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Le « nouvel antisémitisme » en France

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Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris en mars pour rendre hommage à Mireille Knoll, une survivante de l’Holocauste assassinée à 85 ans.CreditThibault Camus/Associated Press

PARIS — Un rapide coup d’œil aux boulevards austères et autres petites rues calmes du 17ème arrondissement laisserait penser que la communauté juive y est dynamique: les épiceries et restaurants casher y ont fleuri, et on dénombre une quinzaine de synagogues alors qu’il n’y en avait qu’une poignée il y a une vingtaine d’années.

Mais pour les habitants comme Joanna Galilli, ce quartier représente surtout un retrait tactique. Le 17ème est devenu un refuge pour beaucoup de juifs qui affirment avoir souffert de harcèlement dans des quartiers où la population musulmane est grandissante.

Mme Galilli, 28 ans, a déménagé il y a quelques mois, quittant une banlieue de Paris où « l’antisémitisme est assez élevé », selon elle, et où « vous le ressentez énormément ».

« Ils crachent quand je marche dans la rue », affirme-t-elle en décrivant les réactions de certains passants à la vue de son étoile de David.

La France a une douloureuse histoire d’antisémitisme dont les plus sombres heures remontent aux années 30 et à l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Quand des familles juives déménagent dans le 17e

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Selon un dernier bilan publié du ministère de l’Intérieur, les actes antisémites ont baissé de 7,2 % en 2017 par rapport à 2016. Ces actes correspondent aux faits ayant donné lieu à une plainte ou à une main courante.

Mais en parallèle les actions violentes à destination des juifs ont augmenté « de façon préoccupante » selon le rapport, de 77 en 2016 à 97 en 2017.

A cause d’un sentiment d’insécurité, beaucoup de familles juives déménagent depuis des années de quartiers comme la Seine-Saint-Denis pour rejoindre l’Ouest parisien, comme le 17e arrondissement, où 45 000 personnes juives y seraient installées aujourd’hui.

Fredo, habitant du 17e :

« Aujourd’hui je ne peux plus laisser mes enfants dans des écoles non-juives ou publiques, alors que j’ai grandi dans des écoles de la République »

Il nous donne rendez-vous un dimanche dans les cuisines de son restaurant casher. Fredo a 42 ans il habite le quartier des Ternes. Il y a un an et demi, ce juif d’origine tunisienne a déménagé du 19e arrondissement pour la sécurité de ses enfants.

On ne peut plus leur laisser porter la kippa dans la rue, ni se promener le soir. On le ressent au fur et à mesure. Aujourd’hui nos enfants sont dans des écoles privées à Boulogne et Neuilly.

Fredo est l’un des seul a avoir accepté qu’on enregistre son témoignage. Hors micro beaucoup avouent avoir fui leur ancienne commune comme Sevran ou Sarcelles par peur d’actes antisémites.

Pour d’autres, emménager dans le 17e a été une évidence car la communauté juive y est déjà très implantée. C’est le cas d’Ouri, croisé à la sortie d’une synagogue :

J’ai suivi mes parents car je suis de Sarcelles à la base, ce n’est pas le top des quartiers. Mais avant il était encore plus familial et religieusement plus impliqué que le 17e. Cela fait 17 ans que j’habite ici maintenant et je me sens bien, je ne subis pas forcément de pressions ou de violences.

Murielle Gordon-Shor, adjointe au maire du 17e :

« Ici on a la paix »

La mairie estime qu’environ 45 000 personnes de confession juive sont installées dans l’arrondissement aujourd’hui.

Murielle Gordon-Shor est adjointe au maire depuis 10 ans, et elle a vu le quartier se transformer :

Quand je suis arrivée il y avait deux restaurants casher. Depuis, j’ai vu les établissements s’ouvrir, les magasins, les boucheries, les petits lieux de culte. Il y en a une quinzaine. Pendant le shabbat, les gens se promènent avec des signes distinctifs, il n’y a aucun problème.

Une « alya intérieure » d’Est en Ouest

Ce phénomène de déplacement de population en France s’appelle l’Alya intérieure. Il a commencé dans les années 2000 et s’est intensifié après les attentats.

Francis Kalifat, le président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) parle d’un mouvement de population provenant de l’est de la couronne parisienne vers des quartiers ouest de la capitale :

Les personnes se rapprochent d’abord du 19e pour des raisons économiques et de logement, puis quand elles ont les moyens elles s’orientent vers le 17e et le 16e parfois.

Lorsqu’on veut continuer à poursuivre une vie communautaire il y a une impérieuse nécessité à se rapprocher des endroits où cette possibilité existe lorsqu’elle a disparu dans les quartiers dans lesquels on vit

Selon le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) environ 60 mille juifs d’Île-de-France qui ont déménagé ces dix dernières années.

En Seine-Saint-Denis une centaine de famille est prise en charge actuellement par les associations pour changer d’adresse.

Sources :

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site: http://www.terrepromise.fr

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