Portrait atypique des derniers temps de la Monarchie russe des Romanov voici un des « compagnons anarchistes », au destin particulier, Samuel Schwartzbard.

Samuel Schwartzbard est né le 18 aout 1886 à Izmaïl dans l’actuelle Ukraine.

Samuel Schwartzbard2Il doit déménager avec sa famille suite à l’interdiction du Tsar aux juifs de vivre dans les zones de la frontière. Il s’installe à Balta petite ville de l’Oblast d’Odessa.

En 1900, il devient apprenti horloger. Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif nommé « Funk », relié à l’Iskra (l’étincelle), organe de presse du POSDR, dirigé entre autre par Lénine.

Il fut peut-être en contact avec Micha dit le Japonais et participa à la Révolution avortée de 1905. Il prend part également à l’auto-défense des Juifs de sa ville et écope de trois mois de prison. Il préfère s’exiler un moment et part pour Lvov puis pour Vienne ou après bien des errances il s’acoquine avec des malfrats pour attaquer une banque.

Nous sommes alors en 1909, et son attaque avortée le conduit une fois de plus en prison.

Il est condamné, étrange similitude avec Micha le Japonais, aux travaux forcés et envoyé au bagne. Après seulement 4 mois de prison, il réussit toutefois à prendre la poudre d’escampette et se rend à Budapest. Il ne tarde pas à attaquer à main armée un restaurant de la ville mais là encore il est arrêté et finalement expulsé du territoire de l’Empire Austro-Hongrois.


Triste début de carrière pour un mauvais garçon qui tente finalement sa chance à Paris en 1910.

Il trouve un travail d’horloger et vivote ainsi jusqu’à la guerre se faisant remarquer par la Police pour son activisme anarchiste. La guerre ayant éclaté, il s’engage comme son frère dans la Légion Etrangère, le 24 août 1914.

Il sera profondément marqué par les horribles combats de la Grande Guerre. Il est blessé une première fois lors de la bataille de Carency en Artois en mai 1915 et reçoit la Croix de Guerre. Remis sur pied, il est versé dans le 363ème régiment d’infanterie et sera finalement gravement blessé en mars 1916 au cours d’une patrouille. Une grenade lui perfore les poumons et son bras gauche est mutilé. Ne pouvant plus servir, il est démobilisé en août 1917.

La Révolution ayant éclaté en Russie, il n’hésite pas à s’embarquer avec sa femme pour sa patrie d’origine.

Sur le navire, son comportement conduit à son arrestation « pour agitation communiste » et à sa livraison aux autorités russes dans le port d’Arkhangelsk. Mais dans ces temps troubles, il est vite libéré et s’empresse de rejoindre Petrograd où il s’engage comme Garde rouge.

A ce titre il participe aux événements de la Révolution dans la Venise du Nord et il est versé dans un bataillon spécial de la Tcheka qui est envoyée en Ukraine, sa terre natale. Il se fait vite remarqué, c’est alors déjà un soldat aguerris, ce qui lui confère dans les balbutiements de la formation de l’Armée Rouge de grandes chances d’être remarqué.

En 1919, il est en effet le commandant d’un petit escadron de cavalerie juive, au sein de la fameuse brigade de cavalerie du général-bandit Kotovski, un bessarabien comme lui.

Durant deux ans, il mène de durs combats surtout contre les nationalistes ukrainiens de Petlioura et les blancs des généraux Denikine et Wrangel. Sa famille est marquée aux fers, il perd ses parents et une quinzaine de membres de celle-ci dans les pogroms en partie suscités par l’antisémitisme de Petlioura et des indépendantistes ukrainiens.

Le tour de la Révolution, notamment les massacres, l’intransigeance des bolcheviques et la ligne de Lénine le déçoivent profondément.

En 1920, il quitte l’Armée Rouge et préfère retourner à Paris.

Il reprend son activité d’horloger, et devient un membre actif du mouvement ouvrier français et juif, rejoignant un groupe d’anarchistes dont beaucoup sont des émigrés de Russie ou d’Ukraine, comme le fameux anarchiste et également bandit, Nestor Makhno.


Son activisme ne l’empêche pas d’obtenir la nationalité française en 1925.

Ayant appris que Petlioura s’était lui aussi exilé à Paris, et le considérant comme responsable de la mort des siens dans les pogroms initiés par les Ukrainiens, Samuel Schwartzbard assassine Petlioura le 25 mai 1926 à Paris, en pleine rue de plusieurs coups de revolver.

Arrêté, l’affaire prend vite un caractère politique exacerbé, il est solidement défendu par l’avocat Henry Torrès, et suivi par le journaliste Bernard Lecache qui sera à l’origine de la fondation d’une « Ligue contre les Pogroms », à laquelle adhérera un certain Albert Einstein, qui prit ensuite le nom de la LICRA que nous connaissons toujours.

Le 18 octobre 1927, il est acquitté et reconnu étrangement non coupable d’un crime qu’il avait revendiqué, malgré que les services spéciaux allemands avaient donné à leurs confrères français des informations sur le fait qu’il était probablement un agent des Soviétiques guidé par la fameuse police politique, la Guépéou.

Malgré le remue-ménage créé par la presse d’extrême droite, Schwartzbard est donc libéré le 26 octobre 1927. La France ne voulait pas d’une nouvelle affaire Dreyfus.

Il se consacre ensuite à la lutte contre l’antisémitisme et poursuit son action politique avant de penser à s’exiler en Palestine.


Le gouvernement britannique lui refuse l’entrée, son passé est décidément trop lourd. Il choisit finalement devant l’accumulation des nuages au-dessus de l’Europe de trouver un asile en Afrique du Sud en 1937.

Il s’était entre temps consacré à la poésie et avait cherché à rassembler des fonds pour créer une encyclopédie en langue Yiddish. Il meurt subitement d’une crise cardiaque au Cap le 3 mars 1938. Ses restes seront rapatriés et inhumés en Israël seulement en 1967 où il est considéré comme un héros.

En 2007, au cimetière Montparnasse a eu lieu une cérémonie officielle pour commémorer la mémoire de Simon Petlioura, lui-même considéré comme un héros national en Ukraine. Israël à l’inverse le considère responsable de pogroms dont le nombre de victimes est difficile à estimer, les chiffres de 50 à 100 000 juifs et tsiganes massacrés sont avancés.

Samuel Schwartzbard dans le feu de l’histoire reste un personnage trouble et étonnant.

Un de ses descendants a rassemblé et fait paraître ses mémoires en 2010.

Qu’il soit considéré comme un héros ou comme un vulgaire bandit anarchiste, Schwartzbard appartient désormais à l’histoire. La violence de son combat ne semble pas s’être éteinte malheureusement dans le Monde.

/L

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