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Le 31 Mars 1492, la Reine Isabelle de Castille et le Roi Ferdinand d’Aragón ordonnèrent à tous les juifs de leurs royaumes de se convertir au Christianisme ou de s’exiler avant le 31 Juillet de cette même année. Pour beaucoup de juifs espagnols, le royaume voisin du Portugal offrait un refuge temporaire.

Les chroniqueurs juifs et espagnols nous racontent qu’en quelques mois plus de cent mille juifs traversèrent la frontière et entrèrent au Portugal.

Le roi du Portugal, João II, permit à « 600 familles » de rester dans son royaume mais exigea que le reste des réfugiés quitte le Portugal dans un délai de huit mois. Ceux qui ne se soumettraient pas à cet ordre seraient réduits en esclavage.

Cependant, pour beaucoup de juifs espagnols qui s’établirent au Portugal le répit ne fût que très bref. En effet, cinq ans plus tard, le successeur de João II, Manuel I, força pratiquement toute la population juive de son royaume à se convertir au christianisme.1

Cet article a deux objectifs essentiels. Le premier est d’offrir une reconstruction aussi détaillée que possible de l’arrivée de réfugiés castillans au Portugal et de leur sort dans ce royaume. Le second est de re-examiner l’impact démographique et social de cette vague migratoire sur le Portugal.

Plusieurs historiens ont décrit l’arrivée des réfugiés juifs de Castille comme un « élément déstabilisateur » qui exacerbât les violents sentiments anti-juifs de la population chrétienne au Portugal et jouât ainsi un rôle déterminant dans le déclenchement de la conversion forcée de 1497.

Un historien israélien, Abraham Gross, a récemment fait le commentaire suivant :

« Les sources contemporaines nous informent que pendant l’été de 1492 le Portugal fut submergé par une vague migratoire de 90 000 à 120 000 juifs venants de Castille. Admettre un tel flot de réfugiés aurait été insensé. Ce pays, dont la population ne comptait qu’un peu plus d’un million d’âmes, ne pouvait pas supporter un tel afflux, qui aurait créé un chaos socio-économique, sanitaire et religieux. »2

De nombreux travaux de recherche ont analysé l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492 et la conversion par la force des juifs portugais en 1497 mais encore peu d’historiens se sont penchés sur le problème abordé ici.

Je vais tenter de démontrer que les renseignements fournis par les sources documentaires au Portugal et en Espagne, ainsi que les différentes chroniques chrétiennes et juives, ne soutiennent pas un tel schéma.

1. Un problème démographique insoluble : l’arrivée des exilés en 1492

La première observation que je souhaite faire, touche à l’entrée des juifs castillans au Portugal. Les chroniques contemporaines donnent des estimations très variées du nombre de réfugiés qui arrivèrent au Portugal.

Le prêtre castillan Andrés Bernáldez ( ?-1513), s’appuyant sur le témoignage d’un rabbin qu’il avait lui-même baptisé peu de temps après l’expulsion, estime le nombre de juifs qui traversèrent la frontière portugaise à 93 000 et divise ce chiffre de la manière suivante :

  • 3 000 juifs qui entrèrent au Portugal via Bragança.
  • 30 000 juifs qui entrèrent au Portugal via Miranda do Douro.
  • 35 000 juifs qui entrèrent au Portugal via Vilar de Formosa.
  • 15 000 juifs qui entrèrent au Portugal via “ Marván » [Marvão].
  • 10 000 juifs qui entrèrent au Portugal via Elvas.3

Les auteurs juifs Abraham Zacuto (1450 ?-1510 ?) et Gedalya ibn Yahya (1526-1587) estiment tous les deux leur nombre à 300 000.4

Pour leur part, les chroniqueurs portugais ne nous aident pas vraiment. Rui de Pina ne se risque pas à donner un nombre mais Damião de Góis (1502-1574 ?), écrivant pendant la seconde moitié du seizième siècle, relate seulement que 20 000 foyers ou familles (casas) entrèrent au Portugal. De Góis remarque cependant que certaines de ces familles comprenaient « dix, douze, voire même plus [d’individus]. »5

Il est important de noter que cette confusion peut aussi se trouver chez des historiens et auteurs plus modernes qui proposent même des nombres encore plus élevés voire franchement fantaisistes.

Au dix-septième siècle Isaac Aboab (1555 ?-1628) décrit l’arrivée au Portugal de 420 000 juifs alors qu’au dix-neuvième siècle le grand Alexandre Herculano (1810-1877), sans citer de source, estime leur nombre à non moins de 800 000.6 Face à ces estimations très élevées, les sources documentaires présentent un tout autre scénario.

La somme totale des impôts versés par les juifs castillans n’est pas connue. Un converso interrogé par le Saint Office de Lisbonne en 1537 place le total à 600 000 cruzados mais il ne fournit aucune autre information sur ce montant.7 Des récépissés, accordés aux officiers chargés de prélever la taxe d’entrée sur les juifs castillans, ont fortuitement survécu aux archives de la Torre do Tombo.

Le récépissé accordé à João Álvares de Almada – le percepteur général (recebedor-mor) des impôts prélevés sur les juifs castillans – indique que le trésor royal reçu 26 356 957 reais et note que cette somme comprenait les montants suivants :

  • 3 183 961 reais perçus par Fernando Afonso à Lisbonne et provenant des juifs qui faisaient partie des 600 familles autorisées à rester au Portugal à raison de 8 cruzados par personne.
  • 751 000 reais perçus par Pedro Pessoa, le percepteur général (recebedor geral) de l’imposition sur les biens des juifs castillans.
  • 2 605 420 reais perçus par João Brandão à Porto et provenant des juifs qui faisaient partie des 600 familles autorisées à rester au Portugal à raison de 8 cruzados par personne.
  • 59 280 reais perçus par João Branco, percepteur de l’impôt payé par les forgerons.
  • 1 604 110 reais perçus par Afonso Gonçalves à Coimbre et provenant des juifs castillans qui faisaient partie des 600 familles autorisées à rester au Portugal à raison de 8 cruzados par personne.
  • 6 439 610 reais perçus par João Mendes Cicioso à Évora et provenant des juifs castillans qui faisaient partie des 600 familles autorisées à rester au Portugal à raison de 8 cruzados par personne.
  • 244 252 reais perçus par João Gonçalves Batavias, le percepteur d’impôts dans l’Algarve.
  • 3 885 000 reais perçus par Antão de Figueiro, le prédécesseur de João Álvares au poste de recebedor-mor.
  • 92 038 reais perçus par Afonso Vasques, le percepteur d’impôts à Marvão.
  • 4 578 000 reais payés par les communautés juives du Portugal « pour le pardon général » (pollo perdam das recadações ).
  • 1 130 000 reais payés par les juifs castillans pour le « pardon général. »
  • 11 700 reais payés par certains juifs taxés à 8 cruzados.
  • 4 080 reais payés par un certain « Maître Jacob. »8

En outre, nous savons grâce à un autre document que Fernando Afonso reçut au total 8 390 220 reais des juifs castillans à Lisbonne. Par ailleurs, João Mendes Cicioso – le percepteur fiscal responsable des taxes payées par les juifs castillans à Évora, reçu une charte de quittance particulière dans laquelle la couronne confirme avoir reçu de lui 8 951 312 reais qui comprenaient 5 106 169 reais payés par les juifs autorisés à rester au Portugal, 3 610 618 reais payés par ceux qui payèrent 8 cruzados par personne et, finalement, 187 590 payés par les forgerons qui payèrent seulement 4 cruzados par personne.9

Il est bien difficile de savoir quoi faire de tous ces chiffres qui soulèvent bien plus de questions qu’ils n’en résolvent. Pourquoi, par exemple, la somme perçue par João Mendes Cicioso sur les juifs installés à Évora est-elle 6 439 610 reais dans le récépissé accordé à João Álvares de Almada mais seulement 5 106 169 reais dans la charte de quittance octroyé à Cicioso lui-même ?

Qui était ce maître Jacob et pourquoi a-t-il payé 4 080 reais ? Il est surprenant que les sommes reçues des juifs qui payèrent la taxe de 8 cruzados ne soient en fait pas divisibles par huit. Un détail très intéressant qui ressort de ces chartes de quittance est le fait que les juifs castillans durent payer non seulement 8 cruzados aux agents du roi Portugais mais aussi une taxe sur les biens qu’ils importèrent avec eux.

Ceci semblerait confirmer non seulement une assertion faite par Zacuto selon lequel les réfugiés furent contraints de s’acquitter d’un impôt « sur leur richesse » mais encore un curieux passage de la chronique du rabbin Eliahou Capsali ( ? 1490-1549) dans lequel le rabbin allègue que João II « ordonna que tous les juifs qui possédaient des habits devraient s’acquitter d’une taxe équivalente à trois habits sur dix. »10 Enfin, la référence énigmatique au « pardon général » qui fut payé par les juifs portugais et castillans apparaît indiquer que les communautés portugaises furent contraintes – soit de gré ou de force – à contribuer à la taxe d’entrée pour les exilés les plus indigents.

Ces documents ont permis au professeur Tavares d’estimer le nombre de Juifs entrés au Portugal à 30 000 au plus, un nombre d’autant plus surprenant qu’il est bien au dessous de ceux avancés par les différentes chroniques.

Il faut cependant souligner le fait qu’une lacune importante existe dans les sources documentaires. Non seulement ces figures paraissent incomplètes mais il n’existe aucun récépissé pour les juifs castillans qui entrèrent au nord du Portugal via Bragança ou Miranda do Douro.

D’autre part, c’est précisément par ces deux villes que de très nombreux juifs habitant dans le nord de la Castille arrivèrent au Portugal et, comme nous l’avons vu ci-dessus, Bernáldez estime même leur nombre à 35 000.

Prenant en compte toutes ces informations, et sans pour autant prétendre qu’il ne s’agit d’autre chose que d’un postulat, on pourra spéculer que le nombre des exilés castillans entrés au Portugal se situe aux environs de 50 000 ou 60 000 individus.

Un document issu des archives de Simancas, en Espagne, souligne le fait que les autorités portugaises surveillèrent étroitement l’arrivée des réfugiés juifs.

C’est une plainte déposée par un certain Juan Fernández Alegre contre son gendre Alonso Rodríguez en mars 1495 auprès de la couronne castillane qui nous fournit de précieux renseignements sur ces procédures. Tous les deux des conversos, ces hommes étaient partis au Portugal en 1492 avant de se convertir au christianisme et de retourner vivre à Soria dans l’est de la Castille.

Juan Fernández Alegre accusait son gendre d’avoir volé son permis d’entrée au Portugal et les reçus confirmant qu’il s’était acquitté de la taxe d’entrée. Selon le plaignant, le Roi du Portugal avait décrété que tous les juifs Castillans qui ne pourraient produire ces documents perdraient toute leur propriété dont un tiers reviendrait aux dénonciateurs. En raison du vol et de ce décret, Juan Fernández Alegre avait lui-même perdu 4 000 ducats.11

Tout juif qui entrait illégalement, c’est-à-dire sans payer la taxe d’entrée, aurait ainsi été incapable de présenter ces documents, spécialement si il ou elle désirait quitter le royaume. D’ailleurs, l’offre d’un tiers de toute propriété confisquée aux dénonciateurs rendait toute entrée clandestine une entreprise à haut risque.

Un seul cas d’entrée clandestine apparaît dans les sources documentaires portugaises. En 1496 les biens de Maître Judas, a juif de Fronteira, furent confisqués de façon posthume par la couronne. A une date inconnue mais précédant 1492, Maître Judas s’était arrangé pour que son petit-fils João, convertit au Christianisme dans des circonstances qui ne sont pas révélées, fut envoyé vers la Castille où ce dernier pourrait retourner au Judaïsme. Lorsque les juifs furent expulsés de Castille, ce garçon était retourné au Portugal et avait été caché dans la maison de son grand-père.12

Un lointain écho de cette émigration clandestine vers le Portugal figure aussi dans le poème intitulé « une complainte contre le temps » composé par Judas Abravanel, le fils du fameux financier et philosophe Isaac Abravanel.

Le poète prétend qu’un ami l’avait prévenu en 1492 qu’un complot visait à ravir son fils nourrisson afin de forcer le père à rester en Castille et à se convertir. Judas Abravanel ne pouvait se rendre au Portugal en raison de la peine de mort prononcée contre son père pour sa participation à la conspiration du Duc de Bragança en 1483 mais il s’arrangea pour que le nourrisson fût envoyé de l’autre côté de la frontière avec sa nourrice. Le malheureux père prétend que l’enfant fit partie de ceux qui furent arrêtés par João II et dont nous parlerons plus ci-dessous.13

2. Les camps de réfugiés : isolation, peste et désespoir

Une idée erronée qu’il est important de rejeter consiste à croire que les juifs de Castille, à leur entrée au Portugal et après s’être acquitté de la taxe de passage, purent simplement s’établir là où ils le souhaitaient.

Le chroniqueur juif Eliahou Capsali insiste, bien au contraire, sur le fait que les juifs Castillans furent rassemblés dans un camp (הנחמב) et cela semble en effet avoir été le cas ; un très grand nombre d’exilés se trouvèrent regroupés dans plusieurs camps de réfugiés situés près de la frontière.14

L’un d’entre eux se trouvait apparemment proche du village de Vila Flor dans la province septentrionale du Trás-os-Montes. L’existence de ce camp peut être déduite d’un pardon royal accordé en 1496 à un certain Fins Alvarez pour avoir illégalement exporté de l’argent vers la Castille. Selon le document, Fins Alvarez affirma avoir trouvé cet argent à Vila Flor « il pourrait il y avoir quatre ans plus ou moins » et ajouta qu’à ce moment « il y avait beaucoup de juifs » dans cette localité.15

Un autre camp de réfugiés dans le nord du Portugal fut probablement situé à proximité du village de Caçarolos, distant de seulement quelques kilomètres de la Castille, où l’on recense l’existence d’un lieu encore aujourd’hui dénommé la « vallée des cabanes » (Vale das cabanas).16

Enfin, il faut aussi citer la ville frontalière de Miranda do Douro qui servit en même temps comme point de passage et de regroupement. Un pardon accordé par la Couronne en 1496 fait mention à une époque « il y trois ans » quand la ville était « pleine de 4 000 à 5 000 juifs. »17

Plus au sud du Portugal, on ne trouve la trace de l’existence que d’un seul camp situé à Castelo do Vide et dans lequel étaient internés des juifs entrés au Portugal par la ville frontalière de Marvão. Selon Velasco da Mota, l’officier responsable de ce camp, ce site contenait entre 4 000 et 5 000 réfugiés juifs. Il est intéressant de noter que le mot utilisé pour décrire ce camp est « arraial », un terme généralement utilisé pour évoquer des campements militaires a l’air libre.

Velasco da Mota ajoute aussi dans son rapport que les juifs étaient gardés la nuit pour les protéger des attaques et enlèvements perpétués par des bandes de brigands castillans.18 Bien entendu on peut se douter que ces gardes étaient aussi chargés d’empêcher toute tentative de la part des réfugiés de se soustraire à la taxe d’entrée.

La découverte dans la petite ville de Gouveia en 1967 d’une inscription en hébreu sur ce qui avait jadis formé le linteau d’une synagogue a fait couler beaucoup d’encre.

Utilisant la méthode traditionnelle de datation, qui ajoute la valeur numérique des lettres de son dernier mot, l’inscription du linteau est datée de 5257 (1496/7 de l’ère chrétienne).

Plusieurs historiens on vu dans cette inscription une preuve de l’existence d’une communauté juive originaire de Castille installée à Gouveia après 1492.19 La date tardive du linteau et la position géographique de Gouveia, proche de la frontière, rendent en effet cette explication assez plausible. Certains doutes existent cependant à propos de l’existence d’une communauté castillane établie à Gouveia.

Les recherches du professeur Tavares ont mis à jour l’existence d’une petite communauté juive portugaise établit à Gouveia avant 1492, mais qui n’a plus laissé de trace après 1483.20 Nous ne pouvons pas non plus écarter la possibilité que ce linteau provienne en fais d’une synagogue dans des villes voisines de Guarda, Celorico ou Freixedas, où étaient implantées des communautés juives portugaises, et qu’il fut réutilisé dans la construction d’un bâtiment à Gouveia à une date plus tardive.21

Les conditions endurées par les réfugiés juifs dans les camps portugais ne nous sont pas connues mais elles n’ont pas du être moins difficiles que celles des camps similaires qui existaient au même moment au Maroc.

Un témoin au procès de Juan Calderón, un converso originaire de Maqueda près de Tolède arrêté par le Saint Office en 1510, rapporte que plusieurs juifs castillans de cette ville qui s’étaient réfugiés au Maroc via le Portugal furent contraints de vivre dans un camp de huttes construites de branchages (« chozas ») qu’ils avaient eux-mêmes bâties.22

Considérant ces conditions très précaires, il ne faut pas s’étonner que la peste fit des ravages parmi les réfugiés. Rui de Pina les rend responsables d’une grande épidémie qui affligea l’ensemble du royaume mais il est surtout clair que les premières et principales victimes du fléau furent les réfugiés eux-mêmes.23

Les chroniqueurs juifs Abraham Zacuto, Joseph ha-Cohen (1496-c. 1577) et Samuel Usque (1497 ?-1567 ?) affirment tous qu’un nombre considérable de réfugiés juifs au Portugal succomba à une épidémie de peste.24

Des preuves documentaires des ravages causés par la peste peuvent être trouvées dans des documents conservés aux archives de Simancas. Certains juifs qui perdirent des membres de leur famille au Portugal furent parmi ceux qui finirent par se convertirent au christianisme et prirent le chemin du retour vers la Castille.

Tel fut le cas de Francisca, une malheureuse conversa de Alcalá de Henares qui émigra au Portugal avec sa famille en 1492 mais qui revint en Castille après le décès de son mari et de ses enfants.25 Dans un cas similaire, deux juifs convertis, Fernán de la Vega et son frère Pérez de la Vega, réclamèrent en 1494 à la couronne de Castille l’héritage de tous les biens appartenant à leur seur Reina car celle-ci était morte au Portugal avec son mari et tous leurs enfants.26

L’ampleur de l’épidémie fut d’une telle gravité que l’auteur portugais d’une description de Lamego publié en 1532, quarante ans plus tard, remarqua que jusqu’alors le Portugal ne souffrit jamais d’une telle mortalité comparable à celle qui suivit l’arrivée des juifs de Castille en 1492.27

Un témoignage surprenant ayant trait à la situation pénible des réfugiés au Portugal, et des espoirs messianiques qu’elle occasionna, nous est parvenu par la bouche d’un converso de la ville de Soria arrêté et interrogé par le Saint Office en 1502.

Ce témoin révéla aux inquisiteurs que huit ans auparavant il avait rencontré un autre converso de retour d’un voyage au Portugal et lui avait demandé des nouvelles des juifs réfugiés au Portugal. Son interlocuteur lui répondit de la manière suivante :

Plusieurs [juifs] s’en vont [en Afrique du Nord], à ce qu’il a entendu, et ceux qui sont restés [au Portugal], ayant vus le péril dans lequel ils se trouvaient avec leurs enfants, font beaucoup de prières et se lamentent auprès de Dieu. Ils se disent que cela ne pouvait pas continuer ainsi sinon que Dieu allait sûrement entendre leurs prières et accomplirait un miracle.28

Le danger représenté par la peste incita de nombreuses municipalités portugaises à chercher à se protéger.

À une date inconnue, João II écrivit à ses agents des villes frontalières pour leur ordonner de ne pas laisser entrer au Portugal les juifs provenant des régions de Castille où la peste s’était déclarée. Déjà, en Novembre 1492, la ville d’Évora se plaignait au monarque du nombre de juifs castillans qui résidaient là temporairement lors du trajet vers le port de Lisbonne et refusa d’en admettre plus. Le roi fut contraint d’écrire au conseil municipal le 9 décembre pour censurer leur action :

Nous avons été informés que vous avez interdit aux juifs venus de Castille au Portugal d’entrer dans cette ville. Nous ne vous avons pas ordonné d’agir ainsi, nos instructions, envoyées vers les villes frontalières, étaient seulement de ne pas admettre de juifs provenant de régions où l’on meure de la peste. Nous vous sommons de laisser entrer dans votre ville les juifs qui ne sont pas venus de telles régions et qui ne sont pas déjà mourant de la peste.29

En dépit des instructions et admonestations du roi, les conseils municipaux prirent des mesures actives pour empêcher l’arrivée de juifs castillans soupçonnés d’être pestiférés.

À Évora une force de police spéciale, comprenant même quatre cavaliers, fut crée en décembre 1492 pour interdire l’accès de la ville à tout juif étranger.30 Le dix-sept du même mois, les conseillers municipaux de Loulé se rassemblèrent pour discuter des mesures à prendre pour éviter la propagation de la peste « qui tue en ce moment des gens dans plusieurs contrées de ce royaume et particulièrement les juifs qui viennent de Castille ».

Les responsables de la communauté juive locale furent conviés et enjoints de ne pas recueillir de réfugiés juifs « de l’extérieur » sous peine d’une lourde amende.31 Cette mesure de quarantaine dura au moins huit mois car une plainte déposée par la communauté musulmane de Loulé auprès du conseil municipal en Juillet 1493 révèle en effet que c’est à eux qu’échut la tâche impopulaire de devoir empêcher l’accès à la ville de tout étranger soupçonner d’être pestiféré.32

L’attitude du roi lui-même semble avoir changée peu de temps après qu’il ait réprimandé le conseil d’Évora. En février 1493, João II confirma même un arrêté municipal du conseil de Benavente qui sommait tous les juifs castillans de quitter la ville sous peine d’une amende de 10 cruzados.33

3. Ceux qui furent autorisés à rester au Portugal

Toutes les chroniques – à la fois chrétiennes et juives – s’accordent sur le fait que le roi du Portugal accordât le droit de rester au Portugal après la fin des huit mois de répit à seulement « 600familles ».

Au dix-septième siècle, Immanuel Aboab relate dans sa Nomologia que trente familles juives, comprenant celle de son grand-père Isaac Aboab, reçurent le droit de s’établir à Porto et d’avoir leur propre synagogue dans la rue de São Miguel, qui fut même pavée par la ville de Porto en échange d’un paiement de 500 reais par famille.34

Comme nous l’avons vu ci-dessus, trois récépissés furent accordés aux officiers chargés de percevoir les taxes imposées sur ces familles dans les villes de Lisbonne, de Coimbre et d’Évora. Il paraît peu vraisemblable que les réfugiés choisirent de s’établir uniquement dans ces villes. Par contre, il est bien plus plausible que ces villes étaient les sièges des perceptions, alors que les familles juives autorisées à rester au Portugal étaient dispersées a travers le royaume.

La perte complète des registres de la chancellerie de João II correspondants aux années 1493, 1494 et 1495 nous a privés d’une source d’informations qui aurait pu être précieuse.

Les documents produits par la chancellerie de Manuel I durant la première année de son règne ne mentionnent que très rarement les juifs castillans :

Le 8 février 1496 un certain Pedro de Pinhel reçu un pardon pour avoir volé un âne appartenant à Manam « un juifs qui fut parmi ceux qui vinrent de Castille. »35

Le 5 mars le rabbin Judas Corcos, judeu castelhano résidant à Sabugal, reçu une licence lui permettant d’exercer son métier de médecin (físico) au Portugal.36

Selon un document daté du 22 avril, le rabbin Habney de Chaves fut emprisonné à Guimarães à cause d’une dispute avec son beau-fils Salomon Mestre, lui aussi un habitant de Chaves, qu’il accusait d’avoir assassiné sa fille Velida. Ces deux hommes sont décrits comme des judeus castelhanos.37

Le 11 mai, un chrétien nommé Luís fut condamné à servir une peine de six ans d’exile à Ceuta pour avoir volé de l’or, de l’argent et des joyaux d’une valeur estimée à 40 000 ou 50 000 reais au rabbin Moise, un judeu castelhano habitant dans la ville de Bragança.38

Un document daté du 14 mai constate que Donha Paloma, judea castelhana habitante de Veleda (sans doute la localité moderne d’Aveleda, dans le district de Bragança), fut la victime d’un vol perpétré par deux hommes chrétiens.39

De nombreux juifs d’origine castillane résidant au Portugal figurent dans les procès des inquisitions espagnole et portugaise – après 1536 pour les tribunaux portugais – mais dans bien des cas il est difficile de savoir s’ils arrivèrent au Portugal en 1492 ou durant les décennies qui suivirent.40

On trouve cependant dans ces sources inquisitoriales des juifs castillans arrivés en 1492 et établis non seulement dans les principales villes du royaume, mais aussi dans des localités secondaires comme, Lousã, Elvas, Trancoso, Tomar, Estremoz, Barcelos, Borba ou même Alcoutim.41

Le vénérable rabbin Abraham Saba note dans une de ses œuvres qu’il s’établit avec sa famille dans la ville septentrionale de Guimarães entre 1492 et 1497.42

A part ces données très inexactes, nous ne disposons pratiquement pas de sources documentaires qui nous permettent de dresser un portrait de la répartition des réfugiés à travers le Portugal ou de leur nombre exact.

Le 26 Novembre 1492, la communauté juive de Loulé reçut l’autorisation du conseil municipal d’agrandir le quartier juif – la judiaria – d’une rue.43

Immédiatement après son avènement en 1496, Manuel I ordonna la réalisation d’un recensement démographique dans la province du Beira. Malheureusement, les populations juives ne figurent pas dans ce recensement. La seule exception est la localité de Covilhã, où même après l’arrivée des juifs castillans quatre ans auparavant, la population juive ne représentait que 4.62 % de la population.

Peut-être plus intéressantes, sont les informations que l’on peut recueillir sur la villa de Santarém. Un document de la chancellerie royale estime à 400 « foyers » le nombre d’habitants juifs à Santarém en 1496. Un recensement fiscal effectué entre 1527 et 1532, nous indique que la population de Santarém à cette date était de 1988 « foyers », excluant le clergé et la noblesse.

Même si la population de Santarém avaient été la même en 1496, j’estime en fait qu’elle devait être bien plus petite, la population juive aurait représenté environ 20 % du total.44 La présence de réfugiés juifs à Santarém est documentée. En effet, trois hommes identifiés comme « juifs castillans » figurent parmi les témoins d’un contrat établi en août 1496.45

Lors des siècles précédents, les juifs castillans ou aragonais qui s’établirent au Portugal furent totalement intégrés dans les communautés juives portugaises et généralement l’unique trace qui subsiste de leur passé espagnol est leur nom (par exemple : Segoviano, Toledano, Soriano, Catalão, Saragocim et Barcelonim).

Ceci ne fut pas le cas pour les exilés qui arrivèrent en 1492. Six ans après leur arrivée, ces juifs continuent d’être décrits dans des documents royaux comme « Juifs castillans » (judeus castelhanos).

Une lettre envoyée par João II au conseil municipal de Lisbonne en septembre 1493 mentionne un certain Samuel Naçim, qui agissait comme « représentant des juifs castillans » “procurador dos judeus castelhanos”.46

Une autre preuve du statut séparé des juifs castillans, tout au moins à titre fiscal, peut être trouvée dans un livre de comptes qui énumère plusieurs sommes reçues par le trésor royal pour l’achat de corde destinée aux navires de la flotte. Le 20 Octobre 1496, la Couronne émit un reçu pour 150 000 reais recueillis par un certain João Nunes qui occupait la fonction de recebedor dos dinheiros dos judeus castelhanos. Le même document nous informe aussi que João Nunes travaillait en coopération avec Joseph Çoleyma, un juif castillan et percepteur fiscal « des 600 [familles]. »47

4. Les Juifs portugais et les exilés castillans

L’attitude des Juifs Portugais envers leurs coreligionnaires castillans reste un mystère.

Gedalya ibn Yahya relate que les juifs portugais, soucieux des répercussions négatives sur leurs liens avec la population chrétienne que l’arrivée des réfugiés ne manquerait pas d’avoir, se montèrent hostiles aux exilés :

La majorité des exilés était pauvre, et le Portugal ne pouvait facilement recevoir tous ces juifs. Les responsables des communautés juives dans royaume du Portugal se rassemblèrent pour décider de la manière dont ils s’occuperaient du grand nombre d’exilés espagnols. Ils décidèrent d’empêcher l’entrée des exilés au Portugal pour ne pas se rendre détestables aux yeux du roi, des courtiers ou des habitants [chrétiens].

Mon grand-père (…) Don Joseph ibn Yahya, protesta contre cette grande injustice aux yeux de Dieu, disant que c’était un acte de mépris et de provocation que de fermer les portes du salut à leurs frères. Il suggéra qu’ils donnent au moins la moitié de leurs biens pour nourrir ces âmes et pour affréter des navires qui pourraient les transporter du Portugal vers Fez ou d’autres royaumes. Les juifs [portugais] refusèrent d’écouter son opinion. En conséquence, les exilés furent contraints de négocier [seuls] avec le roi du Portugal leur entrée [dans son royaume].48

Ecrivant un siècle après ces événements, Ibn Yahya est généralement considéré comme une source peu fiable par les historiens bien que dans ce cas il cite son grand-père. Par ailleurs, on peut légitimement soupçonner Ibn Yahya de vouloir gonfler l’honneur de sa famille en attribuant un rôle des plus nobles à son ancêtre en 1492.

Il est difficile de savoir que faire de cette information puisque aucune autre source n’existe pour infirmer ou corroborer cette information intéressante. Même si les responsables des comunas juives se montrèrent hostiles aux réfugiés on ne peut pas généraliser cette attitude à l’ensemble des juifs portugais.

Un document conservé dans les archive de Simancas met à jour à la fois les astuces trouvés par les juifs castillans pour exporter leur biens mais aussi les complicités portugaises dont ils bénéficiaient.

Le 13 avril 1493, Ferdinand et Isabelle ordonnèrent à leur magistrat Día Sánchez de Quesada de mener une enquête concernant une plainte déposée par un converso Fernando de Sosa, un habitant de Torrelaguna, contre un autre converso nommé Pablo de Sosa, résidant à Pedraza de la Sierra. Ces deux hommes avaient reçus la somme très importante de 455 000 maravedís de certains juifs pour qu’ils la fassent passer illégalement au Portugal, les rois catholiques ayants interdit l’exportation de métaux précieux.

Fernando de Sosa avait échangé cette somme à Lisbonne contre 1 125 cruzados portugais. Afin d’éviter de se faire voler sur les routes peu sûres du Portugal, il avait confié cette somme à « un habitant juif de Lisbonne » qui accepta de transférer cet argent vers la ville portugaise de ‘Çolorico’– peut-être Celorico de Basto mais plus probablement Celorico da Beira – où habitait la femme de Fernando.

En plus de cette information, il convient de noter que selon Eliahou Capsali les comunas portugaises payèrent les rançons de nombreux castillans – dix mille d’après le chroniqueur – incapable de s’acquitter de la taxe d’entrée.49

Cette générosité fut-elle spontanée ou correspond-elle en fait au « pardon général » qui figure dans les chartes de quittances mentionnées ci-dessus et qui fut exigé par la couronne portugaise ? Malheureusement, nulle autre indication qui pourrait élucider ce mystère n’a encore été découverte.

5. Les départs du Portugal : un phénomène sous-estimé?

Les juifs castillans qui reçurent le droit de rester au Portugal ne représentent qu’une petite minorité des réfugiés castillans.

Les sources castillanes, portugaises et juives s’accordent toutes sur le fait que de très nombreux exilés réussirent à s’embarquer au Portugal pour l’Afrique du Nord ou l’Italie.

Un témoin, le Rabbin Judah Hayat, décrit dans l’introduction de son œuvre kabbaliste intitulée Minhat Yehuda comment lui et deux cent cinquante autres réfugiés partirent de Lisbonne vers l’Italie au cours de l’hiver de 1493.50

Le rabbin Eliahou Capsali affirme que tous ceux qui en avaient les moyens payèrent la taxe et quittèrent le Portugal :

[Les réfugiés] affrétèrent des navires pour les transporter vers le pays d’Ismaël [c’est-à-dire les territoires musulmans]. On dénombra cent vingt bateaux qui transportèrent environ soixante mille personnes. Ces bateaux quittèrent le Portugal au mois d’Iyyar de l’année 5253 [avril – mai 1493].51

Les chiffres présentés par Capsali sont énormes et probablement exagérés. Néanmoins il doit refléter le nombre important de juifs castillans qui quittèrent le Portugal pendant l’hiver et le printemps de 1493.

Selon Capsali, João II permit aux juifs de Castille d’embarquer uniquement sur des navires possédant une licence royale :

En outre, ce souverain scélérat interdit à quiconque de prendre des juifs sur ses navires pour leur faire quitter le pays. Seuls ses propres bateaux pouvaient les transporter car il voulait en tirer profit pour lui et pour ses hommes. Il fixa à deux florins le prix de la traversée.52

La taxe spéciale prélevée sur les juifs qui embarquèrent au Portugal n’a pas laissée de trace dans les archives portugaises. Il semble toutefois que João II ait en effet ordonné à ses magistrats et échevins d’assurer le monopole royal de l’embarcation des Juifs de Castille et de punir sévèrement tous les capitaines et armateurs réfractaires.

Ceci est tout au moins ce qui ressort d’un jugement émit par la couronne en janvier 1496. Maria Anes, la veuve du capitaine Diogo da Cunha, reçu l’autorisation de reprendre possession de ses biens confisqués après l’exécution de son mari en 1492 « conformément à la loi pour avoir transporté des juifs du port de Setúbal. »53

Lisbonne ne fut pas le seul port où les juifs castillans réussirent à s’embarquer. Comme nous venons juste de le voir ci-dessus il faut aussi citer le port de Setúbal. Ce port est aussi mentionné dans les informations « généalogiques » fournis par un converso nommé Luís Fernandes lors que son procès par le Saint Office d’Évora en 1541.

Luís Fernandes répondit aux inquisiteurs qu’il était né Juif dans la ville castillane de Valverde et était arrivé au Portugal en bas âge avec ses parents en 1492. La famille avait transité par Évora pour se rendre à Setúbal dans l’espoir d’y trouver un navire en partance vers l’Afrique du Nord. Ce sont les morts successives de son père à Évora et de sa mère à Setúbal qui mirent fin à ce projet et qui forcèrent Luís Fernandes à rester au Portugal.54

Enfin, dans le nord, de très nombreux Juifs entrés au Portugal par les villes frontalières de Bragança ou Miranda do Douro parvinrent à s’embarquer à Porto. Une note rédigée en juillet 1494 dans les actes du conseil municipal de Porto précise qu’un certain Afonso de Albuquerque – nul autre que le futur conquérant de Goa – avait déposé une plainte auprès de la couronne concernant les « mauvaises dispositions » qui furent prises à Porto pour l’embarquement des juifs castillans.55

6. Les nombreux retours vers la Castille

Pour les juifs castillans qui ne possédaient pas les moyens financiers nécessaires pour quitter le Portugal il existait une autre issue.

Le 10 novembre 1492, Isabelle et Ferdinand offrirent un laissez-passer et plusieurs privilèges aux juifs espagnols réfugiés soit au Portugal, soit au royaume de Navarre, qui se convertiraient au christianisme et rentreraient en Espagne.56

Le nombre précis de Juifs qui se convertirent et rentrèrent du Portugal ne sera jamais connu mais la documentation qui existe ne laisse planer aucun doute sur le fait qu’il s’est agit d’un phénomène important.

Dans une lettre adressée au gouverneur (corregidor) de Murcia en May 1493, Isabelle et Ferdinand lui ordonnaient d’immobiliser tous les biens appartenant à des Juifs convertis qui étaient retournés jusqu’à ce que preuve soit faite qu’ils n’aient pas illégalement exportés de l’or, de l’argent ou d’autres « objets interdits » en 1492.

Les rois catholiques justifièrent leur mesure par le nombre important de retours : « Nous sommes informés que de nombreux juifs qui quittèrent nos royaumes se sont convertis à notre sainte foi et sont retournés à nos royaumes. »57

Le chroniqueur Portugais Rui de Pina se contente de la laconique phrase suivant : « Beaucoup de [juifs], ne pouvant plus supporter la souffrance de tant de malheurs, se convertirent et retournèrent en Castille pauvres et déshonorés. »58

Pour de nombreux Juifs castillans qui se retrouvaient isolés et démunis dans les camps proche de la frontière, alors que la date d’expiration du délai accordé par João II s’approchait, cette difficile alternative dut paraître la seule manière d’échapper à la peine d’esclavage promise par le roi portugais. Encore une fois, les chroniques juives et chrétiennes concordent toutes sur ce point.59

Encore plus évocateurs sont certains témoignages provenant de procès inquisitoriaux plus tardifs. En 1502, par exemple, un témoin de la région de Soria parle dans sa déposition « du temps où les juifs retournaient du Portugal » (« al tiempo que se tornaron los judíos de Portugal ») et en 1505 un autre témoin utilise une expression très similaire (« al tiempo que vinieron los judíos de Portugal convertidos »).60

Dans ses recherches aux archives de Simancas, Luis Súarez Fernández a dénombré les noms de 177 individus qui retournèrent du Portugal. Le grand historien israélien Haim Beinart a identifié pas moins de 64 villes et villages de Castille vers lesquels des exilés retournèrent du Portugal et d’Afrique du Nord pendant les trois années qui suivirent leur expulsion.61

Quelques études locales ont permis de mettre en évidence l’ampleur de ces retours.

La ville de Torrelaguna, au nord-est de Tolède, connue une multitude de retours entre 1493 et 1495.62 De façon identique, à Maqueda, au nord de Tolède, au moins 68 hommes, ainsi qu’un nombre inconnu de femmes et d’enfants, se convertirent soit immédiatement en 1492 ou à leur retour du Portugal.63

Il est important de signaler que ce phénomène de conversions et retours vers la Castille n’est pas unique et se retrouve aussi dans les territoires de la Couronne d’Aragon à l’est de la péninsule Ibérique.64

La même constatation peut être faite sur l’île de Sicile, où nombre de juifs – expulsés en janvier 1493 – se convertirent et retournèrent et cela en dépit du fait que les autorités chrétiennes imposaient une taxe arbitraire et exorbitante de 45 % sur tous leurs biens en complète contravention avec la doctrine ecclésiastique.65

7. Les esclaves Juifs

Il nous reste à considérer le destin des Juifs castillans qui restèrent au Portugal comme esclaves.

Si l’on peut croire Eliahou Capsali, des exilés castillans furent réduis en esclavage en deux étapes différentes. Les premiers à être asservis sont ceux qui tentèrent d’entrer au Portugal clandestinement, c’est-à-dire sans payer la taxe d’entrée, et qui furent arrêtés :

Un grand nombre d’humbles et d’indigents, dont les moyens étaient insuffisants, ne purent s’en acquitter et, pensant duper le roi, ils ne dupèrent qu’eux-mêmes, car celui-ci les poursuivit du plus grand jusqu’au plus petit ; tant il est vrai qu’on ne peut rien dissimuler à un monarque. Celui-ci les prit donc comme esclaves et servantes. Ils étaient environ quinze mille, hommes et femmes, mais les communautés portugaises en rachetèrent dix mille.66

Après ces hommes et femmes, il y eut ceux qui ne quittèrent pas le Portugal à l’expiration du délai qui leur avait été accordé par João II et qui furent en conséquence eux aussi réduits en esclavage.

Capsali relate que João II envoya des hérauts aux camps où de nombreux réfugiés continuaient à croupir et fit proclamer un édit qui offrait aux réfugiés la possibilité de rester s’ils s’acquittaient d’une capitation supplémentaire de 8 florins.67

Un des aspects les plus extraordinaires et choquants de toute la tragédie de l’exode de 1492 reste sans aucun doute le destin des enfants juifs qui furent arrachés à leurs parents et envoyés vers l’île équatoriale de São Tomé avec l’expédition de Álvaro de Caminha pour y servir de colons chrétiens.68

L’histoire méconnue des « juifs de l’archipel »

Mitchell Serels a récemment tenté de formuler une nouvelle hypothèse selon laquelle les enfants auraient été envoyés vers l’archipel de Cape Verde plutôt que São Tomé mais les sources narratives ne laissent aucune place au doute.69

Un témoignage anonyme qui nous a été laissé par un juif qui se trouvait au Portugal à cette époque cite en effet « l’île de Tomas » dont le nom est transcrit en Hébreu (יאל ימוט)70

Toutes les sources juives parlent de ces enfants mais donnent des estimations divergentes de leur nombre. Capsali parle en effet de 5 000 « garçons » mais Abraham ben Solomon Torrutiel (1482- ?) évoque 800 enfants, incluant garçons et filles. Un chroniqueur juif anonyme avance pour sa part le nombre de 700.71 Peut-être plus de crédibilité devrait être accordée au témoignage de Valentim Fernandez, qui écrivit en 1510 une description de São Tomé, qu’il avait visité, et qui soutient que 2 000 enfants arrivèrent sur île desquels seuls 600 avaient survécus jusqu’à l’âge adulte, à l’époque de sa visite.72

Ibn Gedalya maintient que le souverain portugais prit les enfants comme caution pour le non-paiement des impôts dus par leurs parents.

Le roi demanda [à ses agents] si tous les exilés [castillans] avaient payés leurs taxes en conformité avec leur statut. Lorsqu’il découvrit que plusieurs ne les avaient pas payés, il fut pris de rage et pris leurs fils comme caution.73

Shlomo Ibn Verga, un juif portugais lui-même victime de la conversion forcée de 1497 et sans doute un témoin de l’arrivée des castillans cinq ans auparavant, a laissé un témoignage particulièrement poignant de cet épisode.

Il y avait une femme à qui ils avaient pris ses six enfants. Quand l’infortunée apprit que le roi quittait l’église [où il venait d’assister à la messe], elle s’y rendit pour implorer sa pitié et se jeta devant de son cheval, l’implorant de lui retourner son enfant le plus jeune, mais le roi ne l’écouta pas.
Le roi ordonna à ses serviteurs : « qu’on la retire de ma vue ! »
[La femme] continua de plaider son cas avec des cris encore plus grands et [les serviteurs] la houspillèrent.
Le roi s’exclama alors : « laissez la, car elle se comporte comme une chienne dont on a pris les chiots ! »74

Tout aussi problématique est le sort réservé aux juifs adultes qui devinrent des esclaves soit suite au non-paiement des taxes demandées par João II ou soit en raison de leur présence au Portugal passé la date du délai qu’il leur avait accordé.

Eliahou Capsali parle de 5 000 individus mais Andrés Bernáldez, pour sa part, parle seulement de 1 000 Juifs.75 Un de ces infortunés juifs était Joseph Abenaçan, un habitant de Torrelaguna. Son fils Françisco Lopes, un habitant de Alcalá de Henares, retourna en Castille et adressa une pétition à la couronne pour reprendre possession des biens qui avaient jadis appartenus à son père.

Dans le jugement délivré par la couronne le 16 décembre 1494 nous apprenons que “ son père est resté au royaume du Portugal et a été réduit en esclavage par le dit roi [João II], à cause de certaines lois promulguées concernant les juifs qui sont allés là-bas. » Selon ce document, le bruit courait que Joseph Abenaçan était mort en captivité.76 Un certain Jacob, dont le nom figure dans une liste d’esclaves travaillant dans les étables royales et pour qui des habits furent achetés en 1493, pourrait également être un juif castillan.77

Un document rarissime de 1496 nous permet de remarquer que certains esclaves furent apparemment présentés, ou même vendus, par le roi à des particuliers.

Cela semble en tout cas avoir été le sort d’une juive castillane nommée Velida qui devint l’esclave de João Tavares, a chevalier habitant à Portalegre. Un pardon royal datant de février 1496 révèle que les parents de Velida – deux juifs castillans nommés Jacob Abraham et Oraboina – avaient accusés João Tavares d’avoir violé leur fille, qui s’était convertie au Christianisme et avait pris le nom Chrétien de Filipa Rodrigues.

Ce cas très intéressant, mais néanmoins isolé, soulève de nombreuses questions auxquelles il est impossible de fournir des réponses. Comment se fait-il que Velida soit devenue esclave alors que ses parents soient restés libres ? Velida était-elle devenue chrétienne dans l’espoir de retrouver sa liberté ? De quelle manière João Tavares avait-il pris possession de Velida?78

Conclusion

En définitive, cette étude m’a amené à reconsidérer les conséquences de l’expulsion de 1492 sur le Portugal.

Si ce bannissement a été une véritable catastrophe pour les juifs espagnols, une analyse précise des diverses chroniques et documents existants démontre qu’il est néanmoins loin d’avoir été à l’origine d’un bouleversement survenu dans ce royaume comme cela est souvent évoqué par les historiens.

La population juive du Portugal augmenta assurément à la suite des événements de 1492 mais pas à un niveau si élevé pour que cela représente un danger pour la société portugaise.

Le fait qu’un grand nombre des « nouveaux chrétiens » jugés par les tribunaux du Saint Office portugais après sa fondation en 1536 sont d’origine castillane pourrait être mis en avant comme preuve de l’ampleur démographique de l’établissement des juifs castillans en 1492. Cependant, il serait tout à fait simpliste de lier exclusivement ce fait uniquement aux arrivées de 1492.

Un nombre très considérable de conversos castillans fuyants les tribunaux espagnols continuèrent à arriver au Portugal la période comprise entre 1492 de 1536. En 1504, les rois catholiques écrivaient déjà à Manuel I pour lui demander d’honorer une bulle papale qui enjoignait aux princes chrétiens de remettre tous les « hérétiques et apostats » établis dans leurs royaumes au Saint Office espagnol.79

Les indices d’une émigration soutenue des conversos castillans vers le Portugal ne marquent pas. Les documents inquisitoriaux concernant les conversos de Guadalajara, pour ne citer qu’un exemple, signalent que plusieurs familles de cette ville se réfugièrent au Portugal pendant les premières décennies du seizième siècle.80

Il semble non seulement que bien moins de juifs entrèrent au Portugal que les chroniques ne nous le laissent penser mais il est aussi essentiel de reconnaître qu’un nombre considérable – très possiblement la majorité – ne fit que transiter par le Portugal vers le Maghreb ou l’Italie.

En même temps, beaucoup de juifs qui demeurèrent au Portugal finirent par se convertirent au christianisme et prirent le chemin du retour vers la Castille. Enfin, il faut aussi ajouter que la peste qui déferla sur le Portugal avec les réfugiés causa une véritable hécatombe mais les principales victimes en furent les juifs castillans eux-mêmes.

L’impact démographique des « 600 familles » quand à lui ne doit pas être indûment exagéré. Il est en effet remarquable que le voyageur allemand Münzer, voyageant à travers le Portugal en 1494, ne mentionne pas du tout les juifs castillans dans son fameux journal de route, où il a pourtant laissé un portrait assez détaillé de la situation lors de son passage à Lisbonne.81

Somme toute, j’estime qu’il existe peu de preuves que la société portugaise fût déstabilisée au point que les événements de 1497 devinrent inévitables.

La politique de persécution de Manuel I doit être imputée aux développements politiques et diplomatiques du début de son règne plutôt qu’à l’afflux des réfugiés juifs de Castille en 1492.

NOTES
  • 1 F. Portugal, « O problema judaico no reinado de D. Manuel », Armas e Troféus 3 (1975), pp. 5-23 et Maria José Pimenta Ferro Tavares, Judaísmo e Inquisição: Estudos, Lisbonne, 1987. Voir aussi F. Soyer, The Persecution of the Jews and Muslims of Portugal. King Manuel I and the End of Religious Pluralism in Portugal (1496-7), Leiden-Boston, 2007.
  • 2 A. Gross, Iberian Jewry from Twilight to Dawn, The World of Rabbi Abraham Saba, Leiden, 1995, p. 7. La traduction de l’anglais au français est la mienne.
  • 3 Andrés Bernáldez, Memorias del reinado de los Reyes Católicos, ed. M. Gómez-Moreno et Juan de Mata Carriazo, Madrid, 1962, chapitre 111, pp. 256-7.
  • 4 Pour une discussion des chiffres avancés dans diverses chroniques juives voir H. Beinart, The Expulsion of the Jews from Spain, Oxford, 2002, pp. 284-7.
  • 5 « Destes Iudeus houue elRei hũa grande soma de dinheiro, porque segũndo se affirma entrarão nestes Regnos mais de vinte mil casaes, em que hauia algũs de dez, & doze pessoas, & outros de mais…» Damião de Góis, Crónica do Felicíssimo Rei D. Manuel, Coimbra, 1949, chapitre 10, p. 23.
  • 6 Imanuel Aboab, Nomologia o Discursos Legales, Amsterdam, 1629, p. 312; A. Herculano, História da origem e estabelecimento da inquisição em Portugal: Tomo I, Lisbonne, 1975, p. 109.
  • 7 « …os judeus quando emtraram neste regno de Portuguall compraram a terra e que deram a elRey dom Joham ho Segundo seisçemtos mill cruzados porque os deixasse vyuer nella. » Arquivo Nacional da Torre do Tombo (A.N.T.T.), Inquisição de Lisboa, processo n° 12560, fol. 2v.
  • 8 A. Braamcamp Freire, « Cartas de quitação del Rei D. Manuel », AHP 3 (1905), p. 315, doc. 338.
  • 9 A. Braamcamp Freire, « Cartas de quitação del Rei D. Manuel », AHP 2 (1904), p. 79, doc. 192 et 3 (1905), p. 472, doc. 390.
  • 10 E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, pp. 221-2:
    ויהיש ול ידגב ׳ ערפי סמ לכמ ̦הרשע השלש הדמב ̦הרורב והמישױ קוח לארשיל םויהמ אוהה האלהו לע תודוא ̦הרוחסה ל ״ ו ןוא הרצעו. דועו הוצ לכש שיא
  • 11 G. Ortiz de Montalbán et M. Asunción Mendoza Lassalle, Archivo de Simancas, Registro General del Sello (R.G.S.), Vol. 12, n° 1050, fol. 534; H. Beinart, The Expulsion of the Jews from Spain, Oxford, 2002, p. 300, notes 38 et 39.
  • 12 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 32, fols. 79v-80.
  • 13 Sur la fuite de Isaac Abravanel du Portugal voir B. Netanyahu, Don Isaac Abravanel: A Statesman and Philosopher, Philadelphie, 1972, pp. 26-32 et E. Lipiner, Two Portuguese exiles in Castile: Dom David Negro and Dom Isaac Abravanel, Jérusalem, 1997, pp. 46-76. Sur la perte de l’enfant voir N. Slousch, «Poésies hébraïques de Don Jehuda Abravanel (Messer Leone Ebreo)», Revista de estudos hebáicos 1 (1928), pp. 206-7.
  • 14 E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 222.
  • 15 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 32, fol. 99.
  • 16 M. Kayserling, História dos Judeus em Portugal, São Paulo, 1971, p. 98, n. 8.
  • 17 A.N.T.T., Chancelaria de D Manuel I, liv. 26, fols. 42-42v.
  • 18 Arquivo Distrital de Évora (A.D.E.), Livro 3° de Originais, fol. 214.
  • 19 Sur cette inscription voir M. A. Rodrigues, « A inscrição hebraica de Gouveia », O Instituto 130 (1968), pp. 5-27 et « On a Hebrew inscription discovered in Gouveia (Portugal) » [en Hébreu], Zion 33 (1968), p. 230. Rodrigues soutient que ce linteau est une preuve incontestable de l’établissement d’une communauté de juifs castillans à Gouveia après 1492, tout comme J. Crespo dans « A entrada dos Judeus em Portugal e a sua permanência em Gouveia », Revista Altitude 9-10 (1983-4), pp. 13-29.
  • 20 Lors de ses recherches dans les livros das chancelarias, le Professeur Tavares a découvert 44 juifs résidant à Gouveia entre 1439 et 1483. M. J. P. Ferro Tavares, Os judeus em Portugal no século XV, Lisbonne, 1982, Vol. 2, pp. 136-8. Ces preuves documentaires remettent en cause l’assertion de E. Cunha Azevedo et A. Paulo qu’il n’y avait pas de preuves de l’existence d’une communauté judéo-portugaise à Gouveia en 1492, voir « Adiciónes a la inscripción hebraica de Gouveia (Portugal) », Sefarad 40 (1980), pp. 311.
  • 21 E. Cunha Azevedo et A. Paulo, « Adiciones a la inscripción hebraica de Gouveia (Portugal) », Sefarad 40 (1980), pp. 309-314.
  • 22 H. Beinart, « La communauté juive de Maqueda au temps de l’expulsion. » [en Hébreu], Zion 56 (1991), pp. 239-253.
  • 23 Rui de Pina, Crónica de D. João II, ed. Luís de Albuquerque, Lisbonne, 1989, p. 138.
  • 24 A. Zacuto, Sefer Yuhasin, ed. H. Filipowski, Londres, 1857, p. 227; Joseph Ha-Cohen, ‘Emeq ha-Bakha, ed. et tr. P. León Tello, Barcelone, 1989, chapitre 122, p. 123; Samuel Usque, Consolaçam ás Tribulaçoens de Israel, ed. Y. H. Yerushalmi et José V. de Pina Martins, Lisbonne, 1989, Vol. 2, fol. 199.
  • 25 R.G.S. Vol. 12, n° 107, fol. 344.
  • 26 R.G.S. Vol. 11, n° 3414, fol. 246.
  • 27 « O mais compasso da terra he muito são de mui poucas febres e de poucas maleitas, e des que os Judeos de castella entrarão em Portugal, que então forom mui grandes pestellenças, nunca mais ouve peste. » Rui Fernandes, Descrição do terreno ao redor de Lamego a duas léguas (1531-1532), ed. A. Morais Barros, Santa Maria da Feira, 2001, p. 119.
  • 28 « E venido de allá, este testigo le dixo a (…) Juan de Sant Esteuan que cómo avía tardado en Portugal, e le preguntaua de las nuebas de allá e cómo les yva a los judíos; el qual le respondió que dellos pasauan allende, segund avía oydo decir, e que los que allá estauan fasýan muchas oraçiones e reclamos a Dios, viendo la perdisión de sus criaturas e de sus personas. E que desýan que no podýan ser, syno que viendo sus reclamos que Dios avía de fazer algund miraglo con ellos. » C. Carrete Parrondo, Fontes Iudaeorum Regni Castellae. Vol. 2, El Tribunal de la Inquisición en el Obispado de Soria, Salamanque, 1985, p. 144, doc. 351.
  • 29 « …a nos foy ora dito que vos tiinhees posta defesa que nemhuũs judeus que de Castella vieram e em nossos regnos estam os nom leixam emtrar e estar em essa çidade. E porque nos ataa ora vos nam estprevemos que tall cousa mamdassees ssoomemte estprevemos aos luguares do estremo que nom rreçebesem em elles nemhuũas pesoas que dos luguares de Castella domde morresem veesem, vos mamdamos que açerca desto ssoomente ponhaaes booa deligemçia a açerca dos dictos judeus nom viimdo elles dos luguares domde morrem nem morremdo amtre elles, leixees emtrar e estar em esa çidade. » A. D. E., Livro 3° de Originais, fol. 212.
  • 30 A.D.E., Livro 3° de Originais, fol. 214.
  • 31 « …foi dito que porquanto ora moriam destes arees maaos em muitos lugares deste regno e asy dos judeus de Castella que em elle estauam… » L. M. Duarte, «Actas de Vereação de Loulé, Século XV», Revista al-Ulya 10 (2004), pp. 84-6.
  • 32 «Outrosy foi dicto pellos dictos juiz e oficiaees aos dictos fidalgos e caualeiros e povo como os mouros da mouraria da dicta villa se agravavam dizendo que elles serviam avia oito messes o que recebiam em grande opressam e fadiiga e que lhe requereram que os escussassem de tall guarda… » L. M. Duarte, «Actas de Vereação de Loulé, Século XV», Revista al-Ulya 10 (2004), pp. 118-9.
  • 33 Arquivo Histórico da Câmara Municipal de Lisboa, Livro 1º do Provimento da saúde, fols. 16-17. Ce document ne mentionne pas explicitement que les expulsés venaient de Castille mais, en vue de ce qui se passait dans le reste du Portugal, cela apparaît plus que probable.
  • 34 « A estas treynta familias, mandó el Rey acomodar en la ciudad de o Porto; y hizo, que la ciudad diesse à cada una dellas una casa; como dieron muy comodas, en la calle que llaman de San Miguel: y en medio de todas ellas estava la Sinagoga (…). Pagavan de pension, cinquenta reis, o maravedis cada una à la ciudad, y ella les hazia empedrar la calle… » Imanuel Aboab, Nomologia o Discursos Legales, Amsterdam, 1629, p. 322.
  • 35 « …judeu dos que vierom de Castela. » A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 32, fol. 109v.
  • 36 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel, liv. 26, fols. 27v-28 et 64v.
  • 37 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 40, fol. 32v.
  • 38 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 34, fols. 20v-21.
  • 39 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 34, fol. 56.
  • 40 M. J. P. Ferro Tavares « Judeus e conversos castelhanos en Portugal », Anales de la universidad de Alicante. Historia Medieval 6 (1987), pp. 341-368.
  • 41 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 14, fol. 39 (Guarda); liv. 32, fol. 102 (Portalegre); F. Cantera Burgos et C. Carrete Parrondo, «Las juderías medievales en la provincia de Guadalajara», Sefarad 34 (1974), pp. 315, 326, 342, 348, 354-6, 358; J. Gómez-Menor Fuentes, « Un judío converso de 1498: Diego Gómez de Toledo (Semuel Abulafia) y su proceso inquisitorial », Sefarad 33 (1973), p. 81; A.N.T.T., Inquisição de Évora, processos n° 3946 (Setúbal), n° 4695 (Évora), n° 5305 (Trancoso), n° 6117 (Lousã), n° 6122 (Alcoutim), n° 7512 (Porto) et n° 8530 (Évora); A.N.T.T., Ordem de Christo, Convento de Tomar, liv. 26, fols. 34-34v; Pour Barcelos voir Biblioteca Pública Municipal do Porto, Manuscrito n° 227.
  • 42 A. Gross, Iberian Jewry from Twilight to Dawn, The World of Rabbi Abraham Saba, Leiden, 1995, pp. 7-8 et M. Oron, « Autobiographical elements in the writings of kabbalists from the generation of the Expulsion », Jews, Christians and Muslims in the Mediterranean World after 1492, Londres, 1992, p. 107, n. 22.
  • 43 L. M. Duarte, « Actas de Vereação de Loulé, Século XV », Revista al-Ulya 10 (2004), pp. 68-70.
  • 44 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 14, fol. 35v; J. J. Alves Dias, « A população», Nova história de Portugal Vol. 5: do renascimento à crise dinástica, Lisbonne, 1998, pp. 18-9.
  • 45 « Testemunhas em ella nomeadas Raby David Cheerel e Barzalay Baur e Yuda Carecem solteiro todos judeus castilhanos estamtes nesta villa. » A.N.T.T., Gaveta 15, maço 6, doc. 14; Gavetas da Torre do Tombo, ed. A. da Silva Rego, Centro de Estudos Históricos Ultramarinos, Lisbonne, 1964, Vol. 4, pp. 189-194, doc. 3147.
  • 46 Durval Pires de Lima, Documentos do Arquivo Histórico da Câmara Municipal de Lisboa, Lisbonne, 1959, Vol. 3, p. 332, doc. 60.
  • 47 « Item carregam em receepta ao dito Eytor Garcia recebedor de dinheirros cento e cimquoenta mill reais que elle dito Eytor Garcia comfessou que recebeo do dito Joham Nunnez recebedor dos dinheiros dos judeus castelhanos por Yoce Çoleyma judeu castelhano recebedor dos VIc… » M. C. Cunha, «A compra de fio para as naus. O Livro de Receitas e Despesas de Heitor Garcia (1496-7)», Congresso Internacional Bartolomeu Dias e sua época. Actas. Vol. 3, Porto, 1989, p. 499.
  • 48 Traduction française basée sur celle de A. David. David ibn Gedalya ajoute aussi que les réfugiés reçurent un accueil peu chaleureux de la part des communautés juives de Rome et des territoires pontificaux en Italie. A. David, «The Spanish expulsion and the Portuguese persecution though the eyes of the historian R. Gedalya ibn Yahya», Sefarad, 56 (1996), p. 53.
  • 49 La somme échangée par ces conversos au Portugal comprenait apparemment aussi une part de leur propre argent. R.G.S. Vol. 10, n° 936, fol. 177. Ce document est publié dans E. Cantera Montenegro, « Judíos de Torrelaguna: retorno de algunos expulsados entre 1493 y 1495 », Sefarad 39 (1979), pp. 338-340, doc. 1; E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 222.
  • 50 M. Oron, «Autobiographical elements in the writings of kabbalists from the generation of the Expulsion», Jews, Christians and Muslims in the Mediterranean World after 1492, Londres, 1992, pp. 103-6.
  • 51 Traduction française: Chronique de l’expulsion, tr. S. Sultan-Bohbot, Paris, 1994, p. 139. E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 223:
    הגישה םדי יד סמה נה ״ ל אל וטנ םמכש לובסל וריכשױ תוינוא ךלל ץראב לאעמשי ויהיו םרפסמ האמ םהכ תושפנ םיששכ ףלא. ועסױ תוינאה נה ״ ל לאגוטרופמ שדחב רײא תנש נרה ״ ג… םײנעהו רשא אל םירשעו תוינא ואבױ
  • 52 Traduction française: Chronique de l’expulsion, tr. S. Sultan-Bohbot, Paris, 1994, p. 138. E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 222:
    םדא יאשר תחקל םידוהיהמ ויתוינואב םאיצוהל ןמ ץראה יתלוז תוינוא ךלמה ידכ רכתשיש םהב ךלמה וישנאו עבקו רכשה לכב שפנ םדא ינש יחרפ.׳ וציו עישרמה לבל היהי
  • 53 « …foy morto por justiça per razom dos judeus que levou do porto de Setúbal. » A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 32, fol. 48v. Maria Anes prétendait que les biens confisqués lui appartenaient avant son mariage.
  • 54 A.N.T.T., Inquisição de Évora, processo n° 9416. Le manuscrit original de ce procès est en très mauvais état et conséquemment les fonctionnaires de la Torre do Tombo ne permettent plus sa consultation, même sur demande spéciale. Mes informations pour ce procès sont toutes dérivées du sommaire qui en a été fait dans les années 50 (A.N.T.T., Caderneta 30, n° 100).
  • 55 « …do queixume que Afonso dAllbuquerque fez a sua alteza do maao despacho que achara na çidade açerqua da enbarquaçam dos judeus que de Castella vierom. » Arquivo Histórico Municipal do Porto, Livro 6 das vereações, fols. 73v-74; H. B. Moreno, « Reflexos na cidade do Porto da entrada dos conversos em Portugal nos fins do século XV », Marginalidade e Conflictos Sociais em Portugal nos séculos XIV e XV, Lisbonne, 1985, pp. 159-160, doc. 7.
  • 56 Ce laissez-passer fut promulgué une seconde fois le 30 Juillet 1493. L. Suárez Fernández, Documentos acerca de la expulsión de los judíos, Valladolid, 1964, pp. 487-9, doc. 231 et pp. 526-527, doc. 258.
  • 57 « E porque agora nos somos ynformados que muchos de los dichos judios que de nuestros regnos salieron se an convertido a nuestra santa fe catolica e se an tornado a estos nuestros regnos… » A. Gomariz Marín, Documentos de los Reyes Católicos (1492-1504). Colección de documentos para la historia del reino de Murcia, Murcia, 2000, Vol. 20, pp. 155-6, doc. 95.
  • 58 « …de que muitos, não podendo sofrer a aspereza de tantos males, com forças que pareciam de necessidade mais que de fé, se converteram a ela e pobres e desonrados se tornavam para Castela. » Rui de Pina, Crónica de D. João II, ed. Luís de Albuquerque, Lisbonne, 1989, p. 138.
  • 59 Traduction française: Chronique de l’expulsion, tr. S. Sultan-Bohbot, Paris, 1994, p. 136.
  • 60 C. Carrete Parrondo, Fontes Iudaeorum Regni Castellae, Salamanque, 1985, Vol. 2, pp. 71 et 144 et Salamanque, 1987, Vol. 4, p. 89.
  • 61 L. Súarez Fernández, La expulsión de los judíos de España, Madrid, 1992, pp. 341-4; H. Beinart, The Expulsion of the Jews from Spain, Oxford, 2002, pp. 407-412 (cadre 7.1).
  • 62 E. Cantera Montenegro, «Judíos de Torrelaguna: retorno de algunos expulsados entre 1493 y 1495», Sefarad, 39 (1979), pp. 333-346.
  • 63 C. Carrete Parrondo, « La conversión de la comunidad hebrea de Maqueda en el siglo XV », Sefarad, 32 (1972), pp. 141-147.
  • 64 M. D. Meyerson, « Aragonese and Catalan Jewish Converts at the Time of the Expulsion », Jewish History, 6 (1992), pp. 131-149.
  • 65 N. Zeldes, « The Former Jews of this Kingdom. » Sicilian Converts after the Expulsion, 1492-1516 (Leiden, 2003, pp. 27-43 and 69-83.
  • 66 Traduction française: Chronique de l’expulsion, tr. S. Sultan-Bohbot, Paris, 1994, p. 136.
  • 67 E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 223; Chronique de l’expulsion, tr. S. Sultan-Bohbot, Paris, 1994, p. 138.
  • 68 H. B. Moreno, « Álvaro de Caminha, Capitão-mor da ilha de São Tomé », Congresso Internacional Bartolomeu Dias e sua época. Actas. Vol. 1. D. João II e a política quatrocentista, Porto, 1989, pp. 299-313.
  • 69 M. Mitchell Serels, « The two thousand missing Portuguese-Jewish children », Studies on the History of Portuguese Jews from their Expulsion in 1497 through their Dispersion, ed. J. Katz et M. Mitchell Serels, New York, 2000, pp. 193-200.
  • 70 A. Marx, « The expulsion of the Jews from Spain. Two new accounts », Studies in Jewish History and Booklore, New York, 1944, pp. 101 (en hébreu) et 104 (traduction anglaise).
  • 71 E. Capsali, Seder Eliyahou Zouta, ed. A. Shmuelevitz, S. Simonsohn et M. Benayahu, Jérusalem, 1975, Vol. 1, p. 222; Abraham ben Solomon Torrutiel, Sefer ha-Qabbalah, ed. et tr. Y. Moreno Koch dans Dos crónicas hispanohebreas del siglo XV, Biblioteca nueva Sefarad, Vol. 19, Barcelone, 1992, p. 105.
  • 72 R. Garfield, « Public Christians, secret Jews: religion and political conflict on São Tome island in the sixteenth and seventeenth centuries », The Sixteenth Century Journal 21 (1990), pp. 645-654 et, du même auteur, « A forgotten fragment of the Diaspora: the Jews of São Tomé Island, 1492-1654 », The Expulsion of the Jews. 1492 and After, ed. R. B. Waddington et A. H. Williamson, New York, 1994, pp. 73-87.
  • 73 A. David, « The Spanish expulsion and the Portuguese persecution though the eyes of the historian R. Gedalya ibn Yahya », Sefarad 56 (1996), p. 52. La traduction en français est la mienne.
  • 74 Solomon Ibn Verga, Sefer Shebet Yehudah, ed. et tr. M. José Cano, Barcelone, 1991, chapitre 59, p. 224. L’éditeur espagnol confond ce passage avec celui des conversions forcées de 1497. En fait Ibn Verga ne parle pas des événements de 1497 mais saute directement de 1492-3 au massacre des nouveaux chrétiens de Lisbonne en 1506.
  • 75 «…e quedaron más de mill ánimas cabtivas en poder del rey, porqueno pagaron los cruzados e los derechos de la entrada. » Andrés Bernáldez, Memorias del reinado de los Reyes Católicos, ed. M. Gómez-Moreno et Juan de Mata Carriazo, Madrid, 1962, chapitre 113, p. 259.
  • 76 « E dis que depues el se convertio a nuestra santa fe e torno a estos nuestros reynos, e quel dicho su padre se quedo en el reyno de Portugal e por esclavo del dicho rey, por çiertas leys que en su reyno fiso çerca de los judios que alla pasaron (…) e veyendo que su padre hera reputado e tenido por muerto, pues que nos lo aviamos mandado echar de nuestros reynos y estava esclavo e cabtivo en Portogal por mandado del dicho rey… » R.G.S. Vol. 11, n° 4361, fol. 119. Ce document a été publié dans E. Cantera Montenegro, « Judíos de Torrelaguna: retorno de algunos expulsados entre 1493 y 1495 », Sefarad 39 (1979), pp. 343-4, doc. 5.
  • 77 A.N.T.T., Corpo Cronológico, Parte I, maço 2, doc. 9.
  • 78 A.N.T.T., Chancelaria de D. Manuel I, liv. 32, fol. 102.
  • 79 A. de la Torre et L. Suárez Fernández, Documentos referentes a las relaciones con Portugal durante el reino de los Reyes Catholicos, Valladolid, 1963, Vol. 3, pp. 120-1, doc. 523.
  • 80 F. Cantera Burgos et C. Carrete Parrondo, « Las juderías medievales en la provincia de Guadalajara », Sefarad 34 (1974), pp. 317, 325, 340, 355, 356, 359 et 365.
  • 81 Hieronymi Münzer (Monetarii), « Itinerarium Hispanicum », ed. L. Pfandl, Revue Hispanique 48 (1920), pp. 1-179. Une traduction espagnole existe aussi: «Viaje por España y Portugal en los años 1494 y 1495», trad. J. Puyol, Boletín de la Real Academia de Historia 84 (1924), pp. 32-119 et 197-279.

AUTEUR
François Soyer
Bolseiro “The Leverhulme Trust”

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