SHARE

Photo : An illustrative photograph of caravillas for Gush Katif evacuees (Courtesy Gush Katif Committee)

Ils ont tous été expulsés, de force, de leurs maisons, de leurs communautés, de leur quotidien, vers l’inconnu. Bercés par le slogan « une solution pour chaque habitant », ils ont accepté (avaient-ils le choix?) de vivre dans l’expectative, balancés de chambres d’hôtel en auberges de jeunesse, de caravane en caravilla…

goush katifPour certains, dix ans durant. À l’occasion de ce triste anniversaire, Hamodia a rencontré quelques-unes de ces personnes déracinées, à la recherche d’un passé qui n’est plus et d’un avenir qui n’est pas encore, mais aussi d’autres qui, au terme d’un bras de fer avec la bureaucratie, sont parvenus à obtenir un semblant de normalité.

Aviel Eliaz a pris avec lui un olivier lorsqu’il a été expulsé, il y a dix ans, de sa maison de Nissanit, au nord de la bande de Gaza. Il rêvait de le planter un jour devant sa nouvelle maison. Mais voilà dix ans que cet olivier est en pot, devant une maison faite de plâtre. Il aurait dû fleurir, grandir, se développer, s’enraciner dans cette nouvelle terre, mais il est encore aujourd’hui orphelin, chétif.

Aviel EliazAviel Eliaz, the mayor of Nitzan B, in front of his caravilla in Nitzan. (Luke Tress/Times of Israel)

À l’image des expulsés du Goush Katif qui, dix ans après avoir été chassés de chez eux, n’ont toujours pas déménagé de ce qui devait être une solution temporaire : les caravillas, ces maisons préfabriquées faites de plaques de plâtre. \r\nAviel est le secrétaire de la communauté de Nissanit à Nitsan. 1 120 personnes vivaient dans ce village au moment du désengagement.

Aujourd’hui, près de 200 familles de Nissanit vivent encore dans des caravillas et l’avenir semble bien sombre pour elles :

« Il existe quatre cas de figure :

  • 1) ceux qui n’ont pas eu le droit à un terrain parce qu’ils vivaient en location ou ne s’étaient pas installés depuis assez longtemps à Nissanit ;
  • 2) ceux qui ont reçu un terrain, ont entamé la construction, mais se sont trouvés à court d’argent ;
  • 3) ceux qui ont reçu un terrain, mais n’ont pas entamé la construction ;
  • 4) les enfants qui se sont mariés depuis l’expulsion et ont fondé une famille.

Chaque cas est différent, mais tous ressentent le même degré de frustration face à cette bureaucratie qui, au lieu de nous aider à nous remettre sur pieds, n’a de cesse de nous mettre des bâtons dans les roues », affirme Aviel.

Lorsqu’on lui demande à qui la faute dans ce drame, il répond : « En un mot ? L’État. En plusieurs mots ? La bureaucratie, le gouvernement, les politiciens qui font des promesses qu’ils ne parviennent pas à tenir. Et puis aussi le public qui ne se mobilise pas pour nous, qui nous a un peu oubliés ».

Quant à l’argent reçu peu après l’expulsion, et qui aurait dû servir à construire les nouvelles maisons, Aviel explique ce qu’il en est advenu : « C’est un peu comme si vous mettiez un enfant devant un énorme gâteau très appétissant, puis que vous lui disiez qu’il n’a pas le droit d’y toucher tant qu’on ne lui a pas donné de cuillère. Puis vous sortez de la pièce. Le temps passe, le gosse attend patiemment au début, mais il ne vous voit pas arriver avec la cuillère. Et devant lui, cet énorme gâteau. Et il a faim. Alors il prend un peu de gâteau avec son doigt, et puis encore un peu, et encore. Et la cuillère n’arrive toujours pas. Comment voulez-vous que des personnes qui étaient habituées à vivre avec 5 000-6 000 shekels par mois, et à qui on donne un million, voire deux millions de shekels dans leur compte, réagissent ? S’ils avaient obtenu leur terrain de rechange un an, deux ans après l’expulsion, ils n’auraient pas touché à cet argent ! Mais là, on rend fous ces personnes, souvent sans travail, avec des démarches administratives à n’en plus finir, avec des promesses de terrain dont on ne voit pas le moindre centimètre carré, et on s’étonne que finalement, ils dépensent une partie de leur argent ? C’est injuste ! Une grande partie ne sait pas dans combien d’années ils pourront enfin s’installer dans de vraies maisons ! »

Il est plus facile de détruire que de construire

À quelque 300 mètres du quartier de caravillas de Nitsan se trouvent les pavillons des expulsés de la localité de Nevé Dekalim

La plupart des habitants de ce qui était la capitale du Goush Katif se sont réinstallés durant les dix années passées depuis l’été 2005.

Ils vivent aujourd’hui dans des maisons souvent magnifiques, rappelant celles dans lesquelles ils habitaient avant d’être chassés.

« A priori, je devrais être satisfait. On m’a rapproché de mes parents, du centre du pays, j’ai une nouvelle maison, je n’ai plus à traverser les routes dangereuses de la bande de Gaza. Et pourtant, je suis brisé de l’intérieur. »

Dans toutes les maisons, des souvenirs du Goush Katif.

Certains ont gardé des coquillages des plages de sable paradisiaques qu’ils ont été forcés d’abandonner. D’autres ont planté des panneaux indicateurs portant le nom de leur localité. Et puis le nom des rues, hommage aux noms des yichouvim détruits: Péat Sadé, Morag, Nétsarim, Tel Katifa…

Le Goush Katif est présent dans les cœurs et sur l’asphalte.

Mais les Israéliens de la bande de Gaza sont à l’image du sable qu’ils ont quitté : on les écrase certes, mais ils reprennent forme. Ils tirent leur force de leur unité.

En tout, quelque 250 familles (sur 1 200) n’ont toujours pas retrouvé de véritable maison depuis leur départ de la bande de Gaza. Barrages bureaucratiques, incompréhension des différentes administrations, incapacité à « arrondir les angles » pour permettre à ceux à qui on a imposé l’exil de retrouver un semblant de normalité : l’État d’Israël a imposé la destruction, mais ne parvient pas à imposer la reconstruction. Dix ans ont passé, la plaie reste ouverte, même si elle commence à cicatriser…

http://www.hamodia.fr/

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer l'auteur, les sources, et le site: https://www.terrepromise.fr

Votre aide est très Importante…

Depuis plus de 10 ans, de la conception à la publication, je suis seule à travailler sur les sites du réseau Elishean. Terre Promise est mon dernier né. Je l'ai fait pour vous, avec l'intention de vous offrir plus d'informations sur le monde juif et son histoire. Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur Paypal. Même une somme minime sera la bienvenue. Merci à vous. Mikhal

Copyright Terre Promise © Elishean/2009-2019/Terre Promise

Print Friendly, PDF & Email