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L’histoire du judaïsme antique est inséparable de l’histoire des relations des Israélites avec leurs voisins, ceux qu’on a pris coutume d’appeler les peuplades.

L’historien israélien Haim Hillel Ben Sassoon* évoque à ce titre dans sa monumentale histoire du peuple juif*, la découverte de papyri araméen dans les caves du Wadi Daliyeh :

« Cette découverte a illuminé l’histoire de Samarie et de sa communauté. Il y apparaît que Hannaniah, fils de Sanballat, fut gouverneur de Samarie en 354 (avant JC NDLR). Son père était probablement Sanballat II, petit fils du contemporain de Nehemia et gouverneur de Samarie dans la première moitié du 4ème siècle. Un troisième Sanballat, apparemment fils de Hannaniah, était gouverneur de la ville de Samaria lorsque Alexandre le GrJand conquit l’Orient. »

Et plus loin :

« Lorsque Sanballat, qui, par son alliance avec la famille du grand prêtre, se croyait arrivé au terme de ses voeux, subit cette humiliation de voir son gendre Manassé banni pour avoir épousé sa fille, il estima que la mesure était comble. Rusé comme il était, il conçut le dessein de saper les bases de l’État judaïque par ses propres membres. »

Jewish Encyclopedia*** écrit pour sa part :

« Le rejet par Ezra de la coopération des Samaritains dans la construction du Temple les avaient conduit à de multiples tentatives de bloquer ce processus. La réunion avec Juda se révélait désormais donc impossible. De plus, tous les opposants aux réformes rigoureuses trouvaient refuge en Samarie.

En premier lieu, Manassé. Explications : le gouverneur de Samarie sous Darius était Sanballat, dont la fille était mariée à Manassé, le fils du souverain sacrificateur à Jérusalem. Suite à son mariage étranger Manassé avait été expulsé par Néhémie et a été invité par son beau-père à s’installer en Samarie vers 430 avant JC.

Un siècle plus tard, en 332 avant JC, Alexandre donnera son accord à la construction d’un temple sur la colline de Garizim, près de Sichem.

Le temple a existé pendant environ 200 ans, avant d’être détruit, peu après que la Samarie fut occupée par John Hyrcanus, sans doute pour se venger de son opposition à Juda au temps d’Antiochus Epiphanes.

L’amertume de sentiment au sujet de cette période est illustré par la phrase de Ben Sira, commentateur du 3ème siècle avant JC : « Mon âme abhorre deux nations; et la troisième n’est pas un peuple, ce sont les habitants de Séir et Philistie et la nation stupide qui habite à Sichem ».

Le comportement des Samaritains, qui allumaient des feux pour tromper les Juifs dans le calcul du nouveau mois, n’a pas peu nui aux relations avec les Juifs.

Yehuda Medinata, la jeune province autonome juive tout juste restaurée, qui avait éconduit les Samaritains venus proposer d’aider les Judéens à ré-édifier leur Temple, était à nouveau en situation de confrontation.

Sanballat créa vers 420 avant JC un temple au sommet du mont Gerizim (Garizim), à proximité de la ville de Sichem. Pourquoi ce choix?

Selon l’historien allemand Heinrich Graetz***, « parce que c’était du haut de cette montagne que, d’après le Deutéronome, devaient être bénis les observateurs de la Loi. Les Samaritains changèrent subrepticement la signification du mot. Ils désignèrent et désignent aujourd’hui encore le Gerizim sous le nom de montagne de la Bénédiction, comme si elle était la source de la bénédiction et du salut. »

Selon Graetz, ils la firent appeler Bénédiction (Mabrachta), et ne craignant pas l’imposture, affirmèrent qu’ils ne descendaient pas des peuples transplantés là autrefois par un roi d’Assyrie, mais qu’ils étaient de purs Israélites.

Fort de la présence de prêtres de la famille de Aaron, c’est ainsi qu’ils s’appelèrent. Comble de l’imposture : les Samaritains prétendaient être les seuls héritiers, vrais et légitimes, d’Israël.

Les rivalités du passé avaient resurgi sur d’autres formes pour prendre celle d’une querelle fondamentale de légitimité.

Une secte, prétendument d’origine judaïque, campait aux abords du jeune Etat juif, lui contestant ses fondements. De la Thora, ils « conservèrent sa forme antique au texte du Pentateuque, et cela par esprit de contradiction, pour pouvoir accuser leurs adversaires d’avoir introduit une innovation et falsifié la Thora. Aujourd’hui encore, leur Écriture sainte offre ces mêmes caractères archaïques, que leurs prêtres eux-mêmes, pour la plupart, sont incapables de lire. » (Graetz).

Au plan religieux, les Samaritains continuèrent donc à suivre en partie la Torah écrite. Les Samaritains avaient réussi à reprendre du terrain aux Judéens, « de force ou par ruse, les districts limitrophes qu’ils avaient dû céder antérieurement » (Graetz).

Donc posons ici que si la Judée était née à nouveau de ses cendres, son champ géographique était rétréci mais qu’elle avait réussi la prouesse, grâce à Zorobabel, Ezra, Néhémia, de faire rebâtir le Temple qui fonctionnait à nouveau.

L’environnement religieux était-il resté le même ? Les Judéens avaient vu les pratiques idolâtres remplacées par d’autres pratiques, d’origine persane. L’historien allemand Graetz évoque « le magisme, ou la religion des mages. »

Or la religion juive et la religion persane avaient pour lien commun de rejeter le culte des images.

« Une fois cependant, souligne-t-il, leurs relations avec les rois perses subirent un trouble grave. Ces derniers, cédant à des influences étrangères, s’adonnèrent à leur tour à l’idolâtrie. La déesse de la Volupté, qu’ils rencontraient partout, dans leurs marches, adorée sous les noms de Beltis, Mylitta ou Aphrodite, exerçait une puissante séduction sur les Perses. Artaxerxés II lui accorda sa royale approbation et lui fit élever des statues dans toutes les parties de son vaste empire (…) Introduire ainsi une divinité étrangère, et proposer des simulacres à l’adoration du peuple, c’était porter une double atteinte aux doctrines religieuses de l’Iran. C’était aussi détruire le lien moral créé jusqu’alors, entre les Perses et les Judéens, par leur commune horreur du culte des images. (…) Devant l’opposition des Judéens, ces nouvelles pratiques, Artaxerxés Ochus, pendant ou après sa guerre avec l’Égypte et son roi Tachos (361-360), arracha des Judéens de leur pays et les transplanta en Hyrcanie, sur les bords de la mer Caspienne. Si la chose est authentique, on ne peut y voir qu’une persécution infligée aux Judéens pour leur fidélité à leurs croyances; car il est difficile d’admettre qu’ils aient pris part au soulèvement qui, de l’Égypte jusqu’à la Phénicie, avait éclaté contre les Perses. »

Haim Hillel Ben Sassoon *Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press

Photo de présentation : Sur le mont Guezirim, les Samaritains édifièrent un temple concurrent du Temple juif de Jérusalem

**Jewish Encyclopedia ***Traduction libre d’un article publié sur le site web de Jewish Encyclopedia à l’adresse http://www.jewishencyclopedia.com/articles/6866-great-synagogue Jewish Encyclopedia est publié par par l’Institut de Théologie de Philadelphie, USA, créé en 1906

***Heinrich Graetz, **Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

http://www.histoirejuive.fr/

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