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par Nissan Mindel

Peu de temps avant la naissance de Rabbi Judah Hanassi, l’empereur romain qui régnait alors prit un décret contre les Juifs leur interdisant, sous peine de mort, de circoncire leurs fils.

150px-antoninus_pius_glyptothek_munich_337_croppedAntonius

Quand Rabbi Judah naquit, son père Rabbi Siméon ben Gamliel s’ingénia à trouver un moyen qui leur permit d’accomplir le commandement sacré de la Torah, sans mettre en danger sa vie et celle de son enfant. Pendant une semaine il chercha en se demandant ce qu’il allait faire. Mais le huitième jour mit un terme à ses hésitations. « Pourquoi désobéirais-je au commandement de D.ieu ? À cause d’un méchant décret pris par un humain, fût-il l’empereur de Rome ? » se dit-il avec détermination ; et, sans se soucier plus longtemps des conséquences de son geste, il circoncit lui-même son fils.

Or, il advint que le gouverneur placé à la tête du pays d’Israël, alors sous la domination romaine, eût vent de cet acte de désobéissance. Il ordonna à Rabbi Siméon de comparaître devant lui.

– Pourquoi as-tu agi à l’encontre du décret impérial ? demanda-t-il au sage unanimement révéré. Rabbi Siméon, sans se laisser décontenancer, répondit qu’aucun décret d’un souverain terrestre ne pouvait défaire les lois fixées par D.ieu. Et, comme D.ieu avait ordonné la circoncision, il n’avait d’autre choix que de Lui obéir.

Le gouverneur tenait en grand respect Rabbi Siméon qui était le prince gouvernant du peuple juif. Pourtant, il n’y avait aucun doute que le patriarche s’était rendu coupable d’un crime grave en contrevenant aux ordres du maître suprême du pays. Aussi ordonna-t-il à Rabbi Siméon d’envoyer sa femme et son enfant à Rome pour comparaître devant l’empereur.

Au cours de son voyage, l’épouse de Rabbi Siméon ben Gamliel s’arrêta à une auberge afin d’y passer la nuit. La femme de l’aubergiste venait de mettre au monde un enfant à peu près en même temps que la mère de Rabbi Judah. Elle l’avait appelé Antonin.

Les deux mères se lièrent d’amitié, et la femme de l’aubergiste ne tarda pas à découvrir que sa nouvelle amie juive était fort triste et préoccupée. Elle lui en demanda la cause et apprit le but du malheureux voyage qu’entreprenait malgré elle la pauvre mère et qui aboutirait certainement à la mort de l’enfant, peut-être même aussi à la mort de ses parents.

La femme de l’aubergiste avait le cœur bon et sensible. Elle ne pouvait se faire à l’idée d’une fin si effrayante pour le bel enfant. Aussi finit-elle par proposer à la mère juive un échange provisoire des deux enfants : son propre fils Antonin, qui n’était pas circoncis, partirait avec la femme de Rabbi Siméon. Grâce à lui, elle pourrait prouver son innocence à l’empereur romain. Tandis que le fils de la juive resterait, jusqu’au retour de sa mère, avec la femme de l’aubergiste.

Tout heureuse et rassérénée par cette solution inattendue, la mère de Rabbi Judah poursuivit son voyage, le petit Antonin dans ses bras. Quand elle se présenta devant l’empereur et que ce dernier put constater que l’enfant n’était pas circoncis, il entra dans une violente colère contre son gouverneur. Apparemment, celui-ci voulait se moquer de lui. Sans même chercher à s’en assurer, il dépêcha un détachement, de soldats avec l’ordre d’arrêter l’insolent gouverneur. Pendant ce temps, la mère de Rabbi Judah était couverte de présents et renvoyée à son mari Rabbi Siméon ben Gamliel.

Débordante de joie, elle reprit le chemin de l’auberge. Là, pleine d’une profonde gratitude, elle rendit le petit Antonin à sa mère. Cette dernière n’était pas moins heureuse d’avoir aidé une amie juive à tromper la mort et à épargner ainsi son bel enfant. « Puisque D.ieu a voulu sauver ton fils par l’intermédiaire du mien, les deux garçons seront à jamais amis », dit-elle.

Rabbi Judah grandit et fut un chef éminent en Israël, tandis qu’Antonin devenait à la fois un des hommes les plus libéraux de l’empire romain et, pendant de longues années, gouverneur du pays d’Israël.

Cependant, en dépit des chemins différents où ils s’engagèrent respectivement, les deux hommes furent toujours liés par une profonde amitié.

Avec le temps, Antonin embrassa la foi juive, et Rabbi Judah Hanassi se chargea personnellement de lui révéler le monde de la Torah et du Judaïsme.

Photo : Tombe de Rabbi Judah Hanassi

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