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par Jacques Halbronn

On sait que le statut de planète de Pluton est de plus en plus discuté, de cet astre situé aux confins du système solaire, totalement inconnu et inaccessible dans l’Antiquité et découvert en 1930.

Conjonction-Saturne-Pluton-882x675

1… Cela n’a pas empêché Luc Bigé de consacrer une longue étude au cycle Saturne-Pluton, au mépris de toute considération astronomique et anthropologique.2

Si nous émettons des réserves sur le choix d’une telle configuration, reconnaissons cependant qu’elle se rapproche par certains côtés de nos propres travaux, à savoir l’astrologie axiale3, d’où cinq points, au moins, de convergence :

  • 1° le fait de conférer à Saturne un rôle moteur.
  • 2° le fait de coupler Saturne avec un astre plus lent.
  • 3° le fait de découper en quatre le cycle ainsi constitué, sur la base de conjonction, carré et opposition.
  • 4° le fait de comparer entre elles des configurations de même nature sur le plan céleste.
    5° le fait de ne pas croiser un cycle avec d’autres en multipliant les paramètres.

Quant aux divergences, elles sont les suivantes :

  • 1° sur le fait de préférer Pluton à une étoile fixe connue de l’Antiquité et non pas récemment découverte au moyen d’un télescope et plus généralement le fait d’utiliser des planètes trans-saturniennes.
  • 2° sur le recours à un cycle mobile, un peu à la façon du calendrier musulman, pour la fête du Ramadan, du fait que Pluton n’est pas fixe mais parcourt le zodiaque en deux siècles et demi environ.
  • 3° Le fait d’étudier un cycle dans le cadre d’une seule région du monde, sans rapprochement synchronique avec ce qui se passe ailleurs. En fait, Bigé dispose de trois cycles.
  • 4° le fait de conférer à une planète -et pas seulement à l’aspect – une signification spécifique.
  • 5° le fait de penser que les événements marquants ont lieu lors de la formation de l’aspect et non tout au long de la phase qui s’en suit, laquelle couvre plusieurs années dans le cas d’astres lents.
  • 6° le fait d’accorder une signification spécifique à chaque planète, notamment dans le cadre d’un cycle donné.

Contestant donc la pertinence du modèle utilisé par Luc Bigé, tout en le préférant à d’autres comme celui développé par André Barbault4, il nous reste à débattre de sa valeur explicative, en ce qui concerne l’Histoire d’Israël et dans quelle mesure ce cycle doit lui être réservé.

I – L’impossibilité de limiter les événements à une seule région

Si chaque région dépend d’un cycle différent, est-ce que cela n’implique pas des chronologies distinctes?

Bigé ne prend pas la peine de nous démontrer qu’il en est bien ainsi. Or, si cela était le cas, il n’y aurait aucun sens à privilégier telle combinatoire planétaire plutôt qu’une autre.

Il ne semble pas que l’astrologie gagne en crédibilité en adoptant un tel compartimentage. D’une part, parce qu’il ne peut pas ne pas y avoir d’interactions entre une aire géographique et une autre et de l’autre parce que cela signifierait que l’astrologie ne passe pas par une transformation des êtres humains, sensible à l’évolution des configurations célestes, mais concerne des superstructures.

Bien plus, nous pensons que l’astrologie a tout à gagner à démontrer qu’une même influence peut s’exercer en des lieux fort divers. C’est d’ailleurs ce que certains astrologues pensaient au XVIIe siècle quand ils annonçaient que ce qui s’était passé en tel pays pourrait bien se produire à terme dans tel autre.

On donnera trois contre-exemples aux thèses de Luc Bigé, en montrant que ce qui se passe au Moyen Orient est bel et bien en phase avec ce qui se passe en Europe, et cela concerne notamment la Russie laquelle devrait, selon lui et A. Barbault, dépendre du cycle Saturne-Neptune.

Prenons le cas de l’Intifada – la première, celle de la fin des années 1980.

Elle remit en question l’occupation israélienne dans ce qu’on appelle la Cisjordanie. Mais à la même époque, et à une échelle autrement plus considérable, n’assista-t-on pas au démembrement du bloc communiste et la chute du Mur de Berlin?

Dans les deux cas, et l’on pourrait en trouver bien d’autres, à la même époque, c’est la remise en question d’une certaine cohabitation subie de mauvaise grâce.

Passons à présent aux années Soixante du siècle dernier : 1967, c’est la Guerre des Six Jours qui aboutit précisément à l’occupation de la Cisjordanie par l’armée israélienne. Mais en 1968, les chars russes entrent dans Prague. Les événements des années 1988 – 89, on l’a vu, remettront en question ces interventions, dans un cas comme dans l’autre.

Un autre exemple encore plus ancien qui correspond à un phénomène inverse : au milieu des années 1950, l’Egypte et la Syrie vont se fondre quelque temps au sein d’une République Arabe Unie.(R.A.U). En Europe, à la même époque, ce sont les accords de Rome, la mise en place du Marché Commun, à six, entre la France, l’Allemagne et l’Italie, notamment.

II – Une société cyclique

Luc Bigé commente les différentes phases du cycle Saturne-Pluton. Il distingue la conjonction, l’opposition, les deux carrés, ce qui vaut d’ailleurs quel que soit le cycle : l’opposition correspondrait à l’ “apogée” du cycle : “la semence de la conjonction s’est muée en une fleur” (p. 36). Les deux carrés, quant à eux, signaleraient pour Bigé des “crises” ; le premier carré, avant l’opposition, “avortement ou enracinement”, le second carré, après l’opposition, “maturité ou début de la désagrégation” (p. 39).

En ce qui nous concerne, un cycle fait alterner deux logiques, et on ne voit pas pourquoi la conjonction et l’opposition ne feraient pas elles aussi crise pour ce qui s’engage sous les carrés. Parler de crise lors d’un changement de phase est une évidence qui tient au changement en tant que tel. Mais si l’on ne signale pas un processus d’alternance, on comprend mal en quoi consiste la crise.

L’idée de crise nous déplaît au demeurant si on ne la cantonne pas à un camp contre un autre. Et c’est précisément pour cette raison que nous n’admettons pas qu’il y ait plusieurs cycles en astrologie, étant donné que tout cycle implique en soi une certaine dialectique. Mais pour Bigé, les cycles ont chacun leur propre structure et l’on a du mal, il nous semble, à les articuler les uns par rapport aux autres puisque leur durée n’est pas la même. En revanche, dans un système mono-cyclique et non pas polycyclique, les différents protagonistes s’inscrivent au sein de la succession des phases d’un seul et même cycle et non en fonction de la diversité des cycles.

A la lumière des exemples fournis plus haut, nous voyons que notre cycle fait alterner des phases d’ouverture et de fermeture, des phases d’extension et des phases de résistance. Dans le cas de l’astrologie axiale, l’on pourrait, si l’on veut, comparer Aldébaran à Pluton et parler d’un cycle Saturne-Aldébaran encore que pour nous il peut tout aussi bien s’agir d’un cycle Saturne-Antarès, puisque ces deux étoiles fixes sont diamétralement opposées.

Pour Luc Bigé, dès lors que le cycle implique deux planètes, il est constitué de deux forces distinctes, chaque astre correspondant à un concept distinct. Pour nous, en revanche, les astres ne sont pas porteurs de significations spécifiques – ils sont neutres en quelque sorte – ce sont les aspects seuls qui introduisent une dualité, une dialectique, une tension.

III – Corrélations cycliques

La pertinence des descriptions de phase va inévitablement peser sur la qualité des corrélations proposées. Répétons-le, la différence principale entre notre modèle et celui de Bigé, tient au fait que Pluton n’est pas vraiment fixe, même s’il l’est quasiment sur une période relativement brève.

Saturne met 33 ans pour aller d’une conjonction avec Pluton à la suivante alors qu’il met moins de 30 ans pour faire la même chose avec l’axe Aldébaran-Antarès.

Les cycles sont donc de dimension équivalente et les phases découpées le sont également. Il va de soi que le cycle Saturne-Neptune (révolution : 165 ans) et surtout le cycle Saturne-Uranus (révolution 84 ans) s’éloignent sensiblement de ce chiffre de 30 ans puisque Uranus et Neptune sont plus rapides que Saturne, ce qui conduit à des cycles plus longs, liés au fait que Saturne met plus de temps pour les rattraper.

Il est clair que quand Pluton se superpose à l’axe Aldébaran / Antarès, au début de la ligne Gémeaux-Sagittaire ou se place au carré de cet axe, la chronologie des deux modèles tendra à se superposer mais Pluton ne saurait séjourner indéfiniment sur cet axe et dès lors le différentiel entre les deux modèles se creuse, les chronologies s’éloignent de plus en plus, jusqu’à se recouper lorsque Pluton aura franchi un quart du zodiaque, donc grosso modo, si sa course était régulière, ce qu’elle n’est pas, en une soixantaine d’années. Nous insistons sur ce point car même un modèle faux peut de temps à autre tomber juste.

C’est ainsi qu’au cours des années 1990, Pluton s’est approché d’Antarès, au début du signe du Sagittaire (en tropique), ce qui permettrait aux aspects de Saturne à Pluton de coïncider avec ceux de Saturne à Antarès.

C’est ainsi qu’en 2001, Saturne se trouvant au début des Gémeaux serait en opposition avec Pluton.

Autrement dit, les échéances des deux modèles, le nôtre et celui de Bigé, coïncidèrent alors tout comme ce sera le cas pour les carrés, autour de 2009, mais comme c’était déjà le cas en 1993, lors du carré précédant, un demi-cycle de Saturne environ plus tôt. On comprend que même avec un faux modèle, Bigé ait pu trouver des corrélations chronologiques intéressantes, à certains moments, sur une période de temps assez longue, de plus d’un siècle. Il faudrait, dès lors montrer, a contrario, que lorsque Pluton n’est plus en rapport pertinent avec l’axe Aldébaran / Antarès, les corrélations qui se présentent à Bigé seraient plus douteuses, le découpage en phase, les changements de phase moins convaincants, en raison de la distorsion.

Nous avions pu faire les mêmes observations à propos du cycle Saturne-Neptune développé par André Barbault concernant l’histoire du communisme et montrer notamment5 que les événements de la fin des années 1980 correspondaient à une conjonction Saturne-Neptune, dans la sphère conjonctionnelle de Saturne-Aldébaran, à la fin du sagittaire et au début du capricorne. C’est à une telle coïncidence que Barbault aurait obtenu un résultat avec le dit cycle Saturne-Neptune. La preuve en était que les phases suivantes du cycle en question seraient moins significatives, puisque l’on s’éloignait de la superposition avec l’axe Aldébaran / Antarès ou du carré à cet axe. C’est un peu le principe d’une horloge arrêtée, elle marque la bonne heure deux fois par jour.

En utilisant Pluton et a fortiori Uranus ou Neptune, Luc Bigé introduit un paramètre supplémentaire, peu pertinent, qui est celui de la révolution de l’astre sur le zodiaque. Avec une étoile fixe, un tel critère n’a évidemment pas lieu d’être puisque cet astre ne bouge pas.

IV – Typologie événementielle

Notre analyse pourrait laisser croire que la chronologie des dates importe plus que le type d’événements qui s’y rattache et il est vrai que parfois la date compte davantage que la nature de l’événement : il suffit souvent que l’échéance avancée corresponde à quelque chose d’important, de marquant. Et l’astrologue s’en contente, bien content déjà quand il y a un changement de quelque sorte que cela soit, au rendez-vous.

Il est vrai que l’astrologue qui assigne à un pays, à une idéologie, un certain cycle, ne sera pas satisfait si la date en question “marche” pour un autre pays que celui censé être concerné. Plus que le type d’événement va compter, selon cette logique, le lieu de l’événement alors qu’en astrologie axiale, le type d’événement comptera plus que le lieu de l’événement.

Ce qui caractérise une bonne typologie, c’est qu’elle soit aisément identifiable, en dehors même du schéma astro-cyclique. Il faut qu’elle fasse sens pour l’historien. Est-ce le cas du système prôné par Luc Bigé ? Il nous parle, on l’a dit, de crise, de commencement, d’aboutissement. Mais ces notions de début et d’achèvement nous semblent assez factices au niveau mondial, si tant est qu’elles fassent sens au niveau individuel. Il ne faudrait pas, en effet, adopter en mondiale des techniques prévisionnelles propres à la consultation personnelle.

La mort notamment n’existe qu’à l’échelle d’une personne et si une personne ne ressuscite pas, un mouvement, un Etat peuvent refaire surface.

Notre approche se veut statistique, elle ne consiste pas à saisir des événements jugés à tort ou à raison déterminants, mémorables mais à mettre en évidence des faisceaux d’événements. La nature de l’événement nous importe plus que son caractère soi disant marquant. Cela signifie que nous accorderons de l’intérêt à des processus qui ne font pas nécessairement “date” mais soulignent une certaine tendance de la période considérée.

En ce sens, nous nous éloignons de l’Histoire “événementielle” en faveur d’une Histoire “tendancielle”, au sens de la Nouvelle Histoire d’un Marc Bloch ou d’un Fernand Braudel.

En pratique, cela signifie que nous devrons étudier l’Histoire au quotidien, année par année et non d’un point de vue scolaire. Les ouvrages de la série “Chronique” se prêtent assez bien à ce type d’investigation, tant pour les pays que pour les personnalités et pourront servir de référence. Autrement dit, la quantité importera plus que la qualité.

Nous ne pensons pas, en effet, qu’il y ait une finalité de l’Histoire mais que l’Humanité a besoin de passer par une alternance de phase et de s’exprimer sur des registres successifs, ce qui signifie que les manifestations d’un tel processus doivent être extrêmement nombreuses pour faire sens, puisque, à la limite, elles correspondent à des exigences individuelles qui s’accumulent.

Il est certes bon de relier des événements distants dans le temps mais il est impératif de montrer qu’un événement n’est pas isolé au moment où il s’observe.

V – Un modèle universel

Cela dit, il nous semble dérisoire de chercher à localiser un événement dans l’espace6 puisque par définition, les configurations astrales concernent toute la Terre. On peut tout au plus étudier comment le phénomène se manifeste en un lieu donné, avec une ampleur plus ou moins marquée.

Notre contrainte, c’est d’utiliser un seul et même cycle, à toute époque et en tout lieu à la différence des astrologues qui recourant à un nombre quasiment infini de paramètres et qui choisissent la configuration (de service) se produisant au moment de l’événement, leur propos consistant alors à montrer le lien “sémantique” entre les astres positionnés par rapport à la date de l’événement et la nature de l’événement, ce à quoi ils parviennent assez bien, après coup. Cela rend le travail de l’astrologue imprévisible : on ne sait jamais à l’avance ce qu’il va sortir de son arsenal (chapeau), tant il multiplie et combine les aspects, les astres, les signes zodiacaux, et j’en passe.

Le travail de Bigé nous apparaît comme un défi : si l’on peut valider un modèle dont les fondements astronomiques et anthropologiques sont si faibles, est-ce que cela ne prouverait pas que tous les systèmes “marchent” pourvu que l’on y investisse assez de temps. La science historique, au vrai, est-elle en mesure de démontrer notamment que l’on n’a pas laissé de côté des données essentielles mais qui ne cadraient pas avec le modèle considéré ?

VI – Le contrôle sur le terrain du Moyen Orient

Il reste que si un système est inadéquat – à la fois parce qu’il n’est pas stable, Pluton n’étant pas fixe et parce qu’il ne s’articule pas sur une alternance, la notion de crise n’étant pas pertinente de par son caractère par trop vague et général – cela doit pouvoir ressortir de son incapacité à appréhender l’évolution de la situation dans la région à laquelle il prétend pouvoir s’appliquer, par delà les coïncidences inévitables qui ne sauraient suffire à ”sauver” le dit système.

Que vaut donc le cycle Saturne-Pluton, vu par Luc Bigé, au regard de l’Etat d’Israël?

Essayons, dans un premier de nous entendre, par delà toute application astrologique, sur ce qui s’est passé dans la région tout au long du XXe siècle en appliquant une typologie.

Notre typologie concerne deux types de phases: les phases d’expansion et les phases de contraction, ce qui- dit en passant – n’a strictement rien à voir avec le caractère de Saturne mais avec les configurations formées par Saturne dans son rapport l’axe Aldébaran / Antarès.

La typologie de Luc Bigé, quelle est-elle ? Il y a un phénomène qui se déploie sur une certaine durée, il rencontre des obstacles puis les choses finissent par s’arranger. Bigé ne nous définit pas ces “obstacles”, ce qui conduit à une représentation plutôt manichéenne, comme si Satan mettait des bâtons dans les roues.

Pour Bigé, le processus est continu alors que pour nous, il est discontinu, il s’arrête, laisse la place à une autre politique qui fait également sens, puis reprend son cours, au bout de quelques années, sept en moyenne et ainsi de suite.

Cela nous fait penser au film Les autres, avec Nicole Kidman. Qui est l’autre de qui ? Il importe de toujours considérer les choses de deux points de vue différents, sans diaboliser l’autre.

Le scénario tel que nous le percevons dans la région, comme partout ailleurs, est le suivant : tantôt la logique qui domine est celle de la relativisation des frontières et des clivages, tantôt, au contraire, c’est celle de leur étanchéité, de leur irréductibilité et il est bien évident que chacun de ces courants fait ipso facto fait obstacle à l’autre, est une “crise” pour l’autre.

Considérons (p. 147) chez Bigé, pour commencer les derniers cycles, 4 (Lion) et 5 (Balance).
Cycle 4

Conjonction 1947 (Saturne-Pluton en Lion) Fondation de l’Etat d’Israël et fin du mandat britannique. Première guerre israélo-arabe.

Premier carré 1956 “Affaire” du canal de Suez.

Opposition 1965 Création de l’OLP, début des attentats anti-israéliens.

Second carré 1973 Scission au sein de l’OLP. Guerre du Kippour (d’Octobre).

Conjonction 1982 Opération “Paix en Galilée”. Eviction de l’OLP du Liban, évacuée in extremis par les marines Américains à Tunis.

Cycle 5

Conjonction 1982 (Saturne-Pluton en Balance) Importance croissante du mouvement pour la paix en Israël.

Premier carré 1993 – 1994 Reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’OLP. Signature de la paix.

Opposition 2001 – 2002 Bigé prévoyait : “Plan de partage des territoires occupés et établissement de deux nations; Israël et Palestine (?)”

Second carré 2009 – 2010 Bigé prévoyait : “C’est à ce moment que le risque de conflit est le plus grand. Remise en cause ou concrétisation dans des structures administratives et économiques communes, des acquis de l’opposition de 2001.”

Conjonction

Pour nous, le découpage chronologique est le suivant :

Avant 1948 (depuis 1941) Conjonction Saturne-Axe Aldébaran-Antarès. Phase de fermeture

A partir de 1948 Carré Saturne-Axe début vierge). Phase d’ouverture

A partir de 1956 Conjonction Saturne-Axe (début sagittaire). Phase de fermeture

A partir de 1964 Carré Saturne-Axe (début Poissons). Phase d’ouverture

A partir de 1971 Conjonction Saturne-Axe (début Gémeaux). Phase de fermeture

A partir de 1978 Carré Saturne-Axe (début Vierge). Phase d’ouverture

A partir de 1986 Conjonction Saturne-Axe (début Sagittaire). Phase de fermeture

A partir de 1993 Carré Saturne-Axe (début Poissons). Phase d’ouverture

A partir de 2000 Conjonction Saturne-Axe (début Gémeaux). Phase de fermeture.

A partir de 2007 Carré Saturne-Axe. Phase d’ouverture.

Le problème de Bigé, on l’a dit, c’est qu’il ne mentionne que les événements correspondant avec le moment de formation des aspects, ce qui le conduit, par exemple, à ne pas mentionner dans son schéma la Guerre des Six Jours, en juin 1967. Excusez du peu !

Du fait qu’il ne veut inclure dans le cycle Saturne-Pluton que la seule région dite du Proche ou du Moyen Orient, Bigé part du principe que les aspects du dit cycle doivent être immédiatement marquants pour cette partie du monde.

Les dates sont assez proches puisque le cycle Saturne-Pluton avec ses conjonctions successives en Cancer et en Balance, ne s’éloigne guère de l’axe Aldébaran-Antarès sur la ligne Gémeaux-Sagittaire laquelle se situe au centre d’un tel processus. En revanche, l’interprétation et le traitement des phases va différer singulièrement.

Le mouvement sioniste, dans la phase de “réduction” est prêt à accepter un plan de partage entre un Etat juif et un Etat arabe de Palestine, il ne croit plus beaucoup à une certaine coexistence et pense que chacun reste chez soi. Pour ce faire, le découpage attribué à chacun des deux Etats les régions respectivement à majorité juive et à majorité arabe, de façon à ce qu’il y ait aussi peu d’arabes que possible dans l’Etat Hébreu. C’est dans cet esprit que l’on parvient à la résolution de novembre 1947, de l’assemblée générale de l’ONU.

Mais les temps changent et au cours de 1948, se produit un changement de phase. En revanche, pour Bigé, le changement de phase, c’est-à-dire la conjonction Saturne-Pluton en Lion, a précédé novembre 1947, ce qui l’empêche d’expliquer le revirement de la politique de part et d’autre au lendemain de la résolution de l’ONU. Mais de toute façon, Bigé ne comprend pas qu’au cours d’une phase, se constitue un processus qui ne se concrétise qu’en fin de phase et qui est arrêté dans son mouvement par la nouvelle phase laquelle certes exerce un certain impact mais qu’il importe de suivre dans la durée.

C’est ainsi qu’avec la nouvelle configuration de 1948, lorsque Saturne passe dans la Vierge, en quadrature avec l’axe, on n’est plus disposé à une politique de repli et de séparation radicale. On préfère avoir plus de territoire quitte à avoir par la même occasion plus d’Arabes israéliens, et ce notamment dans toute une partie de la Galilée qui devait initialement revenir à l’Etat arabe.

Par ailleurs, il n’est plus question de laisser Jérusalem sous mandat international. On peut supposer que si le processus s’était enclenché un an plus tôt, les choses se seraient passé différemment, on aura trop tardé du côté de l’ONU.

En juillet 1956, Nasser nationalise le canal de Suez à l’approche de la phase de fermeture, laquelle phase, en règle générale, ne favorise pas le maintien d’une présence étrangère chez soi. Cette initiative va déclencher des hostilités de la part de l’Angleterre et de la France mais le climat est favorable à la dite nationalisation.

D’où les reculades des deux puissances y compris d’Israël qui avait envahi le Sinaï, notamment du fait de la menace soviétique. Autrement dit, des combats victorieux pour Israël mais à un moment qui ne favorisait pas une telle intervention, une telle coalition.

Il en sera tout autrement pour la Guerre des Six Jours laquelle se déroule en phase d’ouverture et où Israël ne sera pas contraint, cette fois, de lâcher ses prises, comme cela avait été le cas en phase de fermeture en 1956.

On a dit de quelle façon Bigé n’intègre pas cette Guerre dans son schéma. Cette guerre de 67 n’est pas sans rappeler celle de 1948, qui passa aussi par une extension de territoire par rapport aux limites initialement reconnues. Ces deux guerres se situent l’une et l’autre en phase d’ouverture, et dans les deux cas Israël maintint ses conquêtes, à la différence de 1956, qui fait contrepoids.

Nous ne disons nullement que la guerre de 1956 était inévitable, bien au contraire ce fut une guerre de trop. Notre approche n’est en effet nullement fataliste. La guerre de 67 aurait pu aussi ne pas avoir lieu et c’eût été pour Israël une occasion manquée.

Ce que Nasser réussit en 56 échoua en 67, pour lui aussi il y eut une guerre de trop mais ce n’était pas la même. Cela dit en 67, il y avait place dans les deux camps pour une invasion du territoire de l’autre et si Israël n’avait pas frappé préventivement, il eut certainement à subir des assauts redoutables de la part du camp arabe, notamment du fait du renforcement de l’alliance entre Egypte et Syrie, à la fin de 1966, un tel rapprochement étant typique de la phase d’ouverture.

Puis on bascule, inévitablement, dans une phase de fermeture, et c’est la guerre de Kippour, en octobre 1973. Cette guerre ne parvient pas dans l’immédiat à changer le rapport des forces mais elle est plus glorieuse pour l’Egypte et peut apparaître comme un avertissement du camp arabe face à la présence israélienne.

Une nouvelle phase d’ouverture, en 1977 – 1978 verra le rapprochement israélo-egyptien, avec le voyage de Sadate, le successeur de Nasser, artisan de la guerre de Kippour, à Jérusalem, ce qui aboutira à restituer le Sinaï à l’Egypte.

Luc Bigé ne rend pas compte de ce rapprochement qui constitua un changement considérable pour la région.

Mais cette même phase d’ouverture allait conduire à un affrontement avec l’OLP, avec l’opération de 1982 au Liban, soit un demi-cycle de Saturne après 1967, comme si Israël parachevait le travail amorcé antérieurement, contrôlant désormais le Sud Liban, grâce à ses alliés Chrétiens.

Bigé ne rend pas davantage compte de la première Intifada, à la fin des années Quatre Vingts, en phase de fermeture, c’est-à-dire de rejet de la présence étrangère, phase qui ne semble pas avoir été favorable, en règle générale, à Israël, lequel, dès le départ, est apparu comme un intrus.

En 1993, on entre dans une phase d’ouverture, qui met fin à la première Intifada. Les parties en présence acceptent de se reconnaître, font diverses concessions, envisagent l’avenir ensemble, dans une certaine interdépendance, on dialogue, on négocie, on développe une certaine confiance en l’autre.

Et puis, le temps passant, la phase d’ouverture arrive à sa fin et éclate en 2000, une nouvelle Intifada avec son cortège d’attentats suicide à la bombe, de représailles et finalement, on progresse vers l’idée d’un Etat palestinien, revenant ainsi à l’esprit de 1947 et aux plans de partage, soixante ans plus tôt. La construction du mur symbolise cette évolution séparatiste.

On a bien du mal à suivre les explications de Bigé : si son schéma astronomique est rigoureux et simple à comprendre, en revanche, les événements qu’il y accroche laissent perplexe et il semble bien qu’il ait fini par se contenter d’un service minimum sans que l’on ait le sentiment de bien suivre le fil des événements et surtout leur alternance.

Que dire de son étude de la première moitié du XXe siècle?

Voyons ce qu’il écrit à propos de la période du mandat britannique sur la Palestine :

Conjonction Saturne-Pluton en Cancer 1914 Début de la troisième Alya (immigration juive en Palestine).

Premier carré 1922 Coup d’arrêt à l’immigration juive. Début du mandat britannique sur la Palestine et reconnaissance par la SDN de la déclaration Balfour ( 2 novembre 1917).

Opposition 1931 Le parti nazi envoie 107 députés au Reichstag. Hitler devient chef potentiel de l’Allemagne, il sera nommé chancelier du Reich deux ans plus tard (janvier 33). Cinquième vague d’immigration (à partir de 1932).

Second carré 1939 Deuxième Guerre Mondiale. L’Holocauste. Nouveau Livre Blanc de l’administration anglaise qui limite l’immigration juive.

Conjonction 1947 L’Exodus, le dernier épisode de l’immigration clandestine. Procès de Nuremberg, la fin du nazisme.

On note ici que Bigé ne s’en tient nullement à l’année correspondant à l’aspect : l’Holocauste, ce n’est pas 1939 mais 1942, l’avènement d’Adolf Hitler, c’est 1933 et non 1931, la fin du nazisme, c’est 1945 et non 1947.

La déclaration Balfour est mentionnée rétrospectivement pour la phase débutant en 1922, cinq ans plus tard. Or, a priori 1922, correspondant à un carré, devrait faire obstacle à ce qui s’était enclenché antérieurement, sous la conjonction. Or Bigé parle d’une “reconnaissance par la SDN de la déclaration Balfour” !

Pour en revenir à notre propre modèle, les phases se présentent ainsi :

Conjonction Saturne-Axe 1912 Fermeture
Carré Saturne-Axe 1919 Ouverture
Conjonction Saturne-Axe 1927 Fermeture
Carré Saturne Axe 1935 Ouverture
Conjonction Saturne-Axe 1942 Fermeture

Commentaire :

La phase conjonctionnelle qui va de 1912 à 1919 est le théâtre de la dislocation de l’empire ottoman.

Les populations arabes secouent un joug séculaire, ce qui s’accompagne d’une balkanisation de la région, avec émergence d’une multiplicité d’Etats. En Russie, la révolution aboutit à la fin des tsars. En Autriche Hongrie, c’est le démembrement. Quant aux juifs, ils voient se concrétiser la possibilité de ne plus vivre à la merci de puissances étrangères: c’est la Déclaration Balfour en 1917.

La phase de carré est favorable aux arrangements et l’idée d’un Foyer Juif est acceptée, dans le cadre du mandat britannique (1922). Il s’agira de montrer que juifs et arabes parviennent à coexister dans ces conditions.

Avec la nouvelle conjonction, l’on prend conscience de la difficulté du pari et de l’enjeu, chaque population se replie sur elle-même: les juifs rechignent à faire appel à de la main d’oeuvre arabe locale, c’est notamment la politique des sionistes socialistes, autour de Ben Gourion, qui veulent développer un prolétariat juif, base de leur électorat, dans la mesure où les arabes ne votent pas dans les structures juives du Yishouv (l’autorité juive sous le mandat).

Puis vient le carré d’ouverture qui sous tend la politique expansionniste de Hitler, avec l’Anschluss qui annexe carrément l’Autriche en 1938, puis les Sudètes, puis la Pologne et la Guerre Mondiale. Cela conduit à une forte immigration juive, notamment vers la France et vers les Etats Unis et qui pose problème en Palestine.

Nouvelle Conjonction 1942 : Début de l’Holocauste. Les juifs sont prêts à toutes les concessions pour avoir un Etat, même restreint et étroit à eux, difficilement gérable. Le principe du partage de la Palestine s’impose, il conduit à la résolution de l’ONU en 1947 (cf. supra).

Si l’on remonte plus avant dans l’Histoire de la question, comme l’a fait Bigé, on obtient de sa part le schéma suivant :

Conjonction Saturne-Pluton 1883 “Début de la première vague d’implantation en Palestine. Edification des premières colonies qui font revivre le sol de Palestine en 1882 (…) et 1884 (…) L’hébreu redevient une langue vivante”

Carré Saturne-Pluton 1891 regain de la première alya qui débuta en 1883. Développement des systèmes d’entraide. Herzl à Paris.

Opposition 1898 – 1899 Réunion du Premier Congrès Sioniste Mondial (97).

Carré 1907 Première crise au sein du jeune mouvement sioniste.

Conjonction 1914 Première Guerre Mondiale.

Dans notre modèle, les dates sont les suivantes :

Conjonction Saturne-Axe (début Gémeaux) : 1884 Fermeture
Carré Saturne-Axe : 1890 Ouverture
Conjonction Saturne-Axe: (début Sagittaire) 1897 Fermeture
Carré Saturne-Axe : 1905 Ouverture
Conjonction Saturne-Axe : 1912 Fermeture

On notera la tenue du Premier congrès sioniste en 1897, lors même de la conjonction de Saturne avec Aldébaran. Le peuple juif, autour de Herzl, affirme son existence par delà la diversité de sa présence au sein de tant d’Etats. Il déclare sa différence.

Avant cette date, la situation était beaucoup plus floue et Herzl n’avait pas rencontré beaucoup d’écho à son projet, il se refusait d’ailleurs à se dire sioniste.

Cela dit, à partir de 1884, la situation des juifs russes s’était singulièrement aggravée et ils se trouvaient marginalisés, c’est à cette époque que le sionisme avait déjà pris forme en Russie.7

La phase d’ouverture de 1905 à 1912 conduit à envisager divers projets d’installation, sous la tutelle anglaise (Ouganda, notamment). Puis à partir de la nouvelle conjonction, le sionisme à nouveau se polarise sur la Palestine, la terre sacrée des Hébreux, ce qui conduit à la Déclaration du ministre anglais Balfour de 1917 alors que les Britanniques mettent à mal l’empire ottoman.

En définitive, certes Bigé a le mérite de s’en tenir à une chronologie très stricte, il ne se permet pas d’élargir chaque phase jusqu’à la phase suivante. C’est là certes un scrupule qui l’honore mais qui le contraint à élaborer une histoire tronquée de certains événements majeurs et à privilégier parfois des enjeux relativement mineurs, faute de mieux.

Les différences qu’il avait introduite sur une base de quatre phases ne semblent guère opérationnelles (premier et second carré, conjonction et opposition) et nous pensons qu’un système à deux types de phases est plus réaliste (carré, conjonction).

On nous reprochera, certainement, de recourir à une chronologie sensiblement plus souple. Notre approche a l’avantage de ne pas laisser de vides et de mettre en évidence un faisceau d’événements de même tendance au cours d’une période donnée, tant dans le temps que dans l’espace, puisque nous utilisons toujours le même cycle, quelle que soit l’aire géographique ou géopolitique étudiée. Pour prendre le cas de l’Intifada, c’est la durée, la persistance même du phénomène qui importe et qui fait événement.

Que dire des prévisions de Bigé pour la région: il considère comme nous que la période actuelle favorise le partage.

Pour le “second carré 2009- 2010”, Bigé prévoit : “C’est à ce moment que le risque de conflit est le plus grand. Remise en cause ou concrétisation dans des structures administratives et économiques communes, des acquis de l’opposition de 2001”.

Bige ne prend pas de risque, ne se mouille pas : “Remise en cause ou concrétisation”. Il y a là la marque d’une ambiguïté prévisionnelle. En ce qui concerne les “risques de conflit”, c’est à voir.

La phase de carré, telle que nous la concevons, favorise l’interdépendance, calme les réactions de rejet, est expansionniste, comme on peut le voir par les exemples déjà signalés.

Si l’on resitue le problème israélien et israélo-palestinien, dans le contexte mondial, on remarquera qu’en Irak, l’intervention américaine aura exacerbé les tensions au sein de la population locale, très diverse, qu’elle aura généré des tensions au sein de l’ONU et d’autres structures supranationales.

Ce qui était prévisible, la phase conjonctionnelle qui se déploie actuellement n’étant guère favorable aux constructions ambitieuses, aux “machins” comme disait De Gaulle. La conjonction conduit à la dislocation des ensembles artificiels, tant sur le plan politique qu’économique.

Avec la prochaine phase de carré, (A partir de 2007, Carré Saturne-Axe. Phase d’ouverture.) l’ONU devrait retrouver un rôle plus significatif.

Les phases qui sont ici décrites ne signifient nullement que les hommes n’agissent point à contretemps. C’est empiriquement, au prix de tâtonnements, qu’ils prennent conscience de la situation, ce qui les empêche de prendre les virages en temps utile. C’est dire que le temps des changements de phase ne favorisent guère la lisibilité, puisque l’on est en période de transition. C’est au contraire au milieu de la phase que l’adéquation est la plus marquée et où les actions des hommes sont le mieux “en phase” avec le contexte cosmique, c’est-à-dire avec de véritables opportunités obéissant à une certaine logique de l’Histoire.

Jacques Halbronn
Paris, le 11 octobre 2003

Notes
  • 1 Cf. La vie astrologique, années trente cinquante, Paris, Trédaniel, 1995. Retour
  • 2 Cf. Les sept jours de la création d’Israël / Le Droit et la force, l’Histoire inachevée d’Israël, Préface Théo Klein, Paris, Ed. du Janus, 2003. Retour
  • 3 Cf. nos études sur Encyclopaedia Hermetica, Site ramkat.free.fr. Retour
  • 4 Cf. “Heurs et malheurs de l’astrologie mondiale française”, Site du Cura.free.fr. Retour
  • 5 Cf. “Heurs et malheurs”, op. cit. Retour
  • 6 Cf. p. 146. Retour
  • 7 Cf. notre ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002

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