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La Torah compare le lien entre D.ieu et Israël à la relation maritale entre les époux. Ainsi, lorsque nous avons violé les commandements de la Torah, les prophètes nous ont comparés dans leurs réprimandes à une femme volage ayant trahi son mari, et la galout qui en résulta – la destruction du Temple de Jérusalem et notre bannissement en exil – à une période d’éloignement et de « séparation » dans le mariage.

Dans la même veine, les prophètes parlent de la rédemption messianique comme de la restauration de la relation et du forgeage d’un lien d’amour renouvelé plus profond encore entre l’épousée Israël et son céleste Mari.

Dans la chambre la plus intérieure du Temple, le « Saint des Saints », se tenait une arche d’or contenant les « Tables du Témoignage » sur lesquelles D.ieu avait inscrit les Dix Commandements, ainsi que le rouleau de la Torah originel écrit par Moïse. Au-dessus de l’Arche se trouvaient les kerouvim, deux figures ailées, l’une masculine et l’autre féminine, façonnées dans un bloc d’or pur.

Les kerouvim représentaient la relation entre D.ieu et son peuple : le Talmud nous dit que lorsque le peuple d’Israël se rebellait contre la volonté du Tout-Puissant, les kerouvim se détournaient l’un de l’autre ; quand Israël était fidèle à son D.ieu, ils se faisaient face ; dans les moments où l’amour entre D.ieu et son épouse était à son apogée, le Talmud enseigne que les kerouvim étaient enlacés « comme un homme est attaché à son épouse » (Talmud, Baba Batra 99a ; Yoma 54a).

Le Talmud rapporte que lorsque les ennemis d’Israël envahirent le Temple, ils pénétrèrent dans le Saint des Saints, un endroit si sacré qu’il n’était permis qu’à une seule personne, le Grand Prêtre, d’y accéder, et cela, seulement à Yom Kippour, le jour le plus saint de l’année. Là ils virent les kerouvim enlacés. Ils les traînèrent hors du Temple, dans les rues, pour les profaner et se moquer de leur signification sacrée.(1)

Le paradoxe

Dans nos prières, nous nous rappelons qu’« En raison de nos péchés, nous avons été exilés de notre terre… et nous ne sommes plus en mesure de monter et de nous présenter et nous prosterner devant Toi… dans la résidence que Tu as choisie, dans la grande et sainte maison sur laquelle Ton nom est appelé ».

Pendant plus de huit siècles (le Premier Temple dura 410 ans, le Second Temple, 420), D.ieu résida dans un édifice physique sur une montagne de Jérusalem, nous accordant une expérience tangible de sa présence dans nos vies. Hélas, nous nous avérâmes indignes d’une telle proximité et d’une telle intimité avec le divin. Le Temple nous fut enlevé et nous fûmes jetés en galout – un état de l’existence dans laquelle la face divine est cachée et l’amour de D.ieu et Sa sollicitude à notre égard sont dissimulés – de sorte que le vide dans nos vies nous pousse à nous repentir et à réparer les dommages causés à notre mariage par nos mauvaises actions.

Mais si la galout est un moment de brouille entre D.ieu et Israël, demande le Rabbi de Loubavitch, pourquoi les kerouvim étaient-ils enlacés au moment de la destruction des Temples ?

Cette destruction ne marque-t-elle pas un nadir dans notre relation avec le Tout-Puissant? Quel plus grand paradoxe peut-il y avoir : le divin Mari est en train de détruire son domicile conjugal, permettant que Sa chambre nuptiale soit violée et que Son épouse soit emportée par des inconnus, alors même que le baromètre de leur mariage indique que leur intimité et leur union sont à leur maximum !

Trois et sept

Après la lecture de la section hebdomadaire de la Torah chaque Chabbat, une sélection des Prophètes, appelée haftara, est lue à la synagogue. Habituellement, le contenu de la haftara correspond à la lecture de la Torah de la semaine. Cependant, il y a des semaines où la haftara reflète des événements liés à la période de l’année. Tel est le cas des dix dernières semaines de l’année, où dix haftarot particulières – appelées les « Trois de Réprimande » et les « Sept de Consolation » – sont lues.

Les « Trois de Réprimande » sont lues en conjonction avec les « Trois Semaines » du 17 Tamouz au 9 Av, au cours desquelles nous pleurons la destruction du Temple et le début de notre galout.

Le 17 Tamouz de l’an 3829 depuis la création (69 de l’ère vulgaire), les murs de Jérusalem furent percés par les armées romaines qui l’assiégeaient. Après trois semaines de combats au cours desquels les Romains avancèrent avec beaucoup de difficulté à travers la ville, elles réussirent à pénétrer dans le Temple, et le 9 Av, elles y mirent le feu.

Le 9 Av est également la date de la destruction du Premier Temple par les Babyloniens en l’an 3339 (423 avant notre ère).

Le 17 Tamouz et le 9 Av sont observés comme des jours de jeûne, et les trois semaines qui les séparent, appelées par le prophète « entre les resserrements », sont vécues comme un moment de deuil. Dans cette période, les haftarot lues sont des passages des prophètes (Jérémie 1, 2-2, 3 ; ibid 2, 4-2, 28 et 3, 4 et Isaïe 1, 1-27) dans lesquels le prophète admoneste Israël pour ses crimes et ses iniquités et la trahison de son alliance avec D.ieu.

Les « Trois de Réprimande » sont suivies par les « Sept de Consolation ». Pendant sept semaines, à compter du Chabbat qui suit le 9 Av (Ticha BeAv), les haftarot se composent de prophéties exprimant la consolation de D.ieu envers Son peuple et le rétablissement de leur relation (Isaïe 40, 1-26 ; 49, 14-51, 3 ; 54, 11-55, 5 ; 51, 12-52, 12 ; 54, 1-10 ; 60, 1-22 et 61, 10-63, 9). Ainsi, nous revivons chaque année le processus de réprimande et de consolation, de destruction et de reconstruction, d’aliénation et de retrouvailles.

Mais pourquoi précisément un processus de dix semaines ?

Et quelle est la signification de sa division en trois phases de retrait suivies de sept degrés de réconciliation ?

Le sage ‘hassidique Rabbi Hillel de Paritch explique que les « Trois de Réprimande » et les « Sept de Consolation » correspondent aux dix attributs de l’âme, qui se répartissent en un groupe de trois et un groupe de sept : l’âme de l’homme possède trois facultés intellectuelles (conceptualisation, compréhension et application) et sept pulsions affectives (l’amour, la crainte, l’harmonie, l’ambition, la dévotion, l’attachement et la réceptivité).

Car c’est l’interrelation entre l’esprit et le cœur qui nous permet de comprendre la véritable nature de la « séparation » que constitue la galout.

L’esprit et le cœur

L’esprit, par nature et par nécessité, est distant et détaché. Pour appréhender un concept, il doit assumer une distance objective, se départir de toute implication ou affinité avec son sujet et adopter un désintérêt réservé, voire même cynique, envers l’entité étudiée. C’est seulement ainsi que son analyse et sa compréhension peuvent être exactes et complètes.

Le cœur, d’un autre côté, est impliqué, attaché et totalement subjectif. Le cœur est en relation avec l’objet de son affection, crée avec lui des liens et surmonte les barrières entre soi et autrui.

Pourtant, un attachement véritable et durable nait seulement de la compréhension. Les sentiments qui ne sont fondés sur rien de plus que l’impulsion ou l’attraction instantanée sont finalement aussi superficiels qu’ils sont passionnés et aussi transitoires qu’ils sont intenses. Ce sont les émotions qui sont conçues dans la matrice de l’esprit qui possèdent profondeur et continuité. C’est l’amour qui est fondé sur la compréhension et l’appréciation de l’être aimé qui peut transcender les fluctuations des sentiments, les déceptions, la léthargie et les nombreux autres écueils du temps et du changement.

Ainsi, l’esprit, en apparence froid et distant, est en réalité la source et l’essence de toute relation importante. Le détachement associé à l’examen rationnel est bien au cœur de notre aptitude émotionnelle de nous lier avec autrui.

« L’esprit » de D.ieu

« De ma propre chair, je perçois D.ieu », dit le verset. L’homme est une métaphore du divin : en examinant notre propre constitution physiologique et psychologique, nous apprenons beaucoup sur la réalité divine et la manière dont D.ieu choisit d’être en relation avec Ses créatures.

Ainsi le paradoxe esprit-cœur – la manière dont le détachement mental est l’essence et le fondement du véritable attachement émotionnel – constitue un modèle du paradoxe de la galout.

La relation de D.ieu avec nous comprend également un élément « intellectuel » et un élément « émotionnel ». À certains moments, nous ressentons ce qui semble être des signes de détachement et de désengagement de Sa part. D.ieu semble avoir détourné Son attention de nos vies, nous abandonnant aux caprices du « hasard » et du « destin ». Notre existence semble dépourvue de tout sens et de tout but. D.ieu « S’éloigne » de nous, nos vies n’étant apparemment plus dignes de Son intérêt.

En vérité, cependant, cette « objectivité » divine porte en elle les germes d’une connexion plus grande encore. Ce désengagement a pour but d’amener à une relation plus durable. C’est un retrait pour créer une proximité encore plus pleine de sens. En surface, la galout est une rupture, une diminution du lien entre nous et D.ieu ; mais en vérité, elle est l’essence même d’une identification et d’un engagement plus profonds encore entre l’Un et l’autre.

Le fait que D.ieu nous cache Son visage en galout est un acte d’amour. Malgré notre incompréhension douloureuse, il sert à approfondir notre attachement à Lui. Lors des « Trois de Réprimande, » nous éprouvons l’abandon, l’aliénation et l’éloignement ; mais celles-ci donnent naissance aux « Sept de Consolation ».

Privés des expressions extérieures de notre relation avec D.ieu, nous sommes poussés à en révéler l’essence, le lien intrinsèque qui transcende toute distance physique et spirituelle. Ainsi, c’est seulement à travers l’expérience de la galout que les dimensions les plus profondes de notre mariage sont réalisées. Extérieurement, les Trois Semaines sont une période de détachement et d’aliénation ; dans leur essence, elles sont au paroxysme de l’attachement et de la connexion.

C’est pourquoi les armées païennes qui pénétrèrent dans le Saint des Saints trouvèrent les kerouvim dans une étreinte intime. Extérieurement, Israël était vaincue et exilée, et le Saint Temple était incendié. En surface, le mariage se désagrégeait, le Mari s’éloignait et la femme était bannie dans une terre étrangère. Mais dans le Saint des Saints – dans la chambre qui abritait l’essence de leur mariage –, le lien entre D.ieu et Son peuple était au summum de la proximité et de l’unité.

NOTES

1. Selon Yoma 53b, l’Arche du Témoignage, avec les kerouvim sur son couvercle, fut cachée dans une chambre souterraine dans le Saint Temple 22 ans avant la destruction du Premier Temple où elle demeure à ce jour. Ainsi, ni les Babyloniens, ni les Romains n’ont pu trouver l’Arche dans le Saint des Saints. Le Talmud explique que les kerouvim qui furent traînés dans les rues n’étaient pas ceux de l’Arche, mais des reliefs qui ornaient les murs du Saint des Saints et qui agissaient eux aussi comme un “baromètre” de la relation maritale entre D.ieu et Israël.
Basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson; adapté par Yanki Tauber.

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