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Par Laly Derai

Alors que l’anneau juridique et policier se resserre autour de certains membres de cette mouvance, Hamodia rappelle d’où viennent ces jeunes.

jeunes des collines-2Ceux qu’on appelle les « jeunes des collines » préoccupent depuis maintenant près de dix ans police et gouvernement, rabbins et habitants de Judée-Samarie : au début inoffensive et seulement marginale, une partie d’entre eux a choisi ces dernières années la voie de la violence et de la délinquance. Alors que l’anneau juridique et policier se resserre autour de certains membres de cette mouvance, Hamodia rappelle d’où viennent ces jeunes.

Voici des semaines qu’ils font la Une des journaux : l’incendie de l’Église de la Multiplication des pains et des poissons à Tabgha sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade, le 18 juin dernier, a conduit à l’arrestation de plusieurs personnes affiliées à ce qu’on appelle les « jeunes des collines ». Ils sont soupçonnés d’avoir brûlé l’église, mais également d’avoir tagué un graffiti appelant à « retrancher les fausses divinités » sur l’un de ses murs.

Mais le sommet de l’horreur a été bien entendu atteint le vendredi 31 juillet à Douma, un village palestinien situé entre la région de Binyamin et la vallée du Jourdain, suite à l’incendie qui a causé la mort du petit Ali Dawabsha, un an et demi, puis de son père, Saad, décédé une semaine plus tard de ses blessures. Leur maison a été consumée par des bouteilles incendiaires jetées à l’intérieur. Des graffitis avec les mots « vengeance » et « Vive le roi Machia’h » en hébreu ont également été découverts sur place et conduit les autorités à parler d’« acte terroriste juif » dès les premières heures de l’enquête.

Les Palestiniens, quant à eux, parlent de dizaines d’actes de vandalisme et de jets de pierres perpétrés depuis plusieurs mois et dénonçaient jusqu’à la semaine dernière, ce qu’ils appellent l’incompétence des autorités qui n’étaient pas parvenues à mettre la main sur les auteurs de ces actes criminels.

Qui sont ces nouveaux « jeunes des collines »?

jeunes_des_collines3Comme pour toute communauté sociale ou ethnique en Israël, il est quasiment impossible de définir avec précision les jeunes des collines.

On peut toutefois établir quelques éléments de base : le mouvement des « jeunes des collines » est apparu peu de temps après la destruction du Goush Katif, et réunissait quelques centaines d’adolescents, déçus par la politique adoptée par les habitants juifs de la bande de Gaza et la droite en général.

Pour rappel, les opposants au plan de retrait avaient tracé la limite à la lutte contre ce qu’ils considéraient comme un acte immoral, un suicide, une terrible erreur : il n’y aura pas de violence, un Juif ne portera pas la main sur un autre Juif. Mais, déjà, d’autres voix se faisaient entendre à cette époque et en particulier celles de jeunes gens issus du sionisme religieux.

Face à eux, les habitants du Goush Katif eux-mêmes, des rabbins et le conseil des habitants de Judée et de Samarie. Leurs cris ne seront pas entendus, l’expulsion se déroulera dans les pleurs, dans la tristesse, dans les cris, mais pas dans la violence.

Quelques mois plus tard, en février 2006, le gouvernement d’Ehoud Olmert décide de démanteler le quartier d’Amona, près d’Ofra, au nord de Jérusalem. Déjà, les premiers signes d’une nouvelle ère sont palpables : plus d’accolades entre soldats et habitants, mais des cris de rage. 300 personnes sont blessées, majoritairement des manifestants. Pour les jeunes présents sur les lieux, Amona a été la vengeance du Goush Katif, l’exemple de ce qui aurait dû se passer si on les avait écoutés.

Le résultat est pourtant le même : les maisons du quartier ont été détruites, les bulldozers qui ont écrasé les maisons du Goush Katif sont les mêmes que ceux qui ont réduit les maisons d’Amona à un amas de pierres.

Dix ans plus tard, le scénario se répète, mais à l’envers : à Beth El, où deux bâtiments en construction sont détruits sur ordre de la Cour suprême, les manifestants affrontent les policiers et les soldats, parfois avec violence. Dix jours plus tard, une maison vide et une route d’accès sont détruites, sur ordre de la même Cour suprême, à Eli, à quelques kilomètres de Beth El, dans le plus grand calme : les habitants ont choisi de ne pas se battre contre les soldats venus réaliser l’ordre de justice, aussi injuste soit-il.

Et les années passant, certains, parmi ces jeunes, se radicalisent.

jeunes des collines4Si, à ses débuts, ce mouvement consistait en une poignée de marginaux, venus des quatre coins du pays, refusant toute autorité, qu’elle soit parentale ou rabbinique, et qui avaient choisi de vivre sur des collines, en bergers, certains parmi eux parlent aujourd’hui ouvertement de « révolte » contre l’État d’Israël.

C’est le cas par exemple de Méïr Ettinger, 24 ans, signalé comme « l’homme le plus dangereux de l’extrême droite israélienne » par le Shin-Beth, les services de sécurité intérieure.

Ettinger a été placé depuis dimanche en détention administrative par les autorités. Or, rien ne prédisait à l’origine que le jeune homme allait choisir cette voie. Il est certes le petit-fils du rabbin Meir Kahana, fondateur du parti d’extrême droite Kach, mais ses parents font partie de la branche « légaliste » du sionisme-religieux, respectueuse à l’extrême des lois du pays, et adoptant à l’égard de l’État d’Israël le plus grand respect.

Mais lui, comme ses amis au sein du mouvement qu’ils ont appelé « Haméred » (la révolte), se sont peu à peu radicalisés au fil des années jusqu’à la formation d’un groupe dont l’objectif serait, selon le Shin-Beth, de « provoquer des troubles violents dans la région jusqu’au renversement du régime en Israël ».

Depuis l’incendie de la maison des Dawabsha, les membres de Haméred sont ciblés par les services de sécurité, qui ont procédé à de nombreuses arrestations au-delà de la ligne verte, mais aussi à l’intérieur du petit Israël. Nombreux parmi les « jeunes des collines » n’ont en effet pas grandi dans les localités de Judée-Samarie. Ils viennent de Jérusalem, Péta’h Tikva, Yad Binyamin…

– Oublier les « raccourcis »… Jeunes des collines, habitants des « territoires », terrorisme juif, prix à payer… Autant de termes qui, mélangés ensemble, donnent un brouillard empêchant de cibler les véritables menaces.

Car si on veut être le plus précis possible, il faudrait parler d’une mouvance appelée les « jeunes des collines », à l’intérieur de laquelle on trouve un noyau, minoritaire, d’activistes du « Tag Mé’hir », les fameux auteurs d’actes de vandalisme perpétrés régulièrement sur des cibles palestiniennes et israéliennes. Parmi ces délinquants du Tag Mé’hir, on trouve désormais une nouvelle cellule, violente celle-ci, qui se révolte contre l’État d’Israël, considéré comme trop laxiste à l’encontre de la population arabe et trop sévère à l’encontre des colons.

Les membres de cette cellule sont dans la ligne de mire des services de sécurité depuis plusieurs mois, mais le Shin-Beth peine à trouver les éléments pouvant mener à des inculpations. La raison : les membres de cette cellule, ultra-idéalistes, refusent de coopérer avec les autorités et gardent un silence obstiné durant leur interrogatoire. Par ailleurs, impossible d’infiltrer cette cellule dont les membres sont manifestement triés sur le volet par ses dirigeants ultra-méfiants.

Il s’avère que la majeure partie des membres de Haméred n’ont pas grandi dans une implantation. Il s’agit majoritairement d’adolescents ayant quitté le système scolaire et étant souvent en porte-à-faux avec leurs parents. Attirés par les grands espaces que leur offrent la Judée et la Samarie, ils vivent dans des sortes de communes et travaillent dans l’agriculture et l’élevage de bétail.

Les frictions avec les Palestiniens sont régulières, les jets de pierres mutuels également. Arrêtés par la police, ils apprennent peu à peu les méthodes des services de sécurité et passent ensuite, pour certains, à la vitesse supérieure dans la délinquance. Les autres « se rangent » aux alentours de 20 ans, lorsqu’ils se marient et doivent se préoccuper de ramener un salaire à la maison.

Après l’incendie de Douma, Israël a opté pour la main de fer à l’encontre des « terroristes juifs ». Les mises en détention administratives/préventives se multiplient, même si, pour le moment, rien n’a encore permis de découvrir qui a franchi une nouvelle étape dans la violence et choisi de lancer délibérément une bouteille incendiaire dans une maison habitée…

Laly Derai

http://www.hamodia.fr/

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