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Pour mémoire aux chrétiens libanais qui soutiennent l’organisation iranienne terroriste : le Hezbollah

hezbollah3

A la fin du mois de juin 1860, et durant les mois de juillet et d’août de la même année, des troubles religieux éclatèrent au Liban et en Syrie. Des Druzes, secte dissidente de l’Islam, massacrèrent des Maronites chrétiens.

Nous n’entrerons pas dans les détails des négociations qui entraînèrent l’intervention de la France en Syrie au mois d’août 1860, mais nous relèverons que l’émotion fut grande en Europe : les guerres de religion semblaient appartenir à une autre époque1.

Le 7 août 1860, Le Moniteur universel ouvrait dans ses colonnes une souscription en faveur des chrétiens d’Orient.

Parmi les souscripteurs venaient en tête l’Empereur avec une somme de 25.000 F, l’Impératrice pour 10.000 F. Cette première liste totalisait 89.943 f 50 c, mais sur cette somme, 48.892 F avaient été versés par Gustave de Rothschild, président du Consistoire israélite de Paris, après une collecte faite parmi ses adhérents, et quelque huit cents noms de Juifs parisiens suivaient.

Trois questions se posent :

  • 1° Qui avait lancé l’idée de la souscription ?
  • 2° Quelles réactions avait-elle suscitées ?
  • 3° Quelle était enfin la réelle des Juifs de France dans cette entreprise?

I. — Origine et organisation de la souscription

Tout avait commencé par une lettre d’Adolphe Crémieux datée du 11 juillet et parue dans Le Siècle et La Presse du 12 juillet. La Gazette de France en donnait de larges extraits, repris de La Presse, dans son numéro du 14 juillet 1860.

A. Crémieux s’adressait à ses coreligionnaires :

Toute la terre nous était fermée, lorsqu’au premier jour de son immortelle révolution, la France nous ouvrit ses bras et nous fit citoyens. Cette France, qui nous a miraculeusement délivrés, qui nous adopta, qui nous appelle ses enfants, c’est la France chrétienne.

Et voilà qu’en Orient les Chrétiens sont livrés à la plus effrayante Le sang coule ; la misère et la faim s’étendent sur des populations… dont le seul crime est d’adorer le Christ ! Israélites français, venons les premiers en aide à nos frères chrétiens ; n’attendons pas les résultats, toujours si lents, de la diplomatie, qui réglera l’avenir ; venons au secours des infortunes présentes. Qu’une large souscription s’ouvre aujourd’hui même à Paris ; que demain un comité Israélite s’organise…

La lettre se poursuivait par un appel aux Juifs d’Europe et même des États-Unis.

Un comité se forma en effet, dont Crémieux était le président et Charles Netter le trésorier2. Il recueillit les premières souscriptions parmi les Juifs, mais rapidement c’est le Consistoire Israélite de Paris qui prend le relais sous l’impulsion d’un homme dynamique et généreux, Michel Alcan, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et membre lui-même du Consistoire3.

Sans doute parce que le Consistoire détenait les listes nominatives des Juifs de Paris avec leurs adresses, Michel Alcan quadrilla la capitale, des émissaires partirent listes en main recueillir les souscriptions.

De son côté, le secrétariat du Consistoire invita toutes les communautés de sa circonscription, à peu près la moitié nord de la France à l’exclusion de l’Alsace et de la Lorraine, à collecter des fonds parmi leurs fidèles4.

Il est donc manifeste que l’on désire donner de l’ampleur à cette action, et des hommes tels que Crémieux, Netter, Isidore Cahen et Carvallo, qui sont parmi les principaux fondateurs de l’Alliance Israélite Universelle, comprennent très bien que seul le Consistoire de Paris a les moyens de la mener à bien.

Si l’initiative de la souscription est à inscrire à l’actif de l’Alliance Israélite Universelle, le mérite de son succès n’en revient pas moins largement à l’organisation administrative du Consistoire de Paris.

Dans les semaines qui suivirent, l’Alliance, dont la fondation ne remontait qu’au 17 mai 1860, profita de l’enthousiasme provoqué chez les Juifs français par cette souscription pour enregistrer de nombreuses adhésions à sa jeune organisation.

Le dépouillement du Moniteur Universel pour la période du 1er 1860 au 30 juin 1861, pendant laquelle 41 listes sont publiées, la dernière à la date du 6 avril 1861, révèle que la souscription totalisa finalement 440.664,09 F.

Parmi les communautés juives donatrices, outre Paris citée plus haut : Strasbourg 1.400 F, Besançon 412,50 F, Épinal 151 F, Saint- Quentin 25,50 F, Versailles 146,50 F, Lille 153 F, Valenciennes 76 F, Colmar 1.500 et 600 F, Bordeaux 5.071,75, Toulouse 110 F, Mulhouse 386 F, Carpentras 214,55 F, Clermont-Ferrand 50 F, Alger 1.561 F, Oran 1.375 F, Mosta- ganem 512,50 F, Mascara 432 F, Alger (produit d’une quête faite à domicile) 3.290 F ; de l’étranger, communauté juive de Rome 432 F ; le célèbre prestidigitateur Hermann fait don de la recette d’une séance donnée à Madrid, 1.789 F5.

Le 12 juillet 1860, donc jour de la parution de la lettre d’Adolphe Crémieux dans Le Siècle, Moïse Stern, graveur de l’empereur, 47, rue des Panoramas, à Paris, faisait parvenir à Charles Netter, trésorier de l’Alliance Israélite Universelle, une lettre où l’on pouvait lire : « …Notre société l’Alliance Israélite, devrait prendre l’initiative d’une souscription en faveur des Chrétiens d’Orient. A cet effet, je vous envoie 25 F. La lettre de Me Crémieux est admirable et doit produire un effet immense » (ibid.).

L’initiative des Juifs de France fut imitée sans retard par les catholiques et protestantes.

La feuille légitimiste La Gazette de France signala, dès le 27 juillet, que « l’abbé Lavigerie, directeur de l’Œuvre des écoles d’Orient, vient de faire entendre un chaleureux appel aux catholiques de France en faveur des chrétiens de Syrie ». Cette souscription dépassa les 100.000 F.

Les autres quotidiens catholiques, L’Union, Le Monde, L’Ami de la religion, Le Journal des villes et des campagnes ouvrirent dans leurs colonnes des souscriptions identiques. Les quotidiens à grand tirage, L’Opinion nationale, Le Constitutionnel, Le Siècle auraient agi de même. La province ne resta pas inactive : la souscription du Sémaphore de Marseille, qui avait ouvert spécialement pour cela un bureau à la Chambre de Commerce, recueillit plus de 40.000 F.

Si nous examinons les listes de souscripteurs du Moniteur, nous notons parmi les donateurs juifs les plus généreux et les plus connus : Crémieux 500 F; Javal 500 F; Kann, banquier, 1.000 F; Mirés 1.000 F; Emile et Isaac Péreire 10.000 F, le baron James de Rothschild 15.000 F, Maximilien de Koenigswarter 500 F, Werthimber Wihelm 1.000 F, Salvador Casimir, qui avait demandé à garder l’anonymat, 1.000 F, Benoît Fould 3.000 F, Fromenthal Halévy 50 F.

Un détail amusant : le seul Juif de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Sazias, 50 F.

Pour la seule ville de Paris, 1.800 noms ont été recensés ; quand on sait qu’en 1860, environ 4.500 familles juives vivent dans la capitale, on en déduit qu’une famille juive sur trois a apporté sa contribution.

C’est dire le travail accompli par l’administration consistoriale.

Nombreuses sont les familles qui versent un à deux francs ; on a donc fait du porte à porte et les indigents seuls ont été négligés.

Une timide esquisse d’étude sociologique des listes parues dans Le Moniteur fait apparaître que la majorité des souscripteurs se recrute dans la moyenne et haute bourgeoisie.

Le petit peuple, sauf dans le cas des Juifs de Paris, qu’on est allé solliciter quasiment un par un, est absent. De temps en temps nous relevons un ouvrier, 50 centimes ; un étudiant en droit, 3 F ; des instituteurs et leurs élèves 2,20 F, 1,40 F ; un limonadier et ses garçons 20 F.

La plupart des souscriptions se sont faites par les grands corps ou organismes de la nation interposés : les grandes administrations, l’armée, les diocèses, les Chambres de notaires, de commerce, etc. A noter : le Prince Napoléon, 1.000 F ; la Princesse Marie-Clotilde, 1.000 F ; le comte de Morny, 1.000 F ; les ministres, 1.000 F en moyenne ; les maréchaux Vaillant, Magnan, le duc de Malakoff, 1.000 F chacun ; les généraux, de 100 à 300 F en moyenne ; de nombreux notaires honoraires qui donnent entre 50 et 100 F ; la Cour de cassation, 3.000 F ; la compagnie des agents de change, 6.000 F ; le diocèse de Nancy, 20.000 F ; des évêques (par exemple l’évêque d’Amiens), 2.000 F; la Chambre des notaires de Paris, 3.000 F ; la Banque de France, 20.000 F ; la Compagnie générale des omnibus, 1.000 F ; des sénateurs (par exemple le comte Siméon), 200 F ; des députés au Corps législatif (par exemple Didier Henri), 200 F ; le Conseil municipal de Paris, 2.900 F ; les éditeurs Massion, Dentu, Gide, le Conseil de l’Ordre des avocats à la Cour impériale de Paris, 2.000 F ; la Garde impériale, 1.225 F ; les juges de paix des vingt arrondissements de Paris, 500 F ; le Crédit Foncier de France, la universelle du canal de Suez, 5.000 F ; la Chambre de commerce de Paris, 2.000 F ; les grandes compagnies d’assurances (la Nationale, l’Union, la Providence, la France), 1.000 F en moyenne ; des régiments, des paroisses, les vingt maires de Paris, 2.850 F ; le Théâtre de l’Académie impériale de musique donne une représentation le 18 août : 7.683,57 F ; la Garde nationale du département de la Seine, 64.027,60 F. Dans divers consulats à travers le monde des sommes sont versées : Bade, Tunis, Espagne, Brésil, Calcutta ; à Jassy, 15.376 F. A noter que, dans cette dernière ville de la Moldavie, vit une très forte communauté juive. La franc-maçonnerie écossaise, dont cinq loges de Marseille, 3.636,25 F6.

Les aristocrates figurent en petit nombre ; ils apparaissent davantage dans les listes publiées par L’Union. Le premier d’entre eux, le comte de Chambord, adresse le 27 juillet 1860 une souscription de 4.000 F d’une lettre publiée dans le journal :

…Fidèle aux traditions de la monarchie qui a si longtemps couvert les Chrétiens d’Orient de sa puissante protection, je veux témoigner, autant qu’il dépend de moi, de ma vive sympathie pour eux. Envoyez donc ma faible offrande. Combien je regrette que mon absence de la patrie ne me permette de m’associer que de loin, et par mes vœux, à la sainte et noble lutte que la France va soutenir contre la barbarie en faveur du christianisme et de la civilisation. (Signé) : Henri.

Les anonymes sont rares : quelques-uns chez les Juifs, une dizaine au grand maximum ; un peu plus nombreux chez les Chrétiens ; souvent des initiales, par exemple le comte de N…, 1.000 F7.

Est-ce que tous les grands noms du judaïsme français se sont joints au mouvement général de leurs coreligionnaires?

Dans l’ensemble oui, mais des noms tels que ceux d’Albert Cohn, philanthrope bien connu des œuvres juives de bienfaisance de Paris, et Adolphe Franck, membre de l’Institut, ne sont pas mentionnés ; c’est à signaler. Cela compte peu néanmoins si l’on se réfère au nombre considérable d’adhésions que rencontra l’appel de Crémieux.

II — Quelles réactions suscita cette initiative des Juifs français?

Les publications de la lettre de Crémieux et de celles de deux rabbins dans Le Siècle provoquèrent un effet de surprise.

La Gazette de France du 25 juillet 1860 écrivit : « II est certain que cette pensée de générosité a lieu d’étonner partant de messieurs les rabins (sic) ».

La Gazette du Midi abonde dans le même sens : « II est curieux que ce soit un Israélite, M. Crémieux, qui fasse le premier appel pour une souscription en faveur des Chrétiens de Syrie» (15 juillet 1860).

Léon Plée, du Siècle, ne semblait pas surpris ; il faisait précéder l’appel de Crémieux des mots suivants :

Nous reconnaissons là les élans généreux de ce caractère chevaleresque qui, dans nos assemblées politiques comme au barreau, a conquis à M. Crémieux une renommée si populaire. Nous pensons que son appel sera entendu, non seulement de ses coreligionnaires, mais aussi de tout le monde chrétien.

Le Siècle va désormais soutenir de ses articles l’action lancée par Crémieux.

Quels motifs animent ce quotidien à grand tirage (un million de lecteurs, dit-on) ? C’est une feuille républicaine, et Crémieux l’est également. De plus, Le Siècle éprouve peu de sympathie envers le clergé et, naturellement, il appuie toute entreprise qui place l’Église dans une position difficile.

Or, que se passe-t-il en ce mois de juillet 1860?

En Italie, le pouvoir temporel du pape est gravement menacé par la Maison de Savoie. Pie IX, pour se défendre, décide d’organiser une armée ; il a besoin d’argent et lance un emprunt : l’emprunt romain. En France, les quotidiens religieux sont tout absorbés dans une campagne de presse visant à présenter une argumentation qui justifie les actions du pontife et à blâmer le Piémont-Sardaigne et tous les gouvernements « athées ou révolutionnaires » qui le soutiennent.

Second aspect de cette campagne de presse : assurer, par une grande publicité, le succès de l’emprunt romain.

La presse catholique a donc négligé ce qui se passait au Liban et en Syrie. Le Siècle s’en aperçut rapidement et ne manqua pas d’exploiter la situation.

Le 21 juillet 1860, Emile de La Bédollière écrivait :

Voilà plusieurs mois que l’Europe gémit et s’indigne de tortures infligées aux Chrétiens de Syrie, et pas un prélat n’a trouvé une parole de sympathie pour eux. Le pape, dans son Consistoire du 13 juillet, n’a entretenu ses auditeurs que du cardinal de Pise, de la situation des prêtres dans les provinces annexées et des rigueurs spirituelles qu’il avait l’intention d’infliger aux adversaires de son pouvoir temporel… Il nous semble que nos prélats pourraient renoncer momentanément à leur rôle d’agents de l’emprunt romain pour jeter les yeux sur le berceau ensanglanté du christianisme.

Le 18 juillet, Le Siècle, toujours fidèle à la ligne choisie, avait publié un extrait d’une lettre du grand rabbin du Haut-Rhin 8 adressée au Siècle :

...Les sentiments si noblement exprimés par l’ancien ministre sont partagés par les Israélites. La religion israélite recommande la tolérance et la charité universelle et notre émancipation par la Révolution de 1789 nous impose une dette d’éternelle reconnaissance envers les Chrétiens. Le plus impérieux de nos devoirs est de saisir toutes les occasions pour contribuer à faire cesser toujours et partout les persécutions religieuses, de quelque côté qu’elles soient.

Le rabbin de Lunéville s’exprimait à peu près dans le même sens par la plume de Léon Plée, qui le cita longuement dans Le Siècle du 24 juillet.

L’Opinion nationale se montra d’emblée bien disposée vis-à-vis de l’initiative des Juifs de France.

Le 19 juillet, elle fit paraître deux lettres de lecteurs de confession juive.

La première émanait d’Ulysse Carvallo, de Bordeaux, et avait paru, à l’origine, dans La Gironde, de Bordeaux. Le correspondant se réjouissait de la démarche de M. Crémieux et que l’on ouvrît au plus vite une souscription.

La seconde, dont l’auteur était F. Sourdis, banquier à Paris, louait surtout le journal : « Premier à la brèche contre l’intolérance, toujours avec cet esprit civilisateur qui vous honore et vous caractérise lorsqu’il s’agit du bien de vos semblables, sans distinction de race ni de culte, permettez-moi, Monsieur, de vous féliciter de l’initiative généreuse avec laquelle vous avez accueilli dans vos colonnes le noble appel de M. Crémieux. » II joignait une souscription de 500 F.

La Presse, Le Journal des Débats ne signalèrent pas l’initiative des Juifs français. Le Correspondant n’y accorda qu’une ligne. C’est la feuille royaliste L’Union, outrée sans doute par l’accueil sans réserve accordé par Le Siècle à l’action de Crémieux et aux discours des rabbins, qui mit le feu aux poudres.

Voici ce qu’elle écrivait le 21 juillet 1860 :

Est-ce que les Juifs vont se charger tout seuls de la défense de la civilisation et de l’humanité ? On le croirait à voir la solennité bruyante de leurs et de leurs souscriptions. Ne blâmons pas ce zèle, quelle qu’en soit l’inspiration ; mais qu’il fasse rougir l’Europe chrétienne en lui disant quels eussent été, en d’autres temps, ses devoirs sacrés… nous suivrons avec curiosité la marche des souscriptions provoquées par l’honorable M. Crémieux. C’est tout ce qui nous reste d’émotion pour la situation des Chrétiens. Qu’est-ce après tout que des Chrétiens ? A Rome, tuer des esclaves, ce n’était pas tuer des hommes ; pour la grande philosophie de l’Occident, des Chrétiens sont à peine des esclaves. Voilà où nous en sommes ! L’honneur de notre civilisation repose sur l’initiative de défense de M. Crémieux et sur les appels à la piété des banquiers juifs ! (Signé) : Laurentie.

A partir de cette date, le 21 juillet, et pendant une semaine, une violente polémique va opposer d’un côté la presse royaliste et catholique, c’est-à-dire L’Union, La Gazette de France, Le Monde, de l’autre la presse d’opposition avec Le Siècle à sa tête et, épisodiquement, la presse — ici, en l’occurrence, Le Constitutionnel.

Le thème central de la querelle, c’est la Révolution.

Pour les uns, elle est responsable de tous les maux et malheurs que connaissent, en 1860, la France et l’Europe. Pour les autres, au contraire, elle est la cause de grands progrès politiques et sociaux.

Les Juifs, qui sont, sans le vouloir, à l’origine de cet âpre débat, n’en feront pas partie : ils seront évoqués, presque accidentellement pourrait-on dire, mais pour se voir condamnés par les cléricaux ou portés aux nues par les adversaires de ces derniers. Ils assisteront, surpris, amers, déçus, témoins impuissants d’une bataille journalistique et d’idées, dont ils ne prévoyaient ni la vigueur ni l’ampleur du développement.

La réplique du Siècle à l’article de L’Union ne se fit pas attendre. Emile de La Bédollière écrivait le 22 juillet :

Quand un cri de réprobation unanime s’élève contre les barbares, le moment est en vérité bien choisi pour déclamer contre les philosophes, les la politique athée, les gouvernements appliqués plus ou moins à déraciner la religion qui les avait fondés ou sacrés… Que ces criailleries, ces accents de passion, ces manifestations de l’esprit de secte et de parti sont loin du langage de M. Klein, grand rabbin de la circonscription du Haut-Rhin.

Ernest Dréolle, du Constitutionnel, s’en prit également à L’Union dans son editorial du 22 juillet :

II est certaine presse qui, par système ou par rancune, se met hardiment au-dessus de l’opinion publique et méconnaît les devoirs qu’impose la vérité historique… C’est donc bien malgré nous que nous nous occuperons aujourd’hui du journal L’Union… La feuille légitimiste prend le texte de la lettre de M. Crémieux dont nous avons parlé et s’écrie : « Est-ce que les Juifs vont se charger tout seuls de la défense de la civilisation et de l’humanité? »

Suivent les passages déjà évoqués ci-dessus.

Le journal pro-gouvernemental reprend : « Nous ne ferons pas ressortir combien ces quelques paroles sont malheureuses… »

D’autres passages du texte de l’article de L’Union sont cités et Le Constitutionnel de conclure — et nous nous apercevons combien la position des ultramontains était bien isolée en France, mais aussi la place qu’occupait la question romaine dans la vie politique française dans les années soixante du siècle dernier :

On cite de pareilles phrases, on ne les discute pas. A quoi bon ? On ne discute pas des blasphèmes, et ces quelques phrases seraient des blasphèmes, si elles n’étaient un pur effet de rhétorique, une transition pour cette thèse calomnieuse que « l’Occident apparaît désormais comme une agglomération de gouvernements sans unité, tous appliqués plus ou moins à déraciner la religion qui les avait fondés ou sacrés. Cette thèse peut révolter, mais du moins elle ne surprend pas de la part d’un journal qui, avant-hier, n’hésitait pas à l’Autriche comme le seul type et le seul modèle d’un gouvernement véritablement catholique, et ces écrivains-là se prétendent Français, et ces Français-là déclarent qu’ils suivront avec curiosité la marche des souscriptions provoquées par l’honorable M. Crémieux ! C’est tout ce qu’il leur reste d’émotion pour la situation lamentable des Maronites !

Nous arrivons au fameux article de Léon Plée paru dans Le Siècle du 24 juillet et intitulé : « Prélats et rabbins », qui va faire rebondir la querelle à un niveau que nous n’aurions pas soupçonné.

Le journaliste de la feuille républicaine s’exprimait ainsi :

Les journaux légitimistes ne peuvent dissimuler leur mauvaise humeur. Autrefois, partout où un Chrétien souffrait, il était sûr d’être défendu par les chefs de sa religion ; aujourd’hui, tout entiers aux passions politiques, ceux-ci ont négligé les traditions qui avaient fait l’Église si grande, et ce ne sont pas les princes du catholicisme qui les premiers ont plaidé la cause des Chrétiens persécutés, ce sont les modestes docteurs de la loi de Moïse. Que les temps sont changés !

Léon Plée poursuit en établissant un parallèle entre l’intolérance des évêques dans leurs mandements pour la guerre pontificale et la tolérance des rabbins français contre la persécution, et il cite un long passage du discours du rabbin Lévy, de Lunéville, dont nous extrayons la phrase suivante : « Quand donc les hommes sauront-ils respecter les croyances du cœur et laisser la conscience libre d’adorer à sa façon le Dieu créateur ? »

Et Le Siècle de conclure :

II faut le dire parce que cela est vrai, voilà le véritable langage évangélique, voilà la véritable charité. Comment, ainsi que nous le disions, les rôles ont-ils changé à ce point ? Car combien les Israélites n’ont-ils pas été persécutés ! De quel fiel leur cœur ne semblerait-il pas devoir être rempli ! Mais non, tout est oublié : au lieu de songer à la vengeance, on ne pense qu’au beau jour où la tolérance apaisera toutes les haines, rapprochera toutes les mains. Cela serait-il donc si difficile ?…

Les prêtres chrétiens ne pourraient-ils pas revenir au but de leur institution et professer, eux aussi, la tolérance que leur commande le Christ ? Mais non, le jeune Mortara est encore entre les mains des de sa famille… Et cependant, si on le voulait, quelle différence sépare au fond, au moins en morale, ces deux religions, dont l’une est persécutée et l’autre persécutrice ? Aucune, si l’on s’en rapporte au langage si charitable, si éloquemment juste et philosophique des rabbins !

Ces lignes si élogieuses envers l’éthique de la religion juive et l’attitude des rabbins français déchaînèrent la colère des feuilles légitimistes.

La Gazette de France, qui était jusque-là restée en dehors de la dispute, y entra sans ménagement. Dans un article violent et caractérisé par une aversion non dissimulée envers le judaïsme et ses adeptes, Gustave Janicot se livra, dans le numéro du 25 juillet, à une attaque ordonnée contre les écrits du Siècle.

Ce qui irrita les quotidiens catholiques, c’était le parallèle établi entre le judaïsme et le christianisme quant à la morale et la charité, et leur attitude respective dans la présente affaire des Chrétiens d’Orient.

Le journaliste de La Gazette de France écrivait :

Nous n’aurions même pas voulu chercher le mobile de cet appel, si peu dans les coutumes juives, si Le Siècle ne s’était avisé maladroitement de vouloir écraser la charité, le dévouement de l’Église catholique sous le poids de la charité et de la tolérance de la Synagogue.

Et il cite des passages de l’allocution du rabbin de Lunéville. Puis, reprenant in extenso la conclusion de l’article de Léon Plée, il ajoutait :

A quelle religion appartient l’auteur de ces incroyables commentaires ? Nous ne le savons pas. Nous ne l’avons jamais vu animé que d’un seul sentiment : une implacable haine contre tout ce qui est catholique, prêtres et fidèles, qu’il poursuit avec une intolérance dont on ne retrouve de précédent que sous le règne de la Terreur. Il faut être bien aveuglé par la colère, en effet, pour oser dire que les Juifs peuvent être, en tant que Juifs, tolérants dans leur religion ; pour dire qu’ils professent la pure doctrine de la tolérance, eux, les héritiers volontaires du déicide du Calvaire ! Un Juif tolérant ! Mais qu’ils commencent donc, ces rabbins tolérants, s’ils veulent qu’on les croie, par proclamer du crime de leurs pères 9.

Et nous parvenons à la fin de l’article dans laquelle l’auteur, tout entier gagné à la cause de l’Église et préoccupé par les difficultés que traversent les États-Pontificaux, en arrive à formuler une exigence des Juifs pour le moins inconcevable :

Si la charité, la tolérance et la justice sont les véritables mobiles de cette souscription, il y avait une manière bien plus éclatante de le prouver en le chef de la catholicité persécuté, menacé dans son indépendance et dans les biens dont l’Église lui a confié le dépôt. Que les Juifs contribuent à payer avec nous les frais de la guerre contre les envahisseurs du Saint-Siège, comme ils contribuent à payer les frais de la guerre contre les envahisseurs des Maronites, et nous croirons à la sincérité de leur profession de foi de tolérance.

Le journal catholique Le Monde se tint en dehors de la querelle, mais il crut bon d’intervenir au lendemain de l’article « Prélats et rabbins ».

J. Chantrel écrivit le 25 juillet :

M. Léon Plée prend la plume après M. de La Bédollière pour comparer la religion des rabbins à celle des évêques catholiques. M. Plée déclare que la religion des rabbins est la meilleure ; personne n’empêche M. Plée de se rendre à la synagogue et de se faire juif.

L’Union emboîta le pas au Monde et Mac-Sheehy ironisait lourdement le 25 juillet :

Le Siècle va se faire circoncire ! Il commence déjà en servant de Moniteur aux mandements des rabbins. S’il s’en tenait là, nous le laisserions parfaitement tranquille ; le fougueux démocrate est entièrement libre d’entrer dans la synagogue et de compter parmi les enfants d’Israël. Mais Le Siècle se permet de faire la leçon aux évêques avec le texte des rabbins ; ceci passe le ridicule 10…

Le Siècle ne répondit pas aux attaques des feuilles catholiques, pas plus que Le Constitutionnel qui, d’ailleurs, le faisait sentir dans sa dernière intervention. Il fut relayé par L’Opinion nationale en la personne de Charles Sauvestre le 27 juillet.

Il nous semble, dans cette polémique, que ce soit le premier journaliste qui ait fait preuve de discernement et su faire passer en second les besoins d’une cause, la laïcité d’un côté, le pouvoir temporel du pape de l’autre, car ne nous leurrons pas, l’excessif du Siècle rejoignait presque par moment l’anti-judaïsme de La Gazette de France.

« En réponse aux manifestations généreuses, lisait-on dans L’Opinion nationale, des consistoires et des sociétés de secours israélites en faveur des Chrétiens de Syrie, La Gazette de France ne trouve de mieux que de les appeler  » les héritiers volontaires du déicide du Calvaire « . »

Suivaient quelques-unes des phrases les plus virulentes de l’article de Gustave Janicot ci-dessus mentionné. C. Sauvestre continuait :

L’Univers, en son temps, n’aurait pas dit mieux. La Gazette de France recueille là un bel héritage. Mais elle montre une impardonnable étourderie lorsqu’elle reproche aux Juifs de ne pas manifester leur tolérance en venant au secours du pape ; c’est depuis longtemps chose faite, et l’on ne saurait dire où serait la papauté sans la caisse des banquiers juifs. Ils ont prêté de l’argent au Souverain Pontife et fait mieux encore : ils ont doté ses États de chemins de fer et donné aux rues de Rome la sécurité en y faisant circuler le gaz. Donc, lorsqu’elle vient leur demander d’aider ses amis à payer les frais de la guerre que le pape veut faire à ses anciens sujets, La Gazette se montre par trop exigeante 12.

Et il terminait par une phrase qui témoigne de sa lucidité, mais aussi de sa sensibilité dans sa perception du délicat de la question: « Ne craint-elle pas qu’à la fin on repousse comme importune cette main sans cesse tendue ? » 13

Le différend s’arrêta ici, car les événements prenaient une tournure inattendue.

A la suite des articles de Louis Jourdan, du Siècle, qui une action urgente 14, le gouvernement impérial intervint au Liban 15. De plus, les Juifs de Bordeaux avaient remis entre les mains de de cette ville, Mgr Donnet, le produit d’une collecte faite parmi leurs coreligionnaires en faveur des Chrétiens de Syrie16, et à Paris, Crémieux avait procédé de même en se rendant lui-même chez le cardinal Morlot 17.

Toute discussion, à l’annonce de l’intervention armée, sur la question de savoir si la charité juive était supérieure à la charité devenait superflue et vaine ; néanmoins, elle avait eu le mérite d’attirer l’attention sur une minorité religieuse et, essentiellement, dans une circonstance donnée — la souscription — de révéler au grand jour les opinions de la majorité vis-à-vis d’elle.

Mais que pensaient les Juifs, les principaux intéressés et à l’origine de la controverse?

III. — Quelle était la motivation réelle des Juifs de France en lançant cette souscription?

Pour tenter de saisir la raison profonde qui détermina les Juifs français à prendre l’initiative de la souscription, il est nécessaire, dans une première phase, de s’intéresser à la personnalité de Crémieux, son principal initiateur.

Adolphe Crémieux était probablement pour un une meilleure compréhension entre les religions chrétienne et juive.

Il semblait partisan d’action publiques susceptibles le dialogue, de réduire les différences fondamentales existant entre les deux cultes, sans pour autant nier ou sacrifier l’originalité propre à chacun d’eux et à leurs fidèles.

Autre détail, l’Alliance israélite universelle, dont il fut le président de 1863 à sa mort en 1880, avait choisi son nom d’après une société dont la plupart des membres étaient protestants, l’Alliance chrétienne universelle, fondée en 1855.

Le 30 juillet 1860, L’Opinion nationale insérait dans ses colonnes la réponse que Crémieux avait faite quelques jours auparavant à une adresse lue par le président de l’Alliance chrétienne universelle. L’Opinion nationale faisait précéder le texte de la réponse de Crémieux des lignes suivantes : « Jeudi dernier, une députation de la Société l’Alliance Chrétienne fondée à Paris depuis cinq ans dans le but de réunir en une seule famille, sans distinction de culte et de nationalité tous les enfants du Christ, s’est présentée chez l’honorable M. Crémieux, à l’occasion de la souscription qu’il a provoquée en faveur des Chrétiens d’Orient. »

Crémieux commençait ainsi sa réponse :

Je n’essaierai pas de vous exprimer ce que j’éprouve, vous le comprendrez mieux que je ne pourrais le dire. C’est l’Alliance Chrétienne Universelle qui vient aujourd’hui visiter l’Israélite et lui parler le langage de la plus haute philosophie, expression si vraie des grandes pensées de notre siècle, de notre France.

Oublions, dites-vous, les dissonances de nos esprits pour ne nous souvenir que de la parfaite harmonie de nos cœurs. Comment les premiers ne pas à s’entendre lorsque les seconds se comprennent si bien ?

Esprit et cœur s’entendent et se comprennent à merveille. Si vous saviez, Messieurs, comme mon cri de secours pour les Chrétiens du Liban a retenti dans les âmes de mes coreligionnaires ! J’en étais sûr, quand je leur ai parlé, moi qui les connais si bien.

Dernier détail enfin, qui a aussi son importance : Mme Crémieux avait fait baptiser ses enfants vers 1844, et en 1845 son mari avait dû donner sa démission de membre du Consistoire central des israélites de France.

Il était de notoriété que Crémieux vénérait sa femme, il est donc possible de supposer que cette dernière ait été pour quelque chose dans la décision de l’ancien ministre de déclencher la souscription18.

Autre explication, en liaison avec les activités d’Adolphe Crémieux, l’Affaire de Damas.

En 1840, un religieux, le Père Thomas, avait été assassiné à Damas. Les autorités locales, encouragées par le consul de France en place, Ratti-Menton, avaient accusé les Juifs de la ville d’être à l’origine du crime. Crémieux était parti en mission envoyé par le Consistoire central, afin d’éclairer le mystère et mettre un terme aux sévices dont étaient l’objet les Juifs qui étaient suspectés ; un de 80 ans, avait succombé.

Crémieux réussi à prouver que les accusations n’étaient pas fondées et à faire relâcher les détenus. En France l’affaire fit grand bruit dans la presse et on donna généralement crédit aux premières nouvelles en provenance de Damas et émanant de Ratti-Menton. Thiers, alors ministre des Affaires étrangères, n’adopta pas une attitude franche dans cette question19.

Flétris dans la presse, les Juifs français se sentirent mortifiés et malheureux. Dans le pays qui, le premier, les avait émancipés, ils se sentaient suspectés et avaient l’impression d’être revenus quelques décennies en arrière.

Ils en gardèrent pendant de longues années un souvenir douloureux.

Les Juifs de Bayonne, faisant parvenir, en juillet 1860, leur souscription en faveur des Chrétiens d’Orient, écrivaient :

« Elles vous prient également d’être son interprète auprès du grand citoyen, M. Adolphe Crémieux, pour lui exprimer toutes nos sympathies qu’il a si bien méritées dans cette circonstance et dans celle de Damas dont nous garderons longtemps le souvenir. » 20

Nous serions donc enclin à penser que les Juifs français désiraient chasser de l’esprit de leurs compatriotes de religion chrétienne la pénible impression de 1840, et ce, justement en provoquant une souscription en faveur de Chrétiens résidant, dans la région même, où le Père Thomas avait trouvé la mort de façon si tragique. C’est ce que comprit, à tort, La Gazette de Lyon du 28 juillet 1860, puisqu’elle écrivait que ce spontané de charité et fraternité des Juifs français avait pour but de racheter « l’assassinat du Père Thomas » 21.

Il ne semble pas que l’on doive s’arrêter là dans notre tentative de cerner les mobiles qui animaient les Juifs de France au moment de leurs souscriptions.

Il nous faut aller au-delà et chercher dans la situation des Juifs en France en 1860, à l’époque du Second Empire, le véritable motif du lancement de la souscription d’abord, mais aussi et surtout, de son grand succès rencontré auprès d’eux.

Pour qu’ils acceptent de souscrire, de figurer nominativement, en tant que Juifs, dans les listes publiées par les journaux, il fallait qu’ils se sentent véritablement les égaux des Français des autres cultes, il fallait qu’ils se sentent parfaitement intégrés pour entreprendre, sans appréhension, sans complexe, une action de cette envergure.

C’est ce que traduit Adolphe Guéroult, brillant journaliste de L’Opinion nationale, quand il écrit dans le numéro du 1er août 1860, à propos d’un article intitulé : « L’Alliance Israélite Universelle » :

Mais n’est-ce point un signe des temps que cet appel en faveur des Chrétiens sortant de la bouche d’un Juif, et se produisant en France, c’est-à-dire dans le seul pays où les mœurs, d’accord avec les lois, ont accordé aux Juifs une complète égalité et ont fait disparaître jusqu’à la dernière trace de réprobation barbare qui les a si longtemps poursuivis?

C’est aussi afin de montrer que l’esprit libéral qui animait la France de 1789 ne s’était pas trompé et qu’en leur conférant la qualité de citoyen on en faisait des hommes à part entière, partie intégrante de la nation, qui participent à sa vie quotidienne et qui en partagent les joies et les peines.

Voici ce qu’écrivait Charles Netter, le 20 juillet 1860, pour remercier les Juifs de Bayonne de l’envoi de leur souscription :

Vous avez compris que les Israélites français ne devaient pas laisser échapper cette occasion de témoigner à leurs compatriotes qu’ils sont dignes des droits que leur a accordés la grande révolution. C’est là une noble réponse au fanatisme qui poursuit nos frères en Afrique, à Bologne, en même temps qu’une leçon aux gouvernements qui refusent encore aux Juifs le titre de citoyens.

De même l’idée très répandue parmi les penseurs révolutionnaires tels que Mirabeau, que le fait d’élever des parias au rang de citoyens, le fait de leur faire confiance, de les laisser librement vaquer à leurs activités ne pouvait que les rendre meilleurs, était encore vivace chez les Juifs sous Napoléon III ;

Léon Werth, de Mulhouse, le comprenait bien quand il disait :

C’est à nous, affranchis d’hier, qu’il appartient de saisir cette occasion solennelle de prouver à nos compatriotes chrétiens que nos sentiments se sont élevés à la hauteur de la générosité française et que, pour atteindre ce noble but, nous avons secoué le joug de nos anciens préjugés, quand la cause qui les avait produits avait disparu22.

L’idée, également, que lorsque la majorité souffre, est atteinte dans ses convictions religieuses, ou à cause d’elles, la minorité ne devait pas rester indifférente même si le culte de cette dernière est distinct.

A l’adresse du président de l’Alliance chrétienne universelle, Crémieux affirmait le 25 juillet 1860 : « C’est qu’il n’y a vraiment plus en France de Juifs séparés de Chrétiens, les malheurs des Chrétiens sont les nôtres. »

A travers la reconnaissance envers la France que nous devinons à chaque ligne, c’est aussi le sentiment, dans cette entreprise à l’échelle nationale, de lutter contre l’intolérance qui frappe encore les Juifs en 1860, dans plusieurs pays de par le monde, et que ce combat ne peut que leur être profitable, à eux Juifs français, en France, où malgré de réels progrès, les préjugés envers le judaïsme sont encore tenaces, nous l’avons vu plus haut.

Indirectement aussi, c’est vouloir faire sentir que l’on ne peut maintenir une catégorie sociale en marge du groupe le plus important sans que la vie de l’ensemble n’en souffre. C’est faire l’éloge du choix de la France en 1789 à propos de la question juive. Les français avaient presque d’instinct — et dans une grande sagesse — su tracer les contours d’une politique qui, sur le plan religieux, autorisait la coexistence de cultes différents.

Que cela n’ait pas toujours été appliqué par la suite n’est pas de notre propos ici, mais ils avaient cependant posé les principes qui devaient permettre la paix religieuse.

Ils avaient pressenti, en prenant cette importante décision, tous les dangers que recelait pour la nation la mésentente en matière de religion.

C’est ce que Crémieux entendait en affirmant :

 

J’ai voulu que dans tous les pays où se maintiennent encore ces détestables préjugés que vous avez combattus en Suède comme à Rome, on apprît, puisqu’il faut hélas le leur apprendre, que l’émancipation religieuse est un bienfait dont la récompense ne se fait pas attendre, et que les lois qui fondent la liberté des cultes ne sont pas seulement le plus bel hommage rendu à Dieu, qui les permet tous, mais sont aussi, pour les États qui les proclament, une des sources Ie9 plus fécondes de la paix publique, si tristement ébranlée ailleurs par les haines religieuses 24.

Tous les Juifs de France étaient-ils d’accord avec cette initiative de lancer les premiers la souscription?

Isidore Cahen, des Archives Israélites de France, marqua tout de suite une certaine réticence. Il l’écrivait au moment où s’ouvrait la souscription. Après avoir recommandé de ne pas intervenir directement dans la querelle entre Druzes et Maronites mais de ne s’occuper que de « ceux qui souffrent », il regrettait « qu’une foule de personnes qui se montrent si généreuses dans le cas présent, resteraient sourdes dans une question de souffrance Israélite 25.

Il poursuivait, faisant preuve d’une grande clairvoyance :

Pour dire enfin toute notre pensée, n’espérons point que les passions ultramontaines nous saurons gré de notre commisération pour des frères chrétiens : loin de là, on dépréciera, on bafouera tous nos efforts ; on nous accusera de faire de la réclame, de vouloir intriguer et faire parler de nous. En tout cas, on ne nous imitera pas ; on nous persécutera quand on le pourra, et quand nous souffrirons, on nous refusera l’obole.

Ce n’est point là, certes, une raison pour nous abstenir de donner un meilleur exemple et de faire pour autrui ce qu’autrui ne ferait pas pour nous : le bien ne peut que gagner à être désintéressé ; mais il ne faut pas d’illusion ; il est inutile d’être la dupe de ses propres sentiments 26.

Autre ton également pessimiste : il émane d’un banquier, Lévy- Crémieux, rue Laffitte à Paris, en réponse aux membres du Comité central et général de la souscription en faveur des Chrétiens du Liban, qui l’avaient invité à recueillir des souscriptions parmi ses coreligionnaires, il déclina et ajouta :

S’il s’agissait d’une souscription générale française ou européenne en faveur de malheureux d’une religion quelconque, je m’empresserais de vous porter et mon offrande et mon concours, mais ici il me semble qu’il s’agit d’une religieuse que je ne puis approuver et encore moins patronner. Je désire me tromper, mais je crains bien que vous n’atteigniez le but que vous vous proposez 27.

Que deux générations après leur émancipation les Juifs français aient eu le courage de se lancer dans une action publique si retentissante témoigne d’une bonne intégration dans la vie sociale du pays qui les avait accueillis.

Cela devait sans doute répondre à un impérieux besoin interne de s’affirmer comme l’égal des autres citoyens dans tous les domaines.

Deux personnes écrivirent au Comité central, chargé de la souscription, pour se plaindre de ce que leurs noms ne figuraient pas parmi la longue liste des Juifs de Paris publiée dans Le Moniteur universel du 7 août 1860, bien qu’ils eussent versé 100 F chacun28.

Mais pourquoi ce besoin d’affirmation?

Ne correspondait-il pas en réalité à une autre nécessité, celle de se sécuriser?

En participant à une aussi vaste opération publique, on s’affirme, en fait, partie du tout, on existe, mais sans doute se tranquillise-t-on également. On a accompli son devoir, non en tant qu’individualités aux réussites exceptionnelles, mais en tant que minorité capable de faire preuve de cohésion en certaines circonstances. Le résultat doit rejaillir sur l’ensemble du groupe et c’est sur lui que sont portés les jugements de valeur.

Oui pourtant, en France, leur demandait des « preuves de civisme »? Personne.

S’ils ont tenté malgré tout l’entreprise, c’est que, dans la France du Second Empire, ils étaient conscients de ne pas rencontrer un consensus général quant à leur situation d’appartenance à un culte minoritaire et aux vicissitudes de leur histoire.

La polémique de presse qui s’est élevée autour de leur initiative l’a prouvé, mais si les feuilles catholiques ont laissé apparaître leur hostilité, nous ne devons pas oublier les élogieux articles de la presse libérale à grand tirage, venus les d’avoir su oser et mener le projet jusqu’au bout.

La position d’une minorité dans une société constituera toujours un problème en lui-même, mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la solution de ce problème doit provenir du sein de cette minorité29.

La majorité suit un grand courant général, elle est souvent esclave de moeurs, d’habitudes, qui correspondent aux besoins du plus grand nombre et, de ce fait, elle est, par nature et inconsciemment, inattentive aux phénomènes marginaux.

C’est à la minorité de prendre des risques et de sensibiliser la majorité à son existence et aux questions qui y sont attachées.

Dans cette optique, cette initiative, aussi surprenante qu’elle ait pu paraître, demeure à nos yeux comme un élément positif dans l’histoire des Juifs de France au XIXe siècle. C’était un jalon de plus posé dans la longue marche qui conduit à l’accession au droit à la différence30.

David Cohen.

Notes

1. Marcel Emerit a consacré un article à cette question («La crise syrienne et l’expansion économique française », Revue Historique, avril-juin 1952). L’auteur y soutient que française a eu pour fondements des impératifs économiques. Le regretté doyen Pierre Renouvin aurait affirmé oralement qu’il ressortait des travaux qu’il avait donnés à ses que dans l’Expédition de Syrie de 1860, l’idée de la présence et du prestige de la France avait primé : cela nous a été confirmé par M. Guiral.

2. Archives de l’Alliance israélite universelle, liasse XXXV-B 309, « souscription créée par l’Alliance en faveur des Chrétiens du Liban ».

3. Organisation d’un Comité central et général pour la souscription en faveur des d’Orient, dont le président est A. Crémieux, et le secrétaire Michel Alcan. Archives de l’A.I.U., liasse XXXV – B. 309, également archives du Consistoire Israélite de Paris (C.I.P.) B. 34 (2), 1860, de même que les Archives Israélites de France (A.I.F.), année 1860, p. 441.

4. Toute une correspondance entre le C.I.P. et les communautés de Rouen, Dijon, Le Havre, Epinal, existe sur ce point dans les archives de cette institution [B. 34 (2), 1860]

5. Le Moniteur Universel des 6, 10, 14, 28 et 30 août 1860, et 4 septembre, 7 novembre 1860.

6. Le Moniteur Universel des 7, 8, 9, 10, 16, 18 août, 9 octobre, 28 novembre 1860, et 24 février et 6 avril 1861.

7. L’Union, du 29 juillet 1860.

8. Il s’agit du grand rabbin Salomon Klein (1814-1867).

9. Commentant l’article de La Gazette de France du 25 juillet 1860, Joseph Cohen, auteur d’un ouvrage intitulé Les Déicides (Michel Lévy frères, éditeurs, Paris, 1861), écrivait dans l’introduction de son livre : « J’avoue qu’en lisant ces récriminations inattendues, tout mon sang bondit en mon cœur. Eh quoi ! me disais-je, irrité, rien ne peut donc désarmer la haine opiniâtre vouée aux tristes épaves de Sion, rien, ni les larmes, ni la voix de la justice, ni les actes les plus touchants de fraternité et d’amour… la voilà de nouveau formulée cette de déicide par laquelle on a prétendu justifier des persécutions séculaires !… Quand donc la justice et la vérité apaiseront-elles enfin ces sentiments d’éternelle vengeance ?… Devant la persévérance de ces attaques, mon cœur s’est ému et ma conscience s’est révoltée. Ma foi religieuse n’admet pas que les fils puissent être éternellement punis pour les péchés de leurs pères… J’ai, dès lors, cherché à me rendre compte. J’ai voulu savoir ce qu’il y avait de fondé dans cette accusation de déicide dont les Juifs sont partout poursuivis, et c’est à l’Évangile, au seul témoignage qui nous reste de cette grande époque de l’humanité, que j’ai demandé la réponse à mes questions. »

10. L’Union du 2 août 1860 publia une lettre d’un nommé Apatowsky Henri, de confession juive, demeurant à Paris, 11, rue de l’École-de-Médecine, qui écrivait : « Depuis que M. Cré- mieux a pris l’initiative d’une noble action, en faisant appel à nos coreligionnaires pour venir en aide aux Chrétiens persécutés en Orient, Le Siècle en est charmé pour ma nation, à tel point qu’il paraîtrait presque porté à se soumettre à la circoncision. Quant à moi, ne pouvant pas participer à cette bonne œuvre de M. Crémieux, je désire au moins éclairer le monde civilisé sur les lois de tolérance et d’humanité inscrites dans les codes des rabbins. Ce sera peut-être un moyen de renseigner Le Siècle et de le faire réfléchir avant de se soumettre à une douloureuse opération. »

Suivent de nombreuses citations, avec références à l’appui, empruntées aux livres religieux juifs et tendant à démontrer que les Juifs sont intolérants et portent une haine constante aux non- Juifs. Mais la fin de la lettre est plus intéressante, pour expliquer la contradiction qui apparaissait entre le fait de présenter les Juifs comme intolérants et asociables et celui de « la généreuse conduite dans cette présente affaire », Apatowsky la faisait reposer, prêtant aux Juifs de France des intentions « sionistes » avant la lettre, sur l’espoir que leur action serait récompensée, à la faveur de la dissolution prochaine de l’empire ottoman, par la fondation « d’un royaume judaïque avec un roi juif »...

« le rétablissement d’un royaume israélite n’est nullement un rêve nouveau. Cette idée n’a jamais été abandonnée par les fidèles fervents. Aussi fait-on, depuis très longtemps, des collectes régulières pour l’entretien, à Jérusalem, d’un grand nombre de Juifs de tous les pays que nous nous bornerons à appeler oisifs et visionnaires, qui prient pour le d’un royaume d’Israël ».

L’Union du 8 août 1860 fit paraître une deuxième lettre d’Apatowsky dans laquelle ce dernier répondait aux objections d’un Juif parisien qui doutait de l’appartenance d’Apatowsky au judaïsme. Cette question d’un royaume juif et la question d’Orient va préoccuper les esprits en France durant l’été 1860, à la suite des troubles du Liban. Cinq à six ouvrages sur ces sujets seront publiés ; citons, d’Ernest Laharanne, La Nouvelle Question d’Orient (Dentu, éditeur, Paris, 1860), qui préconisait la création d’un nouvel État arabe avec à sa tête l’émir Abd el-Kader, et le retour des Juifs en Terre Sainte, dans un royaume de Judée restauré. Ernest Laharanne semble avoir inspiré l’ouvrage de Moïse Hess, un des précurseurs du sionisme, cf. Trois essais sur la condition juive, d’Isaïah Berlin, Paris, Calmann-Lévy, 1973.

11. En 1867, Le Siècle lança une édition des œuvres de Voltaire et ouvrit également une souscription pour l’édification d’une statue de l’auteur de Candide, à laquelle plus de 200.000 personnes apportèrent leur contribution financière. Adolphe Crémieux fit partie du Comité de souscription. Cf. à ce sujet l’excellente étude de M. Pierre Guiral : « Quelques notes sur le retour de faveur de Voltaire sous le Second Empire », dans Hommage au doyen Etienne Gros, Publication des Annales de la Faculté des Lettres et Sciences humaines d’Aix- en-Provence, 1959.

12. La Gironde, journal de Bordeaux, aboutissait à la même conclusion le 26 juillet 1860. L’auteur de l’article, André Lavertujon, évoquant celui de La Gazette de France du 25 1860, notait : « Nous venons de lire un bien singulier article dans La Gazette de France, au sujet de la souscription provoquée par M. Crémieux. La Gazette ne reconnaît pas aux Juifs le droit de se dire tolérants. Pour avoir droit à ce titre, les Juifs devraient d’abord remplir deux conditions : renier leur croyance religieuse et secourir de leurs deniers le chef de la catholicité. » A propos des chemins de fer romains et du gaz de la ville de Rome, il semble qu’il s’agisse ici du financier Jules Mirés pour les premiers, et des frères Isaac et Emile Péreire, par l’entremise du Crédit Mobilier, pour le second.

13. Au mois de mars 1861, il se forma un Comité pour les Chrétiens de Syrie, qui se proposa d’envoyer au Sénat une pétition en faveur de ces derniers. Le Comité demanda le concours de L’Univers Israélite ; le périodique juif, après avoir fait remarquer que les s’étaient montrés peu reconnaissants envers les Juifs français d’avoir été les initiateurs de la souscription, concluait : « II est temps que nous cessions de tendre la main et de prodiguer notre charité aux ennemis, aux persécuteurs de nos frères, que ce soit à Rome ou au Liban ! » {Univers Israélite, 1860-1861, p. 401). Dans son numéro du 12 août 1860, consacré en bonne partie au massacre des Chrétiens en Syrie, commentant les différentes interventions, L’Univers Israelite avait conclu : « Venons donc au secours des Chrétiens du Liban ! »

14. Cf. les articles de Louis Jourdan dans Le Siècle. Dans celui du 21 juillet 1860, il terminait un article intitulé « La Question d’Orient » par la phrase suivante : « II y a péril en la demeure et nous demandons l’urgence. » Dans un second, « La Guerre sainte », il : « Oui, vous avez raison, c’est bien une guerre sainte. La France fait la guerre au fanatisme, à l’intolérance, à l’abus de la force. Et cette guerre nous la soutenons, nous la préconisons de toute notre énergie » (Le Siècle du 25 juillet 1860).

15. Léon Halévy composa à cette occasion un poème, « Six mille hommes et six mois », dont voici les strophes I et III :

Allez, enfants, allez ! Vos pères …Pour punir des meurtres infâmes

Ont aussi combattu là-bas, Vous courrez aux bords syriens

Et des ossements séculaires Vengez les enfants et les femmes

Vont se ranimer sous vos pas Sauvez des frères, des Chrétiens !

Drapeau, jamais tu ne reposes Croisade du Dieu qui console,

Nos destins tu les accomplis ; Tu réunis tous les croyants !

Partout où sont de nobles causes Le Juif a donné soon obole

Tu portes l’espoir dans tes plis ! Comme il donnera ses enfants !

(L’Expédition de Syrie, « Six mille hommes et six mois », par M. Léon Halévy, à l’armée d’Orient, Paris, E. Dentu, 1860.)

16. La Gazette de France, 27 juillet 1860.

17. Ibid., 1« août 1860.

18. Sur ce point, cf. S. Posener. Adolphe Crémieux, Paris, Alcan, 1933, t. I, p. 194.

19. Ibid., t. I, pp. 198-247, le chapitre intitulé « L’affaire de Damas ».

20. Archives de l’A.I.U., liasse XXXV B. 309.

21. Le numéro de la Gazette de Lyon du 28 juillet n’a pu être trouvé au département des périodiques de la Bibliothèque nationale et une recherche entreprise à Lyon par les services des archives départementales du Rhône, à notre demande, n’a également rien donné. Nous avons donc utilisé la reproduction, dans L’Univers Israelite, d’une lettre, d’un lecteur juif, parue dans la Gazette de Lyon du 24 août. Celui-ci se plaignait de la manière peu amicale dont le journaliste de la Gazette de Lyon du 28 juillet avait apprécié la souscription des Juifs de France en faveur des Chrétiens d’Orient {Univers israélite, 1860-1861, pp. 26 et 27).

22. Ibid., p. 23.

23. L’Opinion Nationale, 30 juillet 1860. Le souvenir de cette souscription devait rester vivace dans l’esprit des Juifs de France. En 1881, l’Alliance israélite universelle lança une souscription en faveur des Juifs russes persécutés dans leur pays. Elle fit appel à des chrétiennes. Lazare Wogue écrivait à ce sujet dans L’Univers israélite du 16 juin 1881 : « La solidarité ne s’impose pas seulement à l’israélitisme, mais à l’humanité tout entière, et lorsque le Juif a toujours ouvert son cœur et sa bourse au Chrétien, il ne sera pas dit que la charité chrétienne soit restée sourde à ses plaintes » (cité d’après Patrick Girard : « Les manifestations de solidarité avec les Juifs russes en France de 1860 à 1905 », communication faite devant la Société des études juives à Paris en janvier 1974).

24. L’Opinion nationale, 30 juillet 1860.

25. Faisant parvenir, le 1er août 1860, au Consistoire de Paris, le montant des recueillies parmi les Juifs de Dijon, I. Baumann, président de l’administration du temple, écrivait en post-scriptum: « Ne serait-il pas juste, si ce que les journaux rapportent est exacte (sic), que nos correligionnaires (sic) auraient souffert cruellement ces jours-ci dans ces pays ; ne serait-il pas convenable, dis-je, de destiner une partie de ces fonds pour eux ? » [Archives du C.I.P., B. 34 (2), I860.]

26. A.I.F., année 1860, t. XXI, pp. 432 et 433.

27. Archives du C.I.P., B. 34 (2), 1860.

28. Ibid.

29. Ce risque semble avoir été pris ou partagé par une partie de la haute bourgeoisie juive, parfaitement assimilée, qui voulait et cherchait à se rapprocher des Chrétiens par une sorte de réexamen des religions chrétienne et juive qui eût permis de réduire les écarts existant entre les Évangiles et la Thora. Dans ce contexte s’inscrivent, à peu près à la même époque, les écrits de Joseph Salvador, Paris, Rome et Jérusalem, et ceux d’Hippolyte Rodrigues, Les trois filles de la Bible.

30. Notre travail a été réalisé avec le concours de la Memorial Foundation for Jewish Culture.

Photo de présentation : Adolphe Crémieux

David Cohen
Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année 1977 24-3 pp. 439-454
http://www.persee.fr/

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