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L’histoire du cimetière

Il est localisé dans l’ancien quartier juif de Josefov qui est le nom de la vieille ville de Prague.

Il fut construit vers 1439 (si l’on en croit la devise de sa plus vieille sépulture) afin de remplacer un autre cimetière nommé « le jardin juif » qui fut découvert lors d’une fouille archéologique sous une rue de la nouvelle ville : Vladislavova.

Il sera en activité pendant trois siècles et il sera également considéré comme étant l’une des plus anciennes nécropoles juives d’Europe, jusqu’à ce qu’il soit complètement laissé à l’abandon en 1786 suite à un décret de Joseph II (dirigeant de l’Empire des Romains de 1780 à 1790) interdisant les enterrements dans le centre-ville.

Le vieux cimetière juif de Prague2

On dénombrerait pas moins de 12 000 pierres tombales reposant dans ce lieu et la particularité de ces dernières, c’est qu’elles ne datent pas de la même époque.

Quelles sont les raisons qui pourraient expliquer le nombre important de corps enterrés au cimetière ainsi que sa fermeture?

Apparemment, le lieu de repos aurait été élargi à plusieurs reprises afin d’accueillir les nouvelles sépultures mais malheureusement cet élargissement n’a pas été suffisant et étant donné qu’à ce moment-là il était formellement interdit de déterrer les cadavres afin de les transférer vers un autre cimetière, la grande majorité des tombes sont serrées voire empilées sous plusieurs couches, les unes sur les autres.

Au moment de la Renaissance, certaines stèles plus décoratives que d’autres peuvent indiquer en plus du nom du défunt, la profession que ce dernier exerçait de son vivant.

Le vieux cimetière juif de Prague

Il sera classé comme monument historique en 1995

Bien sûr de nombreuses personnalités juives y sont enterrées et c’est l’une d’entre elles que nous allons brièvement vous présenter qui est à tout jamais associé à la légende du Golem.

Rabbi Loew, père fondateur de la légende du Golem

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Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel, var. Löw, Lœwe, Löwe) dit le Maharal de Prague

Les faits remonteraient vers le 16ème siècle.

En effet on rapporte qu’à cette période la communauté juive vit dans un véritable climat de terreur et subit régulièrement des actes d’antisémitisme. C’est pour protéger les siens que selon la légende, l’écrivain, philosophe et rabbin Juda Loew (connu également pour être un faiseur de miracles) aurait eu l’idée de créer un golem d’argile afin que ce dernier soit le défenseur de la population juive contre ses assaillants.

Rabbi Loew aurait ainsi réussi à l’aide de rituels d’incantations à donner vie à ce qu’il a modelé en forme humaine. Il écrivit et donna un nom sur le front du Golem : « Emeth » signifiant en hébreu « vérité ». Cependant une autre version du mythe rapporte que le Golem prendrait vie lorsque l’on lui a mis dans sa bouche un parchemin dans lequel aurait été écrit le même nom.

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Le nouveau protecteur de la communauté juive était très obéissant et été également impliqué dans les activités domestiques quotidiennes. Il fut au service de Loew pendant 6 jours et le septième qui fut celui de la fête juive du Shabbat, le rabbin décida de rendre inerte le Golem en effaçant la première lettre de son nom laissant ainsi apparaître le mot « Meth », ce qui en hébreu se traduit par « mort ».

Plus le temps passait et plus le Golem grandissait et gagnait en force. Il a néanmoins un énorme point faible. En effet le Golem ne dispose d’aucune sagesse ce qui veut dire qu’il n’a pas la faculté de penser librement et d’agir en fonction de ses propres décisions.

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Toujours selon le mythe, un jour Rabbi Loew aurait oublié d’effacer la première de son nom et c’est durant le Shabbat que la créature serait parti semer la terreur en ville étant donné qu’il n’avait reçu aucune instruction.

Les raisons expliquant cette soudaine révolte viendraient du fait que Yossel (c’est le nom que le Maharal avait donné à son golem), était probablement las d’être asservi à longueur de temps. Malgré les efforts du Rabbi Loew pour tenter de rattraper et de raisonner ce dernier, le Golem avait beaucoup trop attiré l’attention sur lui et l’empereur Rudolph II exigea de Loew qu’il désactive définitivement sa créature et en échange, il lui fit la promesse solennelle que les persécutions dont sont victimes les Juifs cesseront.

Il accepta le marché et l’on raconte que le rabbin aurait conservé le corps du Golem dans le grenier de la synagogue située près du vieux cimetière juif dans lequel reposera Juda Loew suite à sa mort en 1609 et que l’accès à cette pièce est formellement interdite.

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Ancienne synagogue du Maharal de Prague
Peut-on parler de coïncidence du fait que la légende du Golem ait un lien avec l’ancien cimetière juif de Prague?  Seul Loew aurait pu être en mesure de nous répondre mais il semblerait qu’il ait emporté tous ses secrets et mystères dans sa tombe.

Mais il nous reste la tradition qui nous conte toutes ces histoires :

Quand il devint Der Hohe Rabbi Loëwe, le Grand-Rabbin de Prague, le péril était grand pour les Juifs. Un moine nommé Tadeusz, antisémite notoire, suscitait et entretenait l’agitation contre les Juifs, se livrant à toutes sortes de machinations destinées à leur nuire. Cela ne laissait pas d’inquiéter beaucoup le Maharal ; il priait constamment D.ieu de leur venir en aide. Puis, il eut un songe dans lequel lui fut indiquée la conduite à tenir en ces circonstances.

Le lendemain matin, il fit appeler son gendre et son disciple le plus proche, et leur fit part du secret que le Ciel lui avait révélé. « Nous trois, nous constituerons un Beth Din (Cour de Justice) régulier, et nous ferons un Golem d’argile qui nous aidera à nous défendre contre nos ennemis », conclut-il.

Naissance du Golem

Les trois hommes se rendirent au Mikvé où ils se sanctifièrent trois jours durant, se livrant aux prières et au jeûne, et purifiant leurs esprits et leurs cœurs avec une concentration extrême. A l’aube du troisième jour, ils préparèrent un paquet de vêtements de la taille d’un homme normal, et l’emportèrent à un endroit hors de la ville, non loin de la rive du fleuve. Là, ils modelèrent une statue d’argile ayant l’apparence et la taille d’un homme ; il était dans une position inclinée, et son visage tourné vers le ciel.

Le Maharal dit à son gendre, qui était un Cohen, d’accomplir sept Hakafoth (tours) autour du Golem tout en concentrant son esprit sur certains Noms et certaines lettres, saints les uns et les autres, et que le Maharal lui avait préalablement révélés. Puis il dit à son disciple, qui était un Lévite, de faire de même. Enfin, le Maharal accomplit à son tour les sept Hakafoth autour du Golem inerte. Ayant achevé le dernier tour, il posa un parchemin portant inscrit le Nom de D.ieu, sur les lèvres de la statue d’argile. Puis tous ensemble, ils récitèrent avec une grande concentration le verset des Écritures Saintes : « Et Il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » Verset qu’ils répétèrent sept fois. À ce moment, le Golem ouvrit les yeux. Alors, le Maharal lui ordonna de se lever et de se couvrir avec les vêtements qu’ils lui avaient apportés.

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Statue du rabbin Löw sur la façade de l’hôtel de ville de Prague

Yossel Golem

« Ton nom est Yossel », dit le Maharal au Golem. « Je t’ai créé avec l’aide de D.ieu, afin que tu accomplisses la mission Divine de protéger les Juifs contre leurs ennemis. Tu obéiras à tous mes ordres, car tu n’as aucune volonté propre. Ta place sera à l’intérieur du Beth Din et tu rempliras les fonctions de Chammache (bedeau) ».

Ceci fait, les trois hommes prirent le chemin de la ville, suivis par le Golem. Il avait, comme nous l’avons dit, l’apparence d’un homme ordinaire, encore que ses mouvements eussent une certaine raideur. Muet — car le Maharal ne l’avait pas doté du don de la parole —, il était dépourvu de toute pensée et de toute intelligence.

On donna vite au nouveau bedeau le sobriquet de Yossel Golem. Toute la journée il demeurait assis au Beth Din, ne disant rien, ne faisant rien, le regard vide. Lui adressait-on la parole ? Il ne réagissait point, n’ouvrait jamais la bouche. Son visage s’animait seulement quand le Maharal lui parlait ; alors il écoutait attentivement, humblement, puis partait exécuter ponctuellement l’ordre reçu, quel qu’il fût.

Le Maharal envoyait le Golem patrouiller dans le ghetto. Il avait fort à faire surtout durant la période — la plus dangereuse pour les Juifs — allant de Pourime jusqu’après Pessa’h. Le Golem, obéissant à l’ordre de son maître, arpentait les rues étroites du ghetto. Il avait un flair, dont l’avait doté le Maharal, pour détecter dans le noir un ennemi des Juifs, quel qu’il fût. Il était à la fois puissant et agile. Sa proie ne pouvait espérer lui échapper. Le Golem capturait le chenapan, le garrottait, et le transportait comme un ballot jusque devant l’Hôtel de Ville, où il l’abandonnait. Cela fait, il disparaissait, et reprenait le chemin du Beth Din où il regagnait la place qu’il occupait habituellement quand il n’avait pas de mission à accomplir. Ainsi le Maharal, avec l’aide de son Golem, déjouait les complots de Tadeusz, qui mettait à contribution jusqu’à la magie noire pour nuire aux Juifs.

Tels étaient les récits que nous faisait le vieux Zékhariah sur le Golem. Un jour, lisant quelque frayeur sur nos visages, il nous conta pour nous dérider l’histoire suivante.

La maison inondée

On était à Erev Pessa’h, et la femme du Maharal était occupée à préparer la maison pour la fête. C’était une tâche fatigante ; aussi, à un moment, demanda-t-elle à son mari de permettre à Yossel Golem de l’aider. Le Maharal ordonna à ce dernier de faire ce que la Rebbetsine lui demanderait. Celle-ci lui dit d’aller chercher de l’eau du puits et de remplir le tonneau qui se trouvait à la cuisine.

Yossel Golem prit les deux seaux qu’elle lui tendait et se dirigea vers le puits. Obéissant, il les remplit d’eau et alla les vider dans le tonneau. Il ne fallut pas longtemps pour que celui-ci fût plein. Mais le Golem, comme si de rien n’était, continuait son travail. Le tonneau déborda, mais l’automate poursuivait sa tâche, apparemment ne s’apercevant de rien. Et il continuait de verser de l’eau dans le tonneau depuis longtemps déjà plein. Quand la Rebbetsine accourut, la cuisine et le salon étaient inondés. « Arrête ! Arrête ! » cria-t-elle affolée ; mais Yossel n’écoutait point. Elle courut au Beth Din. « Ton Golem est en train d’inonder la maison », dit-elle hors d’haleine à son mari, « et si tu ne l’arrêtes pas à l’instant, c’est toute la ville qui va être inondée ! »

Le Maharal se précipita vers la maison. Il ordonna au Golem de s’arrêter ; ce qu’il fit sur-le-champ.

L’histoire, quand elle fut connue, amusa toute la ville. Yossel Golem avait failli provoquer un déluge aussi grave que celui du temps de Noa’h ! Quant à la Rebbetsine, ce fut la première et la dernière fois qu’elle demanda de l’aide à l’étrange personnage.

Quand la situation des Juifs s’améliora et que le Golem eut achevé sa mission, le Maharal lui ordonna de l’accompagner au grenier de la synagogue. Là, il lui dit de se coucher et d’ouvrir la bouche. Le saint Rabbi retira le parchemin sur lequel était inscrit le Nom Divin et dit au Golem : « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Instantanément, ce dernier devint un monceau d’argile.

Ce fut la fin du Golem.

Sources :

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