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On peut lire cette semaine dans la paracha Mass’ei

« L’Eternel parla à Moché dans les plaines de Moav, près du Yarden, vers Yéri’ho, en disant: « Parle aux enfants d’Israël et dis leur : Quand vous aurez passé le Yarden pour atteindre la terre de Canaan, vous chasserez devant vous tous les habitants de ce pays, vous anéantirez tous leurs symboles, toutes leurs idoles en métal vous les anéantirez et vous ruinerez tous leurs hauts-lieux. Vous conquérrez le pays et vous vous y établirez, car c’est à vous que Je donne le pays pour en prendre possession » (Bamidbar 33, 50-53).

Parachath Mass'ei

La puissance de Ses œuvres

Le premier Rachi sur le ‘Houmach enseigne au nom du Midrach (Yalkout, Chémot 12, 2) :

« La Torah aurait dû commencer avec le verset : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois » qui constitue la première mitsva à laquelle le peuple d’Israël fut enjoint [en tant que peuple, Ndlr.]. Pour quelle raison alors commence-t-elle par [le récit de] l’œuvre de la Création (Béréchit) ? En vertu du verset : « La puissance de Ses oeuvres, D.ieu l’a racontée à Son peuple afin de lui donner l’héritage des nations » (Téhilim 111, 6) car lorsque les nations du monde diront à Israël : « Vous êtes des voleurs, car vous avez conquis par la violence les terres des sept nations de Canaan », le peuple juif répondra : « Toute la terre appartient au Saint Béni Soit-Il ; Il l’a créée et l’a donnée à qui est droit à ses yeux. Par sa volonté Il leur a donnée et par Sa volonté Il le leur a reprise et nous l’a donnée » » (Béréchit 1, 1).

Pourtant, commentant l’expression lakhem dans le verset :

« Voici le pays qui vous tombera en héritage – Zot haArets acher tipol lakhem béNa’hala » (Bamidbar 34, 2), un autre Midrach reprend ce même verset des Téhilim (111, 6), mais il en modifie la conclusion.

« « La puissance de Ses oeuvres, D.ieu l’a racontée à Son peuple afin de lui donner l’héritage des nations – Koa’h maassav iguid léAmo laTèt lahem na’halat goyim ».

Le Saint béni soit-Il a déclaré à Israël :

« Aurais-je pu créé une autre terre de convoitise (érets ‘hemda) que celle-là ? [Sous-entendu : que celle qu’il faut conquérir par l’expulsion de ses habitants, Ndlr.]. Car voilà, [Je ne l’ai fait que] pour vous (lakhem) montrer Ma puissance (ko’hi) ; Je vous fait hériter de vos ennemis devant vous, et vous donne leur terre, afin d’accomplir ce qui a été dit : « La puissance de Ses oeuvres, D.ieu l’a racontée à Son peuple afin de lui donner l’héritage des nations » » (Tan’houma).

La mitsva de prendre possession du pays d’Israël est nécessairement liée au dévoilement de la puissance divine, comme si la conquête d’érets Israël devait forcément passer par la mise en place du registre surnaturel des miracles.

Et pour cause :

« lorsque Yéhochoua combat pour la possession de la terre, il accomplit la volonté d’Hachem, Créateur du monde, qui décide souverainement qui doit en être propriétaire. Il ne cherche pas une terre pour y instaurer une royauté dans le but de fonder l’unité d’un peuple. La conquête de Yéhochoua est, avant tout, un acte religieux. L’idée de la force et de la puissance de son bras doit être totalement absente de son esprit et de l’esprit de ses soldats, puisque c’est D.ieu qui conduit la guerre, Son arche en tête des troupes ! » (rav Yaacov Poultorak zatsal, l’essence vraie du sionisme). Kedouchat haArets

C’est même de cette manière, par la force de la émouna, et seulement ainsi, que la terre d’Israël obtient sa kédoucha, cette valeur ajoutée que représente l’idée d’une « terre sainte », et que les nations précisément s’approprient, ou qu’elles remettent en cause…

A leurs yeux, en effet, il est légitime de nous désigner comme des « voleurs », puisque prétendre à une propriété sur la terre d’Israël qui puisse relever d’un ordre métaphysique et ne pas s’être hissé en même temps à la hauteur de cette figure inattendue de la propriété, c’est en quelque sorte usurper un droit…

« L’objection des peuples à la présence d’Israël sur sa terre, n’est donc pas tant un refus des règles du jeu de la conquête, qui somme toute appartiennent aux « lois de la nature », mais bien le fait que l’appropriation de la terre d’Israël par le peuple juif puisse avoir un caractère définitif et irréversible.

Ce qui dérange, ce n’est pas que les Juifs occupent érets Israël, mais bien qu’ils prétendent la détenir par la raison d’un droit divin, et qu’à ce titre la terre désormais « sainte » leur soit devenue inaliénable. Car, une fois que cette dimension métaphysique s’ajoute au principe du droit de la terre, ce sont les règles de la conquête elles-mêmes qui sont remises en cause (…)

« Toutefois, ajoute le rav, se conformer aux règles de la Torah ne met pas à l’abri le peuple juif de la critique prononcée par les nations sur son droit à la propriété d’érets Israël. Cette dimension reste secondaire tant que le fait de résider en Israël et de suivre les voies de la Torah ne s’inscrit pas dans une démarche de émouna plus radicale renouant avec la promesse faite à Avraham de l’héritage d’une terre où son génie éclatera, promesse renouvelée dans la Torah en maints endroits et reprise plus récemment par Né’hémia (9, 7) dans son exhortation : « C’est Toi Hachem qui a élu Avraham… et Tu lui a fait la promesse solennelle de lui donner le pays de Canaan ainsi qu’à sa postérité » » (rav Yaacov Poultorak zatsal, idem.).

Ainsi, malgré la discussion qui oppose Maïmonide à Na’hmanide sur le sens à donner à la mitsva de monter en terre d’Israël – alya léErets Israël – et la question de savoir si cette promesse faite à Avraham doit nécessairement prendre la valeur d’une condition reposant sur la possibilité toujours renouvelée de l’appropriation ou de la désappropriation de la terre, tous les avis reconnaîtront que la dimension spirituelle du peuple juif ne peut trouver toute sa dimension sans la possession de la terre.

Et que « posséder » la terre d’Israël ne peut se faire tant que ses habitants n’inscrivent pas leur démarche dans la continuité de cette promesse que reçut Avraham.

Car, conquérir Israël, c’est en faire l’héritage. Cela nécessite une démarche de croyant.

L’on comprend donc le choix de Rachi de revenir, dès le 1er verset de la Torah, sur l’importance de définir au plus près cette dimension attachée à la terre d’Israël à laquelle le peuple juif se doit d’accéder. Car en définitive, c’est la dimension spirituelle du peuple juif lui-même qui en dépend ; c’est le projet de la Création qui retarde son dénouement…

En souvenir du rav Poultorak zatsal, décédé roch ‘hodech Ména’hem-Av 5767. Par Yehuda Ruck,en partenariat avec Hamodia.fr

http://www.chiourim.com/

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