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La véritable Rebecca de “L’Ivanhoe” de Walter Scott

Une fille d’Israël. Telle notre matriarche Rivka, Rebecca Gratz, grande philanthrope juive américaine, incarnera aussi l’image du Hessed en vouant toute sa vie aux plus démunis.

Convaincue que la transmission de l’identité juive incombe aux femmes, elle sera connue pour avoir été la fondatrice des premiers organismes communautaires juifs en Amérique.

Sa beauté et la pureté de son âme inspireront à l’écrivain Walter Scott, l’héroïne juive médiévale ”Rebecca”, du célèbre roman ”Ivanhoé”.

Rebecca Gratz 2

Née en 1781 dans une famille de douze enfants, Rebecca est élevée dans la tradition juive orthodoxe. Elle développera très tôt des talents d’écriture et atteindra une grande instruction en puisant toute son adolescence dans la très riche et étendue bibliothèque de son père, négociant et propriétaire foncier prospère très influent de Philadelphie.

Bien qu’observante, la famille Gratz est cependant aussi ouverte sur la haute société non-juive. Belle jeune fille de la classe aristocratique, Rebecca évoluera dans les salons littéraires très en vue de l’époque. Ses connaissances incluront des figures politiques, des artistes et des auteurs prestigieux avec lesquels elle correspondra toute sa vie. Faisant partie de la jeunesse post-révolutionnaire, elle sera activement engagée politiquement et luttera sans relâche contre l’esclavage.

En 1798, les nombreux orphelins et veuves engendrés par l’épidémie de fièvre jaune émeuvent Rebecca. Elle s’éloigne peu à peu de l’univers pompeux des bals pour se lancer à 20 ans dans son premier projet philanthropique : elle fonde avec sa mère et une vingtaine de femmes juives et non-juives la première organisation féminine charitable non sectaire de Philadelphie visant à soulager les femmes et les enfants défavorisés. Elle en sera la secrétaire durant 22 ans, sacrifiant ainsi sa plume d’écrivain à la rédaction des rapports annuels et correspondances de l’organisation. Cette association deviendra un modèle pour nombre d’autres organismes que Rebecca aidera à établir et que seules des femmes gèrent…une première pour l’époque.

Rebecca sera ainsi grandement admirée pour avoir suscité par son engagement, l’émergence d’une nouvelle identité pour les femmes américaines.

En 1815, elle aide à fonder le premier orphelinat non sectaire de Philadelphie dont elle devient la secrétaire administrative et pour lequel elle récoltera activement des fonds pendant près de 40 ans. Sa grande beauté et sa dévotion totale aux miséreux impressionne tellement l’écrivain Irving Washington, ami des Gratz, qu’il la décrira à l’écrivain Walter Scott. Ce dernier en fera, en 1820, le personnage de ”Rebecca” de son roman ”Ivanhoé”, témoignant de sa profonde fidélité à sa foi, puisque, comme l’héroïne romanesque, Rebecca refusera d’épouser un avocat non-juif, malgré leur amour.

Sa lutte extraordinaire pour préserver l’identité juive en Amérique

En ce début du 19ème siècle, la ferveur évangélique gagnant l’Amérique, Rebecca observera avec beaucoup d’inquiétude les indigents et orphelins juifs dépendants des organisations charitables devenir la cible de l’ardeur des missionnaires. Elle s’aperçoit que sa présence au sein de la direction de l’orphelinat, devenue peu à peu chrétienne, n’est tolérée en dépit de sa judéité, qu’uniquement parce qu’elle représente un membre brillant et très respecté de la communauté bénévole.

Rebecca prend alors vite conscience de l’urgence de créer des établissements charitables juifs. Outre la synagogue, elle constate avec souci l’absence totale d’infrastructures communautaires. Dès lors, elle se sentira profondément concernée par le futur de ses coreligionnaires si éloignés de toute instruction juive et dont l’identité menaçait de disparaître dans un monde chrétien désireux de les convertir.

Dès 1819, forte de son expérience, elle crée la première organisation charitable juive, fournissant nourriture, abri et emploi aux juifs indigents.

C’est en élevant et en instruisant les six enfants de sa sœur Rachel morte en couches, que Rebecca pensera à un programme éducatif juif modelé sur les écoles du dimanche chrétiennes. Travaillant inlassablement sur ce projet, la première école juive du dimanche s’ouvrira en 1838, offrant aux femmes enseignantes juives leur premier rôle public.

Restée célibataire, mais adorant les enfants, Rebecca continuera à servir l’orphelinat de Philadelphie et sera tourmentée de voir encore tant d’orphelins juifs élevés et instruits dans des foyers chrétiens. Désormais sa réputation de chef visionnaire indispensable à la communauté lui permet de collecter de gros dons pour réaliser, ce qui depuis longtemps, lui tenait le plus à cœur : l’ouverture du premier orphelinat juif des Etats Unis en 1855.

Sur ses conseils et grâce à son aide, des institutions charitables juives similaires fleuriront du nord au sud. Elles viendront à point pour offrir aide et instruction aux orphelins et veuves démunies laissés par la Guerre de Sécession de 1861.

Jusqu’à 80 ans, elle gèrera activement ses fondations. Elle formera des jeunes femmes juives afin de pérenniser son œuvre, qui en fusionnant au fil du temps avec d’autres organismes tel le Talmud Thora, perdurera jusqu’à nos jours.

Rebecca s’éteint à 88 ans. De la trempe des grands tsadikim que l’Eternel a semé le long de nos exils afin de nous protéger, Rebecca, telle la Reine Esther, a su tout en évoluant dans des milieux non-juifs, garder une profonde identité juive et sauver de nombreuses générations d’une mort identitaire et spirituelle.

Perla Amiel – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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