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Il y a 20 ans, jour pour jour, le 20 Adar 5755 le gaon rabbi Chlomo Zalman Auerbach zatsal restituait son âme au Créateur à l’âge de 85 ans. Ainsi s’éteignait l’une des plus pures et belles lumières de Torah qui aient illuminé le Judaïsme en Érets Israël au cours du siècle précédent.

rabbi chlomoÀ l’occasion du Yahrtzeit de celui qui repoussait tous les honneurs mais qui était bel et bien le possek hador de la génération précédente, Hamodia revient sur sa vie et sur le message d’amour, d’unité et d’humilité qu’il nous a légué.

Rabbi Chlomo Zalman Auerbach est né le 23 Tamouz 5670 (juillet 1910) dans le quartier de Chaaré ‘Hessed, qui jouxte celui de Ré’havia, à Jérusalem. Son père, rabbi ‘Haïm Yéhouda Leïb Auerbach était le roch yéchiva des mékoubalim (kabbalistes) « Chaar Hachamaïm » et il descendait du célèbre Toldot Yaacov Yossef, le gendre du Baal Chem Tov.

Sa mère était issue de la prestigieuse famille Porouch installée depuis de nombreuses générations à Jérusalem et qui compte parmi les principaux bâtisseurs de la capitale. D’ailleurs rabbi Chlomo porte le nom de son grand-père maternel.

Très jeune, rabbi Chlomo Zalman est admis à la yéchiva Ets ‘Haïm où il passe le plus clair de son temps à étudier avec amour et abnégation Shas et Poskim. Très vite, il est considéré comme un « Ilouï », un génie de la Torah. Ses maîtres sont impressionnés par sa capacité à étudier de très longues heures ainsi que par sa réflexion intellectuelle particulièrement riche et originale.

Mais le jeune Chlomo Zalman va également se distinguer dès son plus jeune âge par son extrême sensibilité envers les souffrances de son prochain. Au début du 20e siècle, Jérusalem est une ville d’une pauvreté extrême. Rabbi Chlomo Zalman racontera plus tard que lui-même a souffert dans sa jeunesse de malnutrition : « Je n’ai jamais connu dans ma jeunesse le sentiment d’être rassasié », disait-il avant de reconnaître que son corps frêle était la conséquence directe de ces années de jeunesse durant lesquelles il souffrait de malnutritition.

Le jour de Pourim (Méchoulach) 5690, à l’âge de 20 ans, le rav Auerbach se marie avec ‘Haya Rivka Rou’hamkin. C’est le rav Avraham Its’hak Hacohen Kook, alors grand rabbin d’Israël, qui célèbre le mariage.

En effet, chaque Chabbat, à séouda chlichit, rabbi ‘Haïm Leïb Yéhouda et son fils rabbi Chlomo Zalman se rendaient au domicile du rav Kook pour écouter sa dracha et des liens étroits s’étaient tissés entre les deux rabbanim : « Ce que j’ai ressenti là bas ? Que des perles (de Torah) glissaient sur les tables », dira plus tard le rav Chlomo Zalman en se souvenant de ces instants. Le rav Kook sera également le sandak du fils aîné de rabbi Chlomo, rav Chmouel Auerbach chlita.

Le rav Chlomo Zalman va très vite s’imposer dans le monde de la Torah à Jérusalem comme un véritable possek en matière de hala’ha. À 25 ans, il publie son premier ouvrage « Meoré Haèch » qui est consacré aux problèmes d’électricité liés au Chabbat.

Ce livre est recommandé par le rav Isser Zalman Meltzer, roch yéchivat Ets ‘Haïm à Jérusalem, par le gaon rav ‘Haïm Ozer Grodensky et par le rav Kook. De décennie en décennie, sa réputation va dépasser les frontières d’Érets Israël et de nombreux rabbanim viennent le consulter pour connaître son avis en matière de Hala’ha. Il ne craignait pas d’innover et de prendre des décisions halakhiques osées dans des domaines aussi variés que la médecine, la technologie, l’armée. Et il avait l’habitude d’aller jusqu’au bout de chaque question sans jamais faire l’économie de tel ou tel décisionnaire.

En 1949, il est nommé roch yéchiva de Kol Torah, l’un des bastions du Judaïsme orthodoxe lituanien installé dans le quartier de Bayit Végan. En tant que roch yéchiva, rabbi Chlomo Zalman était admiré et même vénéré par les milliers d’élèves qu’il a formés. Ses chiourim quotidiens de Guémara étaient de véritables monuments de sagesse et de clairvoyance.

Toute sa vie, rabbénou, comme l’appelaient ses élèves, est resté très attaché à la yéchiva et il a conservé son titre de roch yéchiva jusqu’à son dernier souffle. Rabbi Chlomo Zalman avait un souci prioritaire : que son Limoud soit transformé en acte concret.

Un jour, l’un des machgui’him » de la yéchiva lui demande : « Où mettre l’accent dans les cours de moussar ? », il répond : « Que ce moussar soit concrétisé ».

Mais au-delà de son génie toranique, rabbi Chlomo Zalman Auerbach a réussi à s’imposer naturellement comme grand de la précédente génération grâce à deux qualités humaines exceptionnelles : son humilité et sa gentillesse.

Rabbi Chlomo Zalman était le plus modeste des hommes. Il détestait par exemple qu’on le qualifie de « Possek hador » et on raconte qu’il aurait téléphoné au rédacteur d’un journal orthodoxe qui l’avait ainsi qualifié pour lui en faire poliment la remarque. De même, dans son testament il a refusé formellement que l’on mentionne sur sa tombe le moindre titre, mais a consenti à ce qu’il y soit inscrit : « Il a formé des générations d’élèves à la yéchiva Kol Torah ».

Quant à sa gentillesse, elle était légendaire à Jérusalem, encore de son vivant. Le rav acceptait de recevoir patiemment toute personne qui le sollicitait. Qu’il s’agisse d’un grand donateur ou d’un petit ouvrier nécessiteux, il recevait tout le monde avec un sourire que ceux qui l’ont connu n’ont pas oublié, aujourd’hui encore, 20 ans après sa disparition: « Je n’ai jamais connu de personne aussi sympathique. Il était toujours souriant et me demandait toujours des nouvelles de ma famille et de mes enfants. On voyait que c’était un homme d’une grande bonté », avait raconté un chauffeur de taxi qui avait l’habitude de le conduire du quartier de Chaaré ‘Hessed à la yéchiva.

Pour Rabbi Chlomo, le fameux principe de « Dérè’h Érets kadma laTorah » était omniprésent dans sa vie.

On raconte qu’un jour alors qu’il était assis dans un autobus d’Egged à Jérusalem, une femme vêtue de manière moderne s’est assise à ses côtés. Le rav s’est levé et a tiré la sonnette pour descendre au prochain arrêt, bien que celui-ci soit encore loin de sa destination. Lorsqu’il est arrivé en retard, il a expliqué à son fils qu’il n’avait pas voulu offenser la dame…

Rabbi Chlomo s’éloignait de toute polémique politique ou idéologique.

Le 20 Adar 5755, plus de 300 000 personnes ont conduit rabbi Chlomo Zalman Auerbach zatsal vers sa dernière demeure dans le cimetière de Guivat Chaoul. Dans la foule, on pouvait apercevoir une forte majorité d’élèves de yéchivot ‘harédiot, mais également des élèves des yéchivot sionistes-religieuses, des soldats et même des Israéliens non religieux qui connaissaient la personnalité rayonnante du rav.

Dans un hesped particulièrement émouvant, son fils le rav Barouch a clamé en citant les Pirké Avot : « Qui est respectueux ? Celui qui respecte les créatures. C’est ce que nous avons vu dans notre maison : mon si doux père accueillait tous avec la même simplicité, avec ce mélange de génie et de simplicité. Que son mérite nous protège ».

Daniel Haïk

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