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Nous savons par tradition qu’« il n’y a pas une chose au monde qui n’apparaisse pas dans la Torah » (cf. Taanit 9/a). C’est-à-dire que chaque petit détail de l’univers figure à un endroit ou l’autre de la Torah, explicitement ou par allusion.

Le Gaon de Vilna va encore plus loin : il affirme que même les événements de l’histoire – du plus petit au plus grand – apparaissent dans les versets de la Torah. Il disait ainsi que les mots « Even Chléma » [« un poids exact »] font allusion à sa propre personne, puisqu’ils peuvent se lire : « E. ben Chlomo » – c’est-à-dire Eliyahou fils de Chlomo.

Dans l’histoire suivante (rapportée par le Mayan HaChavoua), nous voyons comment un verset peut livrer des lectures multiples, et permettre de dénouer des cas fort complexes.

L’histoire se déroula en Égypte, il y a plus de deux cent cinquante ans. Le fils d’un homme extrêmement fortuné, âgé d’à peine dix ans, quitta un jour soudainement la maison de ses parents, sans laisser de traces. Bien vite, on comprit qu’il ne s’agissait pas d’une fugue passagère, et l’enfant coupa tout contact avec sa famille. Les ans passèrent, le père richissime décéda et ses deux fils restants héritèrent de sa fortune.

Bien des années plus tard, un homme se présenta à la demeure des héritiers, affirmant qu’il était leur frère disparu. Il expliqua que pendant trente ans, il avait vagabondé à travers le monde, voyageant là où ses pas le conduisaient. De retour en Égypte, il avait appris que ses parents étaient décédés, et il venait à présent percevoir sa part de l’héritage. Ses deux frères le pressèrent de mille questions, l’interrogèrent sur leurs parents, leurs serviteurs, les meubles de leur demeure et certains épisodes de leur enfance. Et comme ses réponses semblaient satisfaisantes, ils lui proposèrent une coquette somme d’argent pour le dédommager.

Mais le nouveau venu n’en démordait pas : il exigeait qu’on fasse appel à un expert, qui estimerait la fortune familiale et déterminerait la somme à laquelle correspondait un tiers de leur richesse. A cette annonce, les deux frères s’emportèrent : « Tu n’es pas notre frère ! Nous ne te donnerons pas le moindre sou ! » La situation s’envenima, et en fin de compte, le litige aboutit au palais royal.

Le monarque égyptien mena alors son propre interrogatoire : « Où étais-tu pendant ces trente dernières années ? Pourquoi n’as-tu pas pris contact avec ta famille ? » L’homme expliqua que pendant une très longue période, il avait été retenu en captivité en Inde, et qu’il avait été coupé du monde extérieur. Ce n’était que récemment qu’il était parvenu à fuir sa geôle et à rejoindre l’Égypte. L’interrogatoire se poursuivit pendant de longues heures, les plus brillants conseillers du roi y prirent également part, mais en vain : personne ne parvint à confirmer ou infirmer les dires de cet homme.

Le vice-roi laissa alors échapper ces mots : « Nous voilà à nouveau dans la même situation que notre ancêtre Pharaon ! » Il faisait référence au célèbre récit de la Torah, dans lequel tous les ministres du Pharaon s’avouèrent impuissants à interpréter correctement les songes du monarque. « S’il en est ainsi, annonça le roi, nous suivrons le même conseil que lui : qu’on aille quérir le premier Juif que l’on trouvera dans la rue. Car nul n’est aussi sage que ce peuple ! »

A cette époque, vivait dans la capitale égyptienne un orfèvre juif du nom d’Aharon Pardo. Il était un homme simple, modeste et sans prétention. La moitié de sa journée, il la passait dans sa boutique d’orfèvrerie, et l’autre moitié il la consacrait à l’étude de la Torah.

La nuit précédant ces faits, Aharon Pardo fit un rêve étrange : il se vit entrer dans une magnifique synagogue, décorée d’ornements luxueux et remplie d’une nombreuse assistance. Pendant l’office, on sortit les rouleaux de la Torah de l’Arche sainte et on les ouvrit à la section de Térouma. Le bedeau le fit appeler pour la première montée, et l’officiant commença la lecture de la Torah. Mais lorsqu’il arriva au verset : « Les barres, engagées dans les anneaux de l’arche, ne doivent pas la quitter » (Chémot 25, 15), le lecteur fit une erreur : au lieu de dire « les anneaux de l’arche [HaAron] », il lut « les anneaux d’Aharon » !

Toute l’assistance le reprit, mais l’officiant répéta obstinément : « Les anneaux d’Aharon. » Le rêve s’acheva alors brutalement, et Aharon Pardo se réveilla.

Le matin, il se leva et alla prier, troublé par son rêve. Celui-ci ne lui laissa de répit que lorsqu’il arriva dans son commerce d’orfèvre. Absorbé par le travail, il finit par oublier l’étrange songe. Pendant la journée, une vieille femme entra dans sa boutique et demanda à voir des bagues serties de pierres précieuses. Cette femme n’était pas une cliente ordinaire : elle avait l’aspect d’une rustre paysanne, visiblement guère coutumière à ce genre d’endroit. Suspicieux, notre orfèvre lui demanda : « Avez-vous de l’argent ? De tels joyaux coûtent extrêmement cher ! » La vieille femme répondit : « Pour le moment, je n’ai pas encore d’argent. Mais je viens déjà me renseigner des prix, car demain je serai très riche ! »

« Et par quel miracle vous enrichirez-vous en un si court laps de temps ? » l’interrogea le ciseleur. « Mon fils, expliqua la paysanne, mène un litige contre des gens très fortunés. Et aujourd’hui même, la sentence va être prononcée en sa faveur. »

La vieille femme bavarda encore longuement, faisant l’éloge de son fils qui lui avait promis de la sortir de son petit village et de lui offrir de grandes richesses. Finalement, elle s’en alla en assurant qu’elle reviendrait le lendemain pour acheter quelques belles bagues.

La paysanne sortit, et un riche client entra à sa suite. Cet homme lui fit la demande suivante : comme son épouse ne pouvait se déplacer, il voulait que le commerçant le suive jusque chez lui en emportant quelques-unes de ses plus belles pièces, afin que sa femme puisse choisir celle qui lui plairait. Le commerçant accepta, il ferma boutique et suivit le client. Mais alors qu’ils marchaient dans la rue, ils croisèrent une troupe de la garde royale. A la vue de l’orfèvre juif, les soldats l’accostèrent et lui intimèrent de les suivre sur-le-champ jusqu’au palais royal, par ordre du monarque.

Rempli de crainte, Aharon Pardo gravit les escaliers de marbre du palais et fut conduit à travers de nombreux couloirs jusqu’à la salle du trône. En y pénétrant, il fut saisi de stupeur : la salle était en tout point identique à la magnifique synagogue de son rêve, à cela près qu’à la place de la bima, se dressait le trône royal. En présence des princes et des parties impliquées, le roi lui communiqua les détails de l’affaire et lui demanda d’exposer son point de vue.

Qu’allait-il bien pouvoir répondre, lui, modeste ciseleur n’ayant aucune compétence en la matière ? C’est alors que certains détails de son rêve lui revinrent à l’esprit. D’une voix sûre, il s’adressa au présumé héritier et lui demanda : « Dites-moi, votre nom ne serait-il pas tel et tel ? » A ces mots, l’homme blêmit. Sans le laisser répondre, Aharon Pardo reprit : « N’êtes-vous pas le fils de telle femme, originaire de tel village ? » L’effet de surprise eut raison de l’homme : il s’effondra sur le coup, et avoua avoir tout inventé pour s’approprier les biens des riches héritiers…

Pendant ce temps, toute l’assistance continuait d’observer l’orfèvre juif, abasourdie : comment était-il parvenu à éventer le complot ? Celui-ci ne tarda pas à s’expliquer : « Dans mon songe, l’officiant prononça ‘les anneaux d’Aharon’ au lieu des ‘anneaux de l’arche’. Je compris alors que grâce à mes propres anneaux – les bagues que je vends – ‘les barres [HaBadim] apparaîtront’. Grâce aux bagues que cette vieille femme est venue regarder, les menteurs [badim] ont pu être percés à jour ! »

Le roi s’exclama alors : « Il n’est pas étonnant que la nation qui possède cette Torah soit si sage ! »

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