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Chef-d’oeuvre de l’art comtadin du XVIIIe lors de sa reconstruction, la synagogue de Cavaillon date du XVe siècle.

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Pourvue d’un mobilier style Louis XV et d’un musée judéo-comtadin.

La façade au sud flanquée sur deux niveaux est épurée, elle s’harmonise ainsi au tissu urbain. Les constructions en hauteur sont privilégiées dans les rues étroites de l’époque.

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la Synagogue de Cavaillon et sa tour médiévale.
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Ouvrages anciens à la Synagogue de Cavaillon

Le lieu de culte principal est au premier étage, il est réservé aux hommes. L’intérieur de la salle haute est richement décorée. Le style rococo superpose le mélange de deux cultures, juive et provençale. La tribune du rabbin s’élève entre deux escaliers, avec une somptueuse balustrade en fer forgé.

Au rez-de-chaussée, la salle réservée aux femmes est plus sobre, un espace leur permettait juste d’apercevoir les livres sacrés.

Cette salle servait également de boulangerie, notamment au moment de la Pâque juive, en témoigne le four, où l’on préparait le pain azyme.

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Four à pain de la boulangerie de la Synagogue de Cavaillon

S’ajoute à cet ensemble le bain rituel – une large piscine permettant aux femmes de se « purifier ».

La boulangerie accueille depuis 1960 un musée judeo-comtadin, témoignant à travers de multiples objets de la vie des carrières.

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Patrimoine historique de la Synagogue de Cavaillon

Paradoxalement le décor somptueux de la synagogue de Cavaillon ne laisse rien voir de la dure vie des carrières, les ghettos juifs de Provence sous l’Ancien Régime.

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Arche Sainte de la Synagogue de Cavaillon
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A droite, le fauteuil du prophète Élie de la Synagogue de Cavaillon
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Le tabernacle qui contient les rouleaux de la Torah – Synagogue de Cavaillon

Histoire des juifs de Provence à travers la Synagogue de Cavaillon

À la fin du XIIIe siècle en 1394, les communautés hébraïques, expulsées du Royaume de France, se réfugient dans le Comtat Venaissin, un état indépendant appartenant à la papauté du XIIIe au XVIIIe siècle.

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Ils furent appelés « les juifs du pape » par la population locale, puisqu’ils dépendaient de lui en bénéficiant de son accueil, mais la tolérance du pape était toute relative :

Au XVe siècle, les Juifs de Cavaillon étaient obligés de vivre dans un ghetto de quelques rues (« carriero » en provençal), fermé chaque soir pour la nuit.

Au XVIIe siècle, avec la Contre-Réforme, cette mesure se renforça. L’exclusion, l’insécurité, la promiscuité et les problèmes d’hygiène étaient le quotidien des habitants.

Les humiliations étaint nombreuses pour cette petite communauté, voisine de quelques kilomètres de celles de Carpentras, d’Avignon, et de L’Isle sur la Sorgue, d’autres ghettos.

Si le droit de culte et de s’administrer leur était reconnu, Les hommes juifs étaient obligés de porter un chapeau de couleur jaune pour se déplacer. Ils devaient payer des taxes particulières. Ils devaient aussi assister à des sermons chrétiens les appelant à la conversion, etc…

Seuls les métiers autorisés par le pape leur étaient accessibles. Les habitants des carrières se spécialisèrent donc dans la friperie et le prêt d’argent.

Exclue de la société, la carrière s’organise. Elle a ses règles et ses chefs. La vie tourne autour de la synagogue. Lieu où se déroule la prières, l’éducation et les assemblées.

Les carrières ne furent supprimées qu’après la Révolution française, en 1790-1791. La synagogue de Cavaillon est le seul témoin vraiment conservé de la vie collective de ces carrières.

Pour l’Eglise, le maintien d’un petit groupe de juifs misérables et abaissés doit témoigner du sort d’Israël, puni pour avoir refusé le christianisme.

La répétition au cours des âges de mesures restrictives est toutefois l’indice qu’elles étaient en réalité peu appliquées.

Les « juifs du pape », comme ils seront appelés, semblent avoir eu de bonnes relations avec leurs concitoyens chrétiens.

Au cours du XVIIIème siècle, la situation économique des juifs s’améliore. Les comtadins voyagent beaucoup dans tout le Midi de la France, certains s’installent de façon semi-permanente à Nîmes, Montpellier, etc…

L’usage du français se répand. Témoin de cette prospérité nouvelle, la construction de la splendide synagogue de Carpentras. Par contre, la vie quotidienne ne peut guère refléter l’enrichissement des juifs du Pape, qui ne peuvent s’établir hors des « carrières » surpeuplées où les maisons de six ou sept étages apparaissent aux yeux des voyageurs qui arrivent à Carpentras comme de véritables gratte-ciels.

La Révolution française, avec le rattachement à la France d’Avignon et du Comtat Venaissin, marque pour les juifs une véritable libération.

Malgré une opposition (peu virulente, d’ailleurs) de certains, les juifs du Pape deviennent citoyens français.

En quelques années, les carrières se vident. Les juifs prennent une part active aux évènements révolutionnaires, en particulier à Nîmes, et se dispersent dans toutes les grandes villes du Midi, et jusqu’à Paris.

Photos anciennes de juifs en Provence

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Photos anciennes de juifs en Provence2
Juifs dans la Synagogue de Cavaillon

http://www.avignon-et-provence.com/

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