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« À chaque génération, chacun est tenu de se considérer comme étant soi-même sorti d’Égypte. » Quel sens donner à cette injonction de la Haggada ?

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hagaddahÀ chaque génération, chacun est tenu de se considérer comme étant soi-même sorti d’Égypte, car il est dit : « Tu parleras à ton fils en ce jour en ces termes : “C’est grâce à ceci que Dieu a agi en ma faveur quand je suis sorti d’Égypte.”

Le Saint béni soit Il n’a pas seulement sauvé nos pères, mais nous aussi, Il nous a sauvés avec eux comme il est dit : “Et Il nous en a tirés pour pouvoir nous conduire qu’Il avait promis à nos pères de nous donner.” (Haggada de Pessah)

Citant le Talmud (Traité Pessa’him p.116 b), le texte de la Haggada exhorte tout un chacun de considérer comme s’il était soi-même sorti d’Égypte. Mais à notre époque où, bienheureusement, nous ne sommes pas sous la coupe d’un quelconque dictateur ou autre peuple, quel sens peut-on bien donner à cette injonction ?

À l’image d’un embryon

Pour répondre à cette question, nous allons au préalable analyser un verset-clé décrivant la sortie d’Égypte : « Dieu prit un peuple du sein d’un autre peuple » (Deutéronome IV, 34).

Pour les commentateurs, l’expression « peuple au sein d’un autre peuple » possède une double connotation.

D’une part, elle signifie que les enfants d’Israël avaient, en Égypte, un statut de peuple à part entière, avec une langue qui leur était propre, un territoire bien délimité (la terre de Gochène) et des vêtements qui les différenciaient des Égyptiens. D’un autre côté, ils demeuraient « au sein d’un autre peuple », c’est-à-dire qu’en dépit d’une certaine indépendance nationale, ils étaient assujettis à la nation égyptienne.

Pour le Midrach, cette situation duelle s’apparente à celle de l’embryon dans le ventre de sa mère. D’un côté, l’embryon est une entité en soi, avec un corps et des organes qui lui sont propres. Mais d’un autre côté, il n’a pas de vie autonome puisqu’il dépend de sa mère pour sa survie : il suit ses déplacements, et s’alimente uniquement grâce à elle. Telle était la situation du peuple juif en Égypte : sa dépendance de Pharaon était telle qu’il en arrivait à être assimilé à un peuple idolâtre.

En hébreu, le terme renvoyant à la poussière APHaR, partage la racine étymologique du nom PHaRAon.

Le message de cette analogie sémantique est clair : pour le souverain égyptien, le monde se réduit à une simple accumulation de matière. Ainsi, Pharaon– et ceux qui lui sont soumis – se limitent au seul culte de la matière, à ce qui est immanent. Ils sont incapables de concevoir l’existence d’une Transcendance qui les dépasse. Une vision étriquée que l’on retrouve d’ailleurs en filigrane dans l’appellation hébraïque du territoire égyptien, Mitsraïm, terme voisin de Metsarim, qui signifie limites.

Consommer sans se consumer…

Pour s’affranchir de cet asservissement, Dieu enjoignit aux Israélites de sacrifier et de consommer un agneau, idole de l’Égypte. Cet acte symbolique leur permettrait de rompre avec l’idéologie égyptienne dans laquelle ils avaient baignée durant leur long esclavage.

À notre époque où les sacrifices ne sont plus en vigueur, c’est, entre autres, le respect des lois alimentaires de la Torah qui, nous permettra de nous libérer du culte égyptien de la matière. En hébreu, le verbe manger se dit : « AKHOL ». On peut décomposer ce vocable en deux : A(ni) et KOL c’est-à-dire MOI et la TOTALITÉ de ce qui m’entoure.

Car pour un Juif, manger, c’est savoir opérer un tri parmi l’ensemble des aliments existants pour n’ingérer que ceux qui lui seront bénéfiques, tant sur le plan physique que spirituel.

En d’autres termes, il doit maîtriser l’art de consommer sans être… consumé ! Et c’est là une attitude qui demande bien de sagesse et de retenue…

As-tu contemplé le Ciel aujourd’hui ?

En poussant notre réflexion un peu plus loin, il s’avère que cet impératif de sélection se retrouve, dans un sens plus large, dans le tri perpétuel que le Juif doit opérer entre le Bien et le Mal pour accéder à l’ultime liberté.

Car l’être humain peut s’imaginer être libre. Il peut s’imaginer agir de manière complètement autonome. Mais en vérité il est trop souvent il est influencé par toute une série de facteurs négatifs qui gravitent sournoisement autour de lui.

À moins qu’il ne maîtrise l’art d’effectuer les bons choix, sa liberté n’est qu’illusoire. Un processus que les maîtres de la Cabbale appellent Avodat Haberourim, littéralement : « le service de la clarification. »

Dans ce sillage, on raconte qu’un rabbin avait coutume d’interpeller ses ouailles en ces termes : « As-tu contemplé le Ciel aujourd’hui ? » Autrement dit : « As-tu réfléchi, prié et étudié aujourd’hui ? Tu peux te tenir en position horizontale et être guidé par ta réflexion, ta méditation et ton étude de la Tora… Tu n’es pas un animal qui a les yeux tournés vers la terre et dont la tête est au même niveau vertical que l’estomac ! »

Comme l’indique la traduction littérale de son nom qui signifie « sauter, passer par-dessus », la fête de Pessah nous offre donc l’occasion de nous dépasser pour vivre pleinement notre judaïsme. Et à ce titre, nous pourrons nous considérer à notre tour comme étant sortis d’Égypte, de cette Égypte qui sommeille en nous…

Source http://www.aish.fr/

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