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Par Daniel Horowitz

Lors d’une mémorable conférence de presse tenue en novembre 1967, de Gaulle déterminait que les juifs étaient « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». Raymond Aron, intellectuel du même bord que le Général, fut sidéré et se demanda « pourquoi le général de Gaulle avait solennellement réhabilité l’antisémitisme ».

de gaulle2On a beaucoup glosé depuis sur la singularité de cette frasque gaullienne, mais il ne fait pas de doute qu’il l’avait préméditée, parce qu’il n’était pas homme à faire écart de langage sans en avoir évalué les implications.

Il s’agissait en l’occurrence d’argumenter en faveur d’une nouvelle politique arabe de la France au lendemain de la guerre des Six Jours, après que le monde arabe eût échoué dans sa tentative de liquider l’État d’Israël. Il se servait d’un procédé digne de Vichy pour travestir en exploit patriotique ce qui n’était en réalité qu’une realpolitik d’un genre douteux.

Une lecture attentive de l’incipit de ses Mémoires suggère que l’idée que de Gaulle se faisait de la France pourrait avoir été calquée de manière subliminale et peut-être inconsciente sur celle qu’il se faisait du peuple juif.

Dans son introduction, il dit que Dieu a créé la France pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. Que la France n’est elle-même qu’au premier rang. Que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser sa dispersion. Que la France doit viser haut.

Par ailleurs, « peuple d’élite » (peuple élu ?) est une prérogative que de Gaulle trouvait peut-être plus particulièrement appropriée pour la France, réputée « fille ainée de l’Église ».

C’est ainsi que quand de Gaulle déclare que les juifs lui apparaissent comme un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », le fond de sa pensée semble être que ces propriétés ne sont acceptables que si elles sont associées à la France, seule habilitée par la Providence à en faire un usage adéquat.

Aujourd’hui ces propos pourraient tomber sous le coup de la loi.

Celle de 1972 contre le racisme précise en effet que « ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 2 000 à 300 000 F ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Le procédé dont s’est servi de Gaulle a marqué le début d’une hostilité durable contre Israël en France et ailleurs en Europe.

Beaucoup de commentateurs politiques ont interprété à cette époque ces propos comme signalant la fin d’une obligation de réserve vis-à-vis des juifs eu égard à la Shoah, et en ont conclu que l’on pouvait renouer sans états d’âme avec l’antisémitisme comme slogan fédérateur.

L’antisionisme que l’on trouve de nos jours en occident en est un avatar.

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Vidéo de propagande pro-palestinienne

La conférence se déroule quelques mois après la guerre des Six Jours, au cours de laquelle les relations entre la France et Israël avaient déjà été dégradées par plusieurs actions de la France :

L’embargo sur les ventes d’armes décidé le 2 juin par de Gaulle, le communiqué du conseil des ministres du 15 juin condamnant l’ouverture des hostilités par Israël, et enfin le soutien de la France le 22 novembre à la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies qui demande la fin de l’occupation militaire des territoires palestiniens par Israël.

Les propos du Général de Gaulle, eurent un fort retentissement au sein de la société israélienne, des Juifs de France mais aussi des nombreux politiciens sympathisants de la cause de l’État hébreu.

Parmi ces réactions on peut noter un dessin de Tim dans Le Monde du 3-4 décembre 1967, représentant un déporté juif, décharné, portant l’étoile jaune, avec la main dans sa chemise à la manière de Napoléon, et le sous-titre « sûr de lui-même et dominateur »

Bien que certains vinrent jusqu’à qualifier le président d’antisémite, à l’image du sociologue Raymond Aron dans son livre De Gaulle, Israël et les Juifs paru l’année suivante, les dignitaires israéliens prirent cette déclaration pour une maladresse.

David Ben Gourion a ainsi écrit au général en déplorant « la critique injuste formulée par de nombreuses personnes en France, en Israël et dans d’autres pays qui, je pense, n’ont pas examiné vos propos avec tout le sérieux requis », lui indiquant néanmoins que son discours contenait « quelques propos attristants et inquiétants » et « des expressions surprenantes, dures et blessantes, basées sur des renseignements incorrects ou imprécis »

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