SHARE
Pour la première fois « Le Rapport Pilecki » est traduit en français. Ce récit raconte l’incroyable histoire du seul homme connu pour s’être fait enfermer de son propre gré dans le camp d’extermination d’Auschwitz.

Le Rapport Pilecki’ est un document exceptionnel : une des sources majeures sur Auschwitz et le récit de l’un des plus grands résistants de la Seconde Guerre mondiale.

pilecki_Retour sur le destin de ce Polonais au courage exceptionnel qui fut l’un des plus grands résistants de la Seconde Guerre mondiale.

Varsovie19 septembre 1940

Lors de l’été 1940, les rafles commencent à Varsovie ; les Allemands arrêtent au hasard et déportent massivement dans leur nouveau camp de concentration : Auschwitz (à 60 km de Cracovie).

Un officier de réserve polonais, Witold Pilecki, se fait volontairement rafler par les Allemands.

Direction Auschwitz

C’était son objectif. Car ce soldat de 39 ans a une mission en tête : pénétrer ces confins de l’enfer, au cœur de la barbarie nazie, pour y tisser un réseau de résistance. Et surtout, témoigner pour l’Histoire.

« Dire ce que nous ressentions permettra de mieux comprendre ce qui s’est passé », écrit-il.

Son histoire est racontée dans un livre « Le Rapport Pilecki »*. Longtemps occulté, ce récit a été traduit dans plusieurs langues, mais encore jamais en français.

C’est dans la nuit du 21 au 22 septembre 1940 que Pilecki arrive dans ce camp de la mort, où se trouvent alors surtout des prisonniers polonais non juifs.

Atterré, il décrit « une autre planète », notamment une scène terrifiante, qui, il ne le sait pas encore, deviendra ensuite terriblement banale.

A son arrivée, les SS ordonnent à un prisonnier de courir puis l’abattent.

Dix hommes sont exécutés pour « responsabilité collective » de cette « évasion ».

Les chiens sont lâchés sur les corps, les SS éclatent de rire.

Il inocule le typhus à des SS

« Le réseau a regroupé près de 1 000 prisonniers. Les actions ont été spectaculaires : radio clandestine, élevage de poux porteurs du typhus pour tuer des SS, etc. » Fin 1942, Pilecki affirmait que ses hommes pouvaient prendre le contrôle du camp de concentration pour un temps court. Il appelait à une attaque extérieure conjointe. ”

En novembre, Pilecki commence à envoyer aux autorités polonaises clandestines, par divers stratagèmes, des comptes-rendus qui parviendront aux Britanniques dès mars 1941.

Il obtient du camp d’Auschwitz II (Birkenau), des informations précises sur l’extermination des Juifs dans les chambres à gaz et la construction de quatre fours crématoires.

« Des têtes, des mains, des seins coupés, des cadavres mutilés étaient charriés vers le four crématoire », écrit-il.

Pilecki organise aussi dans le camp un vaste réseau de résistance et d’entraide, crée une radio émettrice, fait acheminer des médicaments, inocule le typhus à des SS en les infectant avec des poux.

Dans cet enfer, sa mission lui donne une raison de vivre. En 1942, en revanche, son plan pour une évasion générale échoue.

Il s’évade donc seul, au printemps 1943, pour raconter lui-même l’abomination concentrationnaire.

Mais comme Jan Karski, grand résistant catholique polonais qui tenta de mobiliser l’Occident sur le sort des Juifs, Pilecki ne sera pas vraiment cru…

“Après la guerre, on a beaucoup parlé de Jan Karski, célèbre résistant polonais de la Seconde Guerre mondiale [mieux connu en France par le roman de Yannick Haenel. Il prenait tout l’espace, et ça explique peut-être pourquoi le nom de Pilecki est resté dans l’ombre. Par la suite le rapport-archive a dormi dans le musée Sikorski à Londres. Il n’était connu que des spécialistes.”

Les nazis ne mettront jamais la main sur lui.

Mais après la guerre, alors que l’Armée rouge a pris le contrôle de la Pologne, l’homme est arrêté par les communistes.

Torturé et condamné pour espionnage, il sera exécuté dans une prison de Varsovie le 25 mai 1948, à l’âge de 47 ans.

“Witold Pilecki est resté méconnu pendant toute la guerre froide. Pourquoi ? Parce que son parcours en dérangeait plus d’un. Tout d’abord, les Alliés qu’il avait, à maintes reprises et de façon très précise, informés de ce qui se passait à Auschwitz. Et pourtant ils ne firent rien. Il ne faut pas oublier que Pilecki, luttant contre la dictature mise en place dans son pays par Moscou, a été condamné à mort et exécuté en 1948. Les communistes polonais ont ensuite interdit la moindre allusion à son nom. Ses enfants ont même été empêchés de faire des études supérieures.”

Il faudra attendre 1989 et la chute du communisme pour qu’il soit réhabilité.

A ce jour, il reste le seul homme connu pour s’être fait enfermer de son propre gré dans ce camp de concentration, où plus d’un million de personnes ont trouvé la mort.

pilecki_

“Le Rapport’ raconte le premier âge d’Auschwitz. Et pas seulement la solution finale. Dans cet ouvrage, la parole est donnée à une victime du système nazi… un héros dont on peut retenir le nom. Je trouve qu’on donne une place beaucoup trop importante aux bourreaux, il existe une fascination malsaine à leur encontre. Tout le monde connaît Klaus Barbie, mais personne ne souvient d’un seul prénom d’enfant déporté…”

“Dans les camps, personne n’avait entendu parler de de Gaulle et de la résistance française. On reprochait aux Français d’être égoïstes, de ne pas se laver… Il y avait beaucoup de clivages nationaux au sein des camps.” Isabelle Davion, maître de conférence à la Sorbonne

* « Le Rapport Pilecki » – Witold Pilecki – traduit du polonais par Ursula Hyzy et Patrick Godfard – Editions Champ Vallon – 336 p. – 25 euros – Parution le 3 avril

Sources :

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site: http://www.terrepromise.fr

Copyright Terre Promise © Elishean/2009-2015/Terre Promise



Print Friendly, PDF & Email