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Elle a survécu à mille catastrophes : guerres, famines, épidémies ou tremblements de terre. Oui, Safed (Tsfat) est bien la ville des miracles !

tsfat.10La ville de Tsfat, située en Galilée supérieure, est reconnue comme la « Capitale de la Kabbale ».

Elle fut pendant de longues périodes de l’histoire le foyer des plus grands mystiques du Judaïsme et des maîtres de la Kabbale. C’est également l’une des quatre villes saintes d’Israël, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade. Chacune de celles-ci est associée à un élément, naturel et spirituel (ésotérique). Ainsi Safed est associée avec l’air, Jérusalem, le feu, Hébron, la terre et Tibériade (Tiverya), l’eau.

Le Zohar évoque la particularité de l’air à Safed : c’est le plus pur de tout Israël. A ce sujet, on rapporte l’histoire de Rabbi Menahem Mendel de Vitbesk qui quitta Safed pour s’installer à Jérusalem. A la question qu’on lui posait « pourquoi êtes-vous parti de Safed ? » il répondit que l’air de la cité était si pur et si sacré que toutes les nuits des voix célestes se faisaient entendre et l’empêchaient ainsi d’obtenir un sommeil normal !

Le Saint Zohar nous apprend aussi « que le Messie (Mashia’h) viendra, en premier, en Galilée, et que c’est en ce lieu que les morts se relèveront et se réuniront ». D’après le Rémaz, cela désigne sans équivoque Safed. Une légende affirme que Yaacov Avinou (Jacob, notre Père) étudia à Safed durant de nombreuses années.

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Rabbi Shimon Bar Yohaï, l’auteur du « Zohar » vécut, étudia et travailla au second siècle de l’ère commune, se penchant sur les plus profonds secrets kabbalistiques avec ses disciples, dans une grotte près de Tsfat appelée « Mé’arat Ha’idra ». C’est là qu’ils ont connu l’élévation spirituelle et les révélations divines décrites dans le Zohar.

Toute la région de Tsfat est parsemée de nombreux tombeaux d’anciens Sages Juifs et de mystiques, datant de l’époque du Premier Temple jusqu’au Moyen Age. Ces lieux saints portent le témoignage de l’œuvre et des activités des prophètes et des Sages de la première époque talmudique, réputés pour être eux-mêmes des mystiques célèbres. Attirés par l’atmosphère et l’énergie particulière de la région, ils y virent l’endroit idéal pour s’imprégner de l’inspiration et des idées de la kabbale.

Au cours du 16ème siècle, les plus grands Kabbalistes du monde étaient tous concentrés à Tsfat, et leur impact sur l’étude de la Kabbale fut ressenti à travers le monde pendant des centaines d’années et ce jusqu’à nos jours.

Parmi les noms les plus célèbres, on trouve Rabbi Moshe Cordovéro (Acronyme Hébreu: le « Ramak ») et ses disciples Rabbis Eliahou Vidash et Shlomo Alkabetz, Rabbi Yitzhak Louria Ashkénazi (acronyme Hébreu: le Saint « Ari », ou « Arizal ») et ses disciples hors du commun, Rabbi ‘Haim Vital et Rabbi Israël Saruk. Ces Sages attirèrent les meilleurs étudiants et érudits de la Kabbale, et établirent Tsfat comme le centre mondial incontesté de la Mystique Juive et de la Kabbale.

safed 1Curieusement, les références bibliques ou talmudiques concernant cette ville sont très rares. Certains commentateurs bibliques avancent que Safed fut l’une des 48 villes-refuges mentionnées dans les textes (voir Josué 20 et 21)

On suppose également que ses hauteurs auraient servi de « relais » pour annoncer le début du mois nouveau (Rosh Hodesh) ou des jours de fêtes. Des torches, fixées au bout de longues perches de cèdre, étaient agitées, jusqu’à ce qu’apparaisse une lueur sur le somment d’une autre montagne, au loin, et ainsi de suite à travers tout le pays.

Par deux fois, le nom de Safed est cité dans la Bible. Dans les Chroniques (14,9) c’est une vallée en Judée, tandis que dans les Juges (1,17) c’est bien une ville mais située sur le territoire de Shimon, dans le sud du pays ! Dans le Talmud Bavli (de Babylone), de même, deux références très succinctes. Il y est évoqué une certaine cité, nommée « Tsoufim » (nom dérivé du verbe « tsofé » : observer) où l’on produisait un miel de qualité. Serait-ce Safed (Tsfat) ?

L’autre citation concerne un Cohen (prêtre) signalé comme originaire de Safed. Par contre le Talmud Yerushalmi nous parle de la ville de Tzefat.

sefat-2Le général juif devenu historien, et citoyen romain, Josèphe Flavius (de son vrai nom Joseph ben Mattathias, 38-100 de notre ère) évoque Safed comme étant l’une des villes qui se fortifia en l’an 66, en vue de la révolte contre Rome.

HaMetsouda –la citadelle- visible actuellement au cœur de la ville, sur le mont Tsfat, est celle des Croisés, bâtie en 1140 sur les vestiges de la forteresse juive, en vue de contrôler la route de Damas.

Malgré la destruction du deuxième Temple et les exils, il semblerait que Safed ai conservé une communauté. Les clans des Kohanim (prêtres) de Yaqim et de Pash’our y résidèrent. La région de Safed connut bien entendu les guerres qui opposèrent les Croisés aux troupes musulmanes.

safed4Il faudra attendre la fin du 15° siècle pour assister à l’installation durable des Juifs dans cette région.

Nous avons ainsi une trace écrite de la première élection, en 1490, du grand rabbin de Safed, Rav Yossef Saragossi (ou Bennea ou Habannai : le Bâtisseur) Celui-ci était également connu comme le « Saint blanc » (Tzaddik HaLavan) car il réalisa un miracle (en fait après sa mort, car ce miracle se déroula près de sa tombe), des centaines de poules de couleurs très variées, devinrent, toutes, blanches. En effet, le gouverneur musulman, qui haïssait les Juifs, avait ordonné qu’on lui apporte, en tribut, plusieurs centaines de poules blanches, sachant parfaitement que celles-ci étaient naturellement peu nombreuses. Ainsi, tous furent sauvés de représailles certaines.

Tsfat a été un lieu de refuge après l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492. De cette époque nous avons conservé le sepher torah du rabbin Abouhav que vous pourrez admirer dans la synagogue bleue. Ce sepher torah est lu seulement 3 fois par an: pendant les fêtes de Kippour, Shavouot et Rosh Hashana. Les initiales de ces trois mots forment le mot « casher ». Bien que ce rouleau ait été écrit au 15eme siècle en Espagne, il est encore casher.

safed 3Avec l’arrivée en 1518 des Ottomans, une nouvelle ère allait débuter avec le règne de sultan Séliman le Grand (connu également sous le nom de Séliman Abou Alim, il est le fils de Sélim 1er)

A la fin du 16° siècle, il y avait plus de 21 synagogues et 18 « batei midrashe » (centres d’études religieuses) alors qu’au début de ce siècle il n’y en avait eu que 3 ! (un voyageur de Leghorn, Italie) visitant la région en 1523, parle de 300 familles juives et de trois synagogues à Safed, ainsi que 40 autres familles dans le village de En Sethun, non loin de Safed, avec une synagogue abritant pas moins de 21 Rouleaux de la Torah (Sifré Torah).

Fait remarquable, l’installation en 1577, par les deux frères Ashkenazi, de la première presse d’imprimerie en Asie.

L’année suivante, le premier livre en hébreu y fut imprimé, le « Léka’h Tov » (La bonne leçon), un commentaire du Rouleau (Méguila) d’Esther, rédigé par un disciple de Yossef Karo, R. Yom-Tov (Tsahalon).

sfat7A la fin du 16° siècle, après avoir atteint les plus hauts sommets mystiques, Safed allait connaître des temps difficiles.

Avec ses 6000 habitants juifs, elle demeurait la plus importante communauté d’Eretz Israel. Avec la disparition des grands maîtres en Kabbalah, un déclin spirituel s’amorçait, accéléré par une désastreuse situation politique et économique.

Dans les années 1620, le despote musulman Even Paruch s’attaquait à la communauté juive de Jérusalem en emprisonnant quinze de ses dirigeants. Ceux-ci furent libérés contre une énorme rançon (11000 groush) Les Juifs durent continuer à verser des sommes d’argent considérables au tyran et de ce fait furent contraints à emprunter auprès de riches Arabes.

Devant cette situation intolérable, R . Horowitz, le grand rabbin de Jérusalem, décida de s’enfuir de la ville en compagnie d’autres dirigeants. Tous se réfugièrent alors à Safed. En dépit d’une situation défavorable, tant spirituelle qu’économique, quelques individus persistait dans leur quête religieuse, ainsi R. Yaakov Tzemach, d’origine portugaise. Pendant six années, celui-ci étudia le Talmud et la loi juive (Halakha) mais, désirant acquérir des connaissances en Kabbalah, il ne put trouver un mentor et dut partir pour Damas, puis plus tard pour Jérusalem.

R. Tzemach devint l’un des plus grands kabbalistes du 17° siècle, et le plus ardent défenseur des écrits de R. Vital.

Au 18° siècle, la plupart des nouveaux arrivants choisissaient Jérusalem comme lieu de résidence. L’éclat de Safed semblait un peu terni. Durant les années 1740 ; plusieurs groupes de Hassidim vinrent à Safed, parmi eux R. Eliezer Rokeach, grand rabbin d’Amsterdam.

Deux raisons motivaient leur choix. La première, étant que Safed, à leurs yeux, demeurait la ville des Mékoubalim (kabbalistes) possédant de nombreuses synagogues et yéshivoths, et conservant les tombes des grands tzaddikim. La deuxième, plus pragmatique, était que Jérusalem restait interdite aux Ashkénazes, suite à leur expulsion brutale par les musulmans en 1721 (durant laquelle fut détruite la grande synagogue de Churbah –ce nom signifiant détruite-). Hélas, ce groupe rencontra une vive opposition de la part de certains résidents de Safed, et après le décès de R. Rokeach en 1742, la plupart de ses membres repartirent pour l’Europe.

sfat3Le 9 du mois de Cheshvan 1759, un tremblement de terre de grande magnitude secouait la ville et la transformait en un immense tas de gravats.

Plus de 2000 morts (dont 190 Juifs) et encore plus de blessés. Un mois plus tard, un autre séisme complète l’œuvre de destruction. En plus des vingt nouvelles victimes, six autres synagogues se sont effondrées, ainsi que des centres d’études (batei midrash). La population, terrifiée, se précipite sur les routes et se réfugie en diverses villes (Jérusalem, Acre, Sidon, etc.) Seules, 50 familles demeureront sur place, et tenteront de reconstruire la cité ruinée. Le flambeau de la foi n’était pas éteint.

sfat tombesLe début du 19° siècle sera tout d’abord marqué par l’arrivée des troupes de Napoléon Bonaparte.

En avril 1800, ces dernières mirent en déroute l’armée turque lors de la bataille du Mont Tabor. Une division française occupa les villes de Tibériade et de Safed, et les habitants juifs furent durement traités (en pleine contradiction avec les discours de Napoléon qui reconnaissaient la validité des droits des Juifs sur la Terre Sainte !

Plus tard, l’émancipation des Juifs de France transformera Napoléon en champion libérateur des Juifs –mais à quel prix pour l’identité spirituelle juive ?-) Ce siècle sera également témoin de l’arrivée d’un grand nombre de « Péroushim », les disciples du célèbre Gaon de Vilna (1720-1797.

Elijah ben Solomon Zalman de Vilna. Autorité rabbinique et auteur de 70 ouvrages : commentaires sur la Torah, la Mishna, les deux Talmud (Bavli et Yeroushalmi) le Shoulkhan Arukh, mais aussi des écrits sur la géographie biblique, la grammaire hébraïque, l’astronomie, sans oublier le mysticisme. Il fut un farouche opposant de la Haskalah -les « lumières » de l’émancipation juive- qui mena beaucoup de Juifs à l’assimilation-, et aussi du Hassidisme.

Ce dernier attira ses foudres qui se matérialisèrent par l’excommunication de nombreux de ses dirigeants. Il prétendait que ces mystiques, par leur comportement non-conformiste, basé sur les émotions et l’intuition, et plutôt anti-intellectuel, menaçaient l’intégrité du judaïsme. Sa crainte était de voir naître de ce mouvement de masse, une nouvelle forme de messianisme semblable à celle de Shabbatai Tzevi, qui occasionna de graves troubles au sein des communautés. La virulence de ses attaques systématiques contre les Hassidim semble difficilement acceptable. Ce qui ne l’empêcha pas de dire « Le péché de la langue (médisance) pèse autant que tous les autres péchés réunis ».)

safed.peroushimEn 1809, près de 200 péroushim habitent à Safed, dirigés par R. Israel de Shaklov, un proche disciple du Gaon.

Après quelques difficultés, les nouveaux venus s’intègrent à leur environnement. La situation particulière de Safed, avec ses problèmes de logement et son exiguïté, encouragera les péroushim à entretenir de bonnes relations avec les autres communautés, dont celle des Hassidim. Exemple quasi unique de coopération entre des « blocs », normalement opposés en tous points, ou presque ! Une certaine harmonie, faite de judicieux compromis, régnait enfin, jusqu’en cette année 1814, durant laquelle la peste se propagea à travers toute la Galilée, causant un grand nombre de morts.

La plupart des habitants de Safed partirent pour Jérusalem, mais là encore sévissait l’épouvantable épidémie. La décennie qui suivit fut ponctuée par d’autres catastrophes : Haim Parchi (ou Farchi) un Juif, assistant du Pacha de Galilée, et « protecteur » des communautés juives, était assassiné en 1819, sur ordre du Pacha Abdullah (qui, orphelin, avait été adopté par Parchi). Son cadavre fut jeté en haute mer. Sa veuve, d’après un contemporain de H. Parchi, l’historien-géographe R. Joseph Schwarz (1804-1865.

D’origine allemande, il est considéré comme l’un des pionniers modernes de la géographie et de l’histoire de la Terre d’Israël. Il consacra quinze années de sa vie à arpenter le pays, étudiant scrupuleusement chaque détail, pour en tirer un ouvrage remarquable, « Tebouot ha-Aretz » qui sera traduit en anglais en 1850, puis en allemand, en 1852. Œuvre pour laquelle il reçu une décoration de l’empereur d’Autriche.

Il s’intéressa également aux dix tribus « perdues ») s’enfuit pour se réfugier à Damas, mais mourut en route (l’auteur sus-nommé, évoque la possibilité d’un empoisonnement effectué par des sbires du pacha). Elle sera enterrée à Safed. Le despote et assassin ruinera les Juifs de Galilée en créant de nouvelles taxes exorbitantes.

safed_music-735x482En 1825, des pluies torrentielles causèrent l’effondrement d’habitations, entraînant la mort de nombreux résidents.

Après une période d’accalmie sous le gouvernement du Pacha Ibrahim, un autre drame allait éclater, illustrant, une fois de plus, la précarité de l’entente entre les Juifs et les autres communautés (arabe et druze)

En juin 1834, les Druzes se révoltent contre le Pacha qui les a forcés à servir dans son armée. Aidés par les Arabes locaux, ils s’arment et pénètrent par centaines dans les quartiers juifs de Safed. Un pogrome qui va durer plus d’un mois ! Les synagogues sont pillées et les rouleaux de Torah sont profanés ; de même pour les habitations. L’imprimerie créée en 1832 par Rabbi Yisrael Bak est saccagée.

Les Hassidim trouveront un refuge, hélas temporaire, auprès du Kadi, le chef spirituel musulman local, puis se cacheront dans les environs de la ville. L’ordre sera finalement rétabli par les troupes du Pacha, qui exécuteront 13 chefs druzes.

safed-alley1Rabbi Avraham Dov de Avritch, arrivé à Safed en 1830, à l’âge de 65 ans, devint rapidement le nouveau dirigeant spirituel des Hassidim.

Il se distingua, non seulement par sa grande piété naturelle, mais aussi par sa proverbiale générosité et son attitude courageuse lors de la révolte druze. Il sut, par ses encouragements, insuffler parmi les survivants du terrible séisme, une foi inébranlable dans l’avenir. Un an après la catastrophe, Rabbi Dov prononçait ces paroles « Cette catastrophe est un signe de la rédemption.

Le Talmud, dans Sanhedrin, fait allusion à l’époque durant laquelle le Mashia’h (Messie) nous rachètera. Le Mashia’h viendra lorsque « cette porte s’écroulera, sera reconstruite, s’écroulera, sera reconstruite, encore et encore, jusqu’à ce qu’il n’y ai pas assez de temps pour la reconstruire avant l’arrivée du Mashia’h ». Le mot porte en hébreu est « shaar ». Ces trois lettres (shine, ayin et resh) déplacées, épellent le mot « rash » : tremblement de terre. La valeur numérique de ces mots est de 570, équivalente à celle de Safed (Tsaddik, pé et taf).

Ruins-in-Safed-IsraelTsfat est chargée de légendes et d’histoires extraordinaires, telle cette vieille femme du nom de Yohevet qui servait un verre de thé tous les vendredis soirs au prophète Eli.

golanDe Safed, une excursion sur le plateau du Golan (à une quarantaine de kilomètres) permet de découvrir les superbes paysages de la Haute Galilée, du parc de Baniyas et de Nimrod.

Une partie du texte vient de http://peterstaaden.de/ilanbraun/safed.htm

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