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Sabbataï Tsevi est né en 1626 à Smyrne (porte actuellement le nom de Izmir et ce situe actuellement en Turquie) dans ce qui était à l’époque l’Empire Ottoman. Il est né le jour de la commémoration de la destruction du premier et second Temples de Jérusalem. Selon la tradition rabbinique, la date de la destruction du second Temple devait-être aussi celle de la naissance du Messie.

Premier signe de la manifestation messianique de Sabbataï

Sabbataï reçu une parfaite éducation religieuse, talmudique et kabbaliste.Cependant, Sabbataï souffrait d’une psychose maniaco-dépressive, à laquelle s’ajoutait certains éléments de paranoïa. Il passait d’un état d’exaltation à une état de dépression.

En 1648, il « entendit » la voix de Dieu lui dire : « Tu es le sauveur d’Israël, le Messie, le fils de David, l’oint du Dieu de Jacob et tu es destiné à opérer la rédemption d’Israël (= communauté juive), à rassembler à Jérusalem les juifs des quatre coins de la Terre ».

La même année, Sabbataï annonça ouvertement qu’il était le Messie et prononça le nom de Dieu (ce qui est interdit dans le judaïsme). Le rabbin Joseph Eskapha, qui était son maître, le blâma et le déclara hors-la-loi. Toutefois, les rabbins ne l’on pas exilé sur le champs mais seulement trois ans après car ils prenaient en considération le fait qu’il n’avait pas toute sa tête. Il fut tout de même exilé car ses transgressions devenaient de plus en plus grave. En dehors de ses phases d’illuminations et de dépressions, Sabbataï avait une bonne éducation et possédaient une érudition solide.

La folie de Sabbataï

Après son expulsion de Smyrne, Sabbataï se rendit à Salonique. Les habitants ne connaissaient pas les périodes d’illuminations jusqu’au jour où Sabbataï invita les plus grands rabbins à un banquet où il érigea un dais nuptial, y apporta un rouleau de la Torah et procéda à une cérémonie de mariage entre lui-même et la Torah. Les rabbins furent profondément ébranlés. Sabbataï donna une explication mystique selon laquelle chaque homme qui aimait la Torah pouvait-être considéré comme son fiancé ou son mari mais les rabbins ne furent pas rassurés par cette explication douteuse. Ils l’accusèrent de folie et l’obligèrent de se retirer.

Sabbataï fut exclu de Salonique et arriva à Constantinople (= Istanbul) en 1658 où son séjour se termina par un scandale. Il apporta un très gros poisson, habillé en nourrisson et le mit dans un berceau. Les rabbins en furent étonnés et se plaignirent du bouleversement de la cervelle d’un homme si savant mais ils n’exclurent pas Sabbataï et attribuèrent, comme leur coreligionnaire de Smyrne, son attitude à la maladie mentale. Sabbataï expliquait son acte au moyen du symbolisme astrologie : la rédemption d’Israël aurait lieu sous le signe des poissons et le berceau indiquait le progrès vers la rédemption totale d’Israël.

La même année marqua un tournant dans les agissements de Sabbataï. Il affirma qu’il avait reçu une nouvelle loi et de nouveaux commandements, à savoir que l’ancienne loi incarné par la Torah était abrogé. Les nouvelles lois prônaient la transgression des anciennes et s’élevèrent au stade de préceptes religieux. Sabbataï considérait les péchés comme étant des actes saints. Cependant, lors de ses phases normales, il demeurait fidèle à la pratique juive traditionnelle.

Les rabbins de Constantinople ordonnèrent à Sabbataï de quitter la ville et il se rendit à Smyrne après cinq ans d’absence. Son retour ne causa aucun trouble et il resta trois ans avant de se diriger vers Jérusalem en 1662. Une fois à Jérusalem, Sabbataï adopta son comportement habituelle : illumination ==> dépression ==> état normal. Il reçu plusieurs coups de fouet lors de ses états d’illuminations.

Les rabbins chargèrent Sabbataï de se rendre en Egypte pour récolté des fond car la communauté juive de Palestine était très pauvre car les taxes dans cette région était très importante. Une fois sur place, il épousa Sarah qui était aussi connue comme folle et comme étant une sorcière. Elle était connue pour prédire l’avenir avant de faire connaissance avec Sabbataï. Lors de son séjour en Egypte, Sabbataï voulu mettre un terme à ces périodes d’illuminations/dépressions et pratiqua plusieurs exorcismes mais ce fut en vain. Cependant, il eu une longue de période sans être pris dans la spirale illuminations/dépressions.

jewish_east_mediterranea-svgNathan le Prophète

Nathan de Gaza était un juif ashkénaze qui vivait à Jérusalem où la majorité des juifs étaient séraphades. Il était le meilleur disciple du rabbin Jacob Hagiz.

nathan_of_gazaNathan est né vers 1643/1644 et demeura la plupart du temps en compagnie de son maître jusqu’en 1664. Le rabbin Jacob Hagiz maria sa fille avec Nathan et ce dernier partie vivre à Gaza chez sa belle famille. Nathan était totalement à la charge de son beau-père car la coutume voulait que le disciple puisse pleinement étudier la religion. Une fois à Gaza, Nathan étudia la Kabbale, chose qu’il n’avait pas fait lorsqu’il était encore à Jérusalem.

Nathan ne tarda pas à avoir des visions qui le marquera à vie : il vit une colonne de feu qui lui parlait et parfois elle était semblable à un visage humain.

Il étudia la Kabbale lourianique (= Kabbale de Isaac Louria) sous la direction des anges. Il eu même la vision de toutes les phases de la création, de la Merkaba (= sphères des sephiroth) à l’apparence d’AMIRAH (= le Messie).

La littérature kabbalistique mentionne souvent la possibilité d’étudier grâce à des « révélations ». De nombreux kabbalistes reçurent les visites de mentors célestes appelé « Maguidim » qui leur apportaient la sagesse divine. Il faut savoir que les juifs attendent l’époque messianique, c’est-à-dire l’époque de la venue du Messie. Pour atteindre cette époque, il y a deux façon de procéder :

1 / Faire de bonnes actions pour hâter la venue du Messie
2 / Laisser le temps s’écouler jusqu’à la venue naturelle du Messie mais cette façon de faire est plus longue que la première.

Au cours de son extase, l’ange révéla à Nathan : « C’est maintenant le temps de la fin ultime ». Cela désigne la fin définitive qui surviendra à une date fixé initialement, indépendamment des mérites d’Israël. L’ange lui révéla aussi de croire au Messie sans être témoin d’aucun signe extraordinaire ou miracle.

Nathan commença à exercer la fonction de directeur spirituel auquel venait s’adresser ceux qui recherchaient le tiqoun (= réparation de leur âmes). Il suivait en cela les traces d’Isaac Louria dont les disciples disaient qu’il était capable de lire les pêchés secrets des gens sur leur visages et qu’il leur prêchaient le tiqoun adéquat.

Le monde juif était imprégné de la Kabbale lourianique et donc Nathan ne pouvait que faire bonne impression.

Des pénitents à la recherche du tiqoun de leur âmes venaient le voir et il leur imposait des jeûnes prolongés et d’autres sévères mortifications (= pratique religieuse qui consiste à s’imposer une souffrance ou une privation comme la flagellation dans le but de faire pénitence). Nathan pratiquait aussi sur lui-même ces actes mortifères.

Sabbataï et Nathan se rencontre à Gaza

Sabbataï entendit parler de Nathan et abandonna sa mission en Egypte pour se rendre à Gaza afin de trouver la paix de son âme. Quand Nathan le vit, il se jeta à terre et déclara que Sabbataï avait une âme très élevée pour laquelle aucun tiqoun n’était nécessaire car il était le Messie.

sabbaitaiNathan parla à Sabbataï en privé et lui révéla sa vision. Sabbataï ne traversait pas de phase d’illumination et contesta la révélation. Sabbataï et Nathan passèrent les semaines suivantes ensemble et ce fut l’occasion pour Nathan de prouver la véracité de sa prophétie et convaincre Sabbataï de sa mission messianique.

La veille e la Pentecôte, Sabbataï sombra dans la dépression et ne put assister à la lecture rituelle de la veille de Chavouot (= l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme, prescrites par la Bible, au cours de laquelle on célèbre le début de la saison de la moisson du blé et, dans la tradition rabbinique, le don de la Torah sur le mont Sinaï) aux côtés de Nathan.

Ce dernier tomba dans un profond malaise proche de la syncope et une voix ce fit entendre à travers ses lèvres :

« Vous, écoutez Nathan, mon bien-aimé, et agissez selon sa parole. Vous, écoutez Sabbataï Tsevi, mon bien-aimé. Car vous connaissez la louange du rabbin Hamnuna l’ancien (= un des héros mystique du Zohar), et Moïse était un homme humble ».

Le message fut répété à trois reprises.

Il faut noter que la syncope est une perte de connaissance qui se distingue du coma car il est possible de revenir rapidement d’une syncope contrairement au coma où la perte de connaissance est plus longue.

Il faut aussi noter que les phénomènes de Maguidim (= les voix qui s’échappent des lèvres des kabbalistes plongé dans un état de transe d’inconscience) se rapproche de l’état de syncope.

Lorsque Nathan fut remis de sa transe, il fit sa première proclamation messianique…

Sabbataï Tsevi était digne de régner sur Israël (= la communauté juive). Sabbataï sortie de son état de mélancolie et se rendit auprès de Nathan qui lui réaffirma et confirma ses prophéties antérieurs. Les propos de Nathan commencèrent à trouver des échos dans l’âme angoissé de Sabbataï. Trois jours après, Sabbataï retomba en état d’illumination et proclama qu’il était le Messie.

Naissance du mouvement sabbataïste

Le 31 mai 1665 marque le début du mouvement sabbataïste.

Un prophète et un roi s’étaient levés en Israël, mais le peuple n’accepta le roi que parce que le prophète avait confirmé son règne.

Sabbataï avait expliqué à Nathan son droit de transgresser la loi divine et même à l’ordonner à d’autre en vertu d’un privilège social. Ces lois ne pouvaient-être transgressé que de manière temporaire.

Sabbataï décréta l’abolition du jeûne du 17 Tarmouz.

Les rabbins de Jérusalem s’opposèrent à cette décision et se considéraient comme les gardien de la tradition juive.

Les juifs de Gaza, Hébron et Safed rejoignirent en majorité le camp des sabbataïstes. Sabbataï avait nommé à Gaza douze rabbins qui devaient l’accompagner à l’emplacement du Temple, pour y offrir un sacrifice.

Il faut savoir que l’esplanade des mosquées était autrefois l’emplacement du Temple de Salomon, aujourd’hui il ne reste plus que le mur ouest qui est un vestige du second Temple de Salomon.

Sabbataï se rendit dans la mosquée d’Omar car elle fut construite à l’emplacement même des vestiges du second Temple de Salomon qui fut détruit par les romains en l’an 70 après J.C.

Cette action de la part de Sabbataï symbolisait le début de reconstruction du Temple de Salomon.

Les rabbins de Jérusalem déchirèrent leur vêtements en signe de deuil pour le blasphème commis et aussi parce qu’ils craignaient les conséquences fâcheuses pour la communauté juive que pouvait entraîner cette pénétration dans un sanctuaire musulman, surtout que cette mosquée n’est pas anodine car il s’agit d’une mosquée construite sur l’emplacement où le second Calife de l’islam, ‘Omar Ibn Al-Khattab, s’était prosterner pour faire sa prière à la suite de la conquête de Jérusalem en 638 après J.C.

Les rabbins envoyèrent un message à Sabbataï où ils lui demandèrent : « Pourquoi veut-tu amener Israël à la mort et pourquoi détruit-tu l’héritage du Seigneur ».

Sabbataï abandonna son projet mais frappa des mains et s’écria : « Malheur ! C’était si proche et c’est maintenant si loin. »

Sabbataï demanda l’autorisation au cadi turc (= juge musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses) de monter à cheval dans les rues de la ville bien que la loi ottomane interdisaient aux juifs de monter à cheval.

Sa requête fut accordée et il monta plusieurs fois sur son cheval, vêtu d’un manteau vert qui symbolisait ses intentions mystiques. Cela eu un impact sur les sabbataïstes qui voyaient dans cet exception la confirmation que Sabbataï était vraiment le Messie tant attendu.

L’excommunication de Sabbataï

Shabbetai Tzvi / Sabbetai The False Messiah on the throne . ST : 22 July 1626 possibly 30 September 1676 . Jewish rabbi and Kabbalist who claimed to be the long awaited Jewish Messiah .
Shabbetai Tzvi / The False Messiah on the throne

Un incident éclata lorsque Sabbataï plongea dans une nouvelle phase d’illumination et poussa dix juifs à manger de la graisse de rognons en récitant : « Béni sois-tu, ô Seigneur, qui nous permet ce qui est interdit ».

Cette attitude montre l’affirmation d’un messianisme révolutionnaire antinomiste (= qui ne respecte pas la loi) et symbolisent les nouvelles lois et commandements révélés à Sabbataï Tsevi depuis 1658.

Sabbataï s’attaquait directement aux traditions sacrées de la loi et en abolissant les interdits comme l’inceste ou la fornication. En autorisant la transgression, Sabbataï brisait un tabou et incitait les autres à faire comme lui.

La reconnaissance du Messie dépendait du crédit accordé au Prophète et c’est ainsi que les rabbins devinrent les disciples de Sabbataï après que les plus éminents d’entre eux avaient interrogé Nathan et avaient admis que l’esprit reposait en lui. Les rabbins envoyèrent des lettres confirmant la prophétie de Nathan dans toutes la diaspora.

D’autres rabbins accompagnèrent Nathan dans ses voyages et il leur demanda de prier sur les tombes d’anciens sages. Cependant, tous les rabbins n’avaient pas adhéré au sabbataïsme et Sabbataï fut excommunié par les rabbins de Jérusalem.

Jacob Tsemah, âgé de 80 ans, était l’autorité suprême en matière de Kabbale à Jérusalem et il s’opposa violemment au mouvement sabbataïste et réussi à réduire l’influence de Sabbataï à Jérusalem. C’est lui qui fut de ceux qui obligèrent Sabbataï à quitter la ville.

Les rabbins envoyèrent des lettres aux rabbins de Constantinople pour les avertirent du comportement de Sabbataï et ces derniers envoyèrent à leur tour ces lettres à Smyrne.

Si les adversaires de Sabbataï furent assez puissants pour le chasser de Jérusalem, ils ne purent arrêter le progrès du mouvement. La présence du « vrai » prophète dont les discours, contrairement aux actions de Sabbataï, étaient compréhensif par tous, pesait plus que l’excommunication décrétée par les rabbins.

Nathan avait réussi à expliquer les agissements étranges de Sabbataï mais ces explications ne s’adressaient qu’à une audience restreinte d’une élite kabbaliste adepte du lourianisme.

Nathan affirmait que le comportement du Messie, aussi étrange que cela puisse paraître, était essentiellement un tiqoun (= acte de rédemption) d’une profonde signification mystique.

L’enthousiasme provoqué par Sabbataï au sein de la communauté juive

Après le départ de Sabbataï et Nathan de Palestine, le mouvement s’intensifia en leur absence dans cette même région.

Des légendes sur des miracles qu’ils auraient accompli se répandaient. Pourtant, Nathan avait précisé qu’Israël (= communauté juive) devait croire au Messie sans le secours de signes extraordinaires.

Sabbataï quitta Jérusalem et arriva à Alep le 20 juillet 1665. Sur son chemin vers Alep, il passa par Safed et Damas et partout où il arrivait, cela provoquait de remarquables effets dû à son charisme. Hommes, femmes et enfants devenaient enthousiastes, tombaient à terre et balbutiaient des prophéties. Le phénomènes fut d’abord circonscrit aux endroits où, par présence physique de Sabbataï, l’attente messianique se transformait en extase collective. Mais bientôt la vague prophétique gagna des contrées qui n’avaient jamais reçu Sabbataï et ne le recevraient jamais.

Sabbataï fut reçu avec beaucoup d’honneur à Alep. En arrivant, il n’afficha aucune prétention messianique et ne révéla rien sur lui-même. Il demanda à être traité comme n’importe quel autre rabbin et à être appelé à la lecture de la Torah dans la synagogue non en tant que roi messianique, comme certains le prétendaient dans des lettres de Gaza, mais en tant que simple rabbin. La foi et l’enthousiasme des juifs d’Alep ne connurent pas de bornes.

Après le passage de Sabbataï à Alep, beaucoup de juifs se déclaraient prophète ou prophétesse.

Il surgit vingt prophètes et quatre prophétesses. Certains tombaient à terre devenant froids, sans poux, et sans mouvements, la bouche ouverte, de laquelle sortait une voix extraordinaire qui proférait des paroles hébraïque et disaient en finissant : « Sabbataï Tsevi, notre messie et notre sanctificateur. »

Sabbataï n’était pas accompagné de Nathan qui était resté à Gaza.

Ce dernier envoya des lettres à diverses communautés juives de la diaspora pour leur annoncer la véracité du messianisme de Sabbataï. Les foules commencèrent à se presser pour venir consulter le Prophète et lui demander le tiqoun. Les pénitents venaient en groupe de toutes les villes de Palestine. Nathan leur annonçait l’imminence de la rédemption.

L’essentiel du message de Nathan consistait dans son appel au repentir et à la prière. Gaza fut la première communauté à répondre à son appel, vite suivi par les autres communautés de Palestine. Quand chaque groupe achevait les pénitences imposés par Nathan, ces derniers se réjouissaient dans une grande fête avec danses et banquets. Un nouveau calendrier fut instauré et commencèrent l’année du règne de Sabbataï.

C’est à cette époque, à Gaza, que commença à être utilisé le nom sous lequel Sabbataï serait désigné par ses disciples : AMIRAH. Ce terme est formé des initiales des mots hébreux : « Notre Seigneur et Roi, que sa majesté soit exalté ! »

Nathan prédit la conquête de l’Empire Ottoman par Sabbataï

Les mois qui suivirent le départ de Sabbataï, Nathan continuait à recevoir des révélations de Maguidim et à entendre des voix céleste. Le 5 septembre 1665, Nathan entendit une « voix dans l’académie céleste proclamant que le Messie, fils de David, se révélera au monde dans un an et quelques mois », c’est-à-dire que « le royaume du Messie se révélera ».

Nathan prédit que Sabbataï prendra le pouvoir en Turquie à la place du Sultan musulman sans guerre et que ce dernier sera son serviteur. Ceci est sensé se passer un an après l’écriture de cette lettre.

Nathan annula toutes les dévotions de la Kabbale lourianique car l’aube de l’ère du Shabbat cosmique était arrivé et nécessitait de nouvelles lois. Pour Nathan, seul la croyance au Messie était nécessaire, plus besoin des actes comme preuve de sa foi.

Ceci s’explique par le fait que tous les kabbalistes s’accordent à reconnaître que la Torah est essentiellement immatérielle. A la suite du péché d’Adam et du veau d’or, la Torah se serait matérialisée et les hommes devaient accomplir des commandements matériels. A l’âge messianique, quand le tiqoun (= rédemption) sera accompli et les effets du pêché dissipés, toutes choses seront rétablies dans leur spiritualité initiales et l’application pratique et « matérielle » de l’observance traditionnelle des commandements cessera automatiquement. La Torah sera défaite de son enveloppe matérielle et une nouvelle Torah sera révélée à Sabbataï qui sera la Torah originelle, céleste, celle de l’Arbre de vie. Sa révélation implique l’abolition des normes du permis et de l’interdit, du pur et de l’impur.

Diffusion de l’apparition du Messie en Europe

La date de l’apparition du Messie en Europe est le 5 octobre 1665 en Italie.

sabbatai europeDes rumeurs se propagèrent bien avant que les informations concrètes au sujet de Sabbataï le soit à leur tour. Ces rumeurs parlaient du retour des tribus perdue d’Israël. Ces tribus perdues n’étaient autre que l’armée des dix tribus perdues d’Israël.

Ces tribus étaient sensés se trouver en Arabie et avaient assiégé La Mecque. Les rumeurs allèrent en s’aggravant et l’on passa du siège de La Mecque à la destruction complète du sanctuaire musulman, la Kaaba. Le Sultan turc aurait offert Alexandrie et Tunis en échange de La Mecque mais les tribus perdues demandèrent toute la terre sainte, à savoir la Palestine.

L’armée des tribus perdues d’Israël accordent la liberté de conscience sauf aux musulmans qu’ils tentent de faire disparaître totalement. Ces rumeurs allèrent à l’encontre des propos de Nathan qui affirma qu’il n’y aurait pas de massacres sauf celui des chrétiens de Pologne et d’Allemagne.

Sabbataï et Nathan attendaient la rédemption grâce aux chants et hymnes plus que par l’exploit militaire.

L’hostilité s’installe entre les croyants et les infidèles

L’hostilité des rabbins de Jérusalem n’avait pas décru. Des lettres de Sabbataï à ses fidèles arrivèrent à Jérusalem portant la signature suivante : « Je suis le Seigneur votre Dieu, Sabbataï Tsevi ».

C’était la formulation qu’utilisa désormais Sabbataï pour indiquer sa nature supérieure et divine. Les protestations de certains rabbins de Jérusalem na parvinrent pas à la Diaspora.

Sabbataï arriva à Smyrne sans Nathan. Contrairement à Gaza, Smyrne était un centre commercial important et très peuplé qui comprenait une communauté juive de plusieurs milliers d’âmes et une colonie de négociants européens chrétiens.

La famille de Sabbataï le reçurent avec enthousiasme.

Les rabbins qui avaient prit des mesures contre Sabbataï en 1648 ne firent rien. Sabbataï arriva en septembre 1665 et resta silencieux jusqu’en décembre de la même année. La situation se transforma et les symptômes familiers de l’illumination réapparurent.

Une délégation venue d’Alep arriva à Smyrne pour rendre hommage au Messie. La combinaison de la venue de la délégation et la phase d’illumination de Sabbataï provoqua une explosion d’hystérie collective.

Sabbataï prêchait en public et poussait les autre à faire de même sous prétexte mystico-kabbalistique.

Les rabbins de Smyrne avaient des doutes sur la messianité de Sabbataï et la prophétie de Nathan. Les disciples des rabbins déclarèrent ouvertement que les écrits de Nathan n’étaient pas inspirés par Dieu mais par les forces des ténèbres.

Parallèlement, l’enthousiasme des sabbataïstes ne faisait que s’accroître. La « bonne nouvelle » avait ouvert dans leur vie une source de joie et d’exaltation. Cette excitation amenait à un point critique la tension qui se développait entre les deux camps formé au sein de la communauté juive.

Les croyants et les infidèles ne parlaient pas la même langue.

Les croyants voyaient un monde nouveau devant leur yeux et ils acceptaient toutes les nouvelles messianique littéralement et sans aucune réserve. Leur foi immense en Sabbataï avait fait de leur univers un miracle au sein duquel tout était possible.

La violente réaction de Sabbataï envers les non croyants

Quand Sabbataï appris que les rabbins de Smyrne avaient délibéré à son sujet, il devint furieux. Il réagit en proclamant un jour de prières publiques.

Ses disciples passèrent une journée entière dans la synagogue où Sabbataï adopta le comportement en phase avec ses illuminations. Les rabbins étaient divisés au sujet de Sabbataï et les rabbins non croyant voulaient exercer leur colère contre le Messie mais les sabbataïstes étaient prêt à défendre Sabbataï.

Le 11 décembre 1665, Hayim Peña, un des plus riche marchand juif de Smyrne et non croyant eu un vif échange avec les sabbataïstes. En résultat de violente échauffourées mais comme le Shabbat commençait la foule se dispersa.

La synagogue portugaise était le quartier général des non croyant, Sabbataï eu une réaction violente à leur égard le lendemain matin. Sabbataï abrégea les récitations du matin à la synagogue et se rendit à la synagogue portugaise avec ses disciples. Les non croyant de la communauté portugaise avaient fermé les portes par peur d’une attaque des sabbataïstes. Sabbataï demanda une hache et brisa les portes. La foule ravagea la synagogue mais Hayim Peña s’était enfui.

Sabbataï interrompit leur prière et annonça : « Aujourd’hui, vous êtes exempts de l’obligation de la prière » et il prit dans son sac une édition imprimée du Pentateuque déclarant qu’elle était plus sacré que les rouleaux de la Torah, ce qui est contraire à la loi rabbinique. Il la lu et nomma son frère aîné Elie roi de Turquie. Son autre frère fut nommé Empereur de Rome. Il distribua des nombreux royaumes à ses disciples, hommes et femmes, et les obligea à prononcer le nom ineffable de Dieu. Le grand rabbin Aaron Lapapa fut démis de ses fonctions et il fut remplacé par Hayim Benveniste qui reconnut et honora Sabbataï. Il réussi à entraîner de nombreuses personnes à en faire autant. Sabbataï exposa les raisons kabbalistique de son action : en brisant les portes, de « nombreuse qelipot des forces maléfiques furent cassés ».

Sabbataï émancipe la femme de son rôle traditionnel

Sabbataï introduisit une nouvelle innovation : il appela les femmes à la lecture de la Torah.

Il envisageait un changement du statut des femmes. Il rêvait d’une réforme radicale de la condition de la femme.

Sabbataï commença à s’opposer, ouvertement et délibérément, à la distribution traditionnelles des rôles dans le comportements des deux sexes. Il bafoua toutes les règles de décence en offrant un banquet au cours duquel hommes et femmes dansèrent ensemble alors que lui-même se retira dans une autre pièce avec sa première femme avec qui il avait divorcé (= il ne s’agit pas de Sarah avec qui il était encore marié).

Il leur promettait de les délivrer de la malédiction d’Ève : « Malheur à vous, misérable femmes à cause du pêché d’Ève devez enfanter dans la douleur, qui êtes assujetties à vos époux qui décident de tout ce que vous faites. Bénies soyez-vous car je suis venu vous rendre libres et heureuses comme vos époux; car je suis venu pour éliminé le pêché d’Adam ».

Ces paroles étaient révolutionnaires pour un juif de Smyrne en 1665.

Il semble qu’une nouvelle façon d’aborder la chose et une vision utopiste de l’égalité des sexes avaient pris place dans l’esprit de Sabbataï. C’est peut-être là que nous devrions chercher la motivation de son mariage avec Sarah qui était une femme de mauvaise réputation. Sabbataï a pu être attiré par l’audace de Sarah, la prostituée, dans la mesure où il rêvait d’une réparation du pêché d’Adam et du rétablissement de la femme dans sa liberté originelle.

Sabbataï semble avoir été le premier à vouloir l’émancipation de la femme, bien qu’il n’avait pas la capacité de donner à cet idéal une forme et un contenu définis.

Sabbataï se rend à Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman

Sabbataï se proclama Messie le lundi 14 décembre 1665.

Il changea la date du Shabbat du samedi au lundi.

sabataiconstantinople-1214285040Il se rendit chez le Cadi turc (= juge musulman) et calomnia ses trois principaux adversaires puis les accusa du crime de lèse-majesté (= attentat contre la personne du prince ou contre son autorité). Le Cadi le laissa reparti parce qu’il le croyait fou ou idiot.

Le mouvement prophétique s’étendit de Smyrne à d’autres communautés d’Asie mineure, des îles Égée et de Grèce.

Le négoce et le commerce à Smyrne en vinrent au point mort. La ville s’abandonnait à une atmosphère de fête, de réjouissance et d’exaltation.

Les banquets, les danses, les processions alternaient avec l’accomplissement des pénitences prescrites par Nathan. Même dans la froideur des mois d’hiver, nombreux sont ceux qui se rendaient à la mer pour se livrer à des immersions rituelles alors que d’autres se soumettaient à la flagellation.

Après qu’il eut la haute main sur sa ville natale, Sabbataï sentit qu’il n’y avait pas lieu de s’y attarder. Toutefois, une baisse notable de sa tension psychologique s’opéra à la fin de son séjour. Il embarqua sur un navire le 30 décembre 1665 avec 3 ou 4 rabbins qui figuraient sur la liste des rois. L’épouse Sabbataï, Sarah resta à Smyrne pendant que son époux se dirigea vers Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman.

A Constantinople, la tension grandissait dans l’attente de Sabbataï.

Les nouvelles extraordinaires de Smyrne avaient divisé la communauté en deux et le nombre d’opposants étaient loin d’être négligeable. Ceux qui doutaient de la messianité de Sabbataï et de la prophétie de Nathan, n’attendaient aucunement la passation du pouvoir du Sultan turc aux mains de Sabbataï et ne pouvaient qu’attendre le pire pour la communauté juive.

Les révoltes étaient fréquentes dans l’Empire Ottoman et quand elles échouaient, elles étaient l’objet d’une répression impitoyable.

Les dirigeants de la communauté juive de Constantinople savaient que les autorités turcs les tiendraient pour responsables de la conduite de la communauté juive. Le souci de la communauté en plus de leur propre sort les poussa à agir, surtout que les autorités turcs avaient reçu des informations au sujet de l’agitation révolutionnaire régnant chez les juifs.

Les sabbataïstes de Constantinople se préparaient à la rencontre avec le Messie et se laissèrent aller à des conversation dangereuses et provocatrices : « Ces abusés ne parlaient que de guerres et de l’établissement prochain de leur monarchie qui devait renverser le croissant et fouler aux pieds toutes les couronnes de la chrétienté ».

L’arrestation de Sabbataï par les autorité turcs

Le Grand Vizir, Ahmed Köprülü, ordonna l’arrestation de Sabbataï.

Il était connu comme un homme qui refusait de verser le sang inutilement. Les autorités turcs se rendirent à Smyrne pour arrêter Sabbataï, mais ce dernier avait déjà embarqué pour Constantinople. Le navire de Sabbataï fut abordé par deux navires turcs près du détroit des Dardanelles et Sabbataï fut arrêté.

sabbatai 5Ce qui inquiétait le Grand Vizir, n’était pas le mouvement sabbataïste en lui-même, mais la cessation des activités commerciales de la communauté juive qui jouait un rôle extrêmement important dans le commerce Turc.

De plus, le nombre important de juifs se rendant en Palestine en abandonnant leur famille créa un grave problème social. A Constantinople, le fond de charité ne répondait plus aux besoins réels.

Sabbataï fut amener devant le Divan (= conseil du Sultan Ottoman) présidé par le Grand Vizir. Contre toute attente, Sabbataï ne fut pas exécuté comme le pensait les chrétien et les musulmans mais il fut emprisonné à la prison de Gallipoli.

Les juifs voyaient cela comme un signe de la messianité de Sabbataï et continuèrent à lui rendre visite dans sa prison après avoir versé 100 000 réaulx au Grand Vizir. Ce dernier leur proposa même de relâcher Sabbataï, s’ils lui versaient 100 000 réaulx de plus mais Sabbataï refusa l’offre car il ne voulait pas utiliser ce moyen « car de grandes choses devait se produire dans quelques jours ».

Le refus de Sabbataï augmenta sa réputation ainsi que le désir de rédemption des juifs.

Sabbataï ne s’étonna pas de son emprisonnement car selon lui, bien qu’il s’était extrait de la prison des qelipots (écorces), ces derniers pouvaient encore se saisir de lui et donc ralentir l’accomplissement de sa mission.

Sabbataï fut emprisonné et non exécuté pour la simple et bonne raison que le Sultan et le Grand Vizir allaient devoir s’absenter pour diriger les troupes ottomans contre les tatares et le Sultan ne désirait aucun affrontement à Constantinople en son absence.

Sabbataï Tsevi et Néhémie Cohen, la confrontation de deux Messie

Le nombre de juifs qui allèrent visiter Sabbataï dans sa cellule de prison à Gallipoli ne cessait d’augmenter et ces derniers ne regardaient plus aucune dépense pour rendre hommage au Messie.

Les geôliers turcs en profitaient pour s’enrichir et Sabbataï a joui d’une réelle liberté de mouvement derrière les murs de la forteresse. Dans le pavillon qui lui servait de résidence, la « Sainte Fraternité » (= un groupe de croyants qui comportait des rabbins et des sages) ainsi que d’autres juifs, avaient acheté les geôliers afin d’être autorisé à rester à l’intérieur de la forteresse ou a s’y rendre quotidiennement.

A partir de son emprisonnement, Sabbataï se prend désormais pour le fils unique de Dieu en plus d’être le Messie.

Tobias Cohen affirme que des musulmans croyaient en Sabbataï et les autorités turcs en furent alarmés.

Néhémie Cohen, qui était un érudit et le plus grand kabbaliste de Pologne, entama un voyage pour rendre visite à Sabbataï.

Avant d’aller plus loin, il est important de comprendre que dans le Judaïsme rabbinique, il y a deux messies :

– Le Messie fils de Joseph
– Le Messie fils de David

Le Messie fils de Joseph précédera le Messie fils de David et mourra avant la venue du Messie fils de David. Le Messie fils de Joseph devra aussi annoncer la venu du Messie fils de David. Le Messie fils de David sera celui qui apportera la rédemption aux juifs et élèvera la communauté juive au-dessus de toutes les autres nations. Viendra par la suite les temps messianiques.

Néhémie Cohen se considérait comme le Messie fils de Joseph alors que Sabbataï Tsevi, lui, se considérait comme le Messie fils de David.

Contrairement à Sabbataï, Néhémie n’était pas reconnu par la communauté juive comme étant le Messie fils de Joseph. Lors de leur rencontre, Sabbataï lui proposa une reconnaissance mutuelle mais Néhémie était obstiné à ne pas reconnaître Sabbataï comme étant le Messie fils de David. D’ailleurs, Néhémie affirmait que son ministère n’avait pas commencé et de ce fait, le Messie fils de David ne pouvait s’être manifesté de son vivant.

Le sujet du Messie fils de Joseph devint préoccupante pour les sabbataïstes et un gros problème car avant Sabbataï, le Messie fils de Joseph ne s’était jamais manifesté.

Néhémie accusa Sabbataï de plonger Israël dans un piège mortel à travers ses mensonges et ses prétentions perfides. Il le traita de séducteur et de renégat qui méritait la peine de mort selon la loi juive. Après ses accusations, il dû fuir car sa vie était en danger et il alla dénoncer Sabbataï aux autorités turcs.

Avant l’arrivée de Néhémie, le Sheikh Mahmoud qui vivait près du détroit des Dardanelles fit une déposition accompagné de plusieurs notables turcs à l’encontre du commandant local qui autorisait tout ce remue-ménage dont il tirait profit.

Sabbataï se converti à l’Islam

En septembre 1666, les autorités turcs d’Andrinople vinrent chercher Sabbataï et d’un seul coup, l’excitation qui régnait à Gallipoli s’estompa.

sabatai 6Les disciples de Sabbataï furent chassés et ils n’accordèrent pas à Sabbataï le temps de faire ses adieux à ses disciples. Il fut escorté jusqu’à la cour du Sultan.

Une vive émotion régnait parmi les juifs d’Andrinople, la majorité d’entre eux pensaient que l’heure était venue où le Messie allait prendre la couronne du Sultan et prendre sa place comme cela fut prédit par Nathan.

Devant le Sultan, Sabbataï nia avoir joué un rôle dans l’agitation messianique des juifs puis il fit un long discours en niant toutes les folies que l’on lui attribuait.

Il fut demander à Sabbataï de produire un miracle pour prouver ses prétentions messianique mais il en fut incapable. Finalement, le Sultan offrit à Sabbataï le choix entre la mort ou la conversion à l’Islam.

Sabbataï choisit de se convertir.

Le Sultan accepta et Sabbataï changea son nom en Mehmed Effendi. Il endossa la fonction de gardien des portes du palais.

Sarah apostasia à son tour sous le parrainage de la mère du Sultan et changea son nom en Fatima Cadine.

L’effet de la conversion de Sabbataï sur les juifs

Pour les juifs, le Messie pouvait soit triomphé, soit mourir martyr mais il était inconcevable qu’il apostasiât.

Beaucoup de sabbataïstes revenus de leur illusions devinrent des ennemis de Sabbataï et donnèrent libre cours à leur colère et le maudirent.

Certains ennemis de la première heure de Sabbataï rendirent grâce à Dieu d’avoir permis l’apostasie de Sabbataï « car s’ils l’avaient tué, les disciples du Messie auraient dit qu’il était mort d’une mort médiatrice en vu du rachat de sa génération ».

Malgré cela, une partie des juifs continuèrent à croire en Sabbataï.

Le choc de la conversion de Sabbataï aurait du détruire la foi et l’espérance envers ce faux messie mais les sabbataïstes continuèrent à croire en lui car « le royaume qui s’était établi dans leur for intérieur ne pouvait plus périr ».

Ils finirent par affirmer que la rédemption était plus vaste que la simple libération de la communauté juive du joug des goy/gentils (= non juifs).

Gershom Scholem affirme que : « Malgré sa grotesque absurdité, ce triste dénouement avait quelque chose de véritablement tragique. Un renouveau national, nourri par la tradition et l’expérience historique de nombreuses générations, avait éveillé, pour la première fois depuis la destruction du second Temple, la totalité de la communauté juive. La crise précipité par l’apostasie de Sabbataï fut un moment tragique dans l’histoire d’Israël. Mais la tragédie portait en elle les germes d’une nouvelle conscience juive ».

La plupart des juifs qui crurent en Sabbataï, notamment à Smyrne et Constantinople, persévérèrent dans leur foi.

De Sabbataï Tsevi à aujourd’hui

Sabbataï Tsevi est couramment présenté comme le fondateur d’une secte juive qui a infiltré l’islam en 1666, et cette secte existerait toujours, connue sous le nom de Dönme ou Donmeh en Turquie. De nos jours ces personnes se trouveraient aux plus haut postes des Etats du monde. Ce sont eux qui seraient à l’origine du génocide arménien et de la chute du Califat musulman avec l’aide de la franc-maçonnerie…. !

D’ailleurs, selon les protagonistes de cette thèse, une large partie de l’occultisme de la franc-maçonnerie serait basée sur des rites sabbataïste puisque le sabbataïsme va aussi infiltrer le christianisme en Europe à travers le frankisme, qui n’est qu’une autre forme du sabbataïsme.

Le frankisme vient de Jacob Frank qui se présente comme étant la réincarnation de Sabbataï Tsevi environ un siècle plus tard.

FrankEn 1759, en Pologne, Jakob Frank se présenta comme la réincarnation de Sabbataï Tsvi. Il assura être le nouveau Messie et se convertit au catholicisme.
Dix mille à vingt mille juifs le suivirent : clandestinité, transgression de la Loi juive, rejet du Talmud et de la Torah tout en restant fidèle, en secret, à la Kabbale et au Zohar.

Ses successeurs connurent une ascension fulgurante, le mouvement se transforma en secte hérétique qui dévia vers le nationalisme et l’antisémitisme.

« Les Frankistes (étaient) voués, non seulement à l’éradication et à l’humiliation de la majorité de la communauté juive, qui refusait d’accepter leurs écarts … mais à celle de toutes les religions, et ils ont exploité les idéaux sionistes pour déguiser leur quête de domination du monde. Les Frankistes ont cru que … tout ce qui avait été interdit [par la Torah] était maintenant permis, voire obligatoire. Cela comprenait les unions sexuelles interdites, les orgies et l’inceste … »

« Malgré le fait qu’ils étaient extérieurement religieux, Les Frankistes cherchaient l’anéantissement de tout système de religion et de croyance positif, et ils rêvaient d’une révolution générale qui balaierait l'[ordre social] du passé d’un seul coup … pour Jacob Frank, la destruction anarchique représentait tout l’éclat luciférien, tous les tons et les harmoniques du mot la Vie. »

Citant le livre de Frank « Les paroles du Seigneur », Jüri Lina écrit : « Il croyait que Dieu était le mal. Frank se proclamait lui-même comme le vrai Messie. Il faisait vœu de ne pas dire la vérité, de rejeter toute loi morale, et a déclaré que la seule voie vers une nouvelle société passait par la destruction totale de la civilisation actuelle. L’assassinat, le viol, l’inceste et la consommation de sang étaient des actions et des rituels parfaitement acceptables. »

Alors une question s’est tout à coup posée :

Comment un obscur kabbaliste de Smyrne, se proclamant Messie en 1665, a-t-il pu répandre dans la diaspora juive une euphorie de fin du monde ?

Comment les « croyants » de Sabbataï Tsevi ont-ils pu trouver un sens et une logique dans un Messie qui ne put jouer son rôle de roi rédempteur que pendant trois semaines, un Messie fugitif et incarcéré (février 1666), un Messie apostat (septembre 1666), puis un Messie mourant paisiblement sous le nom de Mehmet Pacha, maître d’hôtel en Bosnie (1676)?

Voilà quelques-unes des énigmes qu’un jeune professeur de la jeune Université Hébraïque de Jérusalem chercha à résoudre quand, en 1927, il partit en mission pour chercher dans les fonds manuscrits européens des renseignements sur les origines de ce mouvement messianique et les tournures paradoxales et antinomiques qu’il allait prendre.

Gershom Scholem, l’envoyé de Jérusalem, conçut son hypothèse quand il étudia, à Oxford, le Maguen Avraham, l’un des premiers textes théologiques du sabbataïsme, et quand il attribua cet écrit à un marrane portugais, Abraham Michaël Cardoso.

 » C’est dans l’expérience particulière des judéo-convertis, nous dit-il, dans la psychologie marrane donc, que se trouve enfouie la clef concernant la plupart des questions du sabbataïsme et les soubassements les plus profonds de la nouvelle doctrine. « 

En effet, le mouvement sabbataïste apparaît à une époque où des milliers de juifs clandestins du Portugal étaient revenus publiquement à la foi de leurs ancêtres suite à de longues générations de clandestinité, voire d’apostasie pure et simple.

Les sectateurs du mouvement messianique, auraient-ils vu dans l’apostasie de leur Messie l’apothéose d’un drame tout semblable à celui qu’ils avaiet eux-mêmes vécu ?

Pour en savoir plus : Le « Messie mystique » et la Bourse d’Amsterdam, le 3 mai 1666 pdf

En réalité, la base populaire des communautés juives, imprégnée du messianisme, tentait de faire sauter le couvercle de la domination rabbinique, au moyen de la religion elle-même.

L’étude de la kabbale était vue de plus comme le moyen d’accélérer l’unification, de réaliser le tiqoun, la « réparation », la « restauration », la « réintégration. »

Le problème était que l’affirmation messianique ne pouvait, par conséquent, que se fonder directement sur principe kabbaliste. Cela signifiait que le messie devait être issu d’un monde « coupé » de Dieu, pour réaliser l’unification. Il portait en lui à la fois le mal et le bien, pour faire triompher le bien, unifiant l’en haut et l’en bas. Cela façonna de manière complète l’idéologie de Sabbataï Tsevi et du messianisme.

En effet, l’idée qui s’imposa est que la capacité à s’arracher au mal dépend de la force de la communauté juive à renforcer les « sephiroth. » Cette idée était déjà présente dans la loi orale juive, témoignant du même mysticisme : il y aurait à chaque génération un Messie potentiel, mais ne pouvant se révéler comme tel que si le processus « d’unification » est assez développée.

Cette interprétation fut catastrophique pour le judaïsme.

Lorsque Sabbataï Tsevi se proclama le messie, il eut une très grande partie de la population juive mondiale qui le suivit, mais il fut obligé de se convertir à l’Islam en raison de la répression de l’Empire ottoman.

Il prétendit alors que c’était nécessaire afin de faire semblant par rapport au mal, pour faire triompher le bien. Une nouvelle religion, en apparence musulmane et en réalité juive, se développa alors dans l’empire ottoman (les « sabbatéens » ou dönmeh).

En Pologne, Jakob Franck (1726-1791) tenta la même opération avec le catholicisme.

Ces faits ont alimenté les théories du complot dont certains sont si friands aujourd’hui et donna l’occasion aux conspirationnistes de s’offrir le luxe de mettre le nazisme sur le dos de ces juifs qui cherchaient la Rédemption Messianique, au détriment du Service Divin.

En voici un exemple :

« En prétendant se convertir, beaucoup de satanistes infiltrèrent et subvertirent toutes les religions, les organisations et les gouvernements importants. Ils sont les ancêtres du Sionisme, du Communisme, ainsi que du Fascisme et ils contrôlent la Franc-maçonnerie. Le Nouvel Ordre Mondial est leur but. En 1981, le rabbin Gunther Plaut décrivit le fondateur des Illuminati Jacob Frank dans un roman, et reconnu implicitement que les Nazis étaient sabbatéens. »

Mensonge éhonté, puisque Jacob frank n’a jamais fondé la secte des illuminatis !

Les Illuminés de Bavière furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt, elle eut à faire face à des dissensions internes avant d’être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785 et de disparaître peu après. De nombreux mythes et théories du complot ont prétendu que l’ordre survécut à son interdiction et qu’il serait responsable, entre autres, de la Révolution française, de complots contre l’Église catholique romaine ainsi que de la constitution du nouvel ordre mondial. ( Wikipédia)

Jacob Frank était un personnage ambitieux et influencé par les doctrines de Sabbataï. Il entre en relation avec la secte sabbatéenne des Dunmeh, en tant que réincarnation du pseudo messie du XVIIe siècle.

Il élabore alors une théologie cabalistique qui est un amalgame de croyances juives et chrétiennes, un système assez voisin de la Trinité chrétienne. La nature divine comporte trois incarnations séparées : le « Premier », Sabbataï Tsvi, le « Saint Seigneur » qui n’est autre que Jacob Frank lui-même et la « Dame », un Messie féminin, ou comme l’appelait Frank, la « Vierge », c’est-à-dire, une combinaison de la Chekhina avec la Vierge Marie.

Frank exige de ses adeptes un engagement à toute épreuve pour le nihilisme religieux. Le « vrai » croyant doit non seulement abandonner tout code moral ou religieux mais se livrer à des rites sexuels orgiaques. Pour garantir le succès de ses opérations, le croyant est tenu au silence. Il doit en outre passer d’une religion à l’autre, la finalité dernière étant d’atteindre la « connaissance secrète ». La conversion au christianisme n’est qu’un moyen d’atteindre cet objectif.

Après une excommunication à Brody en 1756, les frankistes obtiennent le soutien de l’évêque catholique de Kamieniec-Podolski. Celui-ci exige que les rabbins qui avaient prononcé le ban, viennent défendre le Talmud lors d’une dispute publique qui doit avoir lieu l’année suivante.

Les rabbins, ayant été déclarés vaincus dans la controverse, des milliers d’exemplaires du Talmud sont saisis afin d’être brûlés. Deux ans plus tard, une autre dispute est organisée au cours de laquelle les rabbins déjouent les menées de leurs adversaires.

Peu après, des milliers de frankistes se convertissent au catholicisme et Jacob Frank réussit à se faire baptiser une seconde fois dans la cathédrale de Varsovie. Mais lorsque le clergé polonais apprend que sa doctrine de la Trinité n’est pas identique à celle du christianisme, et que ses adeptes le considèrent comme le Messie, Frank est arrêté. Il reste treize ans en prison (1760-1773).

Après sa remise en liberté, il se rend à Brno puis à Offenbach, près de Francfort, où la secte se réorganise sous sa direction. Après sa mort en 1791, la secte continue de dégénérer jusqu’en 1817 sous la direction de la « Reine », Eva-Emouna, la sœur de Jacob, avant de disparaître définitivement.

L’épisode le plus sombre de l’histoire des frankistes, est l’accusation de meurtre rituel qu’ils portèrent contre l’ensemble de la communauté juive lors de leur controverse avec les rabbins de Lwow…

Les fait effrayant qu’un groupe juif, fut-il de rebelles ou d’hérétiques, ait prêté aide à l’action la plus abjecte des ennemis d’Israël, et mis en péril la communauté toute entière, a rendu impossible un effort de compréhension historique dans la plus stricte objectivité et la seule explication qui nous vient à l’esprit est celle de « l’Erev rav ».

Dans le ZOHAR, il est dit que l’’Erev rav se distingue au sein du peuple juif non seulement par son absence de comportements positifs mais encore par une panoplie de comportements négatifs qu’il résume ainsi : Nephilim, Guiborim, ‘Anakim et Réfaïm, ‘Amalekim, et il s’agit de cinq peuples symbolisant cinq défauts majeurs qui sont, plus ou moins, en chacun d’entre nous.

Nephilim : les anges déchus qui lorsqu’ils ont été incarnés dans des corps humains ont découvert que les filles des hommes étaient belles et ils se sont mis à cavaler (sexualité)…
Guiborim : les forts ( orgueil ) qui paient des fortunes pour que leur nom soit gravés partout…
‘Anakim et Réfaïm : ceux qui disent du mal des gens et de la Torah sans l’avoir pénétrée ni comprise. Médisance…

La première fois où apparaît la notion de ‘Erev rav dans la Torah se trouve dans le livre de Shemot {12,38} : « une foule nombreuse les avaient suivis », et Rachi explique qu’il s’agit d’un mélange de peuples qui se sont joints au peuple d’Israël au moment de la sortie d’Egypte …

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