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Attaqué, Israël fait face

par Laly Derai

Voici maintenant un peu plus d’une semaine que la vague terroriste touche Israël. Dans ce nouveau round du combat qui nous oppose depuis plus de 160 ans au monde arabe, les civils sont atteints au cœur même des villes, dans un rituel qui semblait appartenir au passé du début des années 2000. Hamodia a voulu savoir ce que ressentaient ceux qui vivent cette actualité tragique ; ceux dont les voisins sont majoritairement arabes ; ceux qui, chaque jour, empruntent le tramway de Jérusalem, sans savoir s’ils vont se faire caillasser sur la route ; ceux encore qui vivent en Samarie et craignent de prendre la route.
silwanEldad Rabinovitch, Kfar Hachiloa’hn Silwan ou Kfar Hachiloa’h, en hébreu. 19 000 habitants, dont 500 Juifs. Le tout à quelques dizaines de mètres du Kotel. Un lieu chargé d’histoire, mais aussi de conflits.

Pour Eldad Rabinovitch, qui vit en plein cœur d’une population palestinienne hostile depuis plus de dix ans, avec son épouse et leurs six enfants, pas question de laisser transpirer ne serait-ce qu’une once de défaitisme face au quotidien hors du commun qu’il vit depuis son mariage. Il est avocat, son épouse, Mira, est assistante sociale. Ils sont arrivés au Kfar Hachiloa’h, littéralement le village du Chiloa’h, quelques mois après leur mariage.

« Nous sommes tous les deux nés à Jérusalem et nous cherchions à nous rapprocher du Kodech. Nous sommes tout de suite tombés sous le charme du village ».

Malgré les difficultés. Le couple Rabinovitch a loué sa maison via l’association Atéret Cohanim, qui fait depuis des années, et dans la plus grande discrétion, l’acquisition de maisons en plein cœur des quartiers à population majoritairement arabe, à Jérusalem.

Pour rentrer chez eux, les habitants juifs de Silwan doivent déposer leur véhicule dans le parking de la Cité de David, en contrebas du Kotel, puis emprunter une voiture blindée pare-balles.

Arrivés chez eux, ils sont placés sous surveillance constante d’agents de sécurité payés par l’État.

Chaque déplacement, depuis l’accompagnement des enfants aux maternelles et jusqu’à l’achat d’un litre de lait, doit être planifié face à la société de surveillance. Et à l’intérieur même du quartier, les incidents sécuritaires sont quotidiens « même si nous préférons passer la plupart d’entre eux sous silence », explique Eldad.

Mais tout cela vaut la peine d’être vécu : « Il n’y pas beaucoup de lieux en Israël où il est possible de se relier tant à l’Histoire de notre peuple. Les familles yéménites qui ont peuplé le quartier, il y a plus de 120 ans, y ont acheté en monnaie sonnante et trébuchante de nombreux bâtiments. Mais leur histoire n’a pas été retenue dans le narratif sioniste. Peut-être parce qu’ils étaient trop attachés à la tradition. Quoi qu’il en soit, les massacres de 1921 et 1929 les ont forcés à fuir Silwan et ce n’est qu’il y a onze ans que les premières familles juives sont revenues à Silwan, grâce à l’action de l’association Atéret Cohanim ». Une association qui cherche à acquérir d’autres bâtiments dans le quartier, afin de créer une continuité territoriale juive avec la Cité de David.

« Nous attendons qu’un généreux donateur comprenne l’importance de cette action… », souligne Eldad.

C’est donc un quotidien assez difficile que vivent les 500 Juifs vivant dans le village du Chiloa’h, et ce quotidien l’est devenu d’autant plus ces dernières semaines. Mais à nouveau, Eldad refuse de se plaindre : « L’État d’Israël investit énormément pour notre protection et la police est ultra-présente dans le quartier. Nous sommes prêts à faire de nombreux sacrifices pour vivre ici, car nous savons que par notre présence, la Cité de David, mais aussi le Kotel sont plus sûrs. Il suffit de vérifier combien d’incidents sécuritaires étaient enregistrés à Ir David et au Kotel avant que nos familles ne s’installent à Silwan. Nous sommes, de facto, le bouclier du Mur occidental. Nous sommes en première ligne. Et nous en sommes fiers ».

Pourtant, le prix payé par les habitants des quartiers arabes de Jérusalem est lourd. Et les enfants d’Eldad et Mira n’y ont pas échappé, puisque le rav Néhémia Lavi, assassiné durant Souccot, était leur instituteur au Talmud Torah Moria. « Ils ont pris ça très mal, mais ma femme est assistante sociale, elle connaît malheureusement ce genre de situation et je pense qu’ils réussiront à surmonter cette épreuve ».

Quant à la réponse qu’il attend de l’État face à la vague de terrorisme, Eldad Rabinovitch l’énonce en des termes très clairs : « Si Silwan ressemblait au quartier huppé de Ré’havia, les choses se dérouleraient comme elles se déroulent à Ré’havia. Mais si Silwan ressemble à Gaza… ».

Selon les habitants juifs de Silwan, le problème principal est lié au fait que la loi n’est tout simplement pas appliquée dans les quartiers arabes.

« L’Etat n’a pas encore décidé de gouverner à Jérusalem. Si construire une maison sans permis est le standard, si les commerçants n’imaginent même pas payer la TVA, si un magasin peut se permettre de vendre des produits foncièrement anti-israéliens sans être inquiété par la police, alors on se dirige lentement vers l’anarchie. Lorsque la loi sera respectée de la même manière à la rue Hagaï (où ont été assassinés le rav Lavi et Aharon Bénitah NDLR) qu’à la rue Ibn Gabirol à Tel-Aviv, nous verrons beaucoup moins de violence ».

Pisgat Ze'evIsabelle Fhima, Pisgat Zéev… Au nord de la capitale se trouve l’un des plus grands quartiers de Jérusalem : Pisgat Zéev.

Depuis l’inauguration du tramway, qui relie ce quartier au centre-ville, en passant par les quartiers arabes de Chouafat et Beth ‘Hanina, la présence arabe est de plus en plus ressentie. Une situation assez mal vécue par Isabelle Fhima : « Depuis le début des événements, nous ne prenons plus le tramway. Ma fille a subi des jets de pierres alors qu’elle se rendait à son travail et depuis, elle préfère prendre le bus. J’avoue que je la comprends, même si j’ai du mal à accepter que ce soient eux qui nous dictent notre quotidien ».

Selon Isabelle, l’ambiance dans le tramway est « malsaine » : « Ils nous lancent des regards désagréables, on ne se sent pas tranquilles ».

Il y a quelques jours, alors que les forces de l’ordre avaient bétonné la maison d’un terroriste responsable d’un attentat, les habitants du quartier arabe de Chouafat sont descendus dans la rue : « Mon amie, qui vit juste à la lisière, a eu très peur. Elle ferme ses fenêtres de jour comme de nuit et ne laisse pas ses enfants jouer dans le jardin », indique-t-elle. Isabelle a d’ailleurs choisi de garder sa fille avec elle, vendredi : « Je ne voulais pas la laisser rentrer seule en bus ».

Quant aux employés arabes des nombreux commerces du quartier, Isabelle craint qu’ils ne se soulèvent un jour : « Nous connaissons un Arabe chrétien, qui ne fait vraiment pas peur. Mais lorsqu’il nous a dit, aujourd’hui, que cette terre appartenait à ses ancêtres, nous avons commencé à nous poser des questions ».

Elle va d’ailleurs assez loin puisqu’elle affirme qu’il faudrait arrêter de fournir du travail aux Palestiniens de Jérusalem : « Ils se sont rendus indispensables, à nous de leur montrer que nous pouvons nous passer d’eux. Peut-être, alors comprendront-ils ce qu’ils ont à perdre ».

ramléElicha Touati, Ramlé 17 Arabes israéliens ont été arrêtés samedi lors de violentes manifestations qui les ont opposés aux forces de l’ordre dans les villes mixtes de Nazareth, Ramlé et Lod.

ramlé 2Quelques jours lus tôt, c’est à Yaffo que des affrontements ont fait plusieurs blessés, alors que des individus cagoulés ou la tête entourée d’un keffieh ont manifesté, scandant le slogan « Par le sang et par le feu, nous te libérerons Palestine ».

Pour Elicha Touati, installé avec sa famille à Ramlé depuis 2008, les tensions existent, certes, mais elles sont contenues dans certains quartiers. Elicha et sa famille font partie de ce que l’on appelle le Garin Torani de la ville. Un peu partout en Israël, mais majoritairement dans les villes de la périphérie, s’installent des Garinim, (noyaux en hébreu), dont l’objectif avoué est de s’intégrer à la population originaire et de participer à la vie spirituelle de la ville.

C’est dans ce cadre qu’il est membre du plusieurs forums de discussion auxquels participent des directeurs d’associations juifs, comme arabes : « Tout au long de l’année, on sent qu’un véritable effort est fait pour maintenir le calme ».

Elicha affirme que dans son quartier, majoritairement juif, on n’a pas constaté de heurts entre Juifs et Arabes. « Mes filles continuent d’aller à la synagogue seules ».

Par contre, un de ses amis, qui habite dans un autre quartier, a un fils qui s’est fait agresser. « On lui a jeté des pierres, il s’est fait insulter… ».

Mais la plupart des incidents sont passés sous silence : « De gros efforts sont fournis pour calmer le jeu et je suppose qu’il y a deux raisons à cela. La première est politique : la mairie n’a pas envie que la ville se taille une réputation de ville violente. La seconde est sécuritaire : si Ramlé est considérée comme le centre des émeutes, elle risque d’attirer de jeunes excités – le profil type des récents terroristes – qui risquent bien de commettre de nouveaux actes de violence… ».

judée samarie2En Judée-Samarie, la vie continue, malgré tout

Les attentats meurtriers de cette nouvelle vague de violence ont touché en plein cœur les habitants juifs de Judée-Samarie : Eytam et Naama Henkin, qui vivaient dans la localité de Néria, ont été assassinés près d’Itamar, le rav Néhémia Lavi était le fils de l’une des familles qui ont fondé la localité de Beth-El et Aharon Bénita vivait à Bétar, dans le Goush Étsion.

Mais si la direction politique des implantations a choisi de s’installer devant le bureau du Premier ministre, pour manifester contre sa politique jugée trop laxiste, le quotidien des habitants des localités n’a pas vraiment changé.

Des mesures de sécurité plus importantes ont été prises à l’entrée des yishouvim, des lettres de recommandation ont été envoyées par mail aux habitants des localités, mais le calme continue de régner à l’intérieur des villages et leurs habitants continuent de prendre la route pour rejoindre leur lieu de travail, faire leurs courses ou encore se détendre.

« Nous devons nous souvenir que nous avons déjà vécu des moments difficiles, et que nous les avons surmontés. Depuis l’époque de la première Intifada, puis la seconde, la présence juive en Judée-Samarie s’est établie, renforcée et élargie, et nous savons que, D.ieu soit loué, dans l’épreuve, nous ne sommes pas seuls », a ainsi écrit Avi Roé, qui dirige le conseil des localités juives de Judée-Samarie.

Un mode de pensée apparemment adopté par la majorité des habitants des implantations…

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