A partir de 1939, les autorités allemandes parquèrent les Juifs polonais dans des ghettos ou des zones réglementées. Créés à l’origine pour séparer les Juifs de la population non-juive, les ghettos servirent par la suite de bases pour l’extermination des Juifs d’Europe.

LA RESISTANCE DANS LES GHETTOS

Entre 1941 et 1943, des mouvements de résistance clandestins se développèrent dans une centaine de ghettos en Europe orientale sous occupation nazie (soit environ un quart des ghettos), en Pologne, en Lituanie, en Biélorussie et en Ukraine.

Leur but était d’organiser des soulèvements, des évasions des ghettos pour rejoindre les unités de partisans dans la lutte contre les Allemands.

resisance guetoLes Juifs savaient que les soulèvements n’arrêteraient pas les Allemands, et que seul un petit nombre de combattants pourrait s’échapper avec succès et rejoindre les partisans. Malgré cela, ils décidèrent de résister. Des armes furent introduites en contrebande dans les ghettos.

Les habitants des ghettos de Vilno, Mir, Lachva, Kremenets, Czestochowa, Nesvizh, Sosnowiec et Tarnow, entre autres, opposèrent une résistance farouche lorsque les Allemands commencèrent à déporter les populations des ghettos. A Bialystok, l’organisation clandestine conduisit une insurrection juste avant la destruction finale du ghetto en 1943. La plupart des combattants, des jeunes hommes et femmes, moururent au combat.

La résistance spirituelle dans les ghettos

Les privations dans le ghetto et la peur constante imposée par la terreur nazie rendaient toute résistance difficile et périlleuse, mais pas impossible. Outre la résistance armée, des Juifs lancèrent diverses formes de défis, notamment des tentatives organisées de s’évader des ghettos pour rejoindre les forêts voisines, le refus d’accéder aux exigences allemandes de la part de certains dirigeants communautaires juifs, l’introduction clandestine de vivres dans les ghettos et la résistance spirituelle.

La résistance spirituelle désigne les efforts investis par des personnes pour préserver leur humanité, leur probité, leur dignité et le sens de la civilisation face aux tentatives de les déshumaniser et de les avilir. Plus généralement, il s’agit, dans d’abominables conditions d’avilissement, du refus de se laisser briser. Les activités culturelles et éducatives, la tenue d’archives sur la communauté et l’observance religieuse clandestine constituent trois exemples de résistance spirituelle.


CULTURE ET ÉDUCATION

Dans l’ensemble de la Pologne occupée, plusieurs centaines d’écoles et de cours clandestins furent organisés à l’intérieur des ghettos. Les élèves devaient cacher leurs livres sous leurs vêtements. Les Juifs introduisirent clandestinement des livres et des manuscrits dans divers ghettos en vue de les préserver, et ouvrirent des bibliothèques clandestines, par exemple celle de Czestochowa fréquentée par plus d’un millier de lecteurs. Dans le ghetto de Terezin (Theresienstadt), près de Prague, des militants fondèrent une bibliothèque de 60 000 volumes.

Dans les ghettos, les Juifs organisèrent dans la mesure du possible diverses activités culturelles. Contrairement aux écoles, ces activités n’étaient pas toujours interdites par les autorités allemandes. En dépit des épreuves de la vie quotidienne, concerts, conférences, pièces de théâtre, spectacles et concours artistiques se déroulèrent dans de nombreux ghettos.

TÉMOIGNAGES SUR LA VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Dans plusieurs ghettos, des groupes fondèrent des archives secrètes et, méthodiquement, rédigèrent, recueillirent et classèrent rapports, journaux intimes et documents sur la vie quotidienne dans les ghettos. Ils réunirent ainsi des témoignages sur la situation des Juifs dans l’Europe occupée, réaffirmant l’importance que revêtent pour les Juifs la communauté, l’histoire et la civilisation face à l’extermination tant physique que spirituelle.

Les archives les plus connues, celles du ghetto de Varsovie, qui portent le nom de code Oneg Shabbat (Délices du Shabbat), furent fondées par l’historien Emmanuel Ringelblum (1900-1944). Après la guerre, quelques bidons de lait contenant des archives furent retirées des décombres du ghetto. Les documents qui s’y trouvaient apportent de précieux renseignements sur la vie et la mort dans le ghetto. Dans le ghetto de Bialystok, le militant Mordechai Tenenbaum, arrivé de Varsovie en novembre 1942 pour organiser le mouvement de résistance, fonda les archives du ghetto sur le modèle d’Oneg Shabbat. Des archives furent également conservées dans le ghetto de Lodz mais, contrairement à celles de Varsovie et de Bialystok, elles n’étaient pas totalement clandestines et purent donc fonctionner sous certaines réserves. Comme d’autres collections de moindre importance, elles présentent de façon détaillée la vie dans les ghettos.

ACTIVITÉS RELIGIEUSES

Dans la plupart des ghettos, les Allemands interdirent les offices religieux, de sorte que de nombreux Juifs priaient et organisaient des cérémonies en secret – dans les caves, les greniers et des pièces secrètes – tandis que d’autres montaient la garde. A Varsovie seulement, on comptait, en 1940, 600 groupes de prières. Les autorités rabbiniques arbitraient les conflits en fonction de la loi religieuse qu’ils tentaient d’adapter aux circonstances exceptionnelles. La prière contribuait à insuffler du courage, réaffirmait une identité culturelle et religieuse et apportait un réconfort spirituel. De nombreux Juifs orthodoxes opposés à l’usage de la force physique considéraient la prière et les observances religieuses comme la forme de résistance par excellence.

Le soulèvement du ghetto de Varsovie

Le soulèvement du ghetto de Varsovie au printemps 1943 fut la révolte la plus importante jamais organisée par des Juifs. Des centaines de Juifs combattirent les Allemands et leurs auxiliaires dans les rues du ghetto. Des milliers de Juifs refusèrent d’obéir aux Allemands qui leur ordonnaient de se réunir à un point de rassemblement en vue de la déportation.

Entre juillet et la mi-septembre 1942, les Allemands déportèrent au moins 300 000 Juifs du ghetto de Varsovie. Pour les 40 000 qui restaient dans le ghetto, la déportation semblait inéluctable.

resisance juiveDes soldats allemands arrêtent des Juifs au cours de la révolte du ghetto de Varsovie. Pologne, mai 1943. — National Archives and Records Administration, College Park, Md.

Plusieurs organisations juives créèrent une unité de défense armée, l’Organisation juive de combat (OJC ou Zydowska Organizacja Bojowa – ZOB). Le Parti révisionniste (les sionistes de droite) fonda une autre organisation de résistance, l’Union combattante juive (Zydowski Zwiazek Wojskowy – ZZW). Bien qu’au départ il existât certaines tensions entre ces deux organisations, elles décidèrent en fin de compte de combattre ensemble contre les nouvelles déportations.


resistance 3Le dirigeant et policier SS Jürgen Stroop interroge deux Juifs arrêtés au cours de la révolte du ghetto de Varsovie. Pologne, du 19 avril au 16 mai 1943. — National Archives and Records Administration, College Park, Md.

Les Allemands tentèrent de reprendre les déportations des Juifs de Varsovie en janvier 1943. Un groupe de combattants juifs s’infiltra dans un groupe de Juifs que l’on dirigeait vers l’Umschlagplatz (point de rassemblement) et, à un signal donné, se jeta sur les gardes allemands. Après avoir pris entre 5 000 et 6 500 résidents du ghetto, les Allemands interrompirent les déportations. Encouragés par le succès apparent de la résistance, l’arrêt des déportations, les habitants du ghetto commencèrent à bâtir des abris souterrains (qu’ils nommèrent « bunkers ») en préparation d’une révolte, au cas où les Allemands entameraient la déportation finale.

Les Allemands avaient l’intention de commencer à déporter les Juifs restants dans le ghetto de Varsovie le 19 avril 1943, le soir de la Pâque juive. Lorsqu’ils entrèrent ce jour-là dans le ghetto, les rues étaient vides. La reprise des déportations constitua le signal d’une révolte armée. Bien que les Allemands soient rapidement venus à bout de la résistance militaire, des individus et de petits groupes continuèrent à se cacher et à combattre les Allemands jusqu’au 16 mai 1943. La révolte du ghetto de Varsovie fut la première révolte urbaine et symboliquement la plus importante de l’Europe occupée.

Le commandant de l’OJC, Mordekhaï Anielewicz, dirigea les forces de la résistance dans la révolte du ghetto de Varsovie. Le troisième jour de la révolte, des forces blindées commandées par le général SS Jürgen Stroop commencèrent à incendier le ghetto, un immeuble après l’autre, pour faire sortir les Juifs de leurs cachettes. Les combattants effectuaient des raids sporadiques, mais les Allemands réduisirent systématiquement le ghetto en ruines. Anielewicz et ses amis furent tués lors d’une attaque de leur bunker, le 8 mai.

resisance 2Combattants de la résistance juive capturés par les troupes SS au cours de la révolte du ghetto de Varsovie. Varsovie, Pologne, du 19 avril au 16 mai 1943. — US Holocaust Memorial Museum

Le 16 mai 1943, Stroop ordonna la destruction de la Grande synagogue de la rue Tlomacki, pour symboliser la victoire allemande. Du ghetto il ne restait que des ruines. Stroop rapporta avoir capturé 56 065 Juifs et détruit 631 abris. Il estima que ses unités avaient tué 7 000 Juifs durant la révolte. Environ 7 000 autres furent déportés à Treblinka, où ils furent exterminés. Les Allemands déportèrent les Juifs survivants dans les camps de travail de Poniatowa, de Trawniki et de Majdanek.


Les Allemands avaient prévu de liquider le ghetto de Varsovie en trois jours mais les combattants juifs réussirent à tenir plus d’un mois.

LA RESISTANCE DANS LES CAMPS

Dans les conditions les plus défavorables, des prisonniers juifs réussirent à organiser la résistance et des soulèvements dans certains camps nazis. Les travailleurs juifs survivants se soulevèrent dans les camps de mise à mort de Treblinka, Sobibor et Auschwitz-Birkenau, soit dans trois des six camps de mise à mort. Environ 1 000 prisonniers juifs participèrent au soulèvement de Treblinka. Le 2 août 1943, les Juifs s’emparèrent de toutes les armes qu’ils purent trouver — piques, haches et un petit nombre d’armes à feu volées dans l’armurerie du camp — et mirent le feu au camp. Environ 200 parvinrent à s’échapper. Les Allemands reprirent et abattirent environ la moitié d’entre eux.

Le 14 octobre 1943, des prisonniers de Sobibor tuèrent 11 gardes SS et auxiliaires de police, et mirent le feu au camp. Environ 300 prisonniers s’échappèrent en perçant une brèche dans le réseau de fils de fer barbelés et en risquant leur vie dans le champ de mines qui entourait le camp. Plus de 100 d’entre eux furent repris, puis exécutés.

Le 7 octobre 1944, des prisonniers affectés au four crématoire IV d’Auschwitz-Birkenau se révoltèrent après avoir appris qu’ils allaient être tués. Les Allemands écrasèrent la révolte et tuèrent pratiquement la totalité des centaines de prisonniers qui avaient participé à la rébellion.

D’autres soulèvements se produisirent dans les camps de Kruszyna (1942), Minsk-Mazowiecki (1943) et Janowska (1943). Dans plusieurs douzaines de camps, les prisonniers organisèrent des évasions pour rejoindre les unités de partisans. Des évasions réussirent, par exemple, dans le camp de travail de la rue Lipowa à Lublin.

resisance 4Partisans juifs, survivants du soulèvement du ghetto de Varsovie, dans un camp familial dans la forêt de Wyszkow. Pologne, 1944. — YIVO Institute for Jewish Research, New York

Bien qu’étant largement sous-armés et en sous-effectifs, les Juifs des ghettos et des camps résistèrent par la force aux Allemands. L’esprit de ces révoltes transcenda leur échec à arrêter le génocide.

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