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Du Moyen Age à la révolution

Différents documents du Moyen Age attestent de la présence de Communautés Juives dans ce qui va devenir la Seine-et-Marne.

Les Historiens citent les villes suivantes qui auraient abrité une Communauté: Meaux, Lagny, Provins, Melun, Livry-sur-Seine, Bray-sur-Seine, Foljuif, Nemours, Château-Landon, Brie-Comte-Robert, Montoix, Pontault-Combault, Nangis, Lizy-sur-Ourcq, Coulommiers, Montereau-fault-Yonne, Donnemarie-en-Montois et Herbeauvilliers.

Il est fort possible qu’il y eut des juifs dans la léproserie de Samois mais il n’y a jamais eu de communauté à Avon, Paroisse Royale, et encore moins à Fontainebleau qui n’existait pas encore.

Dans la première moitié du XIXème siècle, le Grand Rabbin Lazare Wogue raconta l’histoire d’un Juif Errant à la Roche qui pleure près de l’Ermitage de Franchart.

Une légende prétendait que le Comte de Saint Germain soit disant né en Palestine avant Jésus-Christ et réincarné sous Louis IX, fut frappé, vers les gorges de Franchart, par un bruit argentin de l’eau s’égouttant régulièrement il ne savait d’où: c’était un juif errant qui pleurait!…. Presque aussitôt, une voix éclatante se fit entendre, qui criait: Marche, Marche!…. Le Juif Errant disparut et, par enchantement céleste, le rocher qu’il avait arrosé de ses larmes se mit à pleurer à son tour. Informé du phénomène Saint-Louis purifia la forêt en y fondant un hôpital et deux chapelles, et depuis lors le Juif Errant n’apparaît plus jamais à personne.

portrait-du-juif-errantLe juif errant en France, seine et marne et ses juifs par Frédéric Viey

Aujourd’hui la « Roche » ne pleure plus, en effet cette eau « amère et roussâtre » comme disait l’abbé Guilbert, dégoulinait de la Platière, et la croyance populaire lui attribuait le pouvoir de fortifier la vue des jeunes enfants et de guérir des maux d’yeux en général. Paul Domet raconte qu’au siècle dernier les jeunes mères y baignaient le visage de leur nouveau-né, lors du pèlerinage de Franchart le mardi de la Pentecôte.

Avec la dernière expulsion de 1394, il n’y a plus de Communautés Juives établies en Terre de France.

region-de-brie-et-de-gatinaisPourtant dans cette région de Brie et de Gâtinais, qui allait former la Seine-et-Marne, au gré des favoris et pour d’autres raisons, certains juifs et certains écrits hébraïques graviteront autour de la Cour Royale.

Outre Joseph Orabuena à Nemours, François 1er, qui développa et embellit Fontainebleau, eut un médecin juif originaire de Constantinople en 1538. Il est aisément imaginable qu’il l’emmena avec lui durant ses séjours à Fontainebleau.

Le médecin juif le plus connu qui soit venu dans cette cité royale est sans conteste: Elie de Montaldo.

elie-de-montaldoElie de Montaldo, juif espagnol, était le médecin personnel de Marie de Médicis et soigna le futur Louis XIII.

D’après certains recoupements historiques, cette scène se passa à Fontainebleau car Jean Héroard, médecin de Louis XIII, notait dans son journal: »…. Le Dauphin lui dit: Parlez, docteur, parlez, docteur de la Palestine… ».

Elie de Montaldo eut l’autorisation du Pape Paul V et de Marie de Médicis de pratiquer officiellement le Judaïsme en France.

L’histoire d’Elie de Montaldo est également connue par le biais du procès en sorcellerie de la « Galigaï », femme de Concini, Duc d’Albe. Elie de Montaldo meurt à Tours et son corps fut enseveli dans le cimetière juif d’Amsterdam. Il est également possible que le Médecin marrane Isaac Orobio de Castro séjourna près de la cour lors de ses séjours bellifontains avant de revenir au Judaïsme en Hollande.

leonora-galigai-moyenLeonora Galigai

En ce qui concerne le matériel religieux juif, la bibliothèque royale de Fontainebleau possédait de nombreux manuscrits hébraïques avant sa réunification à la Bibliothèque Nationale.

la-bibliotheque-royale-de-fontainebleauLa Reine Christine de Suède en quittant Fontainebleau laissa-t-elle quelques livres en caractères hébraïques qu’elle avait oublié?

Christine de Suède, batailleuse, coléreuse, emportée mais remarquablement intelligente, parlait huit langues et en comprenait onze. Pour être libre de ses actes, elle avait abdiqué et adjuré le protestantisme.

En 1657, Christine de Suède se trouvait à Fontainebleau et y reçut des mains du célèbre savant chrétien Gilbert Gaulmin , qui habitait Moulins, plus d’une centaine de manuscrits hébraïques.

L’abbé Antoine Guénée, qui meurt à Fontainebleau en 1803, était l’auteur des « Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire ». Bien avant l’abbé Grégoire , il fut un philosémite convaincu et un sioniste avant la lettre. Louis XVIII et son frère firent édifier une stèle en marbre blanc à l’Abbé Guénée dans l’hôpital de Fontainebleau en mémoire de leur maître.

Dès le début du XVIIIème nombre de juifs sillonnèrent certaines régions de la France pour le ravitaillement de l’Armée notamment Cerfbeer. D’autres, amuseurs publics ou fripiers, suivaient la Cour dans ses déplacements.

Un certain Lévy de Ferrare, bien que muni d’un passeport du Duc de Lorraine, fut arrêter sur la route de Fontainebleau. Mais ceux qui laissèrent durablement leur nom furent Assure Mayer, et Samuel Lévy.

Assure Mayer, arrivé à Paris vers 1745, était le facteur de l’électeur de Cologne. Venant récupérer des créances pour son maître , il courut de Versailles à Fontainebleau mais son travail terminé il resta à Paris. Salomon Lévy, banquier alsacien, fit de nombreux trafics avec le financier John Law au Château de Guermantes.

Mais quelquefois des juifs venaient en Ile-de-France pour d’autres raisons telle: « s’intégrer dans la société française en se convertissant au Christianisme ».

Plusieurs cas sont cités à travers différentes archives, notamment David Lyon, meunier à Meaux s’était converti depuis 1793 et s’était marié avec Marianne Pélagie Le Ken en septembre de la même année.

Léon Kahn précisait dans « Les Archives Israélites » de 1892 que le 12 Juin 1757 une jeune fille juive, originaire de Constantinople, voulut se faire instruire dans la religion catholique par les Soeurs de la Charité de Fontainebleau.

Cerfberr passa plusieurs fois à Fontainebleau notamment en 1783 pour demander par écrit l’abrogation du Péage Corporel imposé aux juifs depuis le Moyen-Age. Si ce décret d’abolition fut signé par le Baron de Breteuil, c’était sur une proposition de Malesherbes qui avait réuni une commission de notables juifs sur ce sujet.

En 1787, revenu aux affaires, Malesherbes rédigea un mémoire qui déboucha sur l’Edit de Tolérance pour les cultes non catholiques.

L’émancipation des juifs étaient dans les cartons mais la Révolution arriva….

Naissance d’une Communauté à Fontainebleau

fontainebleauLa puissance des mots fait souvent commettre des erreurs. Si dans différents documents l’Hôtel d’Ecosse, qui était le logis de la Garde Ecossaise, porte le patronyme de Synagogue, ce n’est pas pour cela que c’était un lieu de culte pour les Juifs.

La Guilde des fripiers parisiens était appelée la Synagogue et en 1652 elle fut soupçonnée de pratiquer le Judaïsme en secret et ainsi accusée de crime rituel.

En effet Jean Bourgeois fut assassiné à Paris par la Compagnie des vendeurs de vieux vêtements qui s’appelaient entre eux « Voilà la Synagogue ». Ce meurtre donna lieu à de nombreuses « Mazarinades» notamment contre les juifs. En réalité les Fripiers de Paris furent surnommés La Synagogue parce qu’ils habitaient la Juiverie, le quartier de la rue des Rosiers, des Ecouffes, de la Juiverie et du Roi de Sicile. Il n’y a donc pas loin à penser que la Confrérie des fripiers de Fontainebleau s’affubla du même nom.

Certains historiens ont pensé que le premier noyau de la Communauté Juive de Fontainebleau se forma autour de la fabrique de Porcelaine dont les propriétaires furent Jacob Benjamin, Aaron Schmoll et Baruch Weil, il n’en est rien.

Dès 1784, ce sont de petits colporteurs qui s’installèrent les premiers dans cette cité royale sans doute à cause de sa situation géographique compte tenu des réseaux fluviaux et routiers.

L’affaire qui a fait date dans cette communauté est l’arrestation de Salomon Wahl en 1794 sur la route de Troyes. Il fut accusé de billonnage et dans le procès verbal de son arrestation il déclarait habiter Fontainebleau depuis plusieurs années.

Déjà vers 1784 l’embryon de la Communauté était né, il y avait 121 juifs à Fontainebleau lors du recensement de 1808 réparti ainsi: 25 hommes, 24 femmes et 72 enfants. La plupart des noms patronymes venait d’Alsace: Wahl, Wogue, Weil, Bernard, Spira, Lévy, Bloch, Volf, D’Ennery, Cerf, Lyon, Trefoux ou Caen, d’autres de plus loin: Bablaban, Bier, Dollinger.

En 1809, le Consistoire Israélite de Paris nomma Lazare Weil, directeur de la Fabrique de Porcelaine, Commissaire-Surveillant de la Communauté. C’était l’aïeul de Marcel Proust.

Les Synagogues Bellifontaines

Les trois frères Wahl sont à l’origine du premier lieu de culte, en effet en 1795 ils achetèrent un hôtel particulier, Place des Trois Maillets pour servir de Synagogue.

Il est fort possible qu’à cette époque le premier ministre officiant fut: Aron Polonais qui avait été instituteur à Paris et qui avait remis avec Jacob Benjamin, en 1793, les objets de cultes à l’Hôtel de la Monnaie pour en recevoir une mention civique.

Sous la Terreur Aron Polonais et Joseph Cahen avaient conduit leurs élèves, les jours de Décadi, au Temple de la Raison (Notre-Dame de Paris).

En 1819 la Communauté acheta une maison rue des Maudinés qui servit jusqu’en 1857 de lieu de Culte. Une nouvelle synagogue fut inaugurée en Août 1857 sur l’ancien emplacement de l’Hôtel du Chambellan et construite d’après l’architecte du Palais de Fontainebleau: Nathan Nathan dit Salomon.

Cette Synagogue fut rasée par les Allemands en 1941.

synaIncendie de la Synagogue les 11-12-13 avril 1941

En 1965 avec l’aide des américains résidant à Fontainebleau une nouvelle synagogue fut inaugurée sur l’emplacement de celle détruite par les nazis.

De la Révolution à la Seconde Guerre Mondiale, les Ministres du Cultes, jusqu’à 1940, furent: Aron Polonais, Salomon Lévy, Alexandre Blum, Léon Siegel, Isaac Grumbach, Lazare Cerf, Haim Mandelzweig et M. Hollander.

La Communauté de Fontainebleau fut la seule communauté juive constituée dans la région jusqu’en 1846.

En effet, dans les courriers des Préfets et Sous-Préfets concernant les recensement des juifs en Seine-et-Marne, les rôles font apparaître que les Juifs du Loiret et de l’Yonne étaient dénombrer à Fontainebleau.

Dans la correspondance entre le Consistoire de Paris et la Synagogue Bellifontaine, certains courriers du Consistoire demandent au Président de la Communauté de s’adresser aux Maires d’Orléans, de Lizy-sur-Ourcq et de Sens pour connaître l’état des Juifs dans chacune de leur commune respective.

En 1841, il y a en Seine-et-Marne: 11 juifs à Lizy-sur-Ourcq, 10 à Nemours et 70 à Fontainebleau.

A la fin du XIXème siècle , 38 sont à Melun, 10 à Colommiers, 162 à La Ferté-sous-Jouarre, 21 à Lagny, 26 à Meaux et 99 à Fontainebleau.

Jusqu’en 1905 la Communauté Juive de Fontainebleau fut sous la dépendance du Consistoire de Paris, à cette date elle entra dans le giron du Consistoire de Nantes, nouvellement créé, et ce n’est qu’en 1923 que le Conseil d’Administration de la Synagogue demanda au Consistoire de Paris de reprendre les biens de la Communauté.

Des services communautaires

Depuis que des juifs se sont installés à Fontainebleau, toutes les infrastructures communautaires ont été créés pour le bien être de la vie religieuse. La synagogue avait trouvé sa place au milieu de la petite communauté et autour de cette synagogue vont se développer la Shekhita; l’abattage rituel, le Mikvé; le bain et le Talmud-Thora; l’enseignement religieux.

· La Shekhita: Lorsque Salomon Levy se présenta en Mairie de Fontainebleau en 1808, il déclara être instituteur du Culte Mosaïque. Parmi ses attributions, l’abattage rituel pour la viande cacher était l’une des principales. Les archives conservent encore différents contrats de boucherie entre un boucher bellifontain et le Ministre-officiant de la Communauté faisant office de Shohet (Sacrificateur). La Communauté Juive de Fontainebleau fournissait dès 1840 de la viande cacher et des galettes de pains azymes aux détenus de la prison centrale de Melun.

· Le Mikvé: Depuis la plus haute antiquité, un puits se trouvait prés des Bathé Knesset (Maisons communautaires) afin que les juifs puissent faire leurs ablutions. D’après les plans de la maison achetée en 1819, il y avait un puits dans la cour alimentant un Mikvé (bain rituel). En ce qui concerne la synagogue, rue de l’Abreuvoir, Nathan Salomon fait la description d’un mikvé dans la maison du Ministre-officiant.

· Le Talmud-Thora: Le Ministre-officiant donnait des cours d’enseignement religieux comprenant l’apprentissage de la langue hébraïque. Le futur Grand Rabbin Lazare Wogue et Samuel Adam-Salomon usèrent leurs fonds de culotte sur les bancs du Heder (école) à Fontainebleau. Le Consistoire de Paris entretenait les frais de cette instruction religieuse.

Le Cimetière

Le 7 floréal de l’An VI (avril 1798) le Bureau des Lois donna un avis négatif à la demande des frères Wahl à jouir d’un terrain particulier pour les ensevelissement. Les juifs se firent donc enterrés dans un parcelle du Cimetière communal ouvert le 1er Fructidor de l’An II dans la Vallée de la Chambre.

En 1822, sur réclamation du curé, un terrain fut accordé au Mont-Pierreux pour y établir un nouveau cimetière mais les juifs demandèrent à continuer d’être enseveli dans la Vallée de la Chambre.

Salomon Lévy de Sens légua à la Communauté la somme de 1000 francs or pour faire élever un mur autour du Cimetière. Au fils des années, les juifs acquirent le terrain du cimetière par voie d’échange confirmé en 1876. Cette possession fut remise en question par la loi de 1905 sur la séparation entre les biens de l’Eglise et de l’Etat.

En 1907, le Cimetière Juif de la Vallée de la Chambre devait une cimetière municipal mais un accord était conclu pour que n’y fusse enterré que des israélites. Outre juifs de la Communauté de Fontainebleau/Melun, ont été enterrés dans ce cimetière les prisonniers de la Centrale et cinq soldats juifs morts durant les combats de 1914-1918.

L’Affaire Wogue

En ce qui concerne la Boucherie « Cacher », le Consistoire de Paris donna en 1857 son autorisation pour l’établissement de deux boucheries rituelles à Fontainebleau. Une devait être sous le contrôle de la Communauté et l’autre sous celui de Lazare Wogue qui acheta un fonds de boucherie en 1861 à Fontainebleau.

Or Lazare Wogue s’opposa à ce que cela soit Alexandre Blum, Ministre-Officiant de la Communauté, qui tient le rôle de Shohet (sacrificateur) dans sa boucherie. Une plainte fut déposée au Consistoire Israélite de Paris contre Lazare Wogue, jumeau de Joseph Wogue, pour usurpation de fonction de Shohet.

Les rivalités vont déboucher dans une guerre ouverte entre les tenants des Wogue et le reste de la Communauté. Faisant suite à cette querelle, le 19 octobre 1860 Jacob-Petit, Isaïe Weill, Jacques Joseph et d’autres membres de la communauté déposèrent plainte contre les administrateurs à propos du « Droit du Couteau ».

Abraham Wogue, le chef du clan, avait été durant de longues années ou Commissaire-Administrateur ou Président de la Commission administrative. Un premier conflit fut soulevé par la famille Wogue au sujet de la Boucherie « Cacher ».

Le Grand Rabbin de Paris fut intervenir pour maintenir Alexandre Blum, engagé comme Ministre-Officiant et Sacrificateur. Afin de concilier les deux parties, Mr le Grand Rabbin autorisa le Shohet à exercer la Shita (abattage rituel) pour deux boucheries et invita les israélites de Fontainebleau à s’approvisionner dans telle boucherie qui leur conviendraient. Or cette mesure ne convient pas à la famille Wogue, elle voulait un autre Shohet et créa ainsi une boucherie clandestine donnant naissance à la scission de la Communauté.

Le Consistoire de Paris dut, par un arrêté en date du 17 juillet 1857, révoquer Mr Wogue Père des fonctions de Président et de Membre de la Commission administrative.

Après l’inauguration du nouveau Temple à Fontainebleau, il n’est pas de démarche, de tentative que ne fit la famille Wogue pour nuire à cette synagogue si laborieusement élevée par la piété des fidèles notamment par des réunions de prières clandestines. Les réunions de prières privées et le problème des clés du cimetière vont contribuer à échauffer les susceptibilités et ce n’est qu’en 1862 que les relations entre les membres de la Communauté et les partisans de la famille Wogue vont s’améliorer, et cela après plusieurs interventions du Grand Rabbin de Paris, du Maire, du Sous-Préfet et du Préfet et une mise en garde du Ministre de la Justice Chaix-d’Ange.

A propos des réunions de prières illégales, le Ministère de la Justice avait engagé une poursuite en vertu de l’art. 294 du Code Pénal, et non d’après l’ordonnance de 1844. Dans les deux cas, il est impossible de conclure à un droit de réunion sans autorisation.

Les notables de la communauté

Parmi les notables ou les personnalités que comptèrent cette Communauté, il faut citer, il faut citer le Porcelainier Baruch Weil, Chevalier de la Légion d’Honneur, dont le père fut le Commissaire-Surveillant de la Communauté. Son frère Cerf Weil, gendre de Cerfbeer, travailla dans la fabrique de porcelaine avec son neveu, Godchaux Baruch Weil avant qu’il ne devienne Ben Levi en littérature. Ses autres fils laissèrent une empreinte très profonde dans la Communauté Juive dont Nathée qui fut le père de Jeanne Weil, mère de Marcel Proust.

La plus importante famille fut celle des Wogue: le Capitaine Michel Wogue, Légion d’honneur en Algérie et mort à Magenta en 1859, deux Wogue meurent à l’hospice israélite de Lunéville, le Grand Rabbin Lazare Wogue naît à Fontainebleau en 1817, son fils Jules Wogue et son cousin Fernand Lévy-Wogue donnèrent à la philosophie de nouveaux débouchés.

Il faut citer également entre autres: Nathan Salomon, qui après son départ de Fontainebleau, fut l’architecte de la Synagogue de Marseille, le Sculpteur Samuel Adam-Salomon, le porcelainier Jacob Petit qui offrit une Hanoukia en porcelaine de Sèvres lors de l’inauguration de la synagogue, Jacques Javal, cousin du député de l’Yonne Léopold Javal, l’astronome Herman Goldschmidt, Michel Ephrussi, etc…

Tous les Grands Rabbins de France ou de Paris vinrent villégiaturer à Fontainebleau: Salomon Ullman, Lazare Isidore, Aristide Astruc, Alfred Lévy, Maurice Liber et le Grand Rabbin Zadock Kahn s’y installa le temps de la Commune de Paris.

Pour différentes raisons des personnalités juives du monde littéraire ou artistique firent des séjours à Fontainebleau: Adolphe Franck, Henri Stein, Camille Bloch, Eugène Manuel, Ernest Levy-Alvares, Salomon Munk, Edmond Borchard, Isidore Cahen, Eugène Klotz, Victor St Paul, les Poliakoff, Joseph Reinach, Charles Lyon-Cahen, Maurice Marx, Porto-Riche, les Dolly Sisters, Louis Ratisbonne, Paul Dukas, Georges Huisman et sa femme Marcelle Wogue, Charles Alcan, Rosa Bonheur, les frères Alexandre, Thadée et Alfred Natanson, Mecislas Golberg, Oscar Milosz, Alexandre Weil, Marcel Proust, Daniel Halévy, Roger Marx, Arthur Meyer, Victor Lyon, Marcel Schwob et son épouse Marguerite Moréno, Emmanuel Berl, Joseph Kessel, Pierre Lazareff

De Baruch Weil (1773-1828) à Marcel Proust

C’est en 1805 que le nom de Baruch Weil apparaît comme fabricant de Porcelaine, au 101 rue du Temple, à Paris. Baruch Weil eut également un dépôt de Porcelaine rue Chapon, dans la Section de la Réunion. De 1809 à 1815, le dépôt de Porcelaine était au 23 rue Boucherat puis à partir de 1816, au 16 rue de Bondy, c’est à cette adresse qu’il meurt le 8 avril 1828.

A partir du Premier Empire le quartier de la Rue de Bondy sera celui des industries parisiennes et un peu de la banque.

Sous la Restauration Baruch Weil est breveté par Louis XVIII et comptera parmi ses clients: la Dauphine et la Duchesse de Berry. Juste un an avant sa mort il reçut la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de Charles X lors de l’exposition de 1827 où il exposait deux grands vases « recouverts d’un bleu il de Sèvres », un déjeuner à fond chamois et d’autres pièces. Baruch Weil occupait alors dans sa manufacture 84 ouvriers et ses prix étaient relativement modérés.

Après le décès de Baruch Weil en 1828, la succession de celui-ci fut fort difficile car elle contenait un inventaire très important à diviser entre les nombreux enfants issus de ses deux mariages. Il y avait la Manufacture de Fontainebleau, le dépôt de « Blanc », de la rue de Bondy, un magasin de Porcelaine décorées; passage de l’Opéra. Merline Weil et son mari, Benoit Cohen, rachetèrent le magasin de la rue de Bondy le 9 janvier 1829 pour la somme de 12.550 francs.

Benoit Cohen s’associa avec son beau-frère Godechaux Baruch Weil et Cerf Weil, leur oncle, pour exploiter ce magasin. Suite à de nombreux différents familiaux Godechaux Baruch et Cerf Weil créèrent une manufacture parallèle également dans la rue de Bondy. Le 8 avril 1833 manufacture de Fontainebleau fut adjugée pour 30.00 francs à François Lheureux, entrepreneurs de bâtiments. Jacob Petit exploita la fabrique de Porcelaine dans un autre endroit de Fontainebleau et vendait ses porcelaines dans un magasin dans la Rue de Bondy.

Michel Beer fit une description de Baruch Weil en ces termes:
« … Quant à Baruch Weil, il a assurément toute la morgue d’un parvenu, sans éducation, mais il est entièrement irréprochable comme négociant et comme homme privé, et si sa piété est très peu éclairée, elle est du moins sincère. Le Consistoire départemental de Paris sera renouvelé comme le Consistoire Central mais directement par des notables. Je conseille à ceux de Paris, si, comme cela est probable, un de ses membres actuels est porté au Consistoire Central, et l’autre réélu, de le remplacer, car nul doute que MM Halphen et B. Weil, doivent être réélus au Consistoire départemental…. »

Avec sa position sociale, Baruch Weil est éligible au Collège des Notables israélites de Paris. Apparemment il ne souhaita pas participer à l’Assemblée de Notables qui se tint en 1806, pas plus qu’il ne voulut siéger dans les rangs du Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon 1er. Par contre il participa activement à la création des Consistoires de Paris et Central, dès 1809 il fut élu au Consistoire de Paris et participa à l’administration de plusieurs oeuvres de bienfaisance.

En 1809 Baruch Weil est nommé receveur du Temple de la Rue du Cimetière Saint André des Arts. La rue du Cimetière Saint-André-des-Arts se trouvait entre l’actuelle rue de l’Eperon et la place Saint André des Arts. D’après un document, il aurait été également péritomiste.

Il est receveur (trésorier) au Comité de Bienfaisance en 1809 où il est l’un des premiers souscripteurs. En 1818, il est élu Président de ce Comité mais il en démission en 1820. Il s’intéressa à la Société d’encouragement et de secours pour assister les indigents israélites, il en fut nommé « receveur » le 24 octobre 1809. Baruch Weil se pencha aussi sur les possibilités d’intégration et d’ascension sociale de la Jeunesse juive à Paris, il était l’un des bienfaiteurs de l’Ecole de Garçons en 1819-1820 ainsi que du Comité de cette école créée en 1819.

N’est il pas de meilleur hommage que lorsque le Chevalier Abraham de Cologna, Grand Rabbin du Consistoire, composa une ode hébraïque à l’occasion de l’inauguration du nouveau temple israélite de Paris, célébrée le 12 adar 5582 (5 mars 1822), il rendit alors grâce à: MM. Seligman Michel Grand Rabbin, le Chevalier Worms de Romilly, B. Rodriguès, S. Halphen et Baruch Weil, membres composant le Consistoire Israélite de la Circonscription de Paris.

Les camps d’internement des Juifs étrangers en Seine et Marne

1940-1945

dammarie-les-lysCentre de regroupement de Dammarie-les-Lys
source photo : Arch. Frédéric Viey

Suite à l’exode de l’été 1940 consécutif à l’avancée des armées allemandes, le retour des réfugiés en Seine-et-Marne donne lieu à la création de plusieurs camps provisoires destinés à l’accueil de ces «réfugiés de passage», comme on les appelle alors: trois centres principaux sont créés à Dammarie-lès-Lys, Provins et la Ferté-sous-Jouarre.

C’est dans les dépendances de l’abbaye de Dammarie-les-Lys, fondée au XIIIe siècle, que sont logés les réfugiés. D’autres centres d’accueil existaient déjà sur le territoire, comme le foyer créé à Chelles en avril 1938 par l’ORT, association juive pour le développement du travail artisanal et agricole (en russe, Obshchestvo Rasprostraneniya Truda), et destiné à assister les réfugiés juifs autrichiens fuyant l’occupation de leur pays et les persécutions antisémites. Près de 600 personnes bénéficieront de cette assistance.

Après la défaite des armées françaises en juin 1940, un régime d’occupation est instauré en France et l’armée allemande contrôle la zone occupée au Nord et à l’Ouest du pays.

Après le départ des réfugiés, le premier centre de Dammarie-lès-Lys est conservé et se transforme en lieu de détention destiné en particulier aux Juifs étrangers de Seine-et-Marne.

Cet internement succède aux mesures d’enregistrement pratiquées dès le début de la guerre, avant la mise en place du régime de l’Occupation par les autorités allemandes.

Dès 1939, le Commissariat spécial de Police de Melun établit en particulier des fiches de renseignement sur les Juifs étrangers.

Les Archives départementales de Seine-et-Marne conservent différents dossiers dans lesquels apparaissent des mentions tels que: Inutile à l’économie nationale ou avis favorable à l’internement.

Suite aux premières ordonnances allemandes sur le statut des Juifs de septembre 1940, les préfets sont habilités à prévoir, sur décision administrative, l’internement des étrangers de confession juive.

Alors que la synagogue de Fontainebleau subit de nombreux pillages depuis le début de l’Occupation, l’édifice est incendié en avril 1941 par des individus non identifiés.

En juin 1941, la mesure d’internement est élargie aux Juifs français.

Les premiers internés sont détenus à l’Abbaye de Dammarie-lès-Lys à partir du 16 juillet 1941. Ce site devient, par la suite, un camp de transit avant le renvoi vers d’autres camps similaires mais plus importants comme Beaune-La-Rolande, Pithiviers ou Drancy.

Ces camps de transit sont les points de départ avant la déportation, à partir du premier convoi de mars 1942, vers les centres de mise à mort en Pologne, essentiellement Auschwitz-Birkenau.

etoile-jauneLa décision d’imposer le marquage des Juifs par une étoile jaune, obligatoire en public, est prise en mai 1942 et étendue au département de la Seine-et-Marne.

L’Informateur de Seine-et-Marne, journal officiel, indique alors:

Il est rappelé que l’étoile juive doit être posée sur le côté gauche de la poitrine, solidement cousue au vêtement. Dans un certain nombre de cas, des juifs ont contrevenu à l’ordonnance sur le port de l’étoile juive, soit en n’en portant pas, soit en en portant plusieurs, soit en y ajoutant des inscriptions. Ces juifs ont été envoyés dans des camps de juifs. Un certain nombre de non-juifs qui portaient l’étoile juive ou une imitation de cet insigne et qui avaient ainsi manifesté leur sympathie pour le judaïsme, ont également été envoyés dans les camps de juifs.

Dans l’arrondissement de Meaux, 722 étoiles sont distribuées.

Des rafles ciblées ont lieu entre juin 1942 et mai 1944. Les sous-préfets communiquent à la Préfecture les listes complètes de Juifs recensés et les adressent aux autorités allemandes qui procèdent, avec l’aide de la gendarmerie française, aux arrestations, de groupes, de familles ou d’individus isolés.

À Ozoir-la-Ferrière, en septembre 1943, la police militaire allemande (Feldgendarmerie) arrête une trentaine d’adultes et quinze enfants qui sont ensuite déportés.

Le 22 octobre 1943, à La Ferté-sous-Jouarre, 14 personnes sont arrêtées dont Rose et Jean Helman, médecin, nés tous les deux en Roumanie et déportés à Auschwitz.

Des sauvetages, notamment d’enfants, témoignent des différentes attitudes à l’égard des Juifs qui s’expriment dans la société française durant la guerre: avec le soutien de l’Oeuvre de Secours aux Enfants (l’OSE), des religieux comme les soeurs de Notre-Dame-de-Sion ou des particuliers protègent et cachent des enfants juifs à Avon, Champs-sur-Marne ou Chelles.

Plus de vingt Justes en Seine-et-Marne ont été reconnus par l’État d’Israël pour leur action.

la-spoliation-des-juifsSuivant des lois spécifiques, les biens juifs sont mis en liquidation et des administrateurs provisoires prennent possession des immeubles, appartements et commerces.

Des ventes de maisons appartenant à des Juifs sont adjugées à des personnes privées au bénéfice des liquidateurs.

Au total, en France, 1,35 milliard d’euros (plus de 5,2 milliards de francs à l’époque) sont confisqués aux Juifs, en dehors des pillages des appartements et des Suvres d’art par les Allemands.

Près de 75.000 Juifs ont été déportés, dont 75% d’étrangers, et 3.000 sont morts en France dans les camps d’internement. Sur les 75.000 Juifs français et étrangers déportés vers la Pologne dans l’un des 75 convois, seuls 2.600 ont survécu.

Aujourd’hui encore, la communauté juive religieuse vit dans la discrétion

Roger Cukierman , le président du CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, a déclaré que dans de « très nombreuses écoles », les enfants juifs sont « battus, insultés parce que juifs » et affirmant qu’aujourd’hui, par « crainte », seul un tiers des enfants juifs vont à l’école publique.

A Armentières, les enfants juifs sont en sécurité, et, bien que le lieu préfère ne pas sortir de l’anonymat, nous pouvons en parler.

la-communaute-juive-darmentieresARMENTIÈRES-EN-BRIE, direction Mary-sur-Marne. La route s’enfonce dans le bois. Les premiers grillages annoncent une propriété privée. Coup de volant à droite : vous pénétrez dans le domaine du Vignois.

Un village dans le village, avec son école, sa bibliothèque, sa salle des fêtes, sa synagogue…

Sur ces treize hectares « à part », vivent quelque cinq cents israélites. Soit près de la moitié du village, puisque Armentières compte un peu plus de 1 150 habitants.

Redingotes noires et chapeaux pour les hommes, vêtements longs pour les femmes.

Implantée là depuis plus de trente ans, la communauté juive d’Armentières vit dans la plus grande discrétion, dans une magnifique clairière.

« Nous n’aimons pas spécialement la publicité », avoue Michel-Armand Seneor, le directeur de l’école de filles.

L’homme a aujourd’hui quarante-six ans. Arrivée du Maroc avec ses parents, à l’âge de quatre ans, il a d’abord fréquenté l’école de Fublaines, avant de venir habiter Armentières.

« Le domaine du Vignois a été construit, tout comme de nombreuses structures, par la société de construction le Refuge, née après la Seconde Guerre mondiale. Toutes les familles sont locataires soit d’un pavillon, soit d’un appartement. L’ensemble est géré par l’association Ohr Joseph, qui d’ailleurs est devenue en partie propriétaire des logements », détaille Michel-Armand Seneor.

Les diplômes délivrés à Armentières sont spécifiques. Tout comme les vacances : ici, on pose son cartable seulement le 15 juillet !

« De manière générale, nous essayons de diriger nos élèves vers le rabbinat ou vers l’enseignement. Mais il ne leur est pas interdit de changer de voie », assure le directeur.

L’homme ne le cache pas : l’heure n´est pas à l’explosion démographique. Les rangs, dans cette communauté exceptionnelle en Ile-de-France, auraient tendance à se clairsemer.

De bonnes relations avec les villageois La majorité des familles installées au domaine sont originaires d’Afrique du Nord. Presque toutes travaillent sur Paris. Hormis les postes d’enseignants, le domaine n’offre en effet pas d´emplois. « Il n´y a aucun commerce ici. Tout le monde fait ses courses dans le coin, à Lizy-sur-Ourcq et à Meaux notamment. »

Pas à Armentières en tout cas : le village ne dispose même pas d’une boulangerie. « Ce qui n’empêche pas les habitants du domaine d´avoir de bonnes relations avec le reste des villageois », assure Jean Terrazzoni, le maire de la commune.

Régulièrement, le premier magistrat rend visite aux directeurs des deux écoles, afin de vérifier « que tout va bien ». Il apporte également les papiers administratifs nécessaires aux uns et aux autres. « Et puis, je viens me faire offrir le café », plaisante le maire.

Sources

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