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Par le Dr Adolphe Blogh

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Les Hébreux sont des Sémites, dit-on, c’est-a-dire des descendants de Seth, fils de Noé.

Mais l’anthropologie ne peut se contenter d’un renseignement aussi vague, et nous devons chercher à préciser, autant que possible, le sens de ce que voulait dire, à ce sujet, l’auteur du Chapitre X de la Genèse où se trouve signalée, comme on le sait, la généalogie des peuples de l’époque.

Il est évident, comme on l’a observé souvent, que le terme de Sémite est mal approprié, et que celui de Syro-Arabe serait préférable, mais il faut aussi remarquer que ce mot composé ne comprend pas la langue ghez ou éthiopienne qui est également d’origine sémitique.

Le procréateur de la race ou du peuple des Hébreux serait, d’après la Bible, un nommé Héber, mais celui-ci n’est pas plus le procréateur de la race qu’il n’est le créateur de la langue hébraïque ; d’ailleurs ce nom doit s’appliquer à la collectivité tout entière et non à un seul individu. ,

En effet, au Ghap. XIV, 13, de la Genèse, où il est question d’Abraham, on appelle Abraham l’Hébreu et non le descendant d’Héber dont il était d’ailleurs séparé par un certain nombre – de générations ; outre cela, Héber lui-même n’était que l’arrière petit-fils de Sem.

Nous nous proposons de rechercher d’abord l’origine du nom d’Hébreu, pour nous assurer si l’étymologie du mot peut nous servir au point de vue anthropologique; puis nous rechercherons l’origine même de la race.

On admet le plus souvent que le nom d’Hébreu dérive du mot Ibri, expression employée par les Cananéens pour désigner les émigrants venant d’au-delà (âbir) du fleuve de l’Euphrate. D’un autre côté, Josué en rappelant aux Israélites de son temps le lieu d’origine de leurs ancêtres s’exprimait ainsi :

Vos ancêtres, dit le Dieu d’Israël, ont habité anciennement au delà. du fleuve Euphrate'(Jos.XXlV, 2).

Si donc cette explication du nom est la vraie, l’on peut assurer que les Hébreux étaient des indigènes de la Chaldée, et qu’ils devaient avoir un type semblable à celui des populations environnantes.

Maintenant il faut aussi se rappeler que les Hébreux se nommaient également Israélites, à partir de l’Exode, mais l’étymologie du mot Israël donnée à Jacob (qui lutte avec Dieu) ne peut, nous être d’aucune utilité dans la question qui nous occupe.

Les, Hébreux n’ont laissé aucun bas-relief ni aucune statuette qui représente leur physionomie, mais le type hébraïque est-il au moins décrit dans la Bible? 

1 Pour certains auteurs le fleuve .en question serait plutôt le Jourdain.

Non plus ! L’on y trouve cependant des renseignements très précis sur les cheveux et les poils, en un mot sur le système pileux en général.

On y dit aussi quelques mots du teint, des lèvres, et delà taille comparée à celle des Cananéens, leurs ennemis.

D’un autre côté les monuments assyriens et égyptiens nous ont conservé des portraits d’Hébreux, qui nous font bien connaître le type qui les caractérisait; il est donc possible de comparer le type ancien avec le type actuel, et de constater s’il y a eu des modifications depuis cette époque lointaine.

Enfin la philologie elle-même peut contribuer à faire retrouver l’origine de la race.

Caractères extérieurs des Hébreux d’après la Bible

Le système pileux. — C’est particulièrement dans le Cantique des Cantiques, attribué au roi Salomon (1001-976 avant J. G.), que l’on trouve des renseignements sur la couleur et l’aspect de la chevelure.

Ainsi, au Ch. V, 11, la Sulamite, en admirant les cheveux de son bien-aimé, dit qu’ils sont noirs comme l’aile du corbeau. Quant à la Sulamite elle-même, ses cheveux sont comparés à un troupeau de chèvres, ce qui semble dire qu’ils sont noirs comme la toison de la chèvre.

Ici il ne s’agit que de deux individus isolés, mais, dans d’autres livres de la Bible, la couleur noire du système pileux s’entend de toute la race en général, car dans le Lévitique où il est question de la pelade? et de la lèpre ? les cheveux et les poils de la barbe sont caractérisés comme étant normalement noirs. (Lévil. Gh. XIII et XIV.)

D’autre part la, couleur rousse ou blonde des cheveux est signalée dans la Bible comme étant une véritable exception chez les Hébreux.

Ainsi l’on rapporte qu’Esaû était roux, et le roi David roux également, ou blond. (Il n’existe pas de mot hébreu pour le blond). Même le fait d’avoir une chevelure qui n’était pas noire paraît tellement exceptionnel qu’on le- signale dans deux versets différents; au sujet de David on ajoute aussi qu’il avait de beaux yeux, ce qui signifie probablement qu’il avait des yeux bleus.

D’ailleurs ni Esaû ni David n’ont été la souche d’une race ou d’une variété rousse ; en effet, les descendants supposés d’Esaû appelés Iduméens,et ceux de David qui avait six fils, ne différaient pas, par leurs caractères anthropologiques, des peuples environnants, car autrement, on les aurait particulièrement remarqués sous ce rapport.

Les Hébreux avaient aussi des cheveux plus ou moins frisés, car dans le Cantique le susdit jeune homme est décrit deux fois avec une chevelure bouclée (Gh. V, 2 et V, 11). .

La chevelure des Hébreux devait être longue, épaisse et touffue, comme le témoignent celle de Samson, et celle d’Absalon, qui une fois coupée, pesait, paraît-il, 200 sicles de poids royal (2. Sam.. XIV, 26).

Le sicle, monnaie d’argent chez les Juifs, pesaitl 4 gr. environ, ce qui aurait attribué un poids de 2.800 gr. à cette chevelure ; ce chiffre parait extraordinaire, mais s’il est réellement exagéré, il peut toujours prouver que les cheveux d’Absalon étaient vraiment d’une belle longueur, et d’une épaisseur telle qu’ils devaient former sur la tête une masse considérable.

Outre cela, il est à supposer qu’avec une chevelure aussi vigoureuse la calvitie devait être rare chez les Hébreux. Aussi une tête chauve était-elle un objet de risée. Ainsi le prophète Elisée était chauve, paraît-il, et les gamins se moquaient de lui en l’appelant : Chauve ! Chauve ! (2 Rois V, 13).

On sait que les Hébreux oignaient d’huile leur chevelure, sans doute pour l’aplatir, et parce qu’elle devait être naturellement sèche comme celle des nègres qui, eux aussi, se servent de corps gras pour remédier à cette sécheresse.

Outre l’huile sainte d’onction, employée dans un but exclusivement religieux, les Hébreux pratiquaient également des onctions corporelles de toilette avec des huiles plus ou moins parfumées.

Le teint. — L’on s’occupe aussi, dans le Cantique, du teint dé la figure; ainsi la Sulamite dit que son bien-aimé est blanc et vermeil, et qu’il se distinguait entre 10.000, (V,10);ce qui signifiait, croyons-nous, qu’il était plus blanc que les autres; mais la Sulamite se décrit elle-même comme ayant le teint noirâtre parce que dit-elle, le soleil l’a brûlée. (I. 5 et 6.)

Il faut croire cependant que les Syriens et les populations environnantes n’avaient pas le teint absolument blanc, car Strabon (50 ans avant J..C.) fait une distinction entre eux et les Syriens du nord (Cappadôce) qu’il appelle Leucosyriens.

D’après cela, les Syriens du sud qui comprenaient aussi, d’après Strabon, les Babyloniens et les Assyriens, devaient avoir, la face plus ou moins basanée, soit naturellement, soit par l’ardeur du soleil.

D’autre part un savant rabbin du 1er au 2ème siècle de l’ère chrétienne, Ismaël,. qui demeurait en Palestine, disait que les Israélites n’étaient ni blancs ni noirs, mais entre les deux couleurs comme le bois, de buis, c’est-à-dire olivâtres, ajoute M. Jacobs* qui signale la remarque d’Ismaël.

Enfin l’on dépeint aussi, dans le même Cantique, les lèvres, les dents, le cou, les seins, le ventre et jusqu’au nombril de la Sulamite, mais les comparaisons qu’on y fait ne peuvent nous renseigner sur la conformation de ces divers organes ; seules les lèvres y sont représentées comme ayant une couleur écarlate (IV, 3).

L’on décrit également la tête, les yeux, les joues, les lèvres, les mains, le ventre et les jambes de l’homme, mais toujours avec des comparaisons quelque peu triviales, à part le corps qui est, dit-on, comme de l’ivoire blanc.

La taille. — C’est tout à fait accidentellement qu’il est question delà taille des Hébreux dans la Bible. Ainsi, des émissaires, envoyés pour explore rlepays de Canaan, revinrent en racontant que les Cananéens étaient très robustes et de grande taille, tandis qu’eux-mêmes n’étaient que des sauterelles à côté des Néphilim considérés comme étant les restes d’une race de géants. (Nomb. XIII, 33.)

Il est possible qu’il y ait encore là quelque exagération dans cette manière de s’exprimer, et que l’on voulait dire seulement que la taille moyenne des habitants de la Palestine dépassait celle des Hébreux. Cependant la Bible signale souvent la haute stature de certaines populations de la Palestine. (Deut, IX; 2.)(Amos II, 11). Quant aux véritables géants? ils sont indiqués au chap. VI, 4 de la Genèse.

Mais il est nécessaire de rappeler, à ce sujet, que les Hébreux étaient censés avoir fait un séjour de 40 ans dans le désert avant de s’emparer du pays de Canaan, et si réellement ils ont erré si longtemps dans une région aussi aride, il ne serait pas étonnant que ceux qui sont  nés dans cet intervalle fussent, chétifs et de petite taille, vu les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles ils vivaient à cette époque ; ils se plaignaient à Moïse de manquer de viande, de pain et d’eau, et je ne pense pas que ce soit la manne qui ait pu les fortifier.

Les Cananéens, au contraire, étaient sédentaires et habitaient un pays où coulaient des ruisseaux de lait et de miel, (suivant les termes de Moïse) et où la viande, le pain et le vin ne manquaient pas.

Cependant, on signale aussi, dans la Bible, des habitants des cavernes appelés Horêens.

Le type Israélite sur les monuments égyptiens et assyriens

Les principaux bas-reliefs égyptiens et assyriens sur lesquels se trouvent représentés des Hébreux sont les suivants :

  • 1° Le temple de Karnak en Egypte,
  • 2° l’obélisque de Nimrod en Assyrie, aujourd’hui au British Muséum (fac-similé au Louvre),
  • 3° les bas-reliefs de Sennacherib, retrouvés dans le palais de ce roi à Ninive, et aujourd’hui au British Museum,
  • 4° un bas-relief du temps de Nabuchodonosor (Musée britannique).

Je ne me hasarderai pas à deviner la forme dolichocéphale ou brachycephale de la tête d’après ces portraits, car ce qui nous importe surtout de connaître, c’est la conformation générale de la face, et particulièrement la forme du nez, et l’aspect de la chevelure et de la barbe ; puis la stature comparativement à celle des autres nations également représentées sur ces monuments, et enfin la forme de la jambe.

Or, nous y remarquons d’abord que les cheveux et la barbe sont ondulés et frisés comme ceux des Assyriens et des Babyloniens ; la coupe de la chevelure et de la barbe n’est pas absolument la même, mais la frisure naturelle est semblable..

Ainsi, les, cheveux sont généralement portés longs, et ils sont ondulés, a partir de la racine pour boucler ou friser aux extrémités.

Ils forment sur l’occiput une masse épaisse, semblable à la chevelure des Gallas que nous avons vus au jardin d’Acclimation et que nous avons représentés dans les Bulletins de 1908, tandis que sur la partie supérieure de la tête, la chevelure était resserrée par un bandeau circulaire.

Certainement cette chevelure hérissée des Hébreux ne pouvait provenir que de la frisure naturelle des cheveux. D’autres fois les cheveux sont coupés courts, mais ils restent toujours frisés en formant de grandes spirales.

otages juifsFig. 1. — Otages juifs amenés en Egypte au roi Necho (610-594, av. J.-C), et représentés sur une peinture du grand tombeau de Beban-el-Malek. Ils sont reconnaissables à leur faciès nationaL et aux franges du vêtement appelées zizit en hébreu, et qui étaient prescrites par la religion. La chevelure surtout est caractéristique (Extrait de l’ouvrage allemand, die israelitische Bibel, par L. Philippson. — Leipzig, 1839, t. 0, p. 1173).

Le nez est typique, il est saillant et arqué comme chez les Chaldéens et les Assyriens, et les narines sont plus ou moins obliques de bas en haut a partir de la pointe du nez (voir la fig. 2); naturellement le degré de courbure du nez est variable, de même que la direction des narines qui peuvent être tout à fait horizontales.

L’échancrure naso-frontale est en général très peu prononcée, et peut même ne pas exister, de sorte que le dos du nez se continue directement avec le front qui, par suite, est plus ou moins fuyant.

Les lèvres sont rarement fines comme dans d’autres races blanches, mais elles sont charnues et d’épaisseur plus grande que dans ces dernières. Enfin, faisons remarquer que le mollet des Hébreux est bien formé et aussi volumineux que celui des Assyriens, ainsi qu’on peut s’en assurer.

hebreux 2 (2)Fig. 2. — Une face de l’obélisque de Nimrod, qui représente trois Israélites apportant le tribut au roi d’Assyrie (842 av. J.-C.). Les deux premiers personnages sont des Assyriens conduisant les Israélites au roi qui est figuré sur une autre face de l’obélisque. L’on peut remarquer que le type des Assyriens n’est guère différent de celui des Juifs. (Photo d’après le fac-similé en plâtre qui est au Louvre).

Nous avons montré dans une. précédente communication à la Société (séance du 4 mars 1909) que la. grosseur du mollet est un «caractère anthropologique très important, qui distingue essentiellement les Sémites des Egyptiens.

Quant à la taille des Hébreux, elle était sensiblement plus petite que celle des autres Sémites, ainsi qu’on peut en juger d’après le monument de Nimrod, où l’on voit les envoyés du roi d’Israël Jéhu, apportant son tribu au roi Salmanasar II (Fig. 2). La différence est presque celle d’une tête entière.

Si maintenant nous comparons les Hébreux de ces monuments avec les Assyriens et les Cbaldéens de ces mêmes monuments, nous constatons qu’à part la taille, le type des uns et des autres est à peu près semblable, bien que la chevelure et la barbe ne soient pas toujours, taillées ni frisées de la même façon. Mais il n’y a pas lieu d’en tenir compte, car chez les Assyriens eux-mêmes la coupe de la barbe variait ; pointue chez les uns, elle était taillée en carré chez d’autres.,

L’on peut aussi remarquer, que le lobule du nez chez les Assyriens est généralement plus fort que chez les Hébreux, et que les narines sont plus écartées et laissent voir la cloison en arrière; mais cette particularité, à elle seule, n’a pas assez d’importance pour les séparer au point de vue ethnique.

Le même type hébraïque se retrouvait encore chez d’autres peuples voisins parlant l’hébreu, ce qui n’a rien d’étonnant; mais ce que l’on n’a jamais fait remarquer jusqu’à présent, c’est que les Perses anciens, malgré leur éloignement relatif et malgré leur langue dite aryenne, avaient aussi le type sémitique des Hébreux et des Assyriens, ainsi qu’i   est facile de s’en assurer en examinant les types indigènes de la Perse, qui sont représentés sur les monuments de Persépolis et autres.

Si maintenant l’on compare le type des anciens Hébreux avec celui des Juifs actuels; l’on peut observer que ce type ancien s’est parfaitement bien conservé jusqu’à nos jours, du moins chez certains individus, et pour s’en convaincre, il n’y a qu’à faire la comparaison de l’Hébreu qui est représenté sur le bas-relief de Ninive (Fig. 3), et qui a les cheveux coupés courts comme on les porte maintenant aujourd’hui. Or il n’est pas rare de rencontrer actuellement des personnages qui ressemblent en tous points à cet Hébreu; même genre de -frisure de cheveux, même forme de la barbe, même courbure du nez et même direction du front.

D’autres fois, il n’y a qu’un seul caractère anthropologique qui rappelle le type ancien. Ainsi tout le monde sait que les Juifs actuels ont souvent le nez plus ou moins busqué en forme penchée (cursive) du chiffre 6, sans que les cheveux soient frisés, comme d’autres ont les cheveux noirs et frisés sans que le nez soit busqué.

Il est facile, chaque jour, de constater cette frisure naturelle des cheveux chez les Juifs ; ainsi l’on rencontre souvent des petites filles israélites dont les cheveux, plus ou moins noirs, flottent sur les épaules, en formant des ondulations plus ou moins longues ; au contraire, chez les petites filles non israélites, les cheveux sont à peu près droits dans toute leur étendue, et ne présentent qu’un simple crochet à leur extrémité ; de plus ils sont plus fins et plus lisses que ceux des Israélites.

Certainement, tous les Juifs actuels n’ont pas le type de leurs ancêtres; il y en a même qui ont le type aryen, mais il faut aussi tenir compte de la variation naturelle, qui elle-même diffère suivant les régions du globe où les Juifs se sont installés.

Ainsi il y a des Juifs qui se rapprochent plus ou moins du type français, d’autres du type anglais, d’autres encore du type allemand, sans que les mariages mixtes soient la cause de la transformation. Il se produit, dans ce cas, une convergence des caractères, et la meilleure preuve que nous puissions donner de cette transformation spontanée, c’est que le squelette lui-même se modifie.

En effet, la taille se rapproche de celle des nations au milieu desquelles les Israélites sont venus s’établir, et il en est de même de l’indice céphalique qui est devenu brachycéphale dans la plus grande partie de l’Europe, et resté dolichocéphale dans le nord de l’Afrique, comme dans les temps primitifs.

L’illustre hébraïsant Renan, qui faisait partie de notre Société, pensait qu’il existe plusieurs types juifs.

J’ai acquis a cet égard, disait-il une assez grande expérience, ayant été pendant dix ans a la Bibliothèque nationale, attaché à la collection des « manuscrits hébreux, en sorte que les savants israélites du monde entier s’adressaient à moi pour consulter notre précieuse collection.

Je reconnaissais très vite mes clients d’un bout à l’autre de la salle, je devinais ceux qui allait venir à mon bureau. Eh bien, le résultat de mon expérience est qu’il n’y a pas de type juif unique, mais qu’il y en a plusieurs, lesquels sont absolument irréductibles les uns aux autres.

Mais Renan ne dit pas quels sont les caractères qui distinguent ces types les uns des autres, et je suppose que c’est la variété dans la forme plus ou moins busquée du nez, ainsi que dans la couleur et dans la frisure des cheveux, qui a pu lui suggérer cette idée.

En réalité, ces diverses formes ne sont pas irréductibles les unes aux autres; très courbé et très saillant chez les uns, le nez l’est moins, jusqu’à devenir très droit chez d’autres, comme les narines peuvent être obliques chez les uns, et horizontales chez d’autres.

Très frisés chez les uns, les cheveux le sont moins chez d’autres; enfin, très noire chez les uns, la chevelure l’est moins chez d’autres. Ce ne sont là que des degrés intermédiaires aux deux extrêmes qui se relient insensiblement les uns aux autres, et qui ne modifient en rien l’unité du type

Rappelons ici que Renan plaçait le premier séjour historique des Sémites dans les montagnes de l’Arménie, entre le cours supérieur du Tigre et de l’Euphrate et le Cyrus.

Notre collègue, M. Deniker, décrit deux types différents chez les Juifs. L’un des types, dit-il, les rapproche de la race arabe, l’autre de la race assyroïde, ainsi nommée parce qu’elle est représentée d’une façon très nette sur les monuments assyriens3.

Langues et races

La philologie nous apprend que l’hébreu est une branche de la famille des langues, dites sémitiques, qui se parlaient autrefois, non seulement chez les Hébreux, mais encore chez Araméens, les Cananéens Phéniciens, les Chaldéens et les Assyriens. Or, nous avons vu que les Chaldéens et les Assyriens avaient les mêmes caractères anthropologiques que les Hébreux ; par conséquent le problème à résoudre, pour retrouver l’origine des Hébreux, consisterait à rechercher l’origine commune de ces diverses nations.

D’autre part, l’on sait que la langue arabe appartient aussi à la famille des langues sémitiques.

Nous avons donc là un groupe de langues apparentées occupant une aire très déterminée de l’Asie occidentale, c’est-à-dire la Chaldée, la Syrie, etc., au nord, et l’Arabie au sud, (abstraction faite du ghez, qui était parlé en Abyssinie).

Or, la question qui se pose, à ce sujet, est celle-ci : Est-ce du nord que les Sémites sont venus en Arabie? ou est-ce du sud, c’est-à-dire 1 de l’Arabie, que les Sémites sont venus au nord ?

Nous croyons que c’est de l’Arabie.

1 Renan. — Le Judaïsme comme race et comme religion. Paris 4883, p. 25: * Renan — Histoire générale et système comparé des langues sémitiques. Paris 186* p. 33. 3 Dbnikhr — Les races et les peuples de la terre. Paris 1900, page 488.

D’après cela, les Hébreux et leurs congénères seraient d’origine arabe, ou pour mieux dire, originaires de l’Arabie. En effet, on voit bon nombre d’Israélites qui ont le type arabe, comme nous le savons déjà.

Du reste, notre collègue, M. Dussaud, à la suite d’un voyage d’exploration en Syrie, a montré que les Arabes Safaïtes étaient sortis de leur pays dès les premiers siècles de notre ère, (donc déjà avant l’Islam), pour se porter. vers le nord du côté de la Syrie, et cet événement est pour nous d’une haute importance,, car il nous prouve que dans les temps primitifs une même émigration a pu avoir lieu du sud au nord.

En effet, les Safaïtes, dit M. Dussaud, n’ont été ni les premiers ni les derniers à s’acheminer vers la Terre promise.

Mais, il faut aussi se demander quelle est l’origine des indigènes du pays appelé Arabie.

Or, en Arabie, il n’y a pas que des Arabes blancs, il y a aussi des Arabes noirs, particulièrement dans le sud du pays;, qui étaient déjà connus des Hébreux sous le nom de Kousch (c’est-à-dire noirs en hébreu), et des Grecs sous le nom d’Ethiopiens ou Homérites.

Les Arabes noirs de l’époque actuelle, appelés Himyarites, ont été décrits par M.de Maltzan qui en a fait l’objet d’une communication à la Société d’Anthropologie de Berlin en 1873.

Ils sont très foncés, presque noirs, dit-il, ont le nez aquilin mais petit, et les cheveux très longs, frisés, presque crépus. Comme taille, ils sont plus petits que les Arabes blancs et ont les extrémités plus fines.

Cet explorateur a soin de faire remarquer que ce n’est pas la chaleur du climat, qui a bruni les Himyarites, car la plupart d’entre eux occupent une région montagneuse, très élevée, où l’hiver est rigoureux à ce point 1 que les habitants se couvrent de peaux de bêtes. D’autre part, les produits du sol himyarite sont ceux que l’on rencontre dans les climats tempérés de l’Europe8.

Quels sont les rapports de parenté entre ces Arabes noirs et les Arabes blancs?

Nous croyons que ces derniers sont des descendants directs des noirs du même pays, sans l’intermédiaire d’aucun mélange, et que c’est l’évolution seule qui a opéré la transformation.

Poursuivant nos investigations, nous nous sommes demandé aussi d’où a pu venir cette race noire de l’Arabie.

Nous pensons qu’elle est venue de l’Abyssinie, car la philologie nous apprend, ainsi que nous l’avons vu plus haut, que la langue ghez était une langue sémitique.

On admet cependant que c’est de l’Arabie qu’est venue cette langue éthiopienne, mais il est possible aussi qu’elle ait pris naissance en Abyssinie même. D’ailleurs, la famille des langues sémitiques en général, a quelques rapports de parenté avec la famille des langues dites chamitiques qui comprennent principalement l’égyptien, le berbère et le somalis.

1 Dossaud — Les Arabes en Syrie avant l Islam. Paris, 1907. * Freiherr v. Maltzan. — Die Vôlker Sûi-Arabiens. — Zekschrift far Ethnologie,. 1873. T. V. p. 38-70

Discussion.

M. Atgier. — Je reconnais effectivement que la race juive est une des celles qui prennent le plus facilement la ressemblance des populations qu’elles pénètrent sans perdre pour cela leur type particulier.

Nous trouvons en effet les types caractéristiques du juif allemand russe, polonais, anglais, espagnol, portugais, italien, arabe, chaldéen, assyrien, nègre même, chez lesquels nous constatons une ressemblance indiscutabte avec chacune de ces populations mais sans exclusion du type originel de la race juive.

Quoi qu’il en soit je suis loin d’admettre qu’il n’y ait dans ces ressemblances diverses qu’une simple influence de milieu.

Selon mes observations en France et a l’étranger, ces ressemblances proviennent uniquement de croisements, datant la plupart du temps d’une époque antérieure a celle de nos constatations.

Pas plus que les autres d’ailleurs, le type juif n’est indélébile, ne voyons nous pas surtout en France des lignées juives qui a la longue, à la suite de croisements successifs avec l’élément français, finissent par perdre peu à peu les derniers vestiges de leur type ancestral.

Il en est ainsi du type kymrique de nos grands dolichocéphales blonds et du type celtique de nos brachycéphales bruns, ces types se transforment réciproquement en celui qui a prédominé dans les croisements.

S’ils nous frappent moins que les juifs dans la persistance de leur type c’est parce qu’ils sont moins différents du nôtre

Si l’influence du milieu suffisait pour la transformation d’une race, il y a longtemps que les nègres de l’Afrique centrale, importés lors de la traite des nègres, dans l’Amérique du Nord, pour la culture de la canne à sucre, il y a longtemps, dis-je, qu’ils auraient déteint au contact des blancs..

L’observation prouve qu’il n’en est pas ainsi ; ils restent nègres où qu’ils soient, tant qu’ils ne s’allient qu’entre eux ; , leur couleur noire ne disparaît ainsi que leur type que par les croisements successifs qui en font d’abord des métis, ensuite des quarterons, etc. et plus tard des blancs conservant encore des vestiges négroïdes qui eux mêmes, à la suite de nouveaux croisements, avec des blancs, finissent par disparaître tout à fait.

L’influence du milieu peut modifier un végétal ou un animal, mais ne peut transformer son espèce en une autre, quoi que l’on puisse prétendre. L’influence du milieu peut modifier tel être humain, mais ne peut transformer en « une autre, sans croisements successifs, la variété de l’espèce humaine à laquelle il appartient, dans ces sortes de transformation l’influence du milieu est d’ordre tout à fait secondaire.

M. Bloch. — Je ne dis pas qu’il existe des Juifs devenus noirs, mais je pense que les Hébreux primitifs sont issus d’une race venue de l’Arabie, qui s’est plus ou moins modifiée sous l’influence seule de l’évolution naturelle.

Photo de présentation : Moïse et Aaron conduisent les Hébreux dans la traversée de la mer Rouge. Les troupes de Pharaon les poursuivent, mais elles sont noyées dans les flots qui se referment sur elles. Fresque de la synagogue de Doura-Europos, en Syrie, vers 250.

Source : Persée

L’émergence de l’antisémitisme scientifique chez les anthropologues français

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