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Par Ariel Melles

Il est un privilège de pouvoir assister au début de la reconquête d’un ancien président envers une communauté juive française (expatriée en Israël, certes, mais qui comme tous les autres français de l’étranger, ont le droit de vote pour les élections présidentielles). Et dans le contexte actuel, où Nicolas Sarkozy est considéré par beaucoup de franco-israéliens comme un « traitre » – ce discours d’Hertzliya, pouvait signifier beaucoup.

sarko et cieNicolas Sarkozy, Meyer Habib et Pierre Lellouche, avec Benjamin Netanyou ©JSSNews

Mais si je dois admettre une chose – en plus du fait que c’est un homme de talent et de verve – c’est que ce discours était plus intéressant par sa lecture en interligne que par l’improvisation brute proposée par son auteur.

Ainsi, voici une analyse tout à fait personnelle des non-dits qui, pourtant, montre à quel point sur le Proche-Orient, les franco-israéliens n’ont rien à attendre de Nicolas Sarkozy. Il dit aimer Israël, c’est certainement vrai. Mais si les seules personnes qui ont été ébahies par ce discours sont mes amis qui militent dans les partis de la gauche israélienne, c’est vraiment que l’ancien Président de la République Française à déçu l’électorat franco-israélien (qui a voté à au moins 72% pour le Likoud lors des dernières législatives).

Alors oui, le Président des Républicains a depuis longtemps adopté le discours du « si les juifs quittent la France, ce ne sera plus la France, » et oui, Nicolas Sarkozy a intégré le fait qu’ « après les juifs, ce sont toujours les autres qui sont visés » par les violences. Mais concernant la politique internationale qu’il mènerait s’il revenait aux affaires, les choses se compliquent !

Certes, il n’a pas osé parler du Qatar (qui ne financerait pas le terrorisme selon ses dires au micro d’Elkabach il y a quelques semaines), ni même de « Jérusalem capitale de deux Etats » comme il l’avait fait devant la Knesset… Il n’est d’ailleurs pas vraiment entrer dans le vif du sujet pendant les 30 minutes de son discours…

Analyse :

Son discours :

L’avenir, c’est deux Etats-Nations. J’ai dit Nation. Pour moi Nation c’est aussi important que le mot Etat. Les mots ont un sens. Deux Etats-Nations vivant côte à côte. Un Etat Palestinien et Israël [un spectateur lancer alors « Etat Juif »].Justement, c’est la question: si c’est deux Etats-Nations, les juifs en Israël et les palestiniens dans l’Etat palestinien. Si on considère que ce n’est pas deux Etats-Nations, alors on peut prendre le risque, un jour, de voir disparaître Israël de l’intérieur et non pas de l’extérieur. Cela posera la question des citoyens arabes qui sont ici, une question qu’il faudra résoudre [applaudissements]…

L’interligne :

Cela signifie qu’il ne considère toujours pas Israël comme Etat-Nation du peuple juif. Il ne le fera que s’il existe un autre Etat-Nation à côté. Est-ce un manque de respect envers les israéliens qui affirment que l’identité même d’Israël c’est d’être un Etat juif? Non… Simplement un manque de connaissances: il croit que l’Etat juif est un Etat exclusivement composé de juifs ! Or, Israël est aujourd’hui l’Etat Nation du peuple juif dans toute sa splendeur, même avec 20% d’arabes. Et justement, il n’est pas question de « trouver une solution aux citoyens arabes » israéliens: ils sont israéliens. Ils ont les mêmes droits. Ils sont les arabes les plus éduqués du Proche-Orient. Ils sont heureux de vivre en Israël. Et si un Etat palestinien venait à être créé, ils seraient les bienvenus en Israël ! Israël n’est pas un Etat d’apartheid, c’est un Etat juif mais non religieux, un Etat ouvert sur le monde et sur la diversité des cultures et des cultes. De la même manière, son discours signifie que les juifs de Judée et de Samarie ne pourraient pas rester sur ces terres « palestiniennes » puisque l’Etat palestinien serait exclusivement celui des palestiniens. Pour un Président qui explique dans son discours que le mot le plus important au Proche-Orient n’est pas « démocratie » mais « diversité » , sa vision de la diversité est quelque peu intéressante.

Son discours :

Quand on est fort, entendez-ça: on doit assumer un leadership. Et le leadership ce n’est pas un droit, c’est un devoir. (…) Israël sera toujours plus fort en prenant les initiatives qu’en subissant les contextes. Je le crois profondément, et je le crois d’autant plus maintenant, qu’il y a une contradiction à décrire les autres comme faibles, ce qui est bien souvent exact, et attendre des faibles qu’ils prennent des initiatives. C’est le fort qui doit prendre l’initiative.

L’interligne :

Nicolas Sarkozy explique ici, avec brio, exactement la même chose qu’il le faisait par le passé. Parce qu’Israël est « fort » , Israël doit faire des concessions. On se souvient de ce qu’il réclamait: libération de terroristes, retraits territoriaux, etc… Tout cela sans prendre en compte qu’Israël a déjà fait tout cela, sans jamais rien ne recevoir en retour. On peut se remémorer les gestes israéliens et leurs conséquences: des terroristes libérés qui planifient aussitôt des attentats, un retrait de Gaza qui deviendra une base avancée du Qatar pour tirer des missiles sur Israël… Si Nicolas Sarkozy veut une coexistence au Proche-Orient, le seul moyen, c’est d’imposer aux palestiniens des négociations directes et sans attendre. C’est d’ailleurs la position d’Israël (et le ministre de l’intérieur l’a rappelé hier soir devant Nicolas Sarkozy): « on veut des négociations sans tarder ! On invite les palestiniens à notre table. On fera des concessions. Les deux côtés doivent en faire. » Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas intégrer ce discours, qui était déjà pourtant le même quand il gérait les affaires de la France.

Son discours :

Je voudrai rappeler une chose qui est douloureuse pour moi Français: la Shoah, n’a pas été la responsabilité des arabes. C’était la responsabilité des européens, en Europe, au XXème siècle.

L’interlignes :

là, j’ai du mal à comprendre. On dirait le discours d’un chef terroriste palestinien (il y en a eu des dizaines avec ces phrases). Et les palestiniens continuent de la sorte: « que les juifs retournent donc en Pologne et en Allemagne. » Cette partie du discours est vraiment, vraiment étrange !

Son discours :

la guerre du XXIème siècle, c’est une guerre de la communication.

L’interlignes :

Voilà une chose intéressante, l’ancien chef d’Etat semble avoir pris conscience que la haine des juifs en France et des israéliens dans le monde vient de la communication désastreuse qui en est faite. A-t-il conscience que les médias français, et l’Agence France Presse en première ligne, en sont les premiers responsables ? La question mériterait de lui être posé directement…

En résumé, une soirée pleine de contradictions, un discours bienveillant à l’égard des juifs, mais dont la politique serait au-moins autant catastrophique que celle qu’il menait contre Israël il y a quelques années. On pensait que l’homme avait changé, il n’a fait que se consolider sur ses positions qui, on le sait maintenant, ont mené la communauté internationale à s’allier contre Israël et la diplomatie française à être particulièrement agressive à l’égard de l’Etat-Nation du peuple juif.

Ariel Melles

http://www.jerusalemplus.com

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