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Lorsque l’armée américaine a envahi l’Irak après la chute de Saddam Hussein, des soldats ont fait une découverte intéressante dans le palais du dictateur déchu : des textes écrits vraisemblablement par le Ben Ich H’aï, Rav Yossef Hayim de Bagdad (1833-1909), qui était l’un des plus grands sages contemporains et un cabaliste renommé.

ben ich haiA présent, ils sont examinés à New York par un expert américain qui tente de déchiffrer le manuscrit qui compte 200 pages. La tâche est ardue étant donné que les feuillets sont parfois endommagés ou peu clairs. Mais grâce aux moyens technologiques dont on dispose à l’heure actuelle, on pourra sans doute savoir d’ici quelques temps ce qu’ils contiennent. On sait déjà qu’il s’agit de plus de 70 commentaires sur la Paracha.

Leur existence a été révélée par le Rav Itshak Bardea, rabbin séfarade de Ramat Gan et directeur de la Yeshiva Mishmereth Eliahou. Il a indiqué que parmi les nombreux objets saisis dans le palais se trouvait un coffre avec des documents juifs. « Les Américains l’ont emporté aux USA et ont vérifié ce qu’il contenait et ils ont trouvé le manuscrit du Ben Ich Haï ».

Le Rav Bardea a rappelé que le Ben Ich Haï donnait un cours de trois heures devant les fidèles de sa synagogue qui était pleine à craquer. Jusqu’à présent, on ne possédait que les drachot données pendant deux ans et la découverte de ce manuscrit va permettre de les compléter de façon siginificative.

Selon le Rav Bardea, l’examen du manuscrit va sans doute durer plusieurs années et pourrait provoquer un véritable séisme dans le monde de la Tora, en raison du riche enseignement qu’il peut apporter et de la grandeur de son auteur.

Le Rav Yossef Haïm MiBaghdad, plus connu sous le nom de Ben Ich Haï, est décédé le 13 Eloul 5669 (1909). Né à Bagdad en 1834, il est l’un des décisionnaires les plus suivis par la communauté séfarade. Parmi les ouvrages qu’il a rédigés, le plus célèbre est incontestablement le “Ben Ich Haï”, devenu son second nom.

Claire Dana-Picard pour http://www.chiourim.com

Qui est Rabbi Yossef ‘Haïm, le « Ben Ich ‘Haï » ?

ben-ich-haiEn 1787 Rabbi Moché ‘Haïm fut nommé Grand-Rabbin de Bagdad. Il occupa également la fonction de Roch Yéchiva et Président du Beth-Din. Rabbi Eliahou, son fils lui succéda. Ce dernier n’eut pas d’enfants pendant de nombreuses années.

Au bout de 10 ans de mariage, sa femme voyagea de Bagdad au Maroc pour demander une bénédiction à Rabbi Yaakov Abi’hssira.

Le Tsadik la bénit et lui assura qu’elle donnerait naissance à un enfant qui, un jour, illuminerait le peuple juif. Moins d’un an après, en 1832, elle mis au monde un garçon, qui fut appelé Yossef ‘Haïm. On l’appellera plus tard le « Ben Ich ‘Haï ».

Dès sa plus tendre enfance, tout le monde sut qu’il était destiné à devenir une grande personnalité. Un jour, en jouant avec sa soeur, il tomba dans un puits.
Effrayée, cette dernière s’écria : « Yossef ‘Haïm s’est noyé ». Un des voisins apporta alors une corde épaisse et on remonta le corps inanimé de Yossef ‘Haïm. Quand le docteur vit Yossef ‘Haïm sans connaissance, il dit à ses parents que les chances de survie de leur fils étaient minces. Son père commença alors à réciter les Téhilim à son chevet. Soudain, Yossef ‘Haïm poussa un cri. Le docteur, incrédule, le regarda et déclara qu’un miracle avait eu lieu. Après que sa mère lui ait servi une boisson chaude, elle lui raconta le miracle. Yossef ‘Haïm pleura et dit : « Dorénavant, je consacrerai ma vie à l’étude de la Torah ». Un vigoureux « amen » retentit dans la salle.

A l’âge de dix ans, il commença à étudier sous la direction de son oncle Rabbi David ‘Haï Nissim. A 15 ans, il entra à la Yéchiva du sage Rav Somekh, élève de Rabbi Moché ‘Haïm, grand père de Yossef ‘Haïm.

De cette Yéchiva sortirent tous les sages de Babel. A l’âge de 18 ans, son maître Rav Somekh le choisit comme époux pour sa soeur. Celle-ci l’aida à vouer sa vie à la Torah.

Le père du « Ben Ich ‘Haï » décèda prématurément ; Agé de 26 ans, le jeune Yossef ‘Haïm pris pour la première fois la parole en public. Son discours bouleversa des milliers d’auditeurs ; sur le champ, les Sages de Babel le jugèrent alors digne de porter la couronne de ses ancêtres.

Son élève, Rabbi Ben Tsion Hazzan, qui devint Rav de la vieille ville de Jérusalem jusqu’à sa conquête par les arabes en 1948, décrit le « Ben Ich ‘Haï » en ces termes : « Si les enfants d’Israël avaient, à leur époque, écouté les prophètes comme ils écoutent aujourd’hui notre maître Rabbi Yossef ‘Haïm, le Beth Hamikdach n’aurait pas été détruit ».

Les jours et les nuits du Maître étaient voués à la Torah. Comment se passait sa journée ? Dès la fin de sa prière à l’aube, il prenait place devant une grande assemblée et étudiait avec eux dans le « Eïn Yaakov ». Ses nombreux commentaires furent regroupés et publiés sous le nom de « Ben Yéhoyada ».

Ensuite, il dispensait un cours d’une demi-heure sur le Choul’han ‘Aroukh. A l’issue de ces deux enseignements, il étudiait avec approfondissement la Guémara et le Choul’han ‘Aroukh. Après ce troisième cours, il rentrait chez lui prendre une collation, puis il se plongeait dans son étude jusqu’à la prière de Min’ha. Entre Min’ha et Arvit, il recevait le public qui le sollicitait pour recevoir des bénédictions et des conseils. Après la prière du soir, il prenait à nouveau une collation et se retirait chez lui où il étudiait jusqu’à l’heure de réciter le Tikoun ‘Hatsot.

Chaque Chabbath après-midi, avant la Séouda Chelichit, il tenait un discours sur la Paracha de la semaine où le public venait avant l’heure pour s’assurer une place. Il avait cette capacité de captiver un public très varié ; depuis les grands maîtres jusqu’aux plus humbles du peuple.

Lors des 4 Chabbathot : Chabbath Chouva, Chabbath Zakhor, Chabbath Hagadol et le Chabbath qui précède la fête de Chavouot, le Maître parlait durant 6 heures consécutives. Il évoquait tous les sujets concernant la fête du point de vue de la Halakha, en évoquant les lois liées à la fête qui devait suivre, et bien sûr, la Haggada, en utilisant des anecdotes tirées des livres des kabbalistes. Ses paroles et décisions faisaient autorité.

Grâce à ses connaissances poussées dans le domaine de la kabbala, Rabbi Yossef ‘Haïm savait déterminer l’origine de l’âme de chaque juif.

Ainsi, peu de temps après le décès du Rav Somekh, la communauté fut horrifiée d’apprendre que son corps venait d’être déterré sous la pression des Arabes, pour être enterré dans un autre cimetière.

Rabbi Yossef ‘Haïm calma les esprits en expliquant que l’âme de A’haz, roi de Yéhouda, s’était réincarnée en Rav Somekh. Il avait ainsi réparé le mal fait par A’haz ; il dut ainsi être enterré deux fois comme le fut le roi A’haz.

Rabbi Yossef ‘Haïm était profondément attaché à Erets Israël. Il plaça une grande pierre de la terre sainte à l’entrée de la synagogue où il dispensait ses cours. De même, il fit imprimer tous ses livres en Erets Israël.

Il influença également un des juifs les plus riches de Bagdad pour qu’il donne la terre sur laquelle la Yéchivat « Porat Yossef » allait par la suite être construite, Yéchiva qui joua un rôle important dans la revitalisation du judaïsme séfarade. Rabbi Yossef ‘Haïm voyagea en Erets Israël en 1869.

A Jérusalem, il se rendit à la synagogue « Beth-El », fréquentée par les kabbalistes notamment Rabbi Aboulafia. Il visita ‘Hévron, puis partit en Galilée, en particulier à Tsfat, pour se recueillir sur la tombe des Tsadikim. Arrivé au village d’Avnit où se trouve la tombe de Bénayahou ben Yéhoyada, chef de l’armée du Roi Salomon, il sentit une sainteté exceptionnelle ; le maître comprit alors que la racine de son âme était la même que celle de Ben Yéhoyada. En rentrant d’Erets Israël, il rapporta avec lui des sacs emplis de la terre d’Israël.

La vie de la communauté était axée sur la Torah, et pourtant, des envoyés du mouvement libéral européen tentèrent de capturer des âmes intègres dans leurs filets.

En 1875, un professeur juif viennois du nom d’Obermeyer vint à Bagdad. Il était envoyé par les libéraux pour tenter d’introduire la réforme à Bagdad. Il commença à s’immiscer dans les affaires communautaires et se moqua des décrets que Rabbi Yossef ‘Haïm avait pris. Il écrivit même un article dans lequel il s’attaquait au Rav. Le jour même, la communauté proclama l’anathème contre l’impudent. Constatant que ses affaires tournaient mal, Obermeyer envoya une lettre d’excuses. Cela ne suffit cependant pas à annuler les décrets divins. La même semaine, Obermeyer reçut un télégramme lui annonçant le décès de sa femme et il dut partir précipitamment…

Le Rav Yossef ‘Haïm s’éteignit le 13 Eloul 5669 (1909). La terrible nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans tout le pays. Même le Pacha (gouverneur) ordonna aux gardes de l’armée d’escorter le cercueil pour honorer le défunt. Sa tombe se transforma rapidement en lieu de pèlerinage pour des milliers de Juifs d’Irak et du monde entier.

L’indépendance du pays n’entraîna aucune conséquence fâcheuse pour la tombe. Mais en 1962, les dirigeants irakiens décidèrent d’utiliser le lieu de sépulture du « Ben Ich ‘Haï » pour construire un ensemble immobilier, et ce malgré les protestations des Juifs du monde entier.

La tombe du Rav fut déplacée, sans que son nouvel emplacement ne soit dévoilé. Il fallut attendre la guerre du Golfe en 1991 pour retrouver la tombe du « Ben Ich ‘Haï ».

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