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La guerre des Six Jours racontée par le rav Goren

guerre es 6 jours rav gorenL’autobiographie du rabbin Goren, qui vient de paraître en Israël, est un document extraordinaire. Non seulement en raison de la personnalité exceptionnelle du rav Shlomo Goren, ancien grand rabbin de Tsahal, qui a joué un rôle essentiel dans de nombreux domaines au cours des premières décennies de l’Etat, mais aussi en raison des événements qu’il relate. On connaît la fameuse photo du rav Goren soufflant dans le Choffar devant le Kottel dans Jérusalem libérée, en juin 1967.

Mais on découvre dans ce livre qu’au-delà du symbole, le rav Goren a joué un rôle crucial dans les événements de cette semaine fatidique, il y a 46 ans. Extraits.

« Le Premier ministre d’alors, Lévi Eshkol, avait envoyé deux émissaires au roi Hussein de Jordanie, lui demandant de s’abstenir de nous attaquer. Il lui avait promis que, s’il ne prenait pas part à la guerre, nous respecterions les frontières actuelles, y compris à Jérusalem. Hussein fit une réponse négative, car il avait conclu un accord avec Nasser, qu’il ne voulait pas enfreindre. Je le savais, aussi voulais-je participer à la bataille pour Jérusalem. Mais je me trouvais alors sur le front Sud.

Je demandais à l’officier du commandement du front Sud qu’il me prévienne lorsque la guerre commencerait sur le front oriental, pour que je puisse participer à la bataille de Jérusalem. J’allai ensuite voir le commandant du 11e régiment et lui dis : « Je dois franchir les lignes avec la première unité ».

Il me dit qu’il devait obtenir l’autorisation de l’état-major, mais je lui répondis : « pas besoin d’autorisation. Je monterai dans le premier command-car qui franchira les lignes ». C’est ce que je fis. J’emportai avec moi un Sefer Torah et un Choffar…

guerre des 6 joursLe rav Goren dans la mosquée d’Omar, juin 1967

Lorsqu’on m’informa que la guerre avait commencé à Jérusalem et que Hussein attaquait Armon Hanatsiv, je montai dans la voiture avec mon chauffeur et nous partîmes en direction de Jérusalem. Aux environs de Castel, je trouvai une unité de blindés qui se dirigeait vers Ramallah, où se trouvait la plus grande station de radiodiffusion à l’ouest du Jourdain.

Jérusalem était plongée dans l’obscurité la plus complète. Le camp Schneller, où se trouvait note bureau, était fermé. Le commandement de la région centre avait été transféré à l’école Evelina de Rothschild, car le camp Schneller était bombardé sans interruption…

Au milieu de la nuit, Moshé Dayan annonça devant des centaines de journalistes que l’armée de l’air égyptienne n’existait plus. Leurs aéroports étaient détruits et aucun avion ne pouvait décoller. La guerre contre l’Egypte était sur le point d’être gagnée…

guerre des 6 jours 2Lorsque j’arrivai à Jérusalem, on me dit que Motta Gur se trouvait au musée Rockefeller. Les combats se poursuivaient, et les Arabes nous bombardaient depuis l’église Augusta Victoria. A ce moment, il y avait déjà de nombreux prisonniers de la Légion jordanienne au musée Rockefeller, parmi lesquels des officiers supérieurs et même des généraux, tous assis par terre.

Motta Gur me dit qu’il avait reçu l’ordre du gouvernement de ne pas conquérir la vieille ville – il fallait l’encercler, mais ne pas la conquérir. Je lui demandai s’il était capable de la conquérir, et il me répondit « Oui, sans problème. Mais j’ai reçu l’ordre du gouvernement de ne pas pénétrer dans la Vieille ville ».

Je lui dis qu’il allait laisser passer la chance de sa vie. « Tu as reçu une occasion historique de libérer et de conquérir Jérusalem et le Mont du Temple, et tu ne fais rien ? Je prends la responsabilité – allons-y ensemble, entre dans la Vieille ville. Si on te met en prison, j’irai avec toi. Cela vaut la peine de mourir pour Jérusalem. Tu vas laisser passer la chance unique, après deux mille ans, de nous emparer de Jérusalem ! »

guerre des 6 jours livre(Extrait de « BeOz ou-Taatsoumot », HaRav Shlomo Goren, Yediot Aharonot books 2013)

© Pierre I. Lurçat pour la traduction française

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr

L’empreinte de Rav Goren, 1er Grand Rabbin de Tsahal puis d’Israël, sur le peuple juif

rav gorenSi Ben Gourion a bâti pendant la guerre d’Indépendance l’armée unique de l’Etat juif, le Rav Goren a construit de ses mains la seule armée juive au monde.

Rien à priori ne rapprochait les deux hommes, or, entre Ben Gourion qui refusa toujours d’accrocher une mezouza à sa porte et Rav Goren, le surdoué en Talmud, s’établit dès la première rencontre une admiration et une unité de vue sans faille sur ce que devait être l’armée de de l’Etat juif.

Rav Shlomo Gorenchik, qui transforma plus tard son nom en Goren, est né Zambrów en Pologne en 1925 et arriva en Israël à l’âge de 7 ans. Ses parents font partie du groupe de Hassidim qui décidèrent non pas de s’installer à Bnei Brak mais de fonder une unité agricole qui s’appellera Kfar Hassidim.

Shlomo Goren raconte que son père et son frère aîné avalaient d’avantage de quinine que de pain en tentant d’assécher les marais porteurs de malaria.

Lui-même, dans son enfance, travailla d’avantage la terre qu’il ne fréquenta l’école. Sa mère connaissant le potentiel de son gamin décida de déménager à Jérusalem où le petit Shlomo pourrait étudier sérieusement la Torah.

Très vite il fut distingué comme ilouï (surdoué) , intégra à 12 ans la Yeshiva de Hebron où il devint l’unique élève à y célébrer sa Bar-Mitsva. Il fut nommé Rav à 17 ans et publia au même âge son premier livre Nézer Hakodesh.

Il étudia également à l’université hébraïque et rejoignit les rangs de Lékhi, concurrent du Hagana. Au commencement de la guerre d’Indépendance il rejoignit la Hagana, partant du principe que toutes les factions devaient s’unir en une seule et même armée. Bien que dispensé du service actif étant Rav il participa activement à la défense de Jérusalem assiégé, où il se distingua comme tireur d’élite. Il n’accepta sa nomination de Grand rabbin de l’armée juive qu’à la condition de continuer de se battre à son poste la nuit et d’occuper ses fonctions de Rabbin le jour.

En 1948 alors que Jérusalem était assiégée et que ses défenseurs manquaient de tout, Rav Goren autorisa la fabrication d’armes le Shabbath, permit de distribuer la viande non casher qu’avaient abandonnée les britanniques aux malades et aux blessés, et non de la distribuer exclusivement, comme le suggéraient les rabbins orthodoxes, aux Palma’hnikim hilonim, (combattants non observants) permit d’enterrer dans des cimetières juifs les combattants non juifs morts au combat pour la défense de Jérusalem. En parallèle il réussit à convaincre les Harédim de Jérusalem de contribuer activement à la défense de la ville assiégée en creusant une longue tranchée pour empêcher les tanks jordaniens de pénétrer dans la ville.

Rav Herzog, le grand rabbin d’Israël et le ministre des cultes Rav Maïmon, qui connaissaient la grandeur dans la Torah du jeune Goren, ainsi que son charisme auprès des religieux et des non religieux, sa détermination et son courage physique, insistèrent auprès du Haut Commandement et de Ben Gourion pour que soit confié à Rav Goren le poste de Grand rabbin de Tsahal, à charge pour lui de dessiner les contours de cette fonction qui n’existait évidemment pas.

A ce poste le Rav, Colonel (qui sera par la suite nommé Général), parachutiste, tireur d’élite, Shlomo Goren, contribua tout autant que Ben Gourion à dessiner les contours de l’armée, donc de la société israélienne

Durant son mandat de Grand Rabbin de Tsahal, le Rav Goren

– se refusa à créer des unités composées exclusivement de combattants religieux comme le réclamaient les Rabbanim harédim,

– fit l’impossible pour que les corps des soldats morts derrière les lignes ennemies soient ramenés en Israël pour y être enterrés, quitte à aller les chercher lui-même au péril de sa vie, et œuvra en parallèle pour la cause des Agounot (femmes dont le mari avait disparu au combat ) afin qu’elles puissent avoir le droit de se remarier

– imposa des cuisines casher dans toutes les unités de Tsahal, peu importe la composition des unités, et œuvré pour que chaque unité comporte son lieu de prière, sans jamais en imposer la fréquentation

– rédigea un sidour (livre de prières) unique pour tous les soldats, qui gomme les différences entre les coutumes ashkénazes et séfarades

– initia un travail de géomètre pour déterminer l’emplacement exact des Lieux Saints (défendus aux juifs) afin que le Mont du temple reste sous contrôle israélien. Il se heurta à Moshé Dayan qui imposa que l’ensemble du mont du Temple passe sous le contrôle du Wakf. Il a par contre obtenu gain de cause pour que la Maarat Hamakhpela (Tombeau des Patriarches) à Hébron reste sous contrôle juif.

A la création de l’Etat d’Israël, les combattants dans l’armée étaient dans leur immense majorité non religieux et, sous la pression des Hilonim (non ou anti-religieux), comme des rabbins harédim, se dessinait une armée à deux vitesses, composée de quelques unités composées de soldats religieux soucieux de cacherout et du respect du shabbat, et une armée qui n’en avait rien à faire.

Tsahal aurait pu être bien diffèrent si le Rav Goren n’y avait pas apposé sa marque et imposé le caractère juif à l’ensemble de l’armée israélienne.

En quittant l’armée le Rav Goren fut nommé successivement Grand Rabbin de Tel-Aviv, puis Grand Rabbin ashkénaze d’Israël en compagnie de Rav Ovadia Yosef qui fut nommé Rishon Létsion, soit Grand Rabbin sépharade de l’Etat.

Malgré les déclarations officielles des deux grands Rabbanim, qui affirmaient à qui voulait les entendre, que leur cohabitation fut une longue lune de miel, celle-ci fut un désastre et entacha pour des années la fonction de Grand Rabbin.

Bien malin qui pourrait dire qui était dans le vrai, mais, entre le Rav Goren qui se référait aux enseignements du Rav Kook et le Rav Ovadia Yosef sur lequel il n’est pas utile de disserter, mis à part le fait que leurs âmes reçurent certainement la Torah au Mont Sinaï, il n’y avait pas grand-chose de commun.

Leur vision respective de la société israélienne continue à marquer largement leurs successeurs et le peuple juif tout entier. Je ne vous étonnerais pas en me situant dans le camp de Rav Goren, dont j’admire l’esprit de tolérance, l’absence totale de sectarisme tant religieux qu’ethnique et sa vision du grand Israël.

Certes, ses funérailles furent plus discrètes que celles de son collègue sépharade, mais je pense que sa marque sur la société israélienne, affranchie de toutes considérations politiques et sectorielles, est bien plus profonde et le restera encore longtemps, étant seulement guidée par son amour pour la Torah et pour tout Klal Israël sans distinction.

Extrait d’un article d’Alexandre Lévy

http://www.israel-flash.com/

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