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Après la répartition du campement des tribus d’Israël, la Thora présente les descendants de Moché Rabbénou et d’Aharon, le Cohen Gadol, mais ne cite finalement que les fils d’Aharon.[1] Rachi explique que ceux-ci sont considérés comme les fils de Moché, parce que ce dernier leur enseigna la Thora ; or celui qui enseigne la Thora au fils de son prochain est considéré comme s’il leur avait donné naissance.[2]….

ba midbar 2Le Maharal demande pourquoi seuls les enfants d’Aharon sont appelés « fils de Moché » et non pas le reste du peuple juif qui bénéficia, dans son ensemble, des enseignements de Moché Rabbénou. Il répond que l’instruction aux Bné Israël était le résultat d’un ordre reçu. En revanche, Moché en apprit plus aux enfants d’Aharon.
C’est cette Thora qu’il transmit volontairement qui lui valut le mérite d’être considéré comme leur père.[3]

Le rav Its’hak Berkovits chlita démontre, à partir d’un autre épisode du Séfer Bamidbar, qu’Hachem voulait précisément que Moché transmette la Thora de son plein gré. Dans Parachat Pin’has, Hachem lui demande de nommer Yéhochoua bin Noun comme successeur. Il dit à Moché de mettre sa main sur Yéhochoua, mais celui-ci plaça ses deux mains sur son disciple.

Pourquoi Hachem a-t-il demandé à Moché de ne placer qu’une main et pourquoi ce dernier se servit-il finalement des deux ?

Rav Berkovits répond qu’Hachem voulait que Moché utilise son autre main de son propre gré, afin qu’une partie importante de sa transmission à Yéhochoua soit volontaire. Moché comprit ceci et agit en conséquence.

Il nous faut encore comprendre pourquoi seul celui qui enseigne ad libitum est considéré comme ayant donné naissance à son disciple, pourquoi celui qui le fait par obligation ne reçoit pas cette marque d’approbation.

Rav Berkovits chlita explique que quand on devient parent, on donne de soi-même pour sa progéniture, parce que l’enfant fait partie intégrante de nous-mêmes.
Quand on enseigne la Thora à quelqu’un, on lui transmet une part de son essence spirituelle. Ainsi, on ressemble à celui qui enfante, à la différence que le parent biologique donne un aspect physique, tandis que l’enseignant transmet de son être spirituel.

L’explication du Maharal indique qu’un professeur ne donne de lui-même que quand il enseigne par désir, de plein gré, et pas seulement quand il en est obligé.

Ceci, parce que quand il enseigne par devoir, il ne peut pas se consacrer entièrement à l’autre, car il n’a pas l’intention sincère d’influencer l’autre et de le faire grandir à un niveau spirituel plus élevé, mais simplement de remplir son obligation. Par conséquent, le processus de transmission connaît une faille, au point que la Thora apprise n’est pas entièrement intériorisée par l’élève. C’est pourquoi le disciple n’est pas considéré comme l’enfant du professeur.

En revanche, lorsque l’enseignement est dispensé par volonté de partager les merveilles de la Thora avec l’autre, le maître transmet son essence spirituelle et elle passe chez l’élève.

L’enseignant est alors équivalent à un parent.

Ce principe s’applique à de nombreuses personnes et dans plusieurs situations ; un parent a le devoir d’enseigner la Thora à son enfant, mais s’il n’agit que par ‘hiyouv, son enfant le ressentira et la transmission en sera entachée.

On peut aussi prendre l’exemple de quelqu’un qui a passé une grande partie de sa vie à étudier en Yéchiva puis dans un kollel et qui, pour diverses raisons, décide d’entreprendre une carrière d’enseignant.

Sa motivation principale jouera un rôle significatif dans la qualité de son travail. Si c’est la situation financière qui l’oblige à travailler, il ne réalisera pas son plein potentiel de « continuateur » de la Tradition.

Dans cet ordre d’idées, le rav Na’houm Pirtzowitz zatsal répétait à ses disciples que la parnassa ne doit pas être l’élément principal qui stimule un enseignant à commencer son métier.[4]

Cette leçon est également pertinente pour une personne qui n’enseigne pas de manière fixe. Tout d’abord, nous pouvons tous être confrontés à des situations qui nous demandent de transmettre quelque chose à notre prochain, et ce qui nous y motive aura un rôle important quant à l’utilité de la leçon donnée.

Deuxièmement, le principe s’applique à toutes formes de don, pas seulement l’enseignement de la Thora.

Donner par obligation est bien moins louable que si l’on agit par désir d’aider notre prochain. Le destinataire du ‘hessed ressentira la contrainte et sera mal à l’aise de mettre la personne dans une situation qu’elle aurait préféré éviter[5].

De plus, il semble évident que le principe de rav Dessler – selon lequel plus on donne à l’autre, plus on l’aime — ne s’applique que quand on donne de plein gré et non pas par devoir.

Le fait de donner par manque de choix entraîne souvent un ressentiment.

Nous avons vu que Moché Rabbénou mérita le titre de « père » des fils d’Aharon, parce qu’il leur enseigna plus que ce qui lui incombait.

Puissions-nous tous mériter d’émuler Moché et de donner volontiers de notre Thora aux autres.

[1] Bamidbar, 3:1.
[2] Rachi, Bamidbar, 3:1.
[3] Gour Arié, Bamidbar, 3:1, oth. 1.
[4] Entendu de rav Berkovits
[5] Voir mon article sur Parachat Réeh, la valeur de l’amitié, où ce sujet est développé en détail.

Rav Yehonathan GEFEN

Source Torah-Box

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