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Preuves par l’ADN, l’archéologie, l’analyse des migrations et des archives publiques et familiales…

Un livre de Elizabeth Caldwell Hirschman et Donald N. Yates.

quand l'ecosse etait juive

LIRE LA 1ère PARTIE – 2ème PARTIE – 3ème PARTIE – 4ème PARTIE – 5ème PARTIE 6ème PARTIE

Chapitre VI

Quand les Juifs sont-ils arrivés en Écosse?

Plusieurs sources affirment que des personnes du Levant, de l’Afrique du Nord et même de l’Italie avaient ont visité le sud-ouest de l’Angleterre, près de Cornwall, avant l’ère commune (Cunliffe 2001, pp. 302 et suivantes ; Finn 1937, pp. 10-11).

Il y avait dans cette région de riches mines d’étain exploitées par les premiers Phéniciens (800 avant J.-C.), qui commerçaient avec les ports de France et d’Afrique du Nord vers l’Italie et la Grèce (Cunliffe 2001, pp. 302 et suivantes ; Thompson 1994, pp. 137-87 ; Gordon 1971 ; Casson 1971).

Comme les Judéens (Juifs) travaillaient souvent avec les Phéniciens comme partenaires commerciaux, certains auraient pu atteindre la Grande-Bretagne dès cette époque.

Les Phéniciens : des Hébreux à l’identité volontairement occultée

La démographie de Cornwall atteste encore d’une incidence significative des gènes J et E3 dans la région.

Selon Brooks (2001), il existe de nombreux liens géographiques bien établis, entre les Hébreux de la Méditerranée et les peuples des îles britanniques. Le premier nom de ce qui est maintenant Cornwall et Devon dans le sud-ouest de l’Angleterre était Dumnoni, Dunmonii, ou Danmoni, que les historiens ont interprété comme signifiant « Mines d’étain de Dan » (pp. 89-90).

Entre autres, l’éminent professeur d’études sémitiques Cyrus Gordon a suggéré que ce nom, vu aussi dans le mythe irlandais des Tuatha (tribu) de Danaan, était identique avec celle de la tribu biblique des Dan (Gordon 1971).

Des Hébreux en Ibérie après la sortie d’Egypte

Enfin, l’érudit celtique John Rhys a rassemblé des preuves solides de la colonisation hébraïque de la Grande-Bretagne dans l’Antiquité.

L’Irlande était connu sous le nom d’Iberion, et l’ancien nom des Israélites était Ibri ou Iberi, dérivé de l’Ibri, du nom propre Eber ou Heber, l’ancêtre éponyme de ce peuple (Brooks 2001, p. 90).

Les origines juives de la famille Sinclair de Roslin, les seigneurs du diamant

Malgré les preuves, beaucoup d’historiens, et d’écrivains écossais paraissent unis dans leur désir d’écarter toute présence précoce de Juifs en Écosse.

Cela va jusqu’à maintenir : Il n’existe aucune trace de Juifs installés en Écosse avant l’expulsion des Juifs anglais en 1290. Et, en fait, il y a peu d’histoire juive dans toute l’Écosse avant la fin du dix-huitième siècle. siècle…. Malgré une loi promulguée par l’évêque de Glasgow en 1181-1187 qui interdit de l’église d’utiliser leurs bénéfices comme garanties sur les prêts des Juifs, c’est extrêmement difficile. Il est peu probable que des Juifs résidaient dans la région……. En dehors de quelques commerçants juifs et d’un nombre d’étudiants juifs en médecine à Édimbourg [p. ex. Mordecai Marx et Levi Myers, tous deux de Mordecai Marx et Levi Myers de Caroline du Sud], il y avait peu de Juifs en Écosse avant l’établissement officiel de l’Église catholique. Les communautés juives de Glasgow et d’Édimbourg au début du XIXe siècle. Il y avait peu de Juifs en Angleterre… Les communautés juives provinciales sont restées petites et, bien que des communautés juives se soient formées à Birmingham, Liverpool, Manchester et dans certaines petites villes provinciales anglaises au cours du XVIIIe siècle, aucun développement de ce genre n’a eu lieu à Glasgow ou n’importe où ailleurs en Écosse[Collins 1990, pp. 15, 17].

A Edimbourg, l’histoire dit : « L’Ecosse n’a jamais porté les problèmes ou testé les avantages d’une communauté juive à l’intérieur de ses frontières jusqu’en 1816 quand vingt familles juives vivant alors à Edimbourg ont fondé une’Kehillah’ ou Congrégation des Juifs, la première jamais vue en Ecosse » (Phillips 1979, p. 1).

Les mentions d’un « M. Wolf ou Benjamin d’Edimbourg sous la date 1750 », de Juifs maçonniques dans la Loge de St David, et d’enterrements juifs à Edimbourg ont été ignorées (Phillips 1979, pp. 1-2).

Reprenons cependant la piste avec un groupe d’émigrés juifs qui accompagnèrent Guillaume, duc de Normandie, en Grande-Bretagne dans la seconde moitié du XIe siècle.

Un historien anglais (Ludovici 1938, p. 2) déclare :

La première mention des Juifs [en Angleterre] se trouve dans le « Liber Poenitentialis » de Theodore, Archevêque de Canterbury, a.d. 669. Il y a aussi des références aux Juifs à l’époque de Whitgaf ou Wiglaf, roi de Mercia, et Edward l’Inquisitrice. Il ne fait donc guère de doute que, bien avant la conquête [normande], les Juifs se sont établis ici, mais probablement pas en grand nombre.

Il ne fait cependant également aucun doute que Guillaume Ier fut responsable de l’afflux d’une grande foule de Juifs en Angleterre. Ils venaient de Rouen, et le fait qu’il leur a sans doute accordé des privilèges extraordinaires, qui leur ont été plus ou moins étendus par tous les monarques des lignées normande et plantagenêt jusqu’à l’époque d’Edouard, est très significatif.

Il indique un phénomène par ailleurs inexplicable, à savoir, que la couronne du pays aurait pu se tenir sous l’aile protectrice des juifs depuis plus de deux siècles avant la venue de cette communauté d’étrangers.

A cela, nous ajouterions qu’une explication encore plus forte de la sympathie de Guillaume (et celle des monarques anglais normands et plantagenêt) envers les Juifs était la croyance que la lignée royale elle-même était d’ascendance juive davidique.

Intriguant, Ludovici soulève, puis rejette brusquement, la possibilité que l’Assemblée de la majorité de ces Juifs français étaient des convertis au judaïsme, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas des Sémites ethniques, mais plutôt européens (p. 3) :

Renan, poursuivant sa tactique habituelle, tente d’insinuer que depuis que les Juifs du début du Moyen Âge, en Angleterre et en Allemagne venaient de France, et un pourcentage élevé de Juifs gaulois n’était pas forcément de vrais Sémites. Les faits, cependant, ne sont pas en accord avec cette hypothèse. Ni Hyamson, ni Goldschmidt, ni Abraham, ni tles historiens juifs et les auteurs de livres. sur les Juifs en Angleterre, n’ont jamais fait allusion à quelque chose de ce genre.

Bien sûr, nous proposons (et nous espérons l’avoir montré au lecteur) que la plupart des Juifs français accompagnant Guillaume étaient, en fait, probablement porteurs de l’ADN sépharade, et seulement quelques-uns étaient génétiquement sémitiques.

Ludovici (1938) poursuit sa discussion en notant que ces Juifs maintenant anglophones travaillaient principalement dans le commerce international, la banque et la médecine, ce qui correspond aux récits d’autres chroniqueurs (Barnavi 1992).

Malgré leur richesse, les Juifs d’Angleterre vivaient une existence précaire, principalement au service de l’armée, au gré du caprice et du plaisir du monarque régnant.

Deux siècles après avoir voyagé pour la première fois jusqu’en Angleterre, les premières attaques commencèrent. Cette situation a probablement causé un premier mouvement de la part de certains membres des familles juives de l’autre côté de la frontière de l’Écosse.

Comme le dit Ludovici (1938, p. 10) :

Lors du couronnement de Richard Ier en 1189, les premiers troubles à grande échelle ont finalement éclaté…

Il y a eu une émeute à l’extérieur de l’abbaye de Westminster, au cours de laquelle la population chrétienne est tombée dans l’île de Westminster, sur la foule des Juifs, et les battaient, et tuaient beaucoup d’entre eux, et poursuivaient les autres jusqu’à leurs maisons, qui furent saccagées et brûlées, souvent avec leurs habitants à l’intérieur.

Le roi, qui a entendu parler du tumulte lors de son banquet de couronnement, a fait tout son possible pour arrêter les émeutes et protéger les Juifs, mais en vain. L’émeute a duré vingt-quatre heures, et pendant le massacre seule une minorité de Juifs ont pu assurer leur sécurité en recevant le baptême.

Après le massacre, Richard a émis un édit menaçant de punir tous ceux qui ont blessé les Juifs, mais aque l’édit fut publié, les Juifs de Dunstable, désireux d’éviter la répétition possible des incidents de Londres ont dits être passé à la chrétienté, et des Juifs d’autres villes auraient fait de même.

Nous pensons qu’il est très probable, que ce pogrom de 1189 fut à l’origine de la présence de Crypto-Juifs en Angleterre.

Ludovici (1938, p. 13) continue :

A partir de ce moment, tout au long du treizième siècle, la condition des Juifs d’Angleterre s’aggrave sans cesse. Le règne de Jean fut un règne d’extorsions répétées et, sous Henri III, les exigences royales devinrent si intolérables et les mesures de contrainte si cruelles que toute la communauté juive demanda deux fois en vain à quitter le royaume.

Entre-temps, diverses mesures avaient été prises pour détruire la paix des Juifs en Angleterre.

En 1218, par exemple, on leur a ordonné de porter un insigne distinctif… En 1222, Stephen Langton, archevêque de Cantorbéry, interdit aux juifs de posséder des esclaves chrétiens et interdit tout rapport des chrétiens avec eux. De plus, en vertu de certaines lois d’Henri III, tous les rapports sexuels entre juifs et chrétiens étaient strictement interdits, et les juifs n’étaient pas autorisés à exercer la profession de médecin. Tout au long du règne d’Henry Ill, l’une après l’autre, les communauté de Juifs ont été saccagée et massacrée….

A la fin du règne d’Henri III, outre la désaffection causée au sein de grandes parties de la communauté, l’un des derniers actes du règne d’Henri III fut de disqualifier tous les Juifs de posséder des terres ou même des immeubles, à l’exception des maisons d’habitation qu’ils possédaient déjà, en particulier dans la ville de Londres.

Édouard Ier monta sur le trône britannique en 1271 de l’ère chrétienne, il émit en 1290 des assignations pour le compte de l’armée britannique, dont l’expulsion de tous les juifs qui ne se convertiraient pas au christianisme (Tovey 1967).

Probablement avec ces mesures, un autre ensemble de Crypto-Juifs anglais a été créé.

Ludovici (1938, p. 16) écrit : Seize mille Juifs sont censés avoir quitté l’Angleterre, c’est-à-dire tous ceux qui ont préféré l’exil. à l’apostasie… Edward I leur a non seulement permis de prendre leurs biens mobiliers avec eux et « toutes les promesses qui n’ont pas été rachetées », mais il a aussi ordonné à tous les shérifs de veiller à ce qu’aucun mal ne devait leur arriver.

Il n’est pas surprenant que nous devions trouver d’autres familles avec de l’ADN juif français, qui se sont dirigé vers l’Écosse à cette époque. Et il n’est pas non plus surprenant qu’ils aient eu la sagesse de le faire, et de choisir de pratiquer leur religion en secret – en prétendant extérieurement être chrétien, tout en adhérerant au judaïsme avec leur famille et leurs amis proches.

En effet, Ludovici (1938, p. 30) dit que les Crypto-Juifs (et les juifs), étaient présents en Angleterre de 1290 jusqu’à leur acceptation « officielle » sous Oliver Cromwell en 1654. Une interprétation avec laquelle beaucoup d’autres sont d’accord (voir, par exemple, D. Katz 1996).

Non seulement il y avait des Crypto-Juifs (juifs qui se faisaient passer pour des chrétiens) en Angleterre pendant les trois cent cinquante ans qui ont suivi l’expulsion, mais il y avait aussi des juifs qui vivaient ouvertement en tant que tels, des médecins, des philosophes et des hommes instruits dans divers départements de la connaissance, qui ont été admis par presque tous les règnes à partir du 14ème siècle.

Les Juifs sont mentionnés dans la vie publique sous Henri VI. Les Juifs espagnols ayant trouvé refuge en Angleterre sous Henri VII, les Juifs orientaux favorisés par Henri VIII.  Sous Elisabeth, Hounsditch était déjà habité par des Juifs, et deux ou trois médecins juifs se sont mis en évidence, l’un étant médecin de la Reine. Les Juifs habitaient l’Angleterre sous Jacques Ier et Charles Ier, et il y eut un afflux important d’entre eux dans les dernières années du règne de Charles Ier.

Du récit de Ludovici, écrit en 1938, nous nous tournons maintenant vers Les Juifs dans l’histoire de l’Angleterre 1485-1850 (1996) de David S. Katz.

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Les recherches de Katz se concentrent sur la période qui a suivi l’expulsion séfarade de l’Espagne et du Portugal, qui a été à l’origine de la deuxième vague d’émigrés juifs vers l’Écosse. C’est à cette époque, par exemple, que les Caldwell auraient voyagé de France et d’Espagne vers l’Écosse pour trouver refuge.

L’examen du travail de Katz nous fournira également des indices très importants sur les aspects psychologiques et sociologiques du Crypto-Judaïsme.

Par exemple, quelles religions les Crypto-Juifs prétendaient pratiquer? Quelles sont les professions qu’ils ont suivies? Qui ont-ils épousé? Et peut-être, ce qui est le plus convaincant, pourquoi les descendants des Crypto-Juifs ne se sont-ils pas précipités pour s’identifier comme Juifs une fois que les restrictions concernant le judaïsme ont été supprimées?

Nous dirons que les modèles observables en Angleterre sont analogues à ceux que l’on trouve en Écosse et dans la plupart des autres communautés Crypto-Juives du monde, à savoir les Melungeons dans les Appalaches et les conversos au Nouveau-Mexique, à Cuba, à Porto Rico et en Amérique du Sud.

On peut supposer que les Crypto-Juifs qui sont restés en Angleterre après l’Expulsion de 1290 se sont présentés comme des chrétiens pratiquants, ce qui aurait signifié à l’époque le catholicisme romain, la religion dominante en Angleterre. Ils auraient « basculé » vers l’anglicanisme sous le règne d’Henri VIII (1509-1547), afin, une fois de plus, de se conformer aux normes extérieures.

Quand les Crypto-Juifs sont entrés en Angleterre à partir de la péninsule ibérique, au moment de l’Inquisition (1492), ils étaient facilement reconnaissables comme Espagnols ou Portugais, par conséquent, prétendre être anglican n’aurait pas été une couverture crédible.

Ainsi, comme l’indique Katz (1996), ces Crypto- juifs qui arrivaient, se prétendaient être des catholiques romains, selon la religion d’État en Espagne et au Portugal.

« Les Juifs espagnols qui étaient venus à Londres continuèrent sans aucun doute, comme ils l’avaient toujours fait, à pratiquer le judaïsme à la maison, tout en se comportant selon le rite catholique romain à l’extérieur, comme n’importe quel marchand ibérique » (p. 2). Dans les années 1530, Katz écrit : « Il était possible de parler d’une communauté juive secrète à Londres «  (p. 4).

Ce que nous ne savons pas, c’est si les Crypto-Juifs anglais originaux – ceux qui datent de 1290 – étaient en contact avec leurs frères ibériques.

Nous pensons que certains Écossais étaient en contact avec des branches étrangères de leur famille ou avec des correspondants commerciaux et ont peut-être même tenté d’aider ces nouveaux arrivants en utilisant leur position solide dans la société britannique. Ils peuvent avoir choisi des maris ou des épouses parmi les immigrants.

Une très fructueux voie à suivre pour les recherches futures consisterait à retracer les communications publiques au nom de la nouvelle communauté de Crypto-Juifs avec des Anglais établis et aussi documenter tous les modèles de mariages mixtes avec ces nouveaux émigrés dans des familles anglaises.

Une lueur d’identité anglo-juive apparaît dans la carrière remarquable de Sir Anthony Ashley-Cooper, qui était simultanément Baron Cooper de Pawlett, Baron Ashley de Wimborne St. Giles, 1er Lord Shaftesbury, Lord Chancellor of the Exchequer, Lord Proprietor of the Carolinas, membre de la « Cabale » originale de Charles II, et auteur du droit d’Habeas Corpus en droit civil anglais (1621-1683). Ce que nous savons de son passé, est plutôt mystérieux, sa vie pleine d’intrigues, fait de Lord Shaftesbury un très grand suspect dans cette aventure Crypto-juive.

Simon Cooper fut le premier du nom à se faire remarquer dans les affaires officielles de l’Angleterre, étant nommé shérif de Londres en 1310, peu après l’expulsion des Juifs.

C’était la quatrième année du règne du roi Édouard II. Son fils, Robert Cooper, est devenu l’époux de la femme de chambre du roi Henri V.

Au cours de plusieurs générations, divers membres de la famille ont occupé des postes élevés dans la vie officielle. Sir John Cooper était député de l’arrondissement de Whitechurch, Hampshire, en 1586. L’une de ses filles épousa Robert Baker, envoyé du roi Jacques sur le trône d’Espagne. Son fils, John, a été créé baronnet le 4 juillet 1622. John a épousé Anne, fille de Sir Anthony Ashley et, grâce à elle, il a acquis pratiquement tous les vastes domaines de la famille Ashley. Les Ashley étaient probablement d’origine juive (Heb. Asher, « Assyrian »).

Les descendants américains de Sir John Cooper (1598-1630/31) sont inclus dans le guide de Daniel Boone, William Cooper, est un nom courant parmi les noms de famille de Melungeons.

Franc-maçon avant que cet ordre ne soit ouvertement reconnu, Shaftesbury avait des liens importants en Espagne, en Hollande, en France, dans les Caraïbes et en Écosse.

Son secrétaire, John Locke, a rédigé la première constitution coloniale qui accordait spécifiquement des droits de citoyenneté aux Juifs (Charte des Carolines, 1670).

Comme le monarque Stuart Charles II, Shaftesbury avait de la difficulté à produire un héritier et une plus grande facilité à former des relations scandaleuses. Et comme « Old Rowley » et les autres Cavaliers, Shaftesbury est resté fidèle à sa maîtresse principale, d’après la mode, et a reconnu les plus attrayants et ambitieux de ses bâtards.

Sa maîtresse était Lucretia Massey. Les enfants illégitimes de cette liaison adolescente, évidemment son premier amour, ont tous fait de brillants mariages et ont fondé de longues lignées qui se sont mêlées aux Grandes Familles de Virginiea en particulier Bollings (Boleyn), Howards, Johnstons, Walkers et le peuple de Pocahontas.

Au sujet de sa première épouse, qui a fait quatre fausses couches, Shaftesbury écrit dans son journal : « C’était une belle femme, une chrétienne religieuse dévouée, l’épouse la plus douce, et affectueuse, observée dans ce monde ».

Dans une déclaration plus tard admiré par Benjamin Franklin, et consacré par Benjamin Disraeli dans l’un de ses romans, Shaftesbury répondit un jour à ses détrac

teurs avec une défense selon laquelle il y avait plus qu’un bon mot.

Après l’une de ses altérations de conscience caractéristiques pendant les guerres de religion, une dame de haut rang lui a demandé ce qu’il croyait réellement. « Madame, dit-il, en milieu urbain, les gens diffèrent dans leur discours et leur profession sur ces questions, mais les hommes de sens ne sont en réalité qu’une seule religion. La dame demanda : « Je vous en prie, mon Seigneur, quelle est la religion dans laquelle les hommes de sens sont d’accord ? ». Shaftesbury répondit : « Madame, les hommes de bon sens ne le disent jamais. »

Pour nous, cela nous semble la réponse classique d’un Crypto-Juif.

A la fin du règne d’Henri VIII, les Juifs espagnols, à la fois Crypto- et ouvertement juifs, étaient bien établis en Angleterre. Trois d’entre eux comprenaient le Dr Hector Nunez, Dunstan Anes, et Simon Ruiz qui a vécu à Londres et a poursuivi sa carrière professionnelle avec succès.

Nunez a même été nommé membre du Collège des médecins en 1554 et Anes est devenu un homme libre. de la Grocer’s Company en 1557. Nunez, qui s’est présenté publiquement comme un calviniste, était en fait le rabbin de la communauté juive de Bristol, en Angleterre (Katz 1996).

Ces trois hommes peuvent nous servir de prototypes de l’expérience juive, au milieu du XVe siècle en Angleterre.

L’un, Hector Nunez, était si habile comme médecin qu’on lui permettait d’entrer au Collège des médecins – un modèle que nous verrons être suivi en Écosse. Dunstan Anes (Ames) était un marchand de denrées alimentaires, une autre profession juive typique, et le Dr Henrique Nunes, le Crypto-rabbi de Bristol, en Angleterre, a prétendu être un ministre calviniste (protestant), avant de s’enfuir en France.

Ce que nous trouverons en Écosse est très similaire : des Crypto-Juifs dans les professions marchandes, en tant que médecins et apothicaires de premier plan, et en tant que ministres protestants. Ce qui manque dans cette liste, ce sont les nombreuses compétences artisanales que les Crypto-Juifs possédaient – orfèvrerie, tannage du cuir, couture, tissage, extraction du fer et fonte, et une orientation vers des activités intellectuelles, telles que les mathématiques, la chimie et l’astronomie.

Entre-temps, les conversos en dehors de l’Angleterre avaient établi un réseau commercial international qui reliait l’Europe de l’Est, la Turquie, la Palestine, la Hollande, l’Ibérie, la France et l’Angleterre.

Les principaux moteurs de ce réseau étaient Joseph Nasi et sa mère, Eva Garcia Mendes Nasi. Joseph détenait également les titres de duc de Naxos et de comte d’Andros et s’efforçait d’établir non seulement un centre commercial mais aussi une patrie juive à Tibériade en Israël (Katz 1996).

Don Joseph Nassi, Duc de Naxos – Environ 5265-5339 ; 1505-1579

La communauté Crypto-Juive d’Angleterre, qui comprenait plusieurs médecins et hommes d’affaires éminents, s’est affiliée au protestantisme.

Par exemple, Katz (1996, p. 65) écrit que Santa Cruz a témoigné à Madrid, « Il sait, comme il est public et notoire à Londres, que par race ils sont tous juifs, et il est notoire que dans leurs propres maisons ils vivent comme tels en observant leurs rites juifs ; mais ils fréquentent publiquement les églises luthériennes, et écoutent les sermons, et prennent le pain et le vin ». 

En 1649, sous la direction d’Oliver Cromwell, les Juifs ont obtenu une reconnaissance quasi-officielle en Angleterre, bien qu’ils n’aient pas encore été autorisés à exercer des fonctions, à posséder des terres ou à devenir citoyens. C’est très probablement le maintien de ces restrictions à la mobilité sociale et économique,  qui a encouragé les Crypto-Juifs de 1290 à rester cachés. Car pourquoi devraient-ils soudainement surgir à ce moment-là et perdre leurs terres, leurs titres et leurs fonctions politiques et administratives? Peut-être pensaient-ils aussi qu’ils pourraient mieux aider leurs coreligionnaires nouvellement arrivés en restant tels qu’ils étaient et avaient été pendant des siècles : des juifs secrets et des chrétiens publics.

Ils ont dû aussi, ressentir un énorme abîme psychologique entre eux et les « vrais » juifs qui immigraient alors en Angleterre.

Ces derniers juifs lisaient et parlaient l’hébreu et le ladino, ils connaissaient les prières appropriées, ils fréquentaient la synagogue, avaient un rabbin et circoncisaient leurs fils.

Les Juifs d’Angleterre, longtemps cachés, ont dû ressentir à la fois fierté et honte face à leurs nouveaux frères publics – fierté de la présence et du succès économique, mais honte de leur propre lâcheté apparente à se cacher et à choisir de rester dans la clandestinité. Les secrets si longtemps gardés sont atrocement difficiles à divulguer.

A notre connaissance, aucun des Juifs cachés d’Angleterre n’a choisi d’exposer son ascendance à cette époque.

En effet, si leurs lignées étaient, comme le montrent les recherches généalogiques modernes, profondément ancrées dans l’aristocratie et la noblesse de l’Angleterre, ils n’avaient qu’à considérer l’hystérie qui balayait l’Espagne et le Portugal sur la « pureté du sang » pendant les années 1500, pour décider de rester tels qu’ils étaient.

Et pourtant leur existence, et celle de leurs compagnons Crypto-Juifs d’Ecosse, de Suisse et de France, avait un impact transformationnel sur le monde religieux.

(en particulier, pour la France, dans le dernier fief anglais, autour de Calais, où ils n’ont été confisqués qu’une seule fois en 1556)

Nous dirons au chapitre 10 que certains des principaux architectes de la Réforme protestante, en particulier Jean Calvin de France et Jean Knox d’Écosse, étaient des descendants de Juifs séfarades.

Cependant, nous nous concentrerons maintenant uniquement sur l’impact que la Réforme protestante a eu sur la perception des Juifs en Europe occidentale, en particulier en Angleterre.

L’un des principaux principes du protestantisme est la possibilité d’une relation directe entre l’individu et Dieu.

Les prêtres, les évêques, les cardinaux et le pape de l’Église romaine ne sont plus nécessaires comme intermédiaires. Pourtant, avec cette possibilité de contact direct vient la responsabilité des individus de s’éduquer selon les lois de Dieu, tels qu’ils sont révélés dans la Bible. Cela a été considéré par les historiens (y compris Katz) comme étant la principale motivation du clergé protestant pour apprendre l’hébreu, à savoir, en tant qu’entrée dans les Saintes Écritures.

Pour nous, cependant, il s’agit d’un raisonnement assez flou. Nous proposons que le raison pour laquelle tant de chefs de file du clergé protestant ont « soudainement » commencé à prôner la lecture en hébreu. et passer en revue l’Ancien Testament pendant les années 1500, c’est parce qu’ils étaient, en fait, soit Crypto-Juifs eux-mêmes ou fils de Crypto-Juifs, et ont cru que l’Ancien Testament (Torah) en hébreu était, en effet, la Parole de Dieu.

Katz, cependant, ne partage pas nos soupçons et affirme le point de vue traditionnel (pp. 110-111) :

« Comme c’était le cas partout où les études hébraïques fleurissaient, l’intérêt des chrétiens pour l’Ancien Testament a inévitablement créé un climat d’opinion théologique qui a attiré les Juifs, les convertis. et autre… La vie religieuse anglaise des seizième et dix-septième siècles se caractérisait par les caractéristiques suivantes : l’accent intense mis sur la lecture et la compréhension de la Parole de Dieu en tant qu’exprimée dans les Écritures, et la « langue de Canaan » parlée par Dieu aux Israélites est devenue un outil d’érudition biblique très en demande. »

Selon nous, la réémergence de l’Ancien Testament était en fait un « retour à la Torah », des juifs récemment « christianisés » utilisant simplement le protestantisme comme prétexte pour pratiquer leur foi traditionnelle.

(En effet, dans l’église presbytérienne des Appalaches de Melungeon où l’un des auteurs a été élevé, les enseignants de l’école du dimanche ont passé onze mois de l’année sur l’Ancien Testament [Torah] et seulement un mois sur le Nouveau Testament [évangiles chrétiens]).

En outre, en 1535, Thomas Cromwell avait demandé à Oxford et à Cambridge de donner des conférences publiques en hébreu ou en grec. Ceci a été ratifié par une loi du Parlement en 1530 (Katz 1996).

Notamment, le grec était la langue religieuse la plus couramment utilisée par les communautés juives de la diaspora. La Septante, traduction de la Bible hébraïque en grec à partir de l’ancien monde qui reste en usage dans le christianisme orthodoxe grec, régnait toujours en maître parmi les juifs. Une grande partie de la littérature rabbinique de Judée de l’époque gréco-romaine avait été composée en grec. Les juifs romantiques de langue grecque de l’Orient turc étaient encore très présents, fusionnant leur culture avec celle des juifs ladinos d’Espagne et du Portugal qui ont apporté leur langue judéo-espagnole dans les grands centres culturels de l’Empire ottoman tels que Thessalonique, Istanbul (Constantinople), Izmir (Smyrne), Rhodes et la Crète (Biale 2001, pp. 80-81, 160-61, 328, 864-66).

Pour comprendre les Crypto-Juifs d’Angleterre et d’Écosse, il faut regarder les Marranes d’Espagne et du Portugal.

L’origine et la signification du terme est contestée, et son utilisation n’est que sporadique avant 1380 environ, mais il semble avoir acquis une grande importance au milieu du XIVe siècle lors des émeutes anti-juives de Tolède et de Cordoue qui ont précédé immédiatement l’Inquisition espagnole.

Son apogée fut le seizième siècle, lorsque Marranos devint « Judaizers » (judaisant) en dehors de l’Espagne et du Portugal, traqué par l’Inquisition à travers toute l’Europe et les Amériques.

« Les riches Maranes, qui se sont largement engagés dans le commerce, l’industrie et l’agriculture, se sont mariés avec des familles de la vieille noblesse ; les comtes et marquis pauvres ont, sans hésiter, épousé de riches juives ; et il arriva aussi que des comtes ou des nobles de sang royal se soient entichés de jolies filles juives.

A partir de la deuxième génération, les néo-chrétiens se sont généralement mariés avec des femmes de leur propre secte.

Ils devinrent très influents par leur richesse et leur intelligence, et furent appelés à des postes importants au palais, dans les cercles gouvernementaux et dans les Corps d’état ; ils pratiquaient la médecine et le droit et enseignaient dans les universités ; tandis que leurs enfants obtenaient souvent de hautes distinctions ecclésiastiques. (Jacobs et Meyerling dans l’Encyclopédie juive 1906-1911 s.v. Mutatis mutandis).

La même description vaut pour la classe privilégiée juive secrète en Grande-Bretagne.

En 1688, un nouveau jour se lève en Grande-Bretagne.

Le prince Guillaume d’Orange, le chef protestant des Pays-Bas, non seulement ami des Juifs de ce pays, mais probablement d’origine juive lui-même, était sur le point de réclamer le trône d’Angleterre à Charles II. La communauté séfarade d’Angleterre, d’Irlande et des Pays-Bas a coordonné les efforts financiers et politiques au nom de William.

Comme le note Katz (1996, p. 156), à partir de 1674 au moins, les principaux fournisseurs pour l’approvisionnement des forces terrestres de la République étaient la firme juive Machado et Pereira. « Vous avez sauvé l’etat, écrivit Guillaume III à Antonio-Moses Alvarez Machado, et il y avait probablement une bonne part de vérité dans ses louanges….. ». 

Une fois que le prince William est entré en Angleterre, les Séfarades ont continué à jouer un rôle déterminant dans sa campagne militaire, y compris la bataille de Boyne en Irlande en 1690. Comme le rapporte Katz (1996, p. 158), « Isaac Pereira a été assisté par Alfonso Rodriguez alias Isaac Israel de Sequeira, fils d’un homme longtemps associé aux Juifs de Londres. Il a été rejoint à son tour par son parent, David Machado de Sequeira, et Jacob do Porto, son petit-fils. La contribution de ces quatre hommes au succès de la Glorieuse Révolution a été exceptionnelle….. ». 

Dans les années 1700, les Séfarades anglais étaient impliqués dans le transport des diamants, du corail et de l’argent le long d’une route commerciale allant de l’Inde à l’Italie, Amsterdam, Londres et au Brésil (Yogev 1978).

Les Séfarades étaient de plus en plus reconnus comme des membres précieux de la société anglaise. Les défenseurs de leurs droits ont commencé à se manifester en plus grand nombre. Sir Josiah Child (peut-être un Crypto-Juif lui-même) prônait leur pleine assimilation. dans la société britannique (Katz, p. 176).

Un autre auquel nous devrions nous intéresser de près est John Toland (Katz, p. 234), qui a publié  « Une défense des Juifs contre tous les préjugés vulgaires dans tous les pays » (1714), Toland’s  s’adressait aux évêques et aux archevêques de Grande-Bretagne. Il a déclaré, « comme par votre Apprentissage, vous sachez en outre qu’une partie considérable des habitants britanniques sont la progéniture incontestable des Juifs …. et comme vous êtes les avocats des Juifs au Trône du Ciel, de la même façon vous serez leurs amis et protecteurs au Parlement britannique. » 

Toland a également mis en avant les Juifs en Angleterre, notant leurs malheurs sous les rois normands, et rappelant à ses lecteurs qu’après qu’ils aient été réadmis pendant la guerre de Cromwell, sous le règne du roi Charles II « ils ont été complotés et tolérés, n’étant pas autorisés en vertu de la Charte ou d’une loi du Parlement : ils ne sont pas non plus assortis de conditions autres que l’autorisation à ce jour, et qu’ils ont mérité beaucoup mieux….. » 

Passons maintenant à l’Écosse.

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