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Dans son ouvrage publié récemment sous le titre « Comment fut inventé le peuple juif » (éd. Fayard 2008), Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Tel-Aviv, avance l’idée de la “déconstruction d’une histoire mythique“, celle du Peuple juif, qu’il considère comme une pure création née de l’imaginaire d’historiens du XIXème siècle.

genes-juifsEn tant que généticiens nous ne souhaitons pas discuter le concept de peuple et sa définition, mais plutôt apporter notre pierre au débat par l’éclairage qu’apportent les travaux scientifiques de Génétique des Populations auxquels ont contribué certains d’entre nous.

En révélant des continuités et des cohérences entre populations, ces travaux, à l’encontre de l’idée d’une « invention » du peuple, vont dans le même sens que des disciplines telles que l’histoire ou l’archéologie.

La Génétique des Populations est une science probabiliste qui analyse au moyen d’un grand nombre de marqueurs génétiques des cohortes d’individus importantes. Ces marqueurs – allèles ou sites polymorphes – peuvent varier d’un individu à l’autre – au niveau de leur ADN (génotype) ou de leurs caractères variés comme les groupes sanguins (phénotypes).

On estime que deux individus pris au hasard dans la population diffèrent l’un de l’autre à quelques millions de ces sites, suffisamment pour attribuer l’unicité de chaque individu au niveau de son ADN, sauf évidemment pour des jumeaux vrais.

On comprend dès lors pourquoi dans cette branche scientifique, il ne peut s’agir d’études individuelles, portant sur tel ou tel individu, mais sur un ensemble d’individus.

Nous parlons alors de fréquences alléliques pour chacun de ces marqueurs, fréquences qui peuvent être significativement plus élevées dans une population humaine que dans une autre.

On estime qu’environ 85% de la variabilité génétique est commune à toutes les populations humaines, les 15% restants expliquant les différences notoires comme celles entre les divers groupes ethniques des cinq continents.

La conclusion de ces travaux est qu’il n’y a pas de « races humaines », les différences inter-populationnelles s’exprimant essentiellement en termes de différences de fréquence allélique.

Dans les travaux de Génétique des Populations, les marqueurs génétiques utilisés ne sont, en général, pas des « gènes » mais de simples changements de paires de bases d’ADN, dont la classe la plus fréquente est appelée SNP (à prononcer snip).

Ces derniers sont présents en très grand nombre, quelques bons millions dispersés tout le long de notre ADN y compris sur le chromosome Y.

Ce chromosome a deux caractéristiques héréditaires qui le rendent particulièrement intéressant pour de telles études.

D’une part, il se transmet exclusivement de père en fils, et représente donc un outil idéal pour des études de filiation paternelle.

D’autre part n’étant présent qu’en une seule copie, il est stable et se transmet de génération en génération sans recombiner (contrairement aux autres chromosomes). Il nous autorise donc un regard historique. Ainsi la présence de millions de SNP sur nos chromosomes, et en particulier les SNP présents sur le chromosome Y (il existe au moins 40 types de chromosomes Y dans les diverses populations humaines) a permis de reconstituer ces 10 dernières années l’histoire extraordinaire des migrations humaines anciennes.

Nous avons étudié et publié la Génétique des Populations de deux grands groupes de populations juives : les Sépharades (ou orientaux) et Ashkénazes (de l’Europe orientale).

Nos résultats ainsi que ceux de généticiens travaillant en Italie, Espagne, Angleterre, Israël, Afrique du Sud, Tunisie, Maroc ou encore aux USA semblent démontrer deux points, objet de la controverse du livre du Pr. S. Sand :

D’une part, il y a eu exils de populations juives à partir du Moyen-Orient.

D’autre part, s’il y a eu des conversions au judaïsme de populations non-juives comme celles des Berbères ou Khazars, que personne ne remet en doute, elles semblent minoritaires ou en tout cas ne pas avoir affecté les caractéristiques communes et anciennes de ces groupes du moins en étudiant leurs chromosome Y.

Par exemple nos travaux ont montré que les Juifs de Djerba, en Tunisie, partagent fréquemment les même types de chromosome Y dénommé par certain« cohanim » compatible avec l’histoire orale qui raconte l’exil des grands prêtres (ou cohanim) lors de la destruction du premier temple et dont l’origine remonte donc au Moyen-Orient.

En effet, ce type de chromosome Y a été retrouvé, a une moindre fréquence, chez d’autres populations du Moyen Orient .

Autre exemple, les analyses comparatives des marqueurs du chromosome Y de populations Sépharades vivant en Tunisie, Maroc ou celles des Ashkénazes vivant en Pologne ou en Ukraine, avec ceux présents dans les populations non-juives de ces mêmes pays, révèlent une forte ressemblance entre Sépharades et Ashkénazes et les hommes du Moyen-Orient, ressemblance plus forte qu’avec leurs voisins respectifs actuels.

Ces résultats renforcent la notion d’une origine commune datant d’environ une centaine de générations, remontant au Moyen-Orient.

En effet, la distribution de ces polymorphismes du chromosome Y – partagés par les Sépharades et Ashkénazes – se rapprochent, certes avec des fréquences différentes, de ceux des populations Libanaises, Syriennes ou Druzes par exemple.

Ces mêmes résultats montrent que les Sépharades d’Afrique du Nord étudiés ressemblent davantage aux Ashkénazes d’Europe orientale qu’aux populations locales des pays où ils vivent ou vivaient comme les Berbères (ou les Khazars pour les Ashkénazes).

Les conversions au judaïsme n’ont, semble t-il, pas aussi été massives que le décrit dans son livre le Pr. S. Sand ou, en tout cas, n’ont effectivement pas affecté les caractéristiques génétiques de ces populations juives.

Il est d’ailleurs dommage que dans le chapitre V de son livre ou est abordé ce domaine de la Génétique des Populations l’auteur ne cite pas ces dernières données scientifiques.

Il est aussi regrettable qu’à plusieurs reprises il parle de « gènes juifs ». Comme nous le précisons, il n’y « ni gènes juifs, ni marqueurs génétiques juifs », encore moins à l’échelle d’un individu. L’auteur aurait pu solliciter l’expertise de généticiens du même campus comme les Professeurs Y. Shiloh ou D.Gurwitz.

De même, dans ce chapitre V son auteur confond connaissance , démarche scientifiques et opinion :

La majorité des travaux de génétiques n’ont pas toujours impliqué des Israéliens mais les USA, UK, l’Italie ou la France, ils ne sont pas tous de religieux orthodoxe avec des arrières pensées(p 379).

L’auteur devrait savoir que tous les articles scientifiques de ces domaines sont analysés avant leur éventuelle publication par des scientifiques anonymes et internationaux de différentes cultures!
Il n’y a pas de manipulation des résultats comme le suggère son auteur vis-à-vis du Professeur Mourant le pionner internationalement reconnu dans la Génétique des groupes sanguin et population!(p 387-379)

L’auteur avance l’idée que l’intifada pouvait avoir modifié les démarches des chercheurs . ! (p 382)

L’auteur dans ce chapitre personnalise avec des remarques « personnelles » sur les chercheurs qui participent a ces travaux! (p 384- 381) Non la démarche des chercheurs n’est pas orientée par leurs opinions politiques ou religieuses.

Tous les articles dans ces domaines impliquent des collaborations internationales avec des religions et opinions très variées de leurs auteurs. Il en est de même pour les rewievers de nos articles. Cette remarque est désobligeante pour notre intégrité scientifique!

De plus l’histoire des Populations du Monde doit intégrer, à côté de la Génétique des Populations, les données historiques, linguistiques, archéologiques ou celles sur les maladies héréditaires.

Ainsi parmi celles-ci, certaines très rares, sont retrouvées à la fois chez les Sépharades et les Ashkénazes, suggérant leur présence bien avant leur l’exil du Moyen-Orient et la séparation historique de ces deux groupes.

Au contraire d’autres mutations semblent spécifiques ou plus fréquentes chez, respectivement, les Ashkénazes (Tay-Sachs) ou les Sépharades (Fièvre méditerranéenne) car apparues après leur exil et séparation .

Il est fascinant de constater que l’application des outils d’analyses modernes de notre patrimoine génétique nous offre la possibilité de reconstruire certaines pages de l’histoire de divers groupes humains.

Pour les historiens, cela devrait représenter une riche source d’information à ne pas négliger.

M. Fellous , J. Feingold , L.Quintana -Murci (Paris)et J.S. Beckmann(Lausanne),H. Ostrer(New York),D. Behar(Haïfa).

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