : les relations privilégiées, mais aussi très ambiguës que la France entretient dans les années 1830 avec l’Égyptien Mehmed Ali, et le jeu britannique – Londres ne reconnaît pas en effet la légitimité de la conquête de l’Algérie.

D’entrée de jeu, la directive de 1834 jette la suspicion sur ces Musulmans et ces Juifs qui « se prétendent algériens ».

Seuls, décrète-t-elle, ceux qui manifestent l’intention de revenir à Alger pourront bénéficier de la protection le temps de leur séjour en Syrie-Palestine.

Mais la seule catégorie qui trouve vraiment grâce aux yeux des autorités comprend ceux qui ont obtenu un passeport à Alger « depuis que nous en sommes les maîtres [33».

Et pour bien insister sur le fait que les personnes classées dans les trois premières catégories ont démérité, le texte souligne qu’elles « n’ont plus aucune espèce de titre à la protection française ».

L’unique élément laissé « à l’appréciation des consuls du roi » – et qui, par la suite, a permis une certaine souplesse dans l’application de la circulaire et enfin son détournement – porte sur la décision d’accorder ou non la protection à ceux qui affirment vouloir revenir en Algérie ; aucun délai n’est en effet fixé pour cet éventuel retour.

C’est que le développement d’une émigration algérienne en Palestine paraît indésirable, du moins en un premier temps, aux autorités politiques parisiennes.

À la veille d’entreprendre la colonisation de l’Algérie, elles ne souhaitent pas avoir de problèmes avec la Porte à propos de cette question de souveraineté, mineure mais particulièrement sensible estime-t-on à Paris.

En revanche, les consuls envisagent d’utiliser la protection des Juifs algériens – à l’instar de celle des chrétiens latins – pour étendre l’influence française sur cette zone névralgique qu’est la Palestine, tant face à la Porte que vis-à-vis des autres puissances rivales.

Ils penchent donc pour accorder les protections demandées. Il y a bel et bien une divergence de vue entre le Quai d’Orsay et ses consuls à ce propos.

Au point que le consul de France à Beyrouth Henry Guy est rappelé à l’ordre en 1837, à l’occasion d’une tournée d’inspection d’un fonctionnaire du ministère [34].

Après avoir approuvé le comportement humanitaire du consul envers les Juifs algériens obligés de fuir Safed, l’envoyé parisien lui fait néanmoins observer que cette attitude peut entraîner de graves inconvénients comme la revendication par les rabbins de Safed du droit de diriger « la nation juive algérienne [35».

Autre inconvénient : le « chiffre énorme » des immigrants algériens ayant demandé la protection depuis l’occupation d’Alger par les Français – il s’agit de ces 143 familles « composée de 456 individus » attestées par un tableau récapitulatif cité plus haut.

Ces Algériens, « dont l’activité économique est négligeable [36]. « Il paraît y avoir peu de riches parmi les Juifs… » sont accusés de ne tenir à la France et de ne rechercher sa protection que pour l’exemption des taxes qui y est attachée.

Bien qu’arrivés pour la plupart depuis « l’occupation française », ces Algériens ne méritent pas que l’on s’intéresse à eux, d’autant que « [leurs] usages et [leurs] mœurs sont orientaux ». Il faut donc les « laisser vivre à leur guise ». Dernier argument, « ces compatriotes » (l’utilisation de ce terme est surprenante…) sont « ennemis de toute police » et « rien de flatteur » ne peut être dit « sur leur moralité ».

Répondant à cette injonction apparemment comminatoire, Henry Guy propose, en se référant à son expérience, de classer les immigrants en deux catégories : les « visiteurs » qui pourraient recevoir une protection temporaire (sans précision de durée) et les « dévots » qui seraient protégés définitivement, à condition d’accepter de résider dans une ville abritant une population juive importante [37].

Car, souligne le consul, « des Juifs Hollandais, Prussiens, Russes, Autrichiens et de plusieurs autres nations sont dans le même cas que les Juifs Algériens et, comme ils sont protégés par la Puissance à laquelle ils appartiennent, la France ne saurait être moins généreuse qu’elles [38]».

Le consulat de France à Jérusalem est inauguré en juillet 1843.

Dans sa première dépêche relative aux Algériens, datée du 18 septembre de cette année-là, le consul Gabriel de Lantivy affirme son intention d’appliquer la circulaire de 1834 ; les Juifs algériens, selon lui, n’ont « pas de droits politiques [39 ».

Mais d’autres préoccupations prennent rapidement le dessus sur ces considérations à en juger par le satisfecit qu’il s’accorde en janvier 1844 : il attribue en effet à l’exercice de sa protection les progrès sur le chemin de la civilisation accomplis par les Juifs d’Algérie de sa circonscription, généralement plus moraux, selon lui, que les autres habitants de ce pays [40].

Au-delà de ses pétitions de principes, Lantivy s’est sans doute, lui aussi, rendu compte que les Algériens pouvait constituer l’un des pions dont on pourra faire usage, si nécessaire, sur l’échiquier levantin.

Cependant, en avril 1845, un nouveau rappel à l’ordre vient cette fois du ministère de la Guerre, qui, peu sensible pour sa part aux subtiles stratégies diplomatiques et politiques à Jérusalem, se soucie surtout de l’Algérie qu’il administre à l’époque.

Il préconise de tarir à la source l’émigration juive :

  • « 1° Il ne sera délivré désormais de passeport pour le Levant qu’à ceux des Israélites de l’Algérie qui par une déclaration écrite affirmeront posséder des ressources suffisantes pour subvenir aux frais de leur voyage, aller et retour : mention de la déclaration dont il s’agit sera faite sur le passeport et relevée à chaque consulat.
  • 2° Après un délai déterminé par eux à l’avance, ils seront considérés comme ayant quitté l’Algérie sans esprit de retour et seront dénationalisés par ce fait [41]».

Ce dernier terme est étrange et n’a aucun sens juridique, puisqu’en 1845, rappelons-le, les Juifs algériens n’étaient encore que des « indigènes juifs » sujets de la France, au même titre que les « indigènes musulmans ». De toute façon, l’injonction reste apparemment sans effet.

C’est le consul Paul-Émile Botta qui donne toute sa dimension à la question des Algériens en 1849.

Comme ses prédécesseurs, il commence par faire allégeance à la circulaire de 1834 en affirmant son intention de « retirer ou refuser la protection française à plusieurs Juifs qui ne pouvaient prouver leur nationalité d’une manière évidente [42] ».

Mais il y a un inconvénient de taille à se montrer par trop rigoureux : tout Algérien « expulsé » de la protection française est immédiatement pris en charge par les Anglais, qui se montrent d’autant plus complaisants que le nombre de leurs protégés est très faible, aucun lieu saint n’étant placé sous l’emprise du rite anglican [43.

Le consul propose donc de faire d’une pierre deux coups en retournant cette situation en faveur de la colonisation française de l’Algérie pour laquelle Paris continue à rechercher la reconnaissance internationale.

Puisque le représentant de la couronne britannique «ne manque jamais de demander si le consulat français n’a aucune objection» à faire avant de prendre en charge la protection d’un Juif algérien, cette démarche à elle seule équivaut, soutient-il, à une «sorte de reconnaissance tacite de notre domination en Algérie [44]».

À partir des années 1850 il n’est plus fait état dans la correspondance diplomatique d’un quelconque différend entre Paris et les représentations consulaires quant à la protection des Juifs d’Algérie.

Il y a de bonnes raisons de penser que les autorités françaises laissent désormais les consuls juges de leurs décisions.

Les différends avec la Porte

En revanche, pour les autorités ottomanes de Jérusalem, il va de soi que les Algériens, juifs ou musulmans, sont tous des sujets de la Porte.

Ils viennent certes d’une province lointaine qu’une puissance étrangère est en train de conquérir, mais leur appartenance à la communauté ottomane n’en est pas pour autant contestable.

Les différends à ce propos apparaissent du coup dès les premières années de la conquête de l’Algérie.

En 1835, l’agent consulaire à Haïfa, Jacques Bernard, signale au consul de France à Beyrouth, Henry Guy, que le gouverneur de Safed persiste dans son intention de soumettre des Juifs algériens à l’obligation de la capitation, comme il est de règle pour les autochtones non-musulmans [45].

En 1836, à Shef’amr [46] Aujourd’hui Shfar’am., où s’étaient réfugiées des familles ayant fui Safed lors de la révolte des fallahin de 1834, le gouverneur agit de même. L’agent consulaire à Haïfa intervient alors auprès du Sulayman Pacha (l’ex-colonel Sève) [47, chargé par les autorités égyptiennes des protégés en Syrie.

Ce dernier confirme que le droit commun s’applique à ces Algériens au motif qu’ils résident depuis quatre ans dans la province [48].

Au cours des décennies qui suivent, les litiges, récurrents, sont pourtant la plupart du temps réglés en faveur des Français. Il ne s’agissait, en effet, que de quelques centaines de personnes, raison pour laquelle les autorités locales choisissaient, tout compte fait, l’apaisement.

Mais l’arrivée en Syrie-Palestine de Juifs plus nombreux fuyant l’Europe de l’Est à partir des années 1880 modifie la donne et pousse les autorités ottomanes à réagir avec plus de rigueur que par le passé.

juifs de jerusalem
Juifs à Jérusalem – Cette gravure extraite de l’ouvrage d’un voyageur britannique J. I. Porter, Jerusalem, Bethany and Bethleem (Londres, 1887, p. 69), est très représentative du regard occidental. Celui-ci distingue tout juste deux types de Juifs dans la Ville sainte : le Juif dit « oriental », sans mention d’une origine précise, éventuellement maghrébine (à gauche), et le Juif ashkénaze (à droite).
Constantinople édicte diverses mesures destinées à limiter ce flux.

La première limite la durée du séjour pour tous les étrangers ; la seconde leur interdit d’acquérir un bien immobilier, ce qui gène « les entreprises privées, industrielles ou agricoles [qui] ne réussiraient à s’établir qu’au prix de sacrifice pécuniaires énormes accompagnés de la plus grande patience et de la plus grande ténacité chez les entrepreneurs, tracasseries dont on n’obtient la cessation momentanée qu’au moyen de nouvelles largesses distribuées aux fonctionnaires de tout rang [49]».

Allusion à la pratique des prête-noms et du bakchich qui, au bout du compte, vide la mesure d’une grande partie de son efficacité.

Lorsqu’en 1885 on signale au consul de France à Jérusalem la présence indue dans la ville de Juifs « qui se prévalent de la protection française et qui se refusent de quitter le pays dans le délai fixé [50]», soit un mois à compter de leur arrivée à Jaffa, l’affaire semble être restée sans suites ; le consul Charles Ledoulx n’en fait tout simplement pas état auprès de sa hiérarchie.

Toutefois, près de deux ans plus tard, le 17 septembre 1887, il estime cette fois devoir signaler au Quai que le pacha de Jérusalem « Réouf Pacha a écrit, la semaine dernière, une nouvelle lettre semblable aux précédentes à tous les Consulats de Jérusalem » exigeant le départ de tout visiteur juif du pachalik, avant 31 jours de présence. Le consul aurait répondu qu’« outre le fait que l’Ambassade de la République à Constantinople n’avait jamais notifié au Consulat de Jérusalem l’iradeh [l’édit impérial] visé par le Gouverneur » il se trouvait, « par suite, dans l’impossibilité de prêter [son] concours sans instructions préalables, à l’exécution d’une mesure impliquant une dérogation formelle aux conventions internationales qui garantissent la liberté de séjour sur le territoire ottoman à tous les Français, sans distinction de religion [51]».

Si le consul n’a pas alerté Paris plus tôt, c’est qu’« en fait la mesure d’exclusion n’était appliquée avec quelque continuité qu’aux seuls israélites russes, si bien que le public était convaincu que le décret prohibitif ne concernait que les israélites de cette nationalité ».

Et de conclure : « Il me revient que les Consulats de Russie et de Grèce seraient disposés à admettre les vues du Gouvernement Ottoman à l’égard de la direction du séjour des Israélites en Palestine ; d’autre part, croit-il savoir, les Consuls d’Autriche, d’Italie et d’Allemagne ont sollicité ou vont solliciter les instructions de leurs Ambassades respectives [52]».

En 1888 un nouvel incident met en cause un Juif détenteur d’un passeport français au nom de Ben Simon. Selon le vice-consul Alex Luccianoff, « le Caïmacam [le chef militaire provincial] a répondu à [sa] protestation, déclarant que, d’après les ordres qu’il a, il a défendu l’accès en Palestine aux Juifs européens, sans exception de nationalité. Cependant, sur une seconde protestation […] adressée à l’Autorité locale, pour un Français […], Simon Ben–Simon, comme il venait d’Égypte et non d’Europe, le Caïmacam lui a fait remettre son passeport et lui a fait délivrer un teskéré [53][53] Le teskéré ou « passeport rouge » est le document remis… pour Jérusalem [54] ».

Il semble donc que, compte tenu du faible nombre de Juifs protégés français, il a été possible, la plupart du temps, de trouver des arrangements avec la Porte sur la question des séjours.

En revanche, la question immobilière prend une tout autre importance dans les disputes entre les consulats et les autorités locales.

En effet, selon la coutume musulmane et le droit ottoman, la terre – et par extension l’habitation – appartient à celui qui la travaille.

Partant de là, tout occupant d’une habitation peut prétendre à la propriété de la terre qui lui est attachée.

Or l’arrivée de Juifs d’Europe de l’Est à partir de 1882 a augmenté le besoin de logements. La ville de Jérusalem s’étend depuis le milieu du XIXe siècle vers l’ouest, au-delà de la muraille. Elle poursuit son extension dans les années 1870 vers l’est et le sud.

Face à la spéculation immobilière devenue une activité florissante [55], les autorités locales décident d’interdire aux Juifs étrangers ou autochtones (ceux-ci servant de prête-nom) « l’achat, la vente, la mutation et le transfert de propriétés immobilières » en Palestine.

Or, le 25 décembre 1892, un groupe de protégés juifs français originaires d’Algérie demande au consul général de France à Jérusalem « de vouloir bien considérer [leur] misérable situation, et faire toutes les démarches nécessaires pour [les] en sauver en obtenant la révocation de cet ordre si périlleux pour [eux] et pour toute la ville ».

Ils possèdent, expliquent-ils, quelques immeubles et terrains, et risquent d’être ruinés à bref délai si cette mesure – qui, de fait, interdit du même coup le renouvellement des hypothèques dont ces biens sont l’objet – n’était pas rapportée. Car « les terrains seront vendus presque pour rien, le nombre des acheteurs ayant été réduit à une petite partie des habitants ».

Informant l’ambassadeur de France à Constantinople de cette requête le 17 janvier 1893 [56], Charles Ledoulx estime en effet que la mesure – contraire, selon lui, aux Capitulations et aux décrets impériaux consacrant l’égalité entre les différentes communautés – « porte un préjudice considérable aux personnes qu’elle vise », mais qu’elle lui paraît « sinon justifiée, tout au moins provoquée » par les achats fonciers « considérables » effectués récemment en Palestine par des associations philanthropiques juives.

Cela étant, ces interdits et restrictions ne sauraient, du point de vue des représentants diplomatiques et consulaires français, concerner les protégés français.

Et, nonobstant les démarches des autres chancelleries pour tenter d’obtenir l’annulation des décisions de la Porte frappant les Juifs, autochtones ou immigrants, ils maintiennent que ces restrictions ne sauraient les concerner puisque « la législation française ne fait point acception des confessions religieuses et reconnaît les mêmes droits à tous les Français à quelque culte qu’ils appartiennent. Les Français ayant, aux termes des conventions en vigueur, le droit de circuler et de s’établir dans l’Empire Ottoman, ce droit ne peut être contesté aux Israélites sujets français [57]».

Le 19 mars 1901, le ministre des Affaires étrangères confirme le caractère définitif de cette position, en invitant l’ambassadeur de France à Constantinople « à maintenir catégoriquement le principe […] d’après lequel tous les citoyens français, à quelque culte qu’il appartiennent, ont le droit de circuler et de s’établir dans l’Empire ottoman [58]».

Trois semaines plus tôt, le 25 février 1901, le ministère rappelle cependant à ses représentants la première règle diplomatique, le règlement des conflits par la pratique quotidienne de l’« arrangement » avec l’autorité locale, tout en laissant malgré tout « une certaine latitude » aux consuls pour régler d’éventuels incidents [59]..

La modestie des effectifs de ces Juifs algériens installés en Terre sainte, le peu d’impact de cette immigration, notamment au regard des bouleversements consécutifs aux deux grandes alyoth (immigrations) survenues entre la fin du XIXe siècle et l’établissement du mandat britannique, ont conduit les auteurs à négliger cet aspect particulier de l’histoire de la Palestine, lieu géométrique de l’affrontement entre les puissances et l’Empire ottoman finissant.

Mérite-t-il d’ailleurs une étude, et même ce simple survol ?

En nous y livrant, nous n’avons pas voulu céder à cette mode actuelle voulant que tout microcosme, toute trajectoire historique singulière ou excentrée soit les véritables révélateurs de la réalité historique au détriment des grands mouvements socio-politiques des peuples, mais montrer combien ce groupe de quelques centaines de personnes s’est trouvé au cœur même du tourbillon de l’histoire méditerranéenne du XIXe siècle, ainsi que la subtilité et la multiplicité des fils tressant les entrelacs de l’expansion impériale française.

Pour Paris, l’importance de la question du droit à la protection des Juifs d’Algérie ne peut être correctement appréhendée que rapportée à la stratégie française d’élargissement de l’influence impériale en Palestine, et donc plus globalement, au lot qui serait celui de la France lors du futur partage de l’Empire ottoman.

Hésitante toutefois dans les toutes premières décennies, cette attitude prend résolument forme après la défaite de 1870 face à la Prusse et l’avènement de la République bourgeoise en France, lorsque la politique coloniale prend son plein essor, notamment en Algérie.

Le décret Crémieux constitue l’un des éléments visibles de cette ambition affirmée d’intégrer dans le domaine français la possession la plus proche de la métropole.

Et, par un effet quasi-automatique, les Juifs algériens émigrés en Palestine deviennent, de protégés territoriaux qu’ils étaient jusque-là, des citoyens français «à part entière» résidant en Palestine, dont le statut est assurément plus certain que celui des quelques centaines de chrétiens latins protégés historiques de la France.

Et, précisément, ce cheminement, fondamentalement différent de celui des Juifs des grandes aliyot, contribuera d’une certaine manière à empêcher les autorités françaises de prendre la mesure, dans leur politique proche-orientale, du caractère entièrement neuf du sionisme dans son processus de concrétisation en terre d’Israël.

Mais, en corollaire, les Juifs d’Algérie en Orient ne sont pas des acteurs passifs de ce jeu. Moyen d’échapper aux inconvénients de la souveraineté ottomane, la protection française leur permet tout autant de se soustraire à la tutelle de leurs coreligionnaires séfarades en Palestine.

NOTES
  • [1]
    La province ottomane palestinienne, c’est-à-dire la province de Jérusalem, au statut administratif d’ailleurs variable, ne comprenait pas la Galilée. Aussi ce texte ne traitera-t-il pas de cette région où l’installation des Juifs d’Algérie, notamment à Safed et Tibériade, suit un cours différent qui mériterait une étude à part entière. Le terme géographique de Syrie englobe alors, outre la Syrie actuelle, des territoires adjacents dont la région palestinienne.
  • [2]
    Michal Ben Ya’akov, « The Immigration of North African Jews in Nineteenth-Century Eretz-Israel : Origin and Destination », in Eleventh World Congress of Jewish Studies, Jérusalem, 1994.
  • [3]
    J. Cohen, Les Israélites d’Algérie et le décret Crémieux, Paris, 1900, p. 38.
  • [4]
    L’historiographie israélienne, lorsqu’elle traite des documents et de la correspondance entre les communautés juives du XIXe siècle, distingue rarement les immigrants venant du Maghreb. La grande majorité des chercheurs utilisent les termes vagues de « Maghrébins » ou de « Juifs d’Afrique du Nord » ou encore l’expression « les Africains ». C’est seulement ces dernières années que des recherches ont été entreprises spécifiquement sur les immigrants juifs d’Afrique du Nord.
  • [5]
    Nous avons dépouillé la correspondance des consulats de Beyrouth, Damas et Jérusalem ainsi que celle des agences consulaires placées sous leur juridiction.
  • [6]
    Ministère des Affaires étrangères (désormais MAE), Paris, Correspondance politique et consulaire (désormais CPC), Beyrouth, non numéroté, 2 août 1830.
  • [7]
    La représentation consulaire française à Jaffa date de 1841, date où la Palestine – à l’exception de la Galilée – devient une circonscription administrative ottomane, le mutassarfliq (province) de Jérusalem. Avant la création d’un consulat de France à Jérusalem en 1843, c’est celui de Beyrouth qui est en charge des sanjaks (districts) palestiniens.
  • [8]
    MAE, Paris, Correspondance consulaire et commerciale (désormais CCC), Beyrouth, circulaire du ministre Drouyn de Lhuys, Paris, 31 avril 1834.
  • [9]
    Simon Schwarzfuchs, Les Juifs d’Algérie et la France (1830-1855), Jérusalem, 1981, p. 26, citant comme source Charles-André Julien, Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 1, Paris, PUF, 1986, p. 10.
  • [10]
    Le rapport de la commission est paru dans le Moniteur universel en 1834. Sur les exactions subies par exemple par les Juifs de Mascara à l’occasion de la guerre entre la France de Louis-Philippe et Abd el-Kader, se reporter à l’article de Valérie Assan dans ce même dossier.
  • [11]
    Le roi d’Égypte Mehmed Ali contrôle la contrée de 1832 à 1841. Cf. Rina Cohen, La Palestine et ses populations vues par les consuls de France (1841-1869), thèse soutenue le 9 septembre 1999 à l’INALCO, préambule.
  • [12]
    Jacob Bacri était issu d’une famille originaire de Livourne comme Busnach, son partenaire dans les tractations entre les Français et le dey Hussein. Contrairement à leurs coreligionnaires algériens, qui formaient la masse misérable de la communauté juive, les Livournais se créèrent un empire financier et acquirent un poids politique sans précédent dans la Régence. Cf. Amar Hamdani, La Vérité sur l’expédition d’Alger, Paris, 1985, p. 37.
  • [13]
    Marc Baroli, La Vie quotidienne des Français en Algérie (1830-1914), Paris, 1967, pp. 88-89.
  • [14]
    Fils d’un drogman de l’ambassade de France à Constantinople, né en 1760, drogman à Saïda, Alep et Alexandrie puis consul à Bagdad de 1786 à 1794, ce personnage de moralité plus que douteuse était de toutes les combines louches, voir à ce sujet A. Hamdani, op. cit., et C.-A. Julien, op. cit., pp. 23-24.
  • [15]
    Jacques Taieb, « Combien y avait-il de juifs en Algérie ? », Revue des études juives, CLV (3-4) juillet-décembre 1997, pp. 163-467.
  • [16]
    J. Cohen, op. cit., p. 24.
  • [17]
    S. Schwarzfuchs, op. cit., p. 26
  • [18]
    Mathéa Gaudry, La Société féminine au Djebel Amour et au Ksel, Alger, 1961.
  • [19]
    J. Cohen, op. cit., p. 38 sq.
  • [20]
    Op. cit., p. 45.
  • [21]
    Op. cit., pp. 58-59.
  • [22]
    Op. cit., pp. 75-86.
  • [23]
    Paul Leroy-Beaulieu, L’Algérie et la Tunisie, Paris, 1887, p. 45. L’auteur précise, p. 66, que, selon le recensement de 1886, on comptait 23 376 Juifs algériens naturalisés par le décret du 24 octobre 1870 et 19 368 Français nés d’israélites naturalisés.
  • [24]
    MAE, Nantes, Série Jérusalem, carton Affaires algériennes, Algériens Tunisiens, Beyrouth, 31 août 1837.
  • [25]
    La pratique de la collecte des dons au profit des Juifs pieux de Terre sainte remonte fort loin dans le temps, mais l’organisation moderne de la Halouqa date de 1809. Elle a été fondée par Hirsch Leven, un rabbin orthodoxe d’Amsterdam, l’une des villes où les dons sont rassemblés avant d’être expédiés en Eretz Israel (N.D.L.R.).
  • [26]
    Ibid., carton : Agence consulaire de Jaffa, 6 mars 1850.
  • [27]
    Ibid., carton : Agence consulaire de Jaffa (1843-1880).
  • [28]
    Ibid., carton : Questions juives, 17 novembre 1903.
  • [29]
    Zvi Kargila, Le Yishouv en Eretz-Israël sous l’occupation égyptienne (1831-1840), Tel-Aviv, 1990, p. 39 (en hébreu).
  • [30]
    Tudor Parfitt, «Le consulat français et le yishouv en Palestine au XIXe siècle», Cathedra 5, pp. 144-161 (en hébreu).
  • [31]
    Le comité de la communauté ma’aravi est créé sous sa direction à Jérusalem.
  • [32]
    Zvi Kargila, op. cit., pp. 39-40.
  • [33]
    Voir le texte de la circulaire au début de l’article.
  • [34]
    MAE, Nantes, Série Jérusalem, carton Affaires algériennes, Algériens Tunisiens, Beyrouth, 31 août 1837.
  • [35]
    Ibid.
  • [36]
    Ibid. « Il paraît y avoir peu de riches parmi les Juifs Algériens qui exercent la plupart les professions de ferblantiers, de tailleurs, de cordonniers, de savetiers, de portefaix, de marchands colporteurs, de boutiquiers. Quelques-uns cependant font le commerce plus en grand ».
  • [37]
    Ibid.
  • [38]
    Ibid.
  • [39]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, n° 25, 18 septembre 1843.
  • [40]
    Ibid., n° 44, 28 janvier 1844.
  • [41]
    MAE, Nantes, Série Jérusalem, carton Affaires algériennes, Circulaire du 30 avril 1845.
  • [42]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, n° 3, 17 janvier 1849.
  • [43]
    Ibid.
  • [44]
    Ibid.
  • [45]
    MAE, Nantes, Série Beyrouth, carton : 1834-1835, Caïphe [i.e. Haïfa], 22 octobre 1835.
  • [46]
    Aujourd’hui Shfar’am.
  • [47]
    Le colonel Sève est un officier vétéran de l’armée napoléonienne mis à pied sous la Restauration, qui, converti à l’islam et devenu Suleyman Pacha, est passé au service du souverain d’Égypte.
  • [48]
    MAE, Nantes, Série Beyrouth, carton 17, Caïphe n° 29, 10 juin 1836.
  • [49]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, Jaffa n° 1, 2 juin 1887.
  • [50]
    MAE, Nantes, Série Jérusalem, carton : Affaires juives, Jérusalem, 9 décembre 1885.
  • [51]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, n° 16, 17 septembre 1887.
  • [52]
    Ibid.
  • [53]
    Le teskéré ou « passeport rouge » est le document remis au visiteur débarquant en Palestine en remplacement de son passeport, valant titre de séjour provisoire. Selon Catherine Nicault (dir.), Jérusalem 1850-1948, Paris, Autrement, 1999, p. 48 (N.D.L.R.).
  • [54]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, Jaffa, n° 15, 5 avril 1888.
  • [55]
    Sur les transactions immobilières, voir Amnon Cohen, Elisheva Ben Shimon, Eyal Ginio, Les Juifs devant le tribunal musulman – Société, économie et organisation communautaire au XIXe siècle, Documents de la Jérusalem ottomane, Jérusalem, Éditions Ben-Zvi, 2003, pp. 238-396, (en hébreu).
  • [56]
    MAE, Paris, CCC, Jérusalem, pièce jointe à la dépêche n° 421, 18 janvier 1893.
  • [57]
    MAE, Paris, CPC, Jérusalem, Thérapia 24 septembre 1898.
  • [58]
    Ibid., 19 mars 1901.
  • [59]
    MAE, Nantes, Série Jérusalem, carton : Questions juives, Paris, le 25 février 1901.

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