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Dans le quatrième chapitre du livre de Choftim (les Juges), on nous relate que le peuple juif a fauté contre Hachem et, à titre de sanction, Il les a livrés au règne des Cananéens.

Leur roi était Yavin et à la tête de l’armée se tenait le puissant Siséra.

Le peuple juif, conduit par Dvora et Barak, se rebella contre Siséra et réussit à vaincre la puissante armée. Or, Siséra lui-même réussit à s’échapper et, tant qu’il était en vie, la nation juive demeurait en grand danger.

Il se rendit dans la tente de Yaël, l’épouse de ‘Héver le Kénéen. Yaël fit semblant de vouloir l’aider, et lui donna du lait jusqu’à ce qu’il s’endorme. Une fois endormi, elle le tua en le frappant avec le pieu de la tente. Cet acte courageux mit un terme à la guerre qui s’acheva par une victoire juive.[1]

Nos Sages ajoutent un détail très important à ce récit : ils relatent que, dans le but d’affaiblir Siséra, il fallait que Yaël permette à Siséra d’avoir des relations avec elle à sept reprises.

[2] Nos Sages soulignent qu’elle n’eut aucun plaisir pendant cette relation et décrivent son acte comme une « ‘Avéra Lichma – une faute pour l’honneur de D.ieu ».

C’est l’une des situations extrêmement rares dans laquelle quelqu’un accomplit un acte interdit pour des motifs totalement purs.[3]

Cet événement dramatique est décrit dans le chapitre suivant de Choftim, dans le cantique de la Prophétesse Dvora. « Bénie soit entre les femmes, Yaël, l’épouse du Kénéen ‘Héver ; entre les femmes, sous la tente, soit-elle bénie. Il demandait de l’eau, elle lui offre du lait ; dans un vase précieux, elle apporte de la crème. De sa main, elle saisit une cheville, de sa droite le marteau de manœuvre. Puis elle frappe Siséra, lui fracasse la tête, lui fend, lui transperce la tempe. »[4]

Nos Maîtres se penchent sur ce que désignait la Prophétesse par l’emploi des termes « femmes sous la tente ».

D’après une explication, ce serait une référence aux matriarches[5], car la Torah les mentionne toutes en conjonction avec des tentes.[6]

De plus, il semble que la référence à des tentes fasse allusion à la qualité de la pudeur alliée au fait de rester caché, sauf en cas de nécessité. Ceci nous incite à poser la question : pourquoi Yaël est-elle comparable aux matriarches sur ce trait spécifique ?

C’est particulièrement difficile à concevoir, sachant que ses actions dans le processus de tuer Siséra, tout en étant permissibles, ne semblaient pas illustrer la qualité de la pudeur. À la lecture de certains commentateurs, ce problème devient encore plus pressant : ils comprennent le Midrach comme stipulant que Yaël était encore plus bénie que les matriarches. Comment le comprendre ?[7]

Le Alchikh Hakadoch touche un point qui peut nous aider à répondre à cette question. Il écrit que les Matriarches se sont toutes trouvées dans une situation où elles ont été sérieusement menacées d’être prises par un homme pervers, et, grâce à leurs prières et leur détermination, elles ont été épargnées de la moindre faute.

Sarah a été enlevée par Pharaon, mais lui a échappé et n’a pas été touchée par lui. Rivka a subi un test similaire aux mains d’Avimélèkh, le roi des Philistins. Ra’hel et Léa ont été à plusieurs reprises confrontées à la perspective terrifiante de devoir épouser Essav, mais ont été épargnées grâce à leurs larmes et prières sincères. En revanche, Yaël a été placée dans une situation où elle a été forcée de commettre une faute avec un homme pervers, mais ses intentions sont restées totalement pures.

Il est bien plus difficile de rester à un niveau spirituel élevé tout en étant impliqué dans une action interdite. De cette manière, Yaël est considérée comme étant située à un niveau plus élevé, d’un certain point de vue, que les Matriarches.

L’explication du Alchikh met l’accent sur la pureté des intentions de Yaël, mais n’explique pas totalement en quoi Yaël excellait particulièrement dans le domaine de la pudeur.

Pour le comprendre, il est nécessaire d’approfondir l’analyse du cantique de Dvora.[8] Elle décrit comment Yaël a tué Siséra : « Or Yaël, l’épouse du Kénéen, prit une cheville de la tente, se saisit d’un marteau, se glissa près de lui sans bruit et enfonça dans sa tempe la cheville… ».

Pourquoi Yaël a-t-elle eu recours à une arme apparemment si inefficace pour tuer Siséra, une épée aurait certainement été plus efficace !

Le Yalkout Chimoni répond à cette question en s’appuyant sur le commandement : « Une femme ne doit pas porter le costume d’un homme… ». [9]

Cela est normalement interprété comme l’interdit pour une femme de porter des vêtements masculins, mais nos Sages étendent apparemment aussi cette interdiction à des objets spécifiquement employés par des hommes.[10]

En conséquence, le Yalkout fait l’éloge de la prudence de Yaël qui a évité de transgresser cette Mitsva. Pour approfondir l’analyse, l’acte de Yaël est plutôt étonnant. Elle venait d’être forcée à commettre un acte qui constitue d’ordinaire une grossière violation des lois de la Torah dans le domaine de l’immoralité, mais elle est restée à un niveau tel qu’elle savait lorsqu’il était nécessaire de transgresser la Torah et lorsque c’était interdit.

Rav Moché Feinstein explique qu’elle a de toute évidence jugé que Siséra était assez faible pour pouvoir le tuer avec un simple pieu, plutôt qu’une épée.[11]

Cette sensibilité extrême à une loi liée à la nature pudique des femmes, au cœur d’un incident aussi traumatisant, est peut-être la raison pour laquelle nos Sages font l’éloge de Yaël comme étant à un niveau encore plus élevé que les Matriarches dans le domaine de la retenue.

On pourrait penser que Yaël a été placée dans une situation très extrême et que sa conduite ne peut s’appliquer à notre vie quotidienne, mais ce n’est pas le cas. Il est bien sûr très improbable d’être confronté à une épreuve aussi difficile : néanmoins, il est très probable que des épreuves dans le domaine de la pudeur surviennent.

Quelqu’un peut se retrouver dans une situation où il est difficile de maintenir un niveau élevé de pudeur.

La pudeur, ici, ne fait pas uniquement référence à un code vestimentaire, mais aussi à un mode de conduite.

Par exemple, une femme peut se retrouver sur un lieu de travail ou d’étude dans un environnement loin d’être idéal[12], mais il est essentiel qu’elle s’efforce de maintenir son niveau élevé, et lorsque c’est impossible, qu’elle conserve des motifs purs dans ses actes. L’exemple de Yaël illustre, pour l’éternité, l’incroyable pureté qu’une Bat Israël, une femme juive, peut atteindre.

  • [1] Voir Choftim, Ch.4 pour un récit complet de la guerre et l’incident avec Siséra.
  • [2] Nazir, 23b.
  • [3] Voir les commentaires expliquant pourquoi son action a été permise dans cette situation en dépit de son statut de femme mariée. Voir. Michbétsot Zahav, Choftim, p.73. Inutile de dire que cette conduite n’est plus applicable dans les générations suivantes.
  • [4] Choftim, 5:24-26.
  • [5] Béréchit Rabba, 48:15. Nazir, 23a.
  • [6] Ets Yosef, Béréchit Rabba, 48:15.
  • [7] Matnot Kehouna, Beréchit Rabba, 48:15. Alchikh Hakadoch, cité dans Michbétsot Zahav, Choftim, p.95.
  • [8] Le principe fondamental utilisé pour répondre à ces questions repose sur un article de Mme Léa Kohn : « Yaël, une radicale vertueuse », Torah.org. D’autres sources sont employées pour étayer cette approche.
  • [9] Devarim, 22:5.
  • [10] Yalkout Chimoni, 247:56. On ne sait pas avec certitude si le fait d’avoir recours à des outils masculins constitue une transgression totale de la Mitsva ou si c’est une mesure de rigueur – voir Michbétsot Zahav, Choftim, p. 95. Pour déterminer les paramètres exacts de cet interdit, il faut interroger un Rav.
  • [11] Iguérot Moché, Ora’h ‘Haim, ‘Helek 4, Siman 75:3.
  • [12] Inutile de préciser que chacun doit consulter son Rav pour être guidé dans ce domaine.

Rav Yehonathan GEFEN – © Torah-Box
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